100 % création

Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 

  1. 4h ago

    Nadeen Mateky, orfèvre du cheveu afro par 100% Création-le Mag

    Cheveux lisses, frisés, crépus, dociles ou rebelles. La coiffure n’est pas un simple élément esthétique, c’est beaucoup plus… une véritable forme d'expression artistique. Rencontre avec Nadeen Mateky, un nom incontournable du cheveu afro.  Se faire coiffer par Nadeen Mateky tient de la leçon de style mais également de l’échange et du dialogue. Pour chaque coiffe, cette artiste du cheveu laisse libre cours à sa créativité : « J’observe, je coupe, je tresse, je sculpte en fonction de l'histoire de ma cliente. Un coiffeur, c’est comme un psy à qui on se dévoile. » Native du Congo, son art capillaire lui a été transmis par sa grand-mère très coquette qui l’a initiée à la mise en beauté du cheveu : « J’ai grandi à Moungali, un quartier de Brazzaville où les femmes portaient des coiffes qui avaient toutes une signification. Pour un deuil, la femme avait des tresses en arrière, ce qu'on appelle des "syndulla" au Congo, ou alors elle se rasait la tête. Les cheveux attachés envoient un message de femme mariée, détachés, c’est celui d’une femme libre ». D’une passion, Nadeen Mateky a décidé d’en faire son métier.    De la coiffure à la sculpture Ses coiffes sont de véritables sculptures capillaires, dont Nadeen Mateky tient à garder les secrets : « J’utilise beaucoup de matières premières, de la laine, du carton, du bambou, du raphia, j’y ajoute aussi un cocktail de pierres précieuses et des coquillages ». Nadeen Mateky est une visagiste. Elle a construit sa renommée auprès de têtes célèbres comme Alicia Keys, Lenny Kravitz, Fadily Camara ou Claudia Tagbo. Sa signature : revisiter les coiffes africaines traditionnelles en leur apportant une touche moderne, comme elle le rappelle : « Cela exige beaucoup de travail et des recherches pour retrouver les coiffures somptueuses des reines d’Afrique ou de France. Le cheveu est une matière vivante. Je travaille différemment s’il s’agit de shootings de presse, pour le Festival de Cannes, de la Fashion Week ou pour un film. » Son objectif est de réconcilier toutes les femmes africaines avec leurs cheveux naturels. Et d’expliquer : « Le cheveu afro est magnifique, il défie la loi de la gravité. On peut faire tout ce que l’on veut avec : le lisser, le boucler, mais sa texture demande beaucoup d’hydratation et de soins. C’est pour cela qu’il est important de trouver la bonne coiffeuse qui saura le travailler sans l’abimer ou le tirer sur la racine, au risque de provoquer des tensions sur le cuir chevelu ou des alopécies. Un défi de taille. »   Abonnez-vous à « 100% création »  « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcasts, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook.

  2. 11h ago

    Hors-studio avec Élodie et Rebecca: du déchet au design climatique d’exception

    Nées à Tours, Élodie Michaud et Rebecca Fezard inventent chez hors-studio des biomatériaux à partir de déchets sans filière de recyclage. Entre geste textile, tradition artisanale et innovation, elles transforment rebuts marins, cuir recyclé et matières oubliées en surfaces sensibles qui racontent une autre histoire du design et de la responsabilité. En 2016, Élodie Michaud et Rebecca Fezard fondent hors-studio, un atelier de recherche et de narration autour de la matière. Elles explorent, expérimentent les potentiels cachés des déchets et imaginent de nouveaux gestes, usages et imaginaires pour l’architecture et le décor. Leur rencontre a lieu au FabLab de Tours, en 2016. Élodie Michaud travaille sur son projet de fin d’études, Rebecca Fezard expérimente des matériaux avec les machines à commande numérique. « C’était une super belle rencontre, on s’est rendu compte qu’on avait un peu une même approche créative sur la question de la matérialité », se souvient Rebecca. Élodie propose de monter un studio. En quelques mois, le duo installe un espace de coworking, enchaîne les premiers projets et hors-studio naît « assez instinctivement ». De la crise de sens à la responsabilité des designers Le basculement vers les déchets ne relève pas d’un simple effet de mode. Au FabLab, elles réalisent que la majorité des matériaux qu’elles manipulent sont issus de la pétrochimie. Une visite de recyclerie agit comme déclencheur : « On s’est rendu compte de la déperdition de matières premières, de matières qui partaient à l’enfouissement alors qu’elles étaient encore complètement viables », raconte Rebecca Fezard. Élodie parle d’une vraie crise de sens : « Si c’est juste ennoblir des matériaux existants qui vont partir à l’enfouissement, ça ne nous intéresse pas. Quand on est designer, on a vraiment une responsabilité. » Leur réponse : créer leurs propres biomatériaux, à partir de déchets sans filière de valorisation, et inventer un savoir-faire qui allie tradition artisanale et innovation. Leur premier terrain de jeu : les coquilles de moules, d’huîtres, de Saint‑Jacques, récupérées dans les restaurants. L’expérience ouvre une méthode : partir de poudres, travailler des liants naturels (algues, colles animales, liants issus de la cuisine), croiser recettes open source (via la plateforme Matériuum), grimoires d’artisans d’art, techniques de staff et de stuc. « C’est toutes ces combinaisons qui deviennent notre savoir‑faire et qui nous permettent de créer des recettes sur mesure », poursuit Rebecca. Designers matière, entre recherche, narration et biomatériaux  Hors-studio ne fabrique pas des matériaux « au mètre carré », insiste Rebecca : « Notre plus‑value, c’est de pouvoir, quand on crée un matériau, lui donner une démarche créative dans l’application derrière. » Leur process : créer une œuvre artistique qui raconte une histoire et montre les potentialités de la matière, pour inspirer architectes et décorateurs. Une pensée, deux têtes, quatre mains, le duo décrit un ping‑pong permanent, une « télépathie » nourrie par une communication constante : idées, stratégie, finances, matière, tout se discute. « Il n’y a rien qui est décidé l’une sans l’autre. C’est un respect absolu, être sûr en permanence que ça soit OK », insistent-elles. Ce métier exige « du courage et de la ténacité », souligne Rebecca. Inventer un métier et un savoir‑faire implique de « déplacer des montagnes », de convaincre, de prouver la fiabilité de ces biomatériaux. Élodie ajoute : « Il faut être hyper centré, croire en ses convictions, garder l’instinct créatif. » Parmi leurs matériaux, deux les fascinent particulièrement. Le byssus, la fibre produite par la moule pour s’accrocher au rocher, « une des fibres les plus puissantes au monde, capable de suivre les mouvements de l’océan, longtemps appelée soie de la mer . Le déchet, quand on le récupère, ça ne ressemble à rien et il y a cet enjeu de l’ennoblissement », explique Rebecca Fezard. Récompensées par le Prix Dialogue 2025 Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la main, pour leur matériau Leatherstone. Elles ont créé ce matériau à base de cuir recyclé, proche du plâtre dans ses sensations de mise en œuvre : « Il passe par plein d’états, il est chaud, il y a une pâte. » Structurel, imprimable en 3D, doté de propriétés thermiques et acoustiques, il synthétise leur approche : transformer un déchet massif et problématique en matière sensible et durable. « C’est ça qui est formidable », conclut Élodie Michaud.   Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI

  3. Aug 23

    Des souliers sur mesure avec Philippe Zorzetto par 100% Création-le Mag

    Bottines, mocassins ou derbies, escarpins, baskets… Des chaussures uniques à la mode réalisées de manière artisanale et ultra confortables, c’est ce que propose le maître chausseur Philippe Zorzetto avec ses modèles sur mesure et ses collections. Philippe Zorzetto est le chausseur d’artistes comme Jean Dujardin, John Malkovich, M, Matthieu Chedid, Jane Birkin et bien d'autres. Ses clients sont des hommes et des femmes célèbres mais également des anonymes. Comment devient-on créateur de chaussures ? Éléments de réponse avec Philippe Zorzetto ; « Au départ, j'ai fait des études de droit et sciences politiques. Je n'étais pas programmé pour créer une marque de chaussures et pourtant je l'ai fait. C’est lié à mon histoire familiale, des artisans de père en fils. Mon grand-père fabriquait des souliers en bois dans des ateliers en Italie avant la guerre. Et quand j’ai décidé de me lancer, je me suis rendu compte que j’avais déjà tout en moi ».   Un chausseur musicien Pour Philippe Zorzetto, produire une bonne paire de chaussures demande trois choses : un savoir-faire extraordinaire, le sens de la mode, et l’artisanat. « J’ai d’abord cherché en France, en Italie et en Espagne les meilleurs ateliers pour proposer des modèles de qualité », explique-t-il. « Ensuite, j’ajoute des références culturelles, la musique est ma première source d’inspiration ; enfin je propose des modèles dans l'air du temps. » Son objectif : créer des chaussures à la fois utilitaires et artistiques. Des modèles assez simples, mais en réalité très complexes à fabriquer et qui demandent beaucoup d’expertise, comme il le rappelle : « Il faut près de 150 pièces pour créer un modèle Zorzetto. Je travaille uniquement avec des constructions cousues, ce qu'on appelle le cousu Blake, c'est-à-dire que les semelles ne sont pas collées, mais cousues à la main ». Souplesse et légèreté du cuir Philippe Zorzetto est très attentif à la souplesse du cuir. Il sélectionne toujours des peaux de belle qualité et durables, et pour cela il faut y mettre le prix. Outre les souliers sur mesure, il sort également des collections, il en a notamment créé deux avec la collaboration du chanteur Louis Chedid : « Fabriquer une seule paire revient extrêmement cher, car cela nécessite beaucoup de main-d’œuvre. Donc pour avoir un prix raisonnable, il faut produire du volume et une collection permet ainsi de faire baisser les coûts et d’avoir un prix attractif ». Cette année, la marque bouclera sa 36ᵉ collection et fêtera ses 18 ans d’existence.

