Le podcast de Culture FLE

Culture FLE

Des astuces et des conseils pour améliorer ton cours de FLE !

Episodes

  1. 02/04/2024

    La francophonie à l’honneur avec Geneviève Geron

    Intégrer la francophonie dans son cours de FLE   Geneviève Geron nous donne quelques pistes sur la manière dont nous pouvons intégrer la francophonie dans notre cours. Elle évoque également les conséquences positives d’une telle intégration sur la motivation des apprenants. Vous trouverez ici le résumé de sa conférence Le français, une langue francophone à enseigner. Aujourd’hui, je suis avec Geneviève Geron, que j’avais rencontrée lors de la Rencontre FLE organisée par les Éditions Maison Des Langues à Barcelone. Elle y avait tenu une conférence intitulée « le français, une langue francophone à enseigner » