Chronique transports

L’histoire nous le dira mais, sans la pandémie de coronavirus, aurait-on réalisé l’importance du transport international ? L’absence de déplacements et l’essor du commerce sur internet ne nous auront jamais autant concernés. Aujourd’hui, nos paquets sont déposés devant notre porte. Avant cette maladie mondiale, qui aurait prédit une telle remise en cause des géographies et monopoles industriels ? Nerf de la guerre, qu’il soit en mer, dans le ciel, le cosmos, sur la route ou les chemins de fer, le transport – de personnes et de marchandises – est un secteur d’une richesse incroyable où l’on rencontre des acteurs passionnés. Venez les découvrir en écoutant la Chronique transports de Marina Mielczarek.

  1. APR 10

    La Corée du Nord continue son ouverture au tourisme

    Ce jeudi 9 et vendredi 10 avril, le ministre chinois des Affaires étrangères s'est rendu en Corée du Nord et le mois dernier, la ligne Pékin-Pyongyang, fermée depuis six ans en raison de l'épidémie de Covid, a repris du service. Au-delà du symbole, c'est peut-être le signe d'une volonté de développer le transport de voyageurs et le tourisme. Faut-il y voir un changement dans l'une des dictatures les plus isolées de la planète ?  Les images sont inédites à la télévision nord-coréenne. Un train passe sur le célèbre pont de l’Amitié avec à son bord des employés et touristes chinois qui saluent les caméras, la dictature étant d’habitude plus disposée à montrer des chargements de chars et de missiles. 24 heures de train pour le Pékin-Pyongyang  La crise sanitaire de 2020 n’étant plus qu’un mauvais souvenir, les premiers voyageurs partis de Chine ont pu franchir le fleuve Yalu entre Dandong et Sinuiju, ville coréenne frontalière de la Chine. Le trajet dans son entier entre les deux capitales Pékin et Pyongyang dure 24 heures.  Alors pourquoi rouvrir cette ligne de train maintenant et surtout avec un tel affichage ? Les experts géopolitiques ont remarqué que depuis six ans, de nouvelles routes (souvent gigantesques, à huit voies) se sont construites en Corée du Nord, notamment près de la frontière entre la Corée du Nord et la Chine.  À l’heure actuelle, il y a seulement deux points de passage pour le transport de voyageurs entre les deux pays alors que la frontière commune mesure près de 1 416 km. Mais le transport de marchandises s’est particulièrement développé dans les années 1990 grâce à la mise en place d’une zone spéciale économique au nord-est de la Corée du Nord. Le commerce extérieur nord-coréen avec la Chine est estimé à 90 % des échanges (le reste essentiellement avec la Russie et l’Iran).   En Corée du Nord, ce sont les jeunes militaires qui participent à construire les infrastructures. Le service obligatoire dure 7 ans et consiste souvent à réparer ou construire de nouvelles routes. On comprend l’avantage d’avoir une main-d’œuvre moins chère.   À lire aussiCorée du Nord: visite du ministre chinois des Affaires étrangères, nouveau signe du rapprochement entre les deux pays Le marathon de Pyongyang 2026 annulé  Mais aller jusqu’à penser qu’avec ces nouvelles routes, la Corée du Nord cherche à s’ouvrir au reste de la planète, c'est sans doute exagéré. « Depuis quelques années, la Corée du Nord cherche à se détacher de la Chine. Pyongyang s’est rapproché de la Russie pour lui fournir des équipements et des forces militaires. Ce commerce militaire (7 milliards de dollars en 2025) lui permet d’accumuler de la richesse dont elle manque (en raison des sanctions internationales de l’ONU dues aux armes nucléaires), analyse Arnaud Leveau, de l’université Paris-Dauphine. La Corée du Nord cherche donc à se rééquilibrer et la réouverture de ce train pour permettre le transport de voyageurs est le signe d’une volonté d’échange avec l’extérieur. Mais attention ! Je ne dirais pas que la Corée du Nord est prête à accueillir le monde entier ! Cette dictature reste obsédée par l’ordre et la surveillance. Le simple fait d’avoir annulé le marathon de Pyongyang cette année (programmé le 5 avril) en est la preuve. »     Les ferrys et l’ouverture vers la mer  L’ambition touristique de la Corée du Nord n’est peut-être pas si exagérée. Notamment en raison d’un autre transport qui s’est développé lui aussi, le transport par bateaux. Les ports fluviaux et maritimes nord-coréens se sont agrandis. Aujourd’hui, ils offrent aux Chinois de Mandchourie (nord-est de la Chine) la possibilité d’aller rapidement à la mer.  L'ouverture touristique en préparation  La Corée du Nord serait-elle tentée par un développement touristique étape par étape ? Le développement rapide des voies ferrées, maritimes ou routières laisse présager que la Corée du Nord a opté pour cette option. C’est l’avis de Partick Maurin, chercheur à l’Inalco, l’Institut des langues orientales de Paris, qui se rend régulièrement en Corée du Nord : « Je connais le pont ferroviaire au-dessus du fleuve Yalu entre la Chine et la Corée du Nord. Les liaisons ont donc repris le 12 mars dernier. Et personnellement, je suis assez impressionné par la vitesse à laquelle se développent les infrastructures, estime le chercheur. Alors bien entendu, la Corée du Nord ne vise pas à devenir une puissance commerciale comme les États-Unis, mais elle veut se faire reconnaître aux yeux du monde. Les grandes villes aux frontières se sont modernisées. Tout est prêt pour accueillir les touristes des pays voisins dans les hôtels et pour leurs activités. La majorité des touristes sont Chinois. Ils vont skier ou bien se baigner à la mer (la Corée du Nord est bordée par deux mers : la mer du Japon à l’est, la mer Jaune à l’ouest). »  Les trains entre Pyongyang et Pékin ont repris dans des trains appelés trains internationaux. Mais pour le moment, seuls les étudiants et les travailleurs chinois en poste en Corée du Nord ont droit à un billet.   À lire aussiLa Chine prône une «coordination» renforcée avec la Corée du Nord sur les questions internationales À lire aussiEn Corée du Nord, une station balnéaire touristique ouvre ses portes à Kalma

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  2. APR 3

    Musique, sport, culture: les grands événements dopent le secteur du transport

    Paris accueillera les dix premiers concerts du retour tant attendu de Céline Dion. La star a choisi la capitale française pour son retour sur scène en septembre, et déjà, les réservations de billets d’avion affluent du monde entier. Un engouement qui illustre l’impact des événements majeurs sur le secteur des transports, tous modes confondus. « Tu seras mes ailes à moi » : des paroles écrites sur mesure pour l’avion. En 2019, la compagnie Air Canada cherchait une idée pour inciter les passagers à prolonger leur vol jusqu’au Canada après avoir assisté aux concerts de Céline Dion aux États-Unis voisins. Pour marquer les esprits, la star québécoise avait endossé l’uniforme d’hôtesse de l’air, et la campagne avait fait le tour du monde. La même année, une société de voyages internationale lançait un concours auprès des professionnels du secteur. L’agent de voyage qui vendrait le plus de séjours avec obligatoirement un vol sur une compagnie américaine et un hébergement dans une chaîne d’hôtels partenaire remporterait deux billets d’avion, deux places pour un concert de Céline Dion à Las Vegas, ainsi que des nuits d’hôtel. Pour Jean-Baptiste Treboul, directeur de publication de la Revue Espaces Tourisme, les événements planétaires, qu’ils soient sportifs ou culturels, ont déjà profondément transformé l’économie du transport. Une tendance qui, selon lui, n’est pas près de s’arrêter, y compris en Afrique, où le continent a tout à gagner à surfer sur cette dynamique. « L’Afrique l’a déjà prouvé avec le football. Le continent a sa carte à jouer dans le domaine des grands événements. Mais il faut y aller progressivement. Les Jeux olympiques ont montré que l’une des clés de réussite tient aux garanties de transports. Il faut des infrastructures adaptées aux foules. Les spectateurs veulent pouvoir compter sur des lieux sécurisés et solides. Les routes, les aéroports, les gares sont reliés aux services du tourisme. Hôtels, taxis, tout cela doit s’intégrer et se réfléchir autour des capacités d’accueil », explique-t-il. L’impact économique des stars ne se limite pas aux frontières de leurs pays d’origine. L’année dernière, le chanteur portoricain Bad Bunny a rapporté pas moins de 200 millions de dollars à l’économie de son île natale, Porto Rico – un record dans les Caraïbes. Près de 50 000 visiteurs sont arrivés hors saison touristique, remplissant les avions, mais aussi les bus, les trains et les motos-taxis locaux. La recette ? Proposer aux jeunes générations ce qu’elles recherchent avant tout : des expériences à partager. Sur place, les admirateurs pouvaient ainsi emprunter les transports en commun pour participer à des cours de salsa. Philippe Massenat, cofondateur d’Antidots, une société spécialisée dans les solutions clé en main pour l’organisation de voyages événementiels, connaît bien ce phénomène. Son entreprise propose des réservations tout-en-un, accessibles en un seul clic : billets de concert ou de match, transport, hébergement, et désormais, des expériences à vivre. « C’est vrai que les Jeux olympiques, ou un championnat de sport, ou la venue de stars comme Céline Dion ou d’autres stars sont très demandés sur notre site. Les festivals de musique d'été, notamment, font partie des nouvelles demandes. Depuis 3 ou 4 ans, chaque fois nous constatons la hausse des demandes d’options de services. Nous y répondons par des propositions de loisirs, de visites, d’expériences insolites organisées autour des grands événements auxquels le public vient d’assister. Chez Antidots, le catalogue des offres se consulte et peut se réserver en même temps que les souhaits de trajets », détaille-t-il. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il suffit de regarder du côté de Taylor Swift. Avec sa tournée mondiale prévue en 2025, la chanteuse américaine a déjà généré 5 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis. Un chiffre qui illustre l’influence croissante des mégastars sur les secteurs du transport et du tourisme, et qui confirme une tendance de fond : les événements culturels et sportifs sont devenus des moteurs économiques majeurs, capables de redessiner les flux de voyageurs à l’échelle planétaire. À lire aussiFrance: le retour de Céline Dion sur scène agite Paris

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  3. MAR 27

    Alors que le prix du pétrole flambe, la Chine vit à l'heure du tout électrique

    La guerre en Iran a un impact inattendu sur l’industrie automobile, avec une hausse des ventes de voitures électriques en Europe. Les conducteurs cherchent à réduire leur dépendance au prix du pétrole. En moins d’un mois, des marques comme Ford, Opel, Fiat ou Peugeot ont enregistré 45 % de demandes en plus. Cette tendance devrait profiter à la Chine, dont l’avance repose sur une approche différente. La force des constructeurs chinois réside dans leur méthode : ils ont commencé par sécuriser l’accès aux matières premières plutôt que par construire des usines. Leur présence en Afrique et en Amérique latine s’explique par la volonté d’acheter ou d’extraire les métaux et minerais nécessaires à la fabrication des batteries. Une stratégie qui vise à contrôler l’ensemble de la chaîne, de la conception à la livraison aux clients. Le gouvernement chinois mise sur la création de pôles de recherche intégrant usines et ingénieurs pour développer la voiture de demain. L’objectif est de produire des véhicules plus informatisés, moins chers et moins polluants. Selon Vincent Barret, économiste financier et analyste à l’AGEFI, la guerre en Iran va renforcer la volonté chinoise de s’appuyer sur ses voisins du Sud-Est asiatique : « Effectivement, il y a une stratégie chinoise industrielle de qualité de la main-d’œuvre, de quantité de cette main-d’œuvre dans le secteur de l’automobile électrique. Les voisins de la Chine sont en cela exposés à une offensive chinoise. Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui donne tout de même aux bateaux chinois un droit de passage, déstabilise l’économie mondiale. Chaque pays réalise que le commerce n’est plus aussi sûr et que les approvisionnements peuvent devenir imprévisibles avec des ruptures de chaîne. » Cette stratégie pourrait cependant reléguer les grands constructeurs asiatiques et mondiaux à un rôle secondaire, les transformant en simples assembleurs de technologie chinoise. Une volonté économique et politique chinoise, élaborée pour s’inscrire dans la durée. Des kits de véhicules pré-montés En Afrique, la Chine tire déjà profit de ses investissements précoces dans les matières premières en y exportant des kits de véhicules pré-montés. Jean-Rémy Macchia, spécialiste du marché automobile, explique : « Ces kits livrés existent déjà au Nigéria ou au Kenya. L’avantage de ce mode de construction est de ne pas avoir autant de pièces détachées que dans des chaînes de construction classiques. D’où leur livraison dans des pays où le secteur industriel automobile n’est pas ou très peu développé. Au Nigéria ou au Kenya, cela commence tout juste. Les véhicules chinois restent à assembler dans de petites usines, très légères à construire puisqu’il ne s’agit plus que de fixer les grosses parties du véhicule. D’ailleurs on les appelle les usines-boulons, car elles interviennent sur la phase finale de l’assemblage. Pour le moment, cela reste une petite partie du marché de l’automobile en Afrique, les véhicules en question sont essentiellement des camionnettes électriques. » La Chine a également dépassé ses concurrents dans le domaine de l’automobile électrique, comme elle l’avait fait avec les trains à grande vitesse. Ses modèles de TGV figurent déjà sur les carnets de commandes en Afrique, en Amérique latine et en Asie. À lire aussiLe Kenya a expédié vers la Chine sa première cargaison de produits exemptés de droits de douane

