Idées

La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

  1. 5D AGO

    Lea Ypi, philosophe et romancière

    Une jeune femme exceptionnelle est l’invitée de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro d’Idées. Née en Albanie, professeure de théorie politique à la London School of Economics, Lea Ypi est en effet considérée comme une des figures montantes de la vie intellectuelle en Europe. Dans le magazine qui interroge celles et ceux qui pensent le monde, cette intellectuelle de haut-vol parle à la fois de son travail de philosophe, de ses cours au Collège de France et de son roman intitulé Indignité, publié chez Calmann-Levy. Ce roman est à la fois une enquête familiale, une traversée du XXe siècle dans les Balkans, une réflexion sur l’identité, et une méditation sur la dignité humaine face aux régimes politiques. Le livre s’ouvre sur la diffusion sur les réseaux sociaux, d’une photographie de 1941 montrant la grand‑mère de l’auteure, Léman, souriante en lune de miel dans les Dolomites, alors que l’Albanie subissait l’occupation fasciste. Cette image, devenue virale, a provoqué un flot d’accusations et de jugements moraux. À tel point que Lea Ypi a entrepris de comprendre qui était réellement cette grand-mère au caractère bien trempé. Le roman est à la fois une reconstitution de la vie de Léman (où l’imaginaire joue son rôle, souligne-t-elle dans l’émission) née en 1918 à Salonique, issue d’une famille albanaise de l’aristocratie ottomane. Sa vie traverse la chute de l’Empire ottoman, la monarchie du roi Zog, le fascisme, le nazisme, la dictature communiste d’Enver Hoxha, la transition post‑communiste. Quel parcours ! Sa vie reflète pour le moins les profondes transformations politiques qui ont façonné l’Europe du Sud‑Est. Cette véritable saga s’avère aussi une enquête dans les archives d’État, où Lea Ypi a découvert rapports d’informateurs, dossiers de surveillance et documents incomplets. Ces archives, politisées et parfois trompeuses, révèlent autant qu’elles dissimulent. Elles démontrent en tout cas à quel point la surveillance policière sévissait sous l’ère communiste. Le roman montre ainsi la difficulté de reconstruire une vérité historique, celle qui est au cœur de la réflexion de Lea Ypi, dans un pays où l’amnésie a longtemps prévalu. Le titre de cette belle histoire renvoie à un thème central : la dignité humaine comme valeur menacée par les systèmes politiques. Léman est tour à tour considérée comme aristocrate ottomane, suspecte sous le communisme, puis traîtresse supposée dans l’Albanie contemporaine.  « Elle personnifie la responsabilité morale », dit notre invitée ce dimanche. Selon elle, ce récit romancé évoque la responsabilité morale dans des situations exceptionnelles, où les choix individuels sont en quelque sorte dictés par la violence des faits historiques. Dans Indignité et au cours de ce numéro d’Idées, notre spécialiste de philosophie politique montre que la vérité historique est fragile. Ne se construit-elle pas entre documents, souvenirs et interprétations ? De plus, l’auteure s’interroge au micro : « qui a le droit de raconter une vie ? ». Cette question donne au roman une dimension philosophique. Dans son « autre vie » , Lea Ypi, spécialiste de Kant, mène une réflexion sur « l’idée de socialisme moral ». Elle la détaille dans une série de leçons au Collège de France que je vous recommande.   Voici la page de Lea Ypi au Collège de France si vous souhaitez écouter ses leçons dans le cadre de la chaire intitulée : « L’invention de l’Europe par la langue et la culture ». Programmation musicale :             - ‎‎Marinella  - Thessaloniki mou   - ‎‎Eli Fara - Sonat​ - ‎‎Gjurmët - Era.

    55 min
  2. APR 26

    Quand le philosophe Jean-Luc Marion s’intéresse aux sports

    Dans le numéro d’IDÉES de cette semaine, Pierre-Édouard Deldique invite Jean-Luc Marion non pour une conversation sur la phénoménologie (sa spécialité) mais pour parler de sports. Avec La raison du sport (Grasset, 2026), cette figure majeure de la philosophie, de la phénoménologie française, membre de l’Académie française, nous propose en effet un essai inattendu et personnel. Loin de ses domaines habituels — la donation par exemple -notre invité se tourne vers une pratique qu’il connaît: la course à pied ; le fond, le demi-fond. Ce thème lui permet de poser une question à la fois simple et vertigineuse — que faisons-nous vraiment lorsque nous faisons du sport ? Au micro de Pierre-Édouard Deldique, il est beaucoup question du grand champion que fut Michel Jazy (que nous écoutons grâce aux archives), une star des années 60. Un modèle pour le philosophe qui a eu la chance de le rencontrer. Dès les premières pages de ce livre, Marion fait un constat que chacun peut vérifier : le sport est devenu un phénomène universel, omniprésent dans les sociétés contemporaines mais il demeure une énigme. Au fait, pourquoi court‑on ? Pourquoi s’aligner dans la foule anonyme d’un marathon ? Certainement pas, écrit-il, pour la « gloriole » de dépasser un inconnu ou pour impressionner ses proches. Le geste sportif répond à une nécessité plus profonde : se prouver que l’on existe encore, s’arracher à la quotidienneté, s’ouvrir au monde, unifier en soi la machine et l’âme en une seule chair. Le sport apparaît ainsi comme une expérience existentielle, un passage vers un « autre monde », plus vrai que celui du quotidien. Au micro, il s’explique. Pour Jean-Luc Marion, le sportif cherche moins à vaincre autrui qu’à s’atteindre soi‑même. Cette idée est née de son expérience personnelle avec laquelle il commence son livre : l’effort sportif est une épreuve de soi, une manière d’éprouver sa finitude et de la dépasser dans le mouvement même qui l’atteste. Le philosophe nous alerte aussi sur la transformation des athlètes en images, pire, en icônes et la conversion des spectateurs en consommateurs. Cette dérive spectaculaire, liée à un marché — dopage compris — menace de dénaturer l’expérience sportive originelle. Le sport moderne est donc pris entre deux régimes : l’ascèse intérieure et la compétition spectaculaire. « Où donc court-il ? Et pour combien de temps encore ? », demande-t-il. Le philosophe mobilise la phénoménologie pour penser le corps sportif. Il s’appuie sur la distinction entre « corps‑machine » et « corps‑chair », il montre que le sport ne peut être réduit à une mécanique de performance. Non, le sportif n’est pas un instrumentiste de son propre corps : il habite son corps, il est son corps. L’effort, la souffrance, l’abandon, la répétition, l’ascèse — autant de dimensions que Jean-Luc Marion décrit avec pertinence. Le penseur, réputé pour la rigueur de ses textes philosophiques, adopte ici une langue plus libre, plus incarnée, parfois lyrique. Il évoque les champions qu’il a admirés, ou bien encore les courses qu’il a vécues. Au terme de son enquête, il pose une question décisive mais rarement posée : quelle expérience spirituelle se joue dans le sport ? Le sport, en unifiant l’âme et la machine, en exposant le sujet à sa propre finitude, en l’ouvrant à un monde plus vrai, pourrait bien être une voie d’accès au spirituel, au sens large — non confessionnel — d’une expérience de dépassement de soi et d’ouverture au réel.   Programmation musicale :  Four blues - With bounce - David Lively Sé pou vélo - Tropical Jazz Trio (Alain Jean-Marie ; Roger Raspail ; Patrice Caratini) Étude n° 3 Running - Vanessa Wagner (compositeur : Nico Muhly) Walrus hunting - Christine Ott ; Torsten Böttcher.

    51 min
  3. APR 19

    Taïwan, «l’archipel des possibles» selon la revue Esprit

    Rendez-vous mensuel avec la revue Esprit dans le magazine Idées ce dimanche.  « Taïwan, l’archipel des possibles », tel est le titre du dossier du numéro d’avril qui met l’accent sur la singularité de l’île. Il est coordonné par Jean‑Yves Heurtebise, spécialiste de la pensée chinoise à l’université Sun Yat Sen. En ligne de Taïwan, il est l’invité de Pierre-Edouard Deldique, ainsi que la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon.   Le dossier l’affirme: dans un monde marqué par la montée des conflits, la remise en cause du droit international et l’affirmation de régimes autoritaires, Taïwan fait figure d’exception. L’île combine en effet une démocratie vivante, une société civile active, une créativité culturelle remarquable ainsi qu’une capacité d’innovation technologique reconnue. Comme il le précise dans l’émission Jean-Yves Heurtebise propose de lire Taïwan non comme un modèle imposable, mais comme un contre‑exemple à l’idée selon laquelle la modernité chinoise serait nécessairement autoritaire. Comme d’habitude, le dossier est une somme de contributions de spécialistes. Tanguy Lepesant analyse la position stratégique de l’île. Son article montre comment la géographie nourrit à fois la vulnérabilité de l’île montagneuse mais aussi sa capacité de résilience . Paul Jobin replace Taïwan dans les flux économiques et politiques de l’Asie. Loin d’être périphérique, l’île est un carrefour de la globalisation avec son industrie des semi‑conducteurs et ses liens avec le Japon, la Corée et l’Asie du Sud‑Est. Vincent Rollet revient sur la gestion taïwanaise du Covid‑19, souvent citée comme exemplaire. L’article montre comment la mémoire du SARS, la confiance institutionnelle et la mobilisation citoyenne ont permis une réponse rapide et efficace. Gwennaël Gaffric explore, lui, la littérature taïwanaise contemporaine à travers la métaphore du tremblement, qui renvoie à la fois aux séismes géologiques et aux secousses d’une société plurielle. Corrado Neri analyse l’essor des technologies immersives (XR) à Taïwan, présentées comme un laboratoire de modernité culturelle. L’île y apparaît comme un terrain d’expérimentation où se croisent innovation technologique et création artistique. Dans sa conclusion, le coordinateur du dossier propose une réflexion stimulante : Taïwan serait un miroir pour l’Europe, révélant ses hésitations stratégiques, ses fragilités démocratiques et son rapport ambivalent à la puissance. De tout cela, il est question dans ce numéro d’Idées. Comme souvent dans Esprit, le dossier Taïwan est accompagné d’articles variés, sur le concept de civilisation par exemple, ou l’affaire Epstein et la question de la transparence, ou bien encore sur Sarte le « mal aimé ». Sans oublier, bien sûr, l’éditorial consacré cette fois à l’information sur la guerre intitulé : « Trop d’images, pas assez d’information ». Anne-Lorraine Bujon y revient au cours de ce nouveau numéro d’Idées, le magazine qui interroge ceux qui pensent le monde.   Programmation musicale : - Recite - Lim Giong - San Min Chu-i - Hymne de Taïwan (République de Chine) - Where I’m from - Dungi Sapor, Tjaka - A pure person - Jieh - A pure person (BO du film Millenium Mambo) - Lim Giong - Intro - Dungi Sapor.

    55 min
  4. APR 12

    La Commune, guerre civile française selon l’historien Michel Winock

    Cette semaine, Pierre-Edouard Deldique consacre un numéro d’Idées à « La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) pour reprendre le titre du dernier livre en date de Michel Winock, son invité. Pourquoi ce choix ? Parce que cet épisode de l’histoire de France revient très souvent dans le débat d’idées car symbole de la division (certains diraient chronique) de ce peuple. L’historien, spécialiste de la vie politique française, choisit de raconter la Commune à travers une journée fondatrice : le 18 mars 1871, au cours de laquelle les Parisiens se sont soulevés et où la fracture entre la capitale d’une part et le gouvernement réfugié à Versailles, d’autre part, est devenue béante. Au micro, avec un don de conteur, Michel Winock raconte une France traumatisée ; défaite contre la Prusse, chute du Second Empire et siège éprouvant de Paris ont laissé un pays exsangue. Dans la capitale, la population, affamée et politisée, refusa la politique de conciliation menée par Adolphe Thiers. L’auteur montre comment cette situation explosive rendait inévitable l’affrontement entre un gouvernement soucieux de restaurer l’ordre et une ville qui se vivait comme le dernier bastion de la République. Le cœur du livre – publié logiquement dans la fort ancienne collection «  Les journées qui ont fait la France » - repose sur la description minutieuse de cette journée décisive, lorsque Thiers ordonna la récupération des canons de la Garde nationale installés à Montmartre, quand l’opération tourna au fiasco. Les soldats fraternisèrent alors avec la foule, deux généraux furent exécutés, et le gouvernement s’enfuit à Versailles.   Dans sa conversation avec Pierre-Edouard Deldique, l’historien restitue l’atmosphère électrique de ces heures où tout semblait possible. C’est dans le chaos que naquît la Commune de Paris, un pouvoir insurrectionnel partisan d’une démocratie directe, sociale et populaire, un pouvoir divisé, jacobins contre les fédéralistes, socialistes versus anarchistes par exemple. Ces tensions ont affaibli la capacité de la Commune à résister à l’État représenté à  Versailles et ces divisions résonnent encore aujourd’hui. Michel Winock souligne en effet que cet éclatement préfigurait les fractures durables de la gauche française, encore perceptibles aujourd’hui. Les derniers chapitres du livre sont consacrés à la « Semaine sanglante » de mai 1871, lorsque les troupes versaillaises reprirent Paris, quartier par quartier, des jours de répression décrits avec sobriété, la violence extrême de la répression : exécutions sommaires, combats de rue, incendies, milliers de morts. Il rappelle que cette répression constitue l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire contemporaine française. Elle laisse une cicatrice durable dans ce que l’on a coutume d’appeler la mémoire collective. Au micro de l’émission, et dans son livre, l’historien s’intéresse de près au rôle des femmes durant ces jours de fièvre, et pas seulement la plus célèbre aujourd’hui, Louise Michel (font une biographie engagée, écrite par Edith Thomas est publiée chez Gallimard). Livre d’histoire, l’ouvrage de Michel Winock s’avère aussi un ouvrage de réflexion politique. L’auteur interroge en effet ce que la Commune dit de la France, ses divisions, sa culture politique marquée par la radicalité et la méfiance envers le pouvoir central. Il montre aussi comment la Commune est devenue un mythe en quelque sorte, célébré par certains, honni par d’autres, et toujours présent dans les débats contemporains. Comme le recommande Franz-Olivier Giesbert, dans son éditorial du « Point » (9 avril) : « Lisez et faites lire la Commune de Michel Winock pour y apprendre tout ce dont nous sommes capables et pour tout faire afin que ne soit pas rajouté un jour, par notre faute collective, un nouvel affrontement au grand fleuve sanglant qui traverse nos siècles d’une tuerie de masse l’autre ».   Programmation musicale : - Le Temps Des Cerises (auteur Jean-Baptiste Clément ; compositeur : Antoine Renard) - Giovanni Mirabassi - Le Temps Des Cerises - Pascal Comelade - Le Temps Des Cerises - Yves Montand.

