Idées

La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

  1. 1D AGO

    «Le mystère Malraux» vu par La Revue Des Deux Mondes

    À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition d’André Malraux (1901‑1976), La Revue des Deux Mondes consacre son numéro de février à celui qui fut à la fois aventurier, écrivain, ministre, théoricien de l’art, combattant, voyageur — un homme de gestes et de visions. Son titre : « Mystérieux Malraux ». À cette occasion, Pierre-Édouard Deldique invite Aurélie Julia, sa directrice. Ensemble, ils tentent de percer ce mystère Malraux. L’ambition du dossier est claire : voir Malraux au-delà des clichés, en éclairant ses contradictions, ses excès, ses fidélités et ses métamorphoses Le numéro met en avant l’homme d’action et de métamorphose. Malraux apparaît comme un être mû par une volonté farouche de se soustraire à sa condition initiale. Le dossier insiste sur son refus du réel, son goût pour la grandeur, et sa conviction que l’action et l’art permettent de se transformer. Le dossier évoque aussi la relation de Malraux avec De Gaulle. Elle est décrite comme une communion intellectuelle et spirituelle, parfois qualifiée de « coït intellectuel » par Jean Casso. Cette complicité nourrit une vision partagée de la France, de la culture et du destin historique. Jean-Michel Djian y consacre un article complet. Ce numéro souligne que Malraux n’est pas seulement le ministre flamboyant du gaullisme culturel, l’auteur de « La Condition humaine », ni seulement l’aventurier romanesque des années 1920. Il est présenté comme un homme d’unité intérieure, dont l’œuvre et la vie sont traversées par une question existentielle : comment donner forme à la liberté dans un monde tragique. De tout cela, Aurélie Julia parle au micro d’IDÉES avec l’appui des archives sonores où la voix du Malraux intime, mais aussi celle de l’orateur, ne peut que frapper. Musiques diffusées pendant l'émission : Madeleine Malraux - Piano Sonata No. 1: Interludium: Adagio ma non troppo Rolando Alarcon - El quinto regimiento Michael Galasso - Itmfl ii.

    42 min
  2. FEB 8

    Anne-Lorraine Bujon et Esprit: penser avec Fanon

    Nouveau rendez-vous avec la revue ESPRIT dans ce numéro. Pierre-Édouard Deldique reçoit en effet Anne-Lorraine Bujon, sa directrice pour parler du numéro de janvier-février de la revue partenaire de l’émission et, notamment, du dossier intitulé « Penser avec Frantz Fanon » un peu plus de cent ans après la naissance de ce penseur dans l’action. Coordonné par la philosophe Magali Bessone, il interroge la puissance toujours actuelle d’une œuvre née dans un contexte historique singulier et pourtant capable d’éclairer les impasses politiques, sociales et psychiques du présent. Figure majeure de la pensée anticoloniale, psychiatre, théoricien de la violence, analyste des mécanismes d’aliénation et de déshumanisation, Frantz Fanon nous interpelle toujours. Fait important : il est l’auteur d’articles publiés dans ESPRIT au début des années 50. Au fil des contributions, la revue nous explique pourquoi l’œuvre de ce médecin, intellectuel engagé dans la lutte pour l’indépendance algérienne auprès du FLN – continue de résonner dans un monde où les formes de domination persistent. Loin d’être un penseur figé dans les années 1950‑60, Frantz Fanon nous offre encore des outils conceptuels pour penser la persistance des hiérarchies raciales dans les sociétés contemporaines, les nouvelles formes de dépossession liées à la mondialisation néolibérale, la crise des subjectivités, entre violence intériorisée et quête de reconnaissance, la question de la désaliénation, horizon politique et anthropologique que Fanon n’a cessé de reformuler. Plusieurs articles soulignent que Fanon nous offre un regard neuf pour comprendre la longue liste des crises actuelles : violences policières et institutionnelles, qui réactivent la question des « corps racialisés » ; migrations et les frontières, où se rejouent des logiques de tri et de déshumanisation, fractures géopolitiques, montée des nationalismes, qui renoue avec des imaginaires d’exclusion. Le dossier ne se contente pas d’actualiser Fanon : il interroge aussi les limites de son héritage, notamment sa conception de la violence libératrice ou sa vision parfois homogénéisante du « peuple ». Au micro d’Idées, Anne-Lorraine Bujon revient aussi sur l’influence de Sartre sur cet intellectuel mort trop jeune et réciproquement. Ce numéro d’Esprit montre que penser avec Fanon, ce n’est ni répéter ses concepts ni sacraliser son héritage. C’est réactiver une pensée de la désaliénation, attentive aux corps, aux institutions, aux violences visibles et invisibles. Musiques diffusées pendant l'émission Jacques Coursil - Paroles Nues  M'Baye Meissa - Thiaroye Jacques Coursil - Frantz Fanon 1952.

    42 min
  3. FEB 1

    À Conakry, Elara Bertho revient sur l’utopie panafricaine

    Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit l’historienne, spécialiste de l’Afrique, Elara Bertho qui nous propose un nouveau livre, publié aux CNRS Éditions. Son titre ? : « Conakry, une utopie panafricaine ». L’ouvrage, au cœur de notre conversation, est une contribution majeure à l’histoire intellectuelle et politique de l’Afrique postcoloniale. À travers une enquête sensible et rigoureuse, l’auteure explore la manière dont la Guinée de Sékou Touré, après l’indépendance fracassante de 1958 joua la carte du panafricanisme, en particulier sa capitale, Conakry qui fut entre les années 1950 et 1970, un lieu où se cristallisèrent espoirs révolutionnaires, solidarités transnationales et rêves d’émancipation. Au micro, et dans son livre, Elara Bertho ne se contente pas de retracer une histoire institutionnelle du panafricanisme, elle s’intéresse à la ville considérée comme scène où se développent les circulations d’idées, les rencontres entre militants, artistes, intellectuels, et les tensions entre projet révolutionnaire et réalités politiques. Elle en parle avec passion. Conakry apparaît ainsi comme un carrefour géopolitique, accueillant exilés, leaders indépendantistes, mouvements de libération, un foyer culturel, où se croisent écrivains, musiciens, cinéastes, journaliste, un espace de projection utopique, pensé comme capitale d’une Afrique émancipée et unie. Cette approche sensible renouvelle l’histoire du panafricanisme, souvent racontée de façon froide, désincarnée, à travers ses grandes figures ou ses institutions. Elle se nourrit d’une multitude de documents : archives privées guinéennes, correspondances, journaux, tracts, discours, récits de vie, témoignages, mémoires, œuvres littéraires et artistiques, ces matériaux hétérogènes permettent de saisir l’épaisseur affective et imaginaire du projet panafricain : ses enthousiasmes, ses contradictions, ses désillusions aussi. L’ouvrage insiste sur la dimension utopique du panafricanisme guinéen : non pas un rêve abstrait, mais une utopie en actes, portée par des politiques culturelles, des alliances diplomatiques, des réseaux militants. La Guinée accueille alors des mouvements de libération lusophones, des intellectuels noirs américains, des artistes africains. Cette hospitalité devient un geste politique fondateur. Conakry devint un centre de production culturelle panafricaine avant de sombrer dans l’horreur de la dictature symbolisée par le sinistre camp Boiro. Elara Bertho ne masque d’ailleurs pas les contradictions, autoritarisme croissant du régime, surveillance politique, décalage entre discours révolutionnaire imposés aux Guinéens et la réalité. L’un des aspects les plus originaux du livre est l’attention portée aux émotions: enthousiasme, fraternité, espoir, mais aussi peur, fatigue, désenchantement. On y retrouve notamment Miriam Makeba et Stokely Carmichael, le couple mythique qui vint s’installer à Conakry en 1968 et fut jusqu’au bout un soutien à Sékou-Touré. (Lire aussi le livre que l’auteure lui a consacré : « Un couple panafricain », éditions Rot.Bo.Krik) Cette dimension affective permet de comprendre comment une utopie se construit, se vit, puis parfois se fissure. En articulant histoire politique, anthropologie des imaginaires et géographie urbaine, Bertho propose une lecture profondément renouvelée du panafricanisme. « Conakry, une utopie panafricaine », CNRS Éditions, 2025.   Musiques diffusées pendant l'émission Sory Kandia Kouyaté - Djoliba Ensemble instrumental de la Radiodiffusion nationale - Victoire à la Révolution Miriam Makeba - Maobe Guinée.