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  4. MAR 20

    La flambée des prix du pétrole, une aubaine pour l'essor de l'éthanol

    La guerre en Iran, commencée le 28 février 2026, a entraîné la fermeture du détroit d'Ormuz. En conséquence, le prix du carburant à la pompe bat des records dans le monde entier. Pour éviter d'avoir chaque jour le doigt sur la calculette, les automobilistes cherchent des alternatives aux moteurs diesel ou essence. En Europe, les voitures électriques n'ayant pas convaincu, c'est l'éthanol, issu des déchets agricoles, qui connaît un succès inespéré. Ce printemps 2026, Nicolas Kurtsoglou, porte-parole de la filière européenne de l'éthanol – la Collective de l'éthanol –, a de quoi se réjouir. Les sites internet de la filière biocarburant et bioéthanol n'ont jamais été autant consultés :  « C'est un record ! Depuis début mars, la page Facebook du site Super Ethanol E85 a battu son record de vues. C'est une multiplication importante : 20 000 vues par jour, c'est 25 fois plus que d'habitude. Les réseaux sociaux de la Collective de l'éthanol, ainsi que la page web du bioéthanol, ont également enregistré des records de fréquentation. Cette montée en flèche est également constatée chez les garagistes. Les conducteurs leur demandent des renseignements sur les boîtiers qui permettent d'équiper et d'adapter la voiture au biocarburant comme l'éthanol. » À lire aussiLe bioéthanol séduit les automobilistes français Loup Hass, premier pilote français à rouler à l'éthanol En France, toutefois, le gouvernement est critiqué. Il tarde à autoriser et populariser les boîtiers éthanol pour les deux-roues. Or, à entendre Loup Hauss, motard au quotidien et premier pilote français sur circuit à rouler à l'éthanol, ce biocarburant fait économiser beaucoup d'énergie et d'argent : « Au début, pour les trajets quotidiens pour aller au travail, j'ai décidé d'adapter ma moto à l'éthanol. Je peux vous dire que ça fait faire de belles économies sur la durée ! Car c'est vrai, le boîtier d'adaptation au biocarburant a un coût, mais vite rentabilisé lorsque l'on fait beaucoup de kilomètres comme moi. D'autre part, en cette période de hausse du prix de l'essence et du diesel, c'est un bénéfice important, car l'éthanol à la pompe, E85, n'augmente pas. Ou s'il augmente, ce n'est pas significatif par rapport à ce que je dépenserais si je roulais avec un moteur classique. » 5 300 stations d'E85 en Europe   On compte 4 000 stations en France, 1 000 en Suède, 200 en Finlande, et d'autres en Suisse. La France reste donc le pays européen qui compte le plus de stations-service à posséder des pompes à carburant bioéthanol. L'un des freins qui a longtemps empêché les conducteurs d'adopter l'éthanol ou les biocarburants issus des déchets végétaux en général était le manque de pompes. Le problème est en cours de résolution, nous dit-on, en précisant qu'un moteur éthanol peut s'alimenter d'essence classique en cas de panne sèche sur la route.   Question de souveraineté énergétique Aujourd'hui, la recherche de souveraineté énergétique est, entre autres, ce qui explique que les demandes en éthanol les plus importantes proviennent d'Amérique, des États-Unis, du Brésil et des pays asiatiques. « Je pense que le bioéthanol, comme tous les biocarburants, est une alternative très intéressante aux carburants issus du pétrole. Notamment pour de grands pays agricoles qui affrontent la pollution. L'Inde s'engage à lutter contre le réchauffement et pour l'agriculture locale du pays, c'est un avantage. Partout où il y a de la canne à sucre ou des ressources agricoles, les biocarburants sont une bonne solution d'énergie moins polluante. D'autant plus que cela fait travailler les agriculteurs. L'éthanol est issu de cultures sucrières. Les biocarburants sont produits à partir de déchets végétaux. Les États-Unis et le Brésil dominent le marché producteur. Et depuis deux ans, la plus grosse demande provient des pays asiatiques, dont la Chine. Autre avantage : cette alternative au diesel ou à l'essence permet de réduire la dépendance au pétrole. C'est crucial pour des pays voulant s'assurer une souveraineté en matière d'énergie », explique Laurent Meillaud, conseiller indépendant en technologies automobiles. C'est une bonne nouvelle pour la filière. En Europe, les températures favorisent davantage les récoltes de betteraves à sucre. Cette année sucrière 2026 européenne s'annonce comme excellente. À lire aussiEnergie: une nouvelle alliance pour les biocarburants voit le jour, sous la houlette de l'Inde