  4. Aug 22

    Lucas Huillet, un designer et un céramiste à la liberté engagée

    Lucas Huillet, designer et céramiste, incarne une vision sensible et engagée de l’artisanat contemporain. Son travail, résolument transdisciplinaire, mêle matériaux bruts et textures contrastées pour nous inviter à repenser la création comme un véritable dialogue entre héritage, matière, émotion et engagement. En privilégiant une fabrication artisanale, il fait de chaque objet bien plus qu’une simple pièce : une intention, une vision du monde à laquelle nous sommes invités à prendre part.  « Je viens du sud de la France, j’ai grandi à Cerbère. Depuis tout petit, j’ai toujours ce rapport à des choses très créatives. » Pour ce designer et céramiste, la création s’enracine dans une histoire familiale faite de migration et de savoir-faire. Ses grands-parents italiens, arrivés en France dans les années 60, ont multiplié les métiers avant que son grand-père ne s’installe comme tailleur, puis ne tienne un magasin de retouches et de réparation de machines à coudre.   « J’ai eu mes premiers rapports à l’artisanat via ça. Depuis tout petit, j’ai toujours gravité autour des métiers de la main. » La céramique arrive ensuite, comme une évidence. Il apprend dans son village, « en faisant, en faisant, en faisant », bien avant l’école. À Paris, l’École Camondo, entre architecture intérieure et design, lui permet d’articuler objet et espace. Une année chez Chanel en architecture intérieure achève de le former, tandis qu’il monte son studio de céramique et achète son premier four : « Ça a vraiment donné une liberté dans ce que je faisais, pouvoir explorer plein de choses. »   La créativité comme travail et dialogue des matières  Pour lui, le design n’est pas qu’une idée abstraite, mais un aller-retour constant entre conception et fabrication : « Le designer, il va concevoir et remettre la fabrication à un artisan compétent. Moi, c’est plus venu d’une appétence personnelle. » Il revendique ce double ancrage, théorique et manuel, nourri par les métiers de la main et par une méthode rigoureuse.   Surtout, il refuse l’idée d’un don créatif : « La créativité, ce n’est pas un don, c’est quelque chose qui se travaille. On écrit, on réécrit, on réécrit. » La céramique impose sa temporalité : la terre sèche, il faut anticiper, respecter les étapes, du modelage aux cuissons successives. « C’est une course contre la montre pour ne pas gâcher de la matière. »   Son geste, il le travaille jusqu’à ce qu’il devienne fluide : « Faut que ça devienne totalement fluide, qu’on n'y réfléchisse quasiment pas et qu’on soit concentré sur ce qu’on voit, sur l’objet qu’on a dans les mains. » Le dessin et l’écriture structurent ce processus : d’abord le récit, l’intention, puis la forme. « Écrire une histoire, c’est très important pour moi. Le trait concrétise beaucoup les choses, alors que le mot laisse encore tout un champ de possibles. » Dans ses pièces, il privilégie la matérialité plutôt que l’ornement pur : « J’aime bien travailler la matière pour ce qu’elle est. L’émail va être un décor qui va redonner une matière, une vibration, par petites touches, en contraste avec une matière plus brute. » Faire des ponts entre disciplines et proposer des récits  Ce qui caractérise le plus son travail, c’est cette curiosité transdisciplinaire : « J’ai cet appétit pour aller voir ailleurs, toujours. Voir comment je peux faire des ponts avec le design et d’autres disciplines. » Avec Alexandre Helwani, historien du parfum et parfumeur, il conçoit des installations où céramique, textile et olfactif dialoguent. Leur projet sur la santé mentale à la Paris Design Week s’est construit comme un véritable récit à plusieurs voix : « On écrit d’abord une histoire, ce qu’on veut raconter, et le dessin, le parfum viennent se mélanger petit à petit. »   Le message n’est jamais prescriptif : « C’est transmettre un message, mais au-delà de ça, c’est simplement faire une proposition. Après, c’est au public de voir comment il le ressent. » Dans un monde saturé d’images et de contraintes, il interroge la posture du créateur : « On se pose beaucoup de questions sur est-ce que ce que je vais faire est pertinent, soutenable, est-ce que ça a déjà été fait. Pour être créatif, il faut plus avoir un certain optimisme dans des temps qui sont assez durs, pour justement voir de nouvelles perspectives. » La création, dans sa vie, est un fil rouge discret mais tenace : « On ne va pas être tout le temps dans des phases créatives. C’est ce fil rouge qui nous amène d’un projet à l’autre et d’une idée à l’autre. » Entre Cerbère, Kyoto et Paris, elle continue de tisser des ponts, des gestes et des histoires.  Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook

  5. Aug 16

    Hawa Sangaré, glamour, mode et mission sociale par 100% Création-le Mag

    Quand la mode devient un support d'activités pour permettre à des femmes de s'insérer par l'emploi. C’est que propose Hawa Sangaré qui a lancé un atelier d'insertion à Paris et la marque « Hawa Paris » qui incarne une vision de la mode durable, éthique et inclusive. Après des études en psychologie clinique, la Franco-malienne Hawa Sangaré se voit proposer un poste pour accompagner des personnes en difficulté. Elle va ainsi travailler pendant une douzaine d’années dans ce milieu de l'insertion sociale, pour soutenir des hommes, des femmes, des jeunes en difficulté et des anciens prisonniers. Au fil de son expérience professionnelle, Hawa Sangaré note que de nombreuses femmes restent sur le carreau, éloignées de l'emploi, isolées socialement, des réfugiées souvent des mamans solo : « J'ai eu envie de donner des clés d'émancipation à ces femmes-là. Quand je suis tombée sur un article sur la loi anti-gaspillage vestimentaire qui visait à empêcher les marques de luxe de brûler leurs fins de stocks. Je me suis dit, la mode va être le support d’activité qui va me permettre d'accompagner ces femmes ». Du travail pour se réparer C’est en 2021 qu’est lancé « Hawa au féminin », un atelier textile d’insertion qui s’inscrit dans une démarche de mode solidaire et éco-responsable. Quel est le processus de formation pour ceux ou celles qui viennent dans son atelier ? Les explications d’Hawa Sangaré : « Elles sont envoyées par des structures comme France Travail, des centres d’hébergement, ou bien encore des associations. Quand elles arrivent chez moi, elles ont besoin de se poser. Et le lieu de travail leur offre un cadre bienveillant qui va les aider à se restructurer, avec des chefs d'atelier qui vont transmettre tout leur savoir-faire ». Pour le matériel, Hawa Sangaré demande à des grandes maisons de couture de lui confier ses fins de stocks. La Maison Balmain fait partie des premiers à lui faire confiance et à comprendre sa démarche. Balmain adhère au projet et lui envoie des stocks de tissus pour réaliser sa première collection pour la marque « Hawa Paris ». En plus des collections, l’atelier propose aussi des services confection et broderie. Pour Hawa Sangaré, le vêtement est un outil de communication, car il permet de reprendre confiance en soi. Le travail va permettre à ces femmes d’accéder à l'autonomie. Et Hawa Sangaré de rappeler : « Le parcours d'insertion dure de 6 à 24 mois, même si de nombreuses difficultés persistent. Ces femmes aiment venir travailler. Le fait main artisanal permet vraiment de se réparer. Et puis qui dit travail, dit salaire et donc la possibilité de se loger. » Même si Hawa est la créatrice de la marque, c’est en réalité une marque collective. Si la clientèle vient au départ, par curiosité. Elle revient pour la qualité de la confection, la qualité des tissus et pour l'identité très forte du projet. Les premiers défilés ont eu lieu à Paris, et puis en Afrique du Sud ou bien encore en Chine.     Pour en savoir plus : Atelier textile d’insertion.