    45 min
  5. APR 5

    La démocratie est impossible selon Pascal Boyer

    C’est un constat un tantinet inquiétant que formule au micro de Pierre-Edouard Deldique, dans le magazine IDÉES ce dimanche, Pascal Boyer, anthropologue, expert en anthropologie cognitive, une spécialité qu’il nous explique dans l’émission. Dans son dernier livre en date, L’impossible démocratie chez Robert Laffont, Pascal Boyer poursuit son exploration de l’anthropologie cognitive en l’appliquant cette fois au domaine politique. Son hypothèse est simple, voire dérangeante : la démocratie moderne repose sur des attentes psychologiques qui ne correspondent en rien ou presque à notre architecture cognitive héritée de l’évolution humaine. Au fil des pages, l’auteur, professeur aux États-Unis, propose ainsi une relecture des crises contemporaines — polarisation, populisme, défiance — à partir de mécanismes mentaux profondément enracinés. Selon lui, il existe un fossé entre nos institutions démocratiques, les constitutions par exemple, et leurs pratiques, et nos intuitions. Au micro de l’émission, fort de ses recherches en Afrique notamment, Pascal Boyer estime que pour être efficientes, les démocraties libérales supposent par exemple des citoyens capables de raisonner de manière abstraite, d’accepter le compromis, de tolérer l’incertitude, de reconnaître la légitimité d’adversaires politiques. Or, selon notre expert, ces dispositions sont contre-intuitives. Nos intuitions politiques, façonnées dans des sociétés de petite taille, favorisent, elles, la cohésion du groupe, la méfiance envers l’étranger, la sacralisation de certaines valeurs, la recherche de leaders protecteurs en période de menace. En clair, la démocratie exigerait de nous des comportements que notre évolution n’a pas retenus. C’est un type de régime exigeant, fragile, qui demande aux individus de dépasser des intuitions profondément ancrées. Qu’on se le dise: la démocratie ne va pas de soi, elle exige des efforts permanents, d’où sa fragilité. Comme le notait Cornelius Castoriadis, reprenant Thucydide, « il faut choisir, se reposer ou être libre ». ► Pascal Boyer, L’impossible démocratie (Flammarion) Programmation musicale : - ‎‎Patti Smith - People Have The Power - ‎‎Tracy Chapman - Talkin' Bout A Revolution - ‎‎Jamiroquai - When You Gonna Learn.

    49 min
  6. MAR 29

    La revue Esprit et «les nouveaux territoires des drogues»

    Comme chaque mois, Pierre-Édouard Deldique consacre un numéro d’IDÉES au dossier de la revue ESPRIT, partenaire de l’émission. Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, est son invitée, ainsi que Marie-Jauffret Roustide qui propose avec Jean-Marxence Granier, un dossier complet sur les questions du narcotrafic et de la dépendance aux drogues. Un dossier qui va au-delà de la nécessaire répression du trafic. Elle ne suffit pas, dit au micro Marie Jauffret-Roustide. Cette approche ne protège pas la société et fragilise les usagers, tout en empêchant d’imaginer des politiques publiques cohérentes. Comme le veut la revue, le dossier se distingue par une pluralité de voix : chercheurs, acteurs de terrain, responsables associatifs, élus, usagers, qui permet de saisir la complexité d’un phénomène qui concerne rien de moins que la santé publique, la sécurité, l’économie informelle, les politiques urbaines et les trajectoires individuelles. Comme le note Anne-Lorraine, dans l’émission, le dossier est ouvert sur le monde. Il parle de « l’impérialisme étatsunien » et de son usage politique du thème des drogues ou bien de l’Afghanistan et les recompositions géopolitiques autour de l’opium. Cette dimension internationale rappelle que les politiques nationales ne peuvent être pensées isolément. L’un des apports majeurs du numéro est la comparaison européenne, qui met en lumière des modèles alternatifs au Portugal souvent cité par Marie Jauffret-Roustide, ou du pragmatisme suisse. Outre ce dossier riche, on notera aussi que ce numéro de la revue Esprit consacre son éditorial à la situation politique française marquée, selon elle, par « un attentisme irresponsable » ou bien encore, parmi beaucoup d’autres, un article sur le paradoxe du « wokisme » qui, voulant défendre les minorités, peut parfois les fragiliser. Le site de la revue.     Programmation musicale - ‎‎Neil Young - Needle And The Damage Done - ‎‎Mariane Faithfull - Sister Morphine - ‎‎U2 - Running To Stand Still.

    52 min
  7. MAR 22

    Catherine Van Offelen : la prudence n’est pas ce que vous croyez

    Entre la fuite en avant et le principe de précaution, notre invitée, érudite, Catherine Van Offelen propose une voie médiane, subtile et audacieuse : celle de la phronesis, cette prudence antique qui n’a rien de timorée. (Rediffusion du 7 septembre 2025) Dans son essai Risquer la prudence, elle exhume une vertu oubliée, à la fois pratique et courageuse, capable de guider l’action humaine dans l’incertitude. Catherine Van Offelen en parle avec une précision rare dans ce nouveau numéro d’Idées au micro de Pierre-Édouard Deldique. Contrairement à l’idée moderne de prudence – souvent associée à l’immobilisme ou à la peur du risque – cette jeune intellectuelle nous rappelle que la phronesis aristotélicienne est une forme de sagesse active. Elle ne consiste pas à éviter le danger, mais à l’évaluer avec justesse, à décider malgré l’ambiguïté, et à agir avec discernement. C’est une prudence qui ose, qui tranche. L’auteure critique le règne du principe de précaution, devenu selon elle un dogme paralysant. Elle plaide pour une réhabilitation de la décision humaine, fondée sur l’expérience, le jugement et une forme de courage intellectuel. Catherine Van Offelen, aux multiples références, puise dans les textes d’Aristote, mais aussi dans les traditions stoïcienne et chrétienne, pour montrer que la prudence n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle est la vertu du capitaine dans la tempête, du médecin face à l’incertitude, du citoyen dans un monde complexe. Dans un style limpide et rigoureux, elle tisse des liens entre philosophie antique et enjeux contemporains : écologie, politique, éthique médicale, intelligence artificielle. Partout, la phronesis apparaît comme une boussole précieuse. Risquer la prudence est plus qu’un essai philosophique : c’est une invitation à penser autrement notre rapport au risque, à l’action et à la responsabilité. En réhabilitant cette vertu oubliée, Catherine Van Offelen nous offre une clé pour naviguer dans l’incertitude sans renoncer à agir. Son enthousiasme est roboratif. Il nous invite à être prudent, mais pas trop… ► Catherine Van Offelen, Risquer la prudence – Une pratique de la sagesse antique (Gallimard)   Programmation musicale :  - Brad Mehldau – Dear Prudence - Yves Jamait – Ah ! la Prudence - Louis Sclavis – Aboard Ulysses's boat.

    43 min
  8. MAR 15

    Quand Marcel Gauchet remonte aux origines des idéologies

    Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Édouard Deldique reçoit un des grands philosophes français dont le dernier ouvrage « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel et non plus Gallimard l’éditeur historique du penseur), s’inscrit dans la continuité de son travail sur la sortie de la religion et la genèse de la modernité politique. Au fil des pages et au cours de l’émission, il nous propose une réflexion de longue durée sur les idéologies : leur apparition, leur fonction et leur transformation dans les sociétés démocratiques. Le grand et discret philosophe y voit un outil essentiel pour comprendre comment les démocraties se représentent elles-mêmes, comment elles se projettent dans l’avenir et comment elles affrontent leurs crises actuelles. L’auteur retrace la généalogie des idéologies depuis le XVIIIè siècle, moment où les sociétés occidentales basculent d’un ordre fondé sur la tradition et la religion vers un monde où les individus doivent inventer leur avenir. Avec une année de naissance précise : 1796. Il explique pourquoi dans le livre et l’émission. Pour lui, les idéologies sont constitutives des démocraties modernes : elles ne masquent pas la réalité, elles la rendent intelligible. Elles permettent aux citoyens de se situer dans un monde où l’autorité ne vient plus d’en haut mais doit être construite collectivement. D’évidence, même si les idéologies structurent la vie démocratique, leur pouvoir demeure énigmatique. Elles inspirent les grands mouvements d’opinion, organisent les clivages, mais elles évoluent, se transforment, se délitent parfois. Marcel Gauchet montre comment leur succession depuis le XIXè siècle reflète les tensions internes des démocraties : entre liberté et égalité, individu et collectif, progrès et désenchantement. L’essai s’inscrit dans un contexte où les démocraties semblent traversées par un pessimisme profond : montée des populismes, défiance envers les institutions, fragmentation idéologique. Les analyses de Gauchet résonnent avec ce climat : il montre que les démocraties peinent aujourd’hui à penser leur propre devenir, faute de cadres idéologiques suffisamment robustes pour orienter l’action collective. Et il précise que les idéologies existeront toujours. Elles se transformeront mais elles persisteront.   Programmation musicale :             - ‎‎Herbie Hancock - Maiden Voyage - ‎‎Nat King Cole - Night Lights - ‎‎Joe Pass - Django.

    1 hr

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La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

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