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  5. MAR 13

    Avec la guerre au Moyen-Orient, les transporteurs tentent de s'adapter

    Ne pas céder à la panique, c'est, pour résumer, la devise des grands transporteurs de marchandises. Habitués aux risques et aux catastrophes du monde, les grands groupes internationaux souffrent depuis deux semaines des conflits au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d'Ormuz au large de l'Iran illustre l'un de leurs plus grands problèmes. Entre montée du prix du fuel et risques d'attaques contre les entrepôts, les transporteurs tentent de s'adapter.  On pourrait les croire en cours de gym tellement ils insistent sur les mots agilité et flexibilité. En résumé : même pas mal, on en a vu d’autres ! Il n’empêche, au terme de cette deuxième semaine de conflits au Moyen-Orient, la question clé chez les gros transporteurs internationaux tient en quatre mots : combien de temps encore ?  DHL, transporteur mondial rassurant   Lorsqu’il a répondu à nos questions, John Pearson, le patron de l’entreprise DHL, repérable sur la planète grâce entre autres à ses camions jaunes, inaugurait un lot d’entrepôts nouveaux ultra-modernisés au Vietnam, en Asie. L'Asie, un continent très dépendant des importations d’énergie du Moyen-Orient et affecté par les difficultés de circulation dans le détroit d'Ormuz au large de l'Iran.  « Pour nous, les effets les plus importants des conflits actuels au Moyen-Orient sont la montée des prix en général et la fermeture de certains grands aéroports, explique John Pearson. Heureusement, le secteur du transport de marchandises est moins touché que celui des voyages de passagers. Aujourd’hui les avions cargos, ceux qui transportent des marchandises, ne sont pas stoppés. Certains seulement sont restreints, mais sur des périodes de temps limitées. En revanche, les difficultés de circulation dans le détroit d’Ormuz au large de l’Iran obligent les navires à retarder les arrivées dans les ports de destination. Mais nous tenons à rassurer nos clients : avec notre système de compensation sur le prix du fuel, nous arrivons à équilibrer nos prix de transport. Autre chose importante… Nous tenons au courant nos clients et tous nos personnels sur les trajets et la sécurisation des marchandises. » À lire aussiDétroit d’Ormuz bloqué: peut-on vraiment contourner cette route clé du pétrole mondial? Un centre de stockage Amazon incendié   Des tirs au début du mois de mars ont touché un centre de données numériques du groupe Amazon aux Émirats arabes unis. L’entreprise n’a pas détaillé la nature ni l’ampleur de l’accident. Mais il a été suffisamment important pour déclencher un incendie et paralyser l’activité du bâtiment conçu pour résister aux catastrophes naturelles mais pas aux tirs militaires.   « Aujourd'hui les centres de données numériques, les data centers, sont devenus des infrastructures à risque en cas de guerre, analyse Clément David, fondateur de l’agence d’intelligence artificielle Theodo Data & AI. Vous, les transporteurs, vous utilisez de plus en plus l'intelligence artificielle (entrepôts automatisés, calcul des routes et des risques météo…) pour le transport des marchandises. Un centre de données numériques n'est pas un centre de ressources solides, ces données sont virtuelles ! C'est très différent d'un aéroport ou d'une centrale nucléaire. Le seul moyen de protéger une centrale nucléaire, c'est de la bunkériser, de la protéger avec des épaisseurs de murs. Pour les centres de données, si vous faites bien votre travail, vous ne craignez rien puisque vous avez sécurisé vos données auprès d'experts informatiques pour pouvoir dupliquer les données, avertit-il ses clients. Vous pourrez les transférer dans un autre centre situé dans un autre pays du monde si le centre est attaqué ou victime de dommages collatéraux. Toute la question, c'est que ce duplicage coûte cher ! Et que beaucoup d'entreprises évitent de la faire pour ne pas dépenser d'argent. L'exemple d'Amazon aux Émirats nous montre l'importance de le faire, sinon vous n'aurez que vos deux yeux pour pleurer en cas d'accident… ​​​​​​» Le Moyen-Orient en débat à OPTIM SALON et SITL 2026 Quelle que soit l’issue et la durée des conflits au Moyen-Orient, la diversification de l’énergie, des routes et des sites de stockage sera au cœur des discussions aux grands salons du transport marchand : l’OPTIM SALON à Deauville (8-10 avril) ou le SITL à Paris (31 mars-2 avril). À lire aussiDIRECT – Guerre au Moyen-Orient: les États-Unis frapperont l'Iran «très fort au cours de la semaine prochaine»

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  6. FEB 27

    La Chine et ses voitures électriques sont le futur de l'automobile européenne

    L'automobile européenne est-elle vraiment si menacée ? Après le président français, c'était au tour du chancelier allemand de se rendre en Chine. Cette semaine, Friedrich Merz a plaidé pour un rééquilibrage des échanges. Les chiffres le montrent : les Allemands consomment de plus en plus de produits chinois, tandis que la Chine achète de moins en moins les produits allemands. Parmi les marchandises concernées : les voitures, fleuron de l'économie allemande. Mais en Europe, certains estiment que c'est l'occasion de transformer les concurrents chinois en partenaires. Sur les routes en Chine, vous ne verrez pas de voitures à essence ni à moteurs hybrides (mélange d'électrique et de thermique). Non, uniquement des voitures électriques. Et c'est donc l'électrique qui va également s'imposer en Europe. Les courbes de croissance sont impressionnantes. Désormais, parler du marché automobile mondial, c'est parler de la Chine.... et plus, plus, plus, et toujours plus. En moins d'un an (en 2025), les ventes chinoises dans le monde ont connu une poussée de 20%. Le marché chinois dépasse haut la main le marché américain (13 millions d'unités pour les États-Unis), le marché indien (4,5 millions) ou japonais (3,8 millions). Il est même au-dessus du marché allemand en Europe, à hauteur de 2 millions de ventes en 2025.   Vitesse, volume et qualité Les Chinois ont une devise industrielle : « speed and scale », c'est-à-dire « produire vite et produire du volume, de la quantité ». Mais contrairement à ce qu'elle a pu faire dans le textile par le passé, la Chine progresse en privilégiant désormais la nouveauté et la qualité. Du GPS aux nouveaux écrans embarqués, les véhicules taxis ou autos chinoises deviennent de gros ordinateurs roulants. Et comme l'explique Jean-Rémy Macchia, expert rédacteur consultant automobile européen, l'avenir est dans l'autonomie, c'est-à-dire des véhicules sans chauffeurs : « Je prévois des voitures avec des écrans, des caméras embarquées. La voiture devient un énorme ordinateur sur roues. Il y aura de plus en plus de conduite autonome avec des commandes vocales et des options (enceintes, musique, films, connexion au domicile...) partout. Parallèlement, les Chinois ont entamé depuis 20 ans une énorme politique offensive d'électrification. Cela fait des années qu'ils achètent sur tous les continents sur monde des mines pour obtenir les minerais (lithium, cobalt...) et les terres rares les plus chères à extraire. Ces matières premières servent à la fabrication des batteries ou des moteurs électriques. La Chine va être payée en retour, car tous les constructeurs du monde vont leur acheter leurs minerais et leurs voitures. » À écouter aussiAutomobile : l’Europe face au choc électrique Énergie et enthousiasme chinois Selon une étude de la Fédération européenne de l’automobile, il existe une différence d'approche culturelle entre les continents. Les conducteurs européens restent attachés à 34% aux moteurs hybrides. Mais que l'on partage ou non les méthodes et les politiques chinoises, tous les observateurs économistes parlent de l'incroyable énergie autour des voitures en Chine. Raphaëlle Baut,  experte européenne, dit avoir reçu une véritable « claque » en Chine. Créatrice du site internet Numerama, cette spécialiste de l'industrie automobile est l'une des rares à visiter régulièrement les usines chinoises. Les citoyens chinois sont devenus des porte-drapeaux de leurs marques nationales. Un enthousiasme énergique et une différence culturelle avec l'Europe : « Ce qui m'impressionne en Chine, c'est l'âge des acheteurs (35 ans environ). Là-bas, l'automobile définit le statut social. Les jeunes sont très friands de nouveautés technologiques. C'est ce qui explique le succès des voitures dans l'ensemble du pays. Les innovations des modèles électriques passionnent les jeunes Chinois. Le marché en Chine permet d'avoir le choix entre une centaine de marques à des prix défiant toute concurrence. Contrairement à l'Europe, les Chinois sont fascinés par la longueur des véhicules. Les longues voitures de plus cinq mètres se vendent très bien. » Mariages de constructeurs, méfiance des conducteurs européens Face à une telle concurrence, les mastodontes de l'automobile doivent s'adapter. Fin 2025, deux mariages de grands constructeurs ont été prononcés. Le constructeur français Renault investit avec l'Américain Ford pour développer deux modèles de voitures électriques en Europe. Parallèlement, le groupe américano-européen Stellantis construira des taxis autonomes avec la société Bolt. Ces taxis sont annoncés sur le continent européen pour 2026. Depuis l'arrivée des voitures chinoises sur le marché européen, les citoyens du Vieux continent se montrent plutôt sceptiques. La majorité des doutes concerne la qualité. Or, depuis deux ans, l'avis des acheteurs évolue. Les taux de satisfaction progressent. Les véhicules électriques chinois coûtent trois fois moins cher. Ce rapport qualité/prix révolutionne déjà le marché mondial. À l'avenir, seules les réglementations de Bruxelles (droits des consommateurs, conservation, exploitation des données, autorisation de routes…) pourraient freiner l'arrivée et les ventes des nouveaux modèles autonomes. À écouter aussiUne histoire de rendez-vous manqués : pourquoi la voiture électrique a mis plus d’un siècle à s’imposer ?

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L’histoire nous le dira mais, sans la pandémie de coronavirus, aurait-on réalisé l’importance du transport international ? L’absence de déplacements et l’essor du commerce sur internet ne nous auront jamais autant concernés. Aujourd’hui, nos paquets sont déposés devant notre porte. Avant cette maladie mondiale, qui aurait prédit une telle remise en cause des géographies et monopoles industriels ? Nerf de la guerre, qu’il soit en mer, dans le ciel, le cosmos, sur la route ou les chemins de fer, le transport – de personnes et de marchandises – est un secteur d’une richesse incroyable où l’on rencontre des acteurs passionnés. Venez les découvrir en écoutant la Chronique transports de Marina Mielczarek.

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