  6. Aug 15

    Manuel Mathieu, l’artiste pluridisciplinaire qui édite le parfum

    Peintre, sculpteur, poète et créateur de parfum né en Haïti, Manuel Mathieu fait de l’art un espace d’équilibre, de paix intérieure et de dialogue entre visible et invisible. Son œuvre, véritable voyage intérieur, invite à ressentir, réfléchir et partager. Tel un chaman moderne, il crée des formes qui touchent l’âme tout en laissant à chacun la liberté de leur interprétation. Installé à Montréal après une enfance en Haïti, Manuel Mathieu refuse les étiquettes trop étroites. Il peint, sculpte, réalise des films et crée aussi des parfums. Mais là encore, il nuance : « J’ai de la difficulté à me présenter comme parfumeur. Je pense que je suis plus quelqu’un qui édite le parfum ».   Pour lui, le parfum n’est pas un simple produit de cosmétique, mais un prolongement naturel de sa démarche artistique. « J’ai ajouté le parfum, c’est particulier quand même », affirme-t-il. Particulier, parce que le parfum, comme l’abstraction en peinture, agit dans un registre invisible : « Je pense que la peinture et l’abstraction opèrent dans l’invisible parce qu’elles opèrent à l’intérieur de nous. Ce que l’œuvre nous fait, c’est quelque chose de très invisible », ajoute-t-il. Le parfum, une émotion démocratique  Ce lien entre art et parfum n’est pas qu’une intuition poétique. Manuel Mathieu en fait un véritable manifeste. Il voit dans l’olfactif une forme de justice sensible : « Je me suis aussi intéressé à la parfumerie parce que c’est très démocratique : on ne peut pas convaincre quelqu’un d’aimer une odeur ».   Là où une œuvre d’art peut être prise dans un discours, une hiérarchie de savoirs, le parfum court-circuite l’intellect : « Ce que je trouve dommage d’ailleurs dans l’intellectualisation du milieu de l’art, parce que ça crée une forme de hiérarchie inutile. Tandis que je pense qu’une œuvre nous parle ou elle ne nous parle pas », déclare à ce propos Manuel Mathieu. Le rapport à l’odeur reste radicalement intime, irréductible à l’argumentation, poursuit-il : « On est vraiment dans un rapport très intime, très honnête aussi. Et ça, ça me parle beaucoup ».   Pour Manuel Mathieu, la parfumerie est ainsi un terrain idéal pour explorer ce « monde qui est très personnel et qu’on ne voit pas, mais qu’on ressent beaucoup », le même monde que l’art abstrait. En travaillant avec le nez qui traduit ses idées en compositions olfactives, il revendique une position d’éditeur plutôt que de technicien, un rôle de passeur de sens.   Une pratique conceptuelle habitée par l’équilibre  Si Manuel Mathieu multiplie les médiums - peinture, sculpture, vidéo, cinéma, parfum -, c’est par nécessité conceptuelle. Celui-ci se définit volontiers comme « un artiste plus conceptuel qu’expressionniste », que ce soit lorsqu’il travaille sur l’histoire, notamment la dictature en Haïti, sur la spiritualité, ou sur son propre accident. Chaque projet devient une recherche sur la manière dont les images, les formes et les sensations apparaissent et s’organisent.   Le cœur de son métier, affirme-t-il, n’est pas l’exécution matérielle : « Ce qui est le plus important dans mon travail, c’est de réfléchir, d’avoir de bonnes idées, je pense que c’est un exercice beaucoup plus épuisant et exigeant que de peindre ». Les œuvres ne sont alors qu’« un résidu de ma pensée. Créer un objet qui a une valeur spirituelle, qui existe à l’extérieur de nous et qui est capable de survivre sans nous ».   Cet exigeant travail intérieur lui apporte pourtant une forme de sérénité : « Je pense que le travail d’artiste que je fais m’amène un certain équilibre, une certaine paix. Je n’ai pas trouvé autre chose dans ma vie qui me permettait de l’atteindre ». L’art, pour Manuel Mathieu, est tout simplement « une manière d’exister ». À travers la peinture comme à travers le parfum, il cherche à étendre notre capacité à ressentir, à penser et à partager ce monde invisible qui nous relie.  Abonnez-vous à « 100% création »  « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI.

  7. Aug 9

    Imane Ayissi, la Grande couture africaine par 100% Création-le Mag

    Qui dit Mode… dit élégance, passion, collections, Fashion Week et haute couture parisienne, la mode est intemporelle et n’a pas de de frontières. De Yaoundé à Paris, rencontre avec Imane Ayissi, un grand couturier au parcours atypique. Danseur, mannequin, écrivain, designer… Originaire du Cameroun, Imane Ayssi a intégré la culture africaine dans ses collections dès ses débuts à Paris. Sa marque de fabrique, ce sont les tissus africains traditionnels : les cotons, que ce soit le kenté du Ghana, les boubous anciens du Cameroun ou du Niger, le kita ivoirien, ou bien encore le Faso Danfani du Burkina Faso. Mais pas seulement, Imane Ayissi utilise également d’autres matières, comme le coton japonais, les soies italiennes ou bien encore les dentelles de Calais. Danse et mode Une passion pour la mode qui lui vient de ses racines familiales, sa mère notamment une ancienne miss Cameroun, mais également de la danse comme il l’aime à le rappeler : « la danse et la mode vont de pair parce que la danse c’est le mouvement. Le corps a besoin d'être enveloppé avec de l'étoffe. Les formes, les couleurs, les volumes, les longueurs, et quand on a compris comment le vêtement fonctionne avec le corps, tout prend sens ». Pour cet autodidacte, il n’a pas été facile de s’intégrer dans l’industrie de la mode. Et pourtant, aujourd’hui, Imane Ayissi est le premier créateur de mode d'Afrique subsaharienne à avoir intégré le calendrier officiel de la haute couture parisienne en 2020.   La richesse créative de l’Afrique Les collections d’Imane Ayissi font, désormais, partie de l'histoire mondiale de la mode. Il a été notamment célébré dans la remarquable exposition « Africa Fashion », qui s’est tenue cette année au musée des Arts Premiers au Quai Branly à Paris. Une exposition qui a mis en lumière la richesse, la diversité et la puissance créative du continent africain. Déjà en 2025, les collections d’Imane Ayissi ont été sélectionnées pour une exposition solo baptisée « From Africa to the World » et organisée à l'Université Scad Fash d'Atlanta aux États-Unis. La preuve que la mode d’Imane Ayissi a désormais toute sa place sur la scène mondiale.

  8. Aug 8

    Ana Silva, artiste angolaise, brode les fragilités du monde avec les rebuts

    Entre le Portugal et l’Angola, Ana Silva invente un langage où se croisent peinture, sculpture, installation et broderie. Nourrie par ses allers-retours entre l’Afrique et l’Europe, elle transforme textiles usagés et sacs plastiques en œuvres poétiques qui dénoncent la pollution textile et interrogent nos modes de vie. Elle place la broderie au cœur d’un récit puissant sur la mémoire, l’identité et la voix des femmes africaines, faisant de chaque pièce un geste d’engagement et d’espoir. Je ne me vois pas faire autre chose. C’est vraiment une passion.  Pour cette artiste angolaise, la création n’est ni un métier ni un choix rationnel, mais une nécessité vitale. Longtemps installée au Portugal, elle revient en Angola après une maternité « très, très compliquée » et une période de perte de repères : « Entre la naissance de ma fille et mon travail, j’étais complètement perdue. Je ne savais pas qui j’étais comme artiste. »  C’est en arpentant les marchés africains qu’elle retrouve son chemin. Les étals de fripes, les couleurs, mais aussi la violence sociale et écologique des vêtements usés envoyés par l’Occident deviennent le point de départ d’une œuvre engagée. « La majorité de ces habits qu’on vend en Afrique, c’est la poubelle », constate-t-elle, dénonçant une pollution textile qui touche « la mer, le sol », mais aussi l’économie locale, empêchée de développer sa propre industrie.  Transformer les déchets textiles en art Face à ces montagnes de tissus inutilisés, l’artiste décide de « récupérer des pièces pour créer des œuvres ». Nappes, petits objets de cuisine, tissus improbables : tout ce qui n’a plus de valeur marchande devient matière première artistique. Ses installations monumentales, conçues à partir de ces rebuts, renvoient en Europe une image forte des circuits de consommation et de leurs conséquences en Afrique.  Très tôt fascinée par le textile, elle commence à travailler des sacs plastiques tissés, colorés, omniprésents sur les marchés. La peinture n’adhérant pas sur cette matière, elle invente un langage textile : « J’ai décidé de broder, d’abord dessiner avec la machine et broder dessus. » Sa première pièce brodée date de 2021, réalisée à partir de ces sacs « en plastique tissé ».  La broderie, elle l’a d’abord apprise avec sa grand-mère, dans une tradition plutôt d’influence portugaise, faite de dentelle et de crochet. Mais son geste s’affirme surtout à la machine, une technique majoritairement masculine en Afrique : « Ce sont surtout les hommes qui travaillent avec la machine, ils font des boubous. Ce n’était pas normal pour eux que je travaille avec cette machine. » Aujourd’hui, elle collabore avec plusieurs brodeurs, venus « en majorité du Congo », qui lui ont « appris énormément ».  Une voix de femme africaine entre société et poésie  Si son travail part de l’intime, il est profondément social : « C’est ma vie, c’est moi et mes émotions que je passe à travers mon travail », dit-elle, tout en racontant « des situations qui sont choquantes » autour d’elle. Ses œuvres naissent de photos prises au téléphone dans les marchés, les rues, les scènes ordinaires : « Toutes mes œuvres, c’est des photos que je fais. (…) Après, je raconte une histoire. » Elle imprime, peint, coud, brode, et laisse volontairement du vide dans ses grands formats pour offrir « de la respiration » au regard. Son engagement est aussi féministe. Elle insiste sur la fragilité de la place des femmes en Angola : « La femme est mise dans une position qui n'est pas importante. (…) C’est un élément très fragile dans la société. » Pourtant, ce sont elles qui « tiennent la famille et les enfants ». En tant que femme africaine artiste, elle revendique une position de modèle : « C’est très important comme femme africaine d’être là où je suis maintenant, surtout dans une position où je peux montrer qu’on est capables de le faire. »  Reconnu d’abord à l’étranger, son travail commence seulement à être compris dans son propre pays : « En Angola, ils ne comprennent pas trop mon travail. Quand tu sors de la peinture classique, les gens ont du mal. » Entre Lisbonne et l’Angola, entre marchés populaires et galeries parisiennes ou brésiliennes, elle continue de vivre, selon ses mots, « dans une boule créative en permanence », créant « pour moi surtout », mais aussi « pour envoyer un message » : un message de beauté, de vigilance et de solidarité envers celles et ceux que la société ne voit pas. À lire aussiComment le soulier devient un bijou de résilience par Abdel Louaguef d'Adiviar Abonnez-vous à 100% création  100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI

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