    44 min
  4. JAN 25

    Camille Lefebvre et Ari Awagana, sur la piste d’un savant au Borno

    Dans IDÉES, Pierre-Édouard Deldique s’attarde ce dimanche (25 janvier 2026) sur un livre remarquable dans lequel deux jeunes chercheurs, l’historienne, spécialiste de l’Afrique Camille Lefebvre et le linguiste Ari Awagana, rendent hommage à un savant africain. Il s’agit de la première édition critique complète de l’œuvre en kanouri d’al‑Hajj Musa ibn Hissein, un lettré musulman originaire du Borno, région historique située entre l’actuel Niger et le Nigeria. Le corpus de textes présenté est le fruit d’une rencontre singulière : celle d’al‑Hajj Musa et du linguiste allemand Rudolf Prietze, au Caire, au début du XXè siècle. Leur collaboration, entamée en 1904 à la mosquée al‑Azhar, s’étend sur une dizaine d’années et produit des centaines de pages de textes en kanouri et en haoussa. L’ouvrage rassemble un ensemble de documents d’une richesse rare, transmis oralement ou rédigés par al‑Hajj Musa. Il s’agit de contes populaires du Borno du XIXè siècle, chansons et proverbes, textes religieux et savants notamment. Ces textes témoignent d’une culture intellectuelle vivante, où se mêlent traditions populaires, érudition islamique, influences haoussa et kanouri, et pratiques de composition translinguistiques caractéristiques du Sahel précolonial. Au micro de Pierre-Édouard Deldique, les deux auteurs nous proposent une lecture d’extraits de ces documents. L’un des apports essentiels du livre est de montrer que, malgré l’intervention d’un savant européen, la culture sahélienne — ses manières de penser, de raconter, de structurer le savoir — demeure pleinement perceptible dans les textes. Avec ses 502 pages publiées aux édition Brill, l’ouvrage constitue désormais une référence incontournable pour les historiens du Sahel. Retrouvez le contenu intégral du livre de nos deux invités en cliquant sur ce lien.   Musiques diffusées : Anthologie de la musique africaine (Musique du Kanem) enregistrements 1963 : Monique Brandily - Solo de clarinette/Groupes de tambours Mamane Barka - Malloumi / Mashi.

    41 min
  5. JAN 18

    Rencontre avec deux historiens, Éric Anceau et Olivier Grenouilleau

    Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit deux historiens, Éric Anceau et Olivier Grenouilleau. Le premier propose une « Nouvelle histoire de France » chez Passés composés, le second un nouvelle collection baptisée « La bibliothèque à remonter le temps », aux éditions du Cerf. Éric Anceau, spécialiste reconnu du XIXè siècle, coordonne dans ce volume une centaine d’historiens, sociologues, juristes, économistes, philosophes et historiens de l’art. L’ambition est claire : proposer une histoire de la France entièrement renouvelée et mettre fin aux querelles idéologiques qui instrumentalisent le passé. Le livre de plus de 1.000 pages couvre l’ensemble de l’histoire du pays, des origines à nos jours. Chaque période est confiée à un spécialiste, ce qui garantit une grande précision scientifique. Cette pluralité de regards permet de désenclaver le récit national, en l’inscrivant dans des contextes européens et mondiaux. Le projet vise donc à  réaffirmer la légitimité du travail historien face aux récits militants, éviter les simplifications (ni roman national, ni repentance systématique), proposer un récit nuancé, attentif aux zones d’ombre comme aux réussites.   De son côté, Olivier Grenouilleau, membre de l’Institut de France, auteur d’une œuvre récompensée par de nombreux prix, plusieurs fois invité dans IDÉES, veut proposer des synthèses accessibles au plus grand nombre. « La Bibliothèque à remonter le temps » s’adresse à tous. « Que vous soyez adolescent, adulte ou tout simplement citoyen, découvrez l’Histoire comme vous ne l’avez jamais vue », écrit-il avec enthousiasme. Il est vrai que chacun des ouvrages de la collection, une centaine de pages richement illustrées, nous permette de connaître un aspect de l’histoire et pas seulement de la France. Olivier Grenouilleau, lui, nous propose une histoire de la Révolution française. Impossible de ne pas la comprendre, dans toute sa complexité, après les lectures de sa centaine de pages écrites avec clarté et précision.   Dans les deux cas, les invités d’IDÉES nous proposent une histoire passionnante et dépassionnée. Programmation musicale :  Ikiru - Sévère Réprimande (Compositeur : Erik Satie) Baptiste Herbin, Vincent Durupt - Manhattan Sonate – Financial District (Compositeur : Olivier Calmel).

    40 min
  6. JAN 11

    George Orwell, l’intemporel

    Le numéro de décembre-janvier de La Revue des Deux Mondes consacre son dossier à George Orwell, figure majeure de la pensée, dont l’œuvre continue de résonner avec acuité dans notre monde contemporain. Sous le titre « Orwell, l’intemporel », la Revue propose en effet un ensemble d’articles qui explorent la puissance prophétique de l’auteur de 1984 et La Ferme des animaux, mais aussi la complexité d’un écrivain trop souvent réduit à ses dystopies. Aurélie Julia, la passionnante directrice de la revue, est l’invitée de Pierre-Édouard Deldique, dans ce nouveau numéro du magazine IDÉES. Dans l’éditorial, elle pose une question qui traverse tout le numéro : « Aurions-nous dépassé en 2025 les sombres prédictions de l’écrivain britannique ? ». L’interrogation mérite en effet d’être soulevée. Face à l’essor des pouvoirs autoritaires, à la montée de la surveillance numérique, à l’appauvrissement de la langue, à la prolifération de la post-vérité ou encore aux promesses ambiguës du transhumanisme, Orwell apparaît comme un compagnon de route indispensable pour penser les dérives de nos sociétés. La revue rappelle que la force d’Orwell tient à la cohérence entre sa vie et son œuvre : immersion parmi les plus pauvres, engagement dans la guerre d’Espagne, observation minutieuse des mécanismes de domination. Cette expérience du réel nourrit une lucidité qui, aujourd’hui encore, éclaire nos inquiétudes. À lire aussiCannes 2025: Raoul Peck s'intéresse à la lucidité très contemporaine de George Orwell   Comme à chaque fois, le numéro rassemble des contributions variées, qui dessinent un portrait pluriel de l’écrivain. L’ensemble compose un dossier dense qui mêle littérature, réflexion politique et analyse sociétale. Orwell n’y est pas figé dans une posture de prophète, mais il est présenté comme un penseur du réel, dont la lucidité dérange autant qu’elle éclaire. La revue insiste sur un point essentiel : si Orwell demeure si actuel, ce n’est pas parce qu’il aurait « prédit » notre monde, mais parce qu’il a compris les mécanismes universels du pouvoir, de la manipulation et de la servitude volontaire. En rassemblant des voix diverses, La Revue des Deux Mondes propose un numéro qui invite à relire Orwell dont les textes continuent de nous mettre en garde contre les dérives de notre temps. Ce dossier offre ainsi une porte d’entrée stimulante pour quiconque souhaite comprendre pourquoi, près de 75 ans après sa mort, Orwell demeure l’un des penseurs les plus nécessaires pour affronter les défis du XXIᵉ siècle. La Revue des deux mondes, décembre 2025 – janvier 2026. À écouter aussi :Philippe Jaworski, éditeur d'une sélection d'oeuvres de George Orwell   ► Les références musicales : Superpoze Statues Eurythmics Doubleplusgood (Bande originale du film 1984) Eurythmics Winston's Diary (Bande originale du film 1984) Calvin Russell Big Brother

    45 min
  7. JAN 4

    Retour sur l’œuvre de Philippe Descola

    Dans IDEES, Pierre-Edouard Deldique reçoit l’anthropologue de renom Philippe Descola pour un retour sur son travail de recherche à l’occasion de la parution aux éditions du Seuil de son ouvrage Politiques du faire‑monde, qui prolonge les grandes lignes de l’anthropologie de Philippe Descola. Issu des « Tanner Lectures » prononcées en 2023 à l’université de Berkeley aux États-Unis, l’ouvrage condense plus de cinquante ans de recherches, notamment auprès des Achuar d’Amazonie. Il propose une réflexion ambitieuse : comment repenser nos institutions, nos catégories et nos manières d’habiter la Terre à partir d’une anthropologie des ontologies ? Avec clarté et profondeur, Phillipe Descola revient, dans son livre et dans ce numéro d’IDEES, sur l’héritage problématique, selon lui du « siècle des Lumières », c’est-à-dire la séparation radicale entre nature et culture, véritable matrice de la modernité occidentale. Cette distinction, rappelle-t-il, n’est ni universelle ni nécessaire. Elle est un programme d’étude du monde qui a permis l’essor des sciences, mais qui a aussi rendu possible l’exploitation illimitée de la nature ou non-humains. L’un des apports majeurs de Descola est la typologie de quatre ontologies — ou filtres ontologiques — qui structurent les manières humaines de composer un monde. Elles ne sont pas des « visions du monde » abstraites : ce sont des manières de faire monde, c’est‑à‑dire de sélectionner certaines relations comme pertinentes pour composer un cosmos habitable. Il nous les détaille dans ce nouveau numéro du magazine qui interroge ceux qui pensent le monde. L’enjeu politique est clair : le naturalisme n’est qu’une ontologie parmi d’autres, et non l’horizon indépassable de l’humanité. Il s’agit de rompre avec l’idée que seuls les humains composent le politique. Les non-humains — animaux, plantes, lieux, esprits, objets techniques — doivent être reconnus comme acteurs de mondes. Philippe Descola plaide pour une diplomatie des ontologies, où les collectifs humains reconnaissent la légitimité d’autres manières d’habiter la Terre. C’est une autre façon de concevoir l’ONU du futur. Politiques du faire‑monde est un texte bref mais dense. Son ambition politique, au sens noble du terme, est affichée. Les propos clairs de Philippe Descola au micro en sont une preuve supplémentaire. Ce livre est indispensable. À lire aussiPhilippe Descola: «Par-delà nature et culture»   ► Les références musicales : Jean-Michel Jarre - Amazonia, Pt. 8  No Tongues - Tortue Géniale Pierre Bachelet - Des Cobras Et Des Gazelles Francesco Agnello - Hang 12

    45 min
  8. 12/28/2025

    Arthur Schopenhauer s'invite dans Idées

    Ce dimanche, dans IDEES, Pierre-Edouard Deldique reçoit Christian Sommer, l’éditeur de l’œuvre maîtresse du philosophe allemand intitulée : « Le Monde comme volonté et représentation » dans la prestigieuse collection « La Pléiade » chez Gallimard.   Ce livre publié en 1819 est un livre à la fois métaphysique, esthétique, éthique et littéraire, qui propose une vision du monde d’une rare puissance. Notre invité, spécialiste de philosophie, lui rend justice en soulignant à la fois la rigueur conceptuelle et la puissance stylistique d’un texte souvent réduit à tort à son pessimisme. Schopenhauer y développe la thèse suivante : le monde est double. Il est représentation, c’est‑à‑dire phénomène structuré par notre esprit, et il est aussi volonté, une force métaphysique irrationnelle qui anime toute chose. Nous sommes dépendants d’elle. Le philosophe reprend Kant : nous ne connaissons jamais les choses en soi, seulement les phénomènes tels qu’ils apparaissent dans les formes de notre esprit.  Cette thèse permet à Schopenhauer d’affirmer que le sujet est la condition de possibilité du monde. Le réel n’est pas un donné brut : il est une construction. Alors que se cache-t-il derrière la représentation ? La seconde partie de ce livre majeur introduit la notion centrale de volonté. Il ne s’agit pas ici de la volonté consciente ou rationnelle, mais d’une force aveugle, irrésistible, universelle, qui traverse la nature entière. Conséquence: vivre, c’est vouloir ; vouloir, c’est manquer ; manquer, c’est souffrir. La vie oscille entre désir (souffrance) et satisfaction (ennui). D’où la réputation de pessimisme attachée à Schopenhauer. Dans la troisième partie de l’ouvrage, le penseur développe une théorie de l’art. L’art, dit‑il, suspend la volonté. Il nous permet de contempler les choses sans désir, sans intérêt, sans finalité. L’esthétique devient ainsi une voie de salut : l’art nous arrache momentanément à la souffrance du vouloir‑vivre. Enfin, le quatrième livre propose une morale fondée sur la compassion. Si la volonté est universelle, la souffrance l’est aussi. Reconnaître en autrui la même volonté qui nous traverse fonde une éthique de la pitié, proche du bouddhisme, de l’hindouisme. Mais la véritable délivrance, pour Schopenhauer, est plus radicale, elle passe par l’ascèse, la négation progressive du vouloir‑vivre. C’est une voie exigeante, presque mystique, qui vise à éteindre le désir lui‑même. Schopenhauer apparaît alors comme un penseur de la sobriété heureuse et de l’altruisme. Pas mal pour un homme surnommé « le pessimiste de Francfort » !   Les références musicales : - Amar Nath Mishra        Raga Sindhu Bhairavi - Wolfgang Amadeus Mozart Ouverture de l’opéra Don Giovanni interprétée par l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (dirigé par Nikolaus Harnoncourt) - Richard Wagner Prélude de l’opéra Siegfried interprété par l’orchestre philharmonique de Vienne (dirigé par Georg Solti)

    46 min

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La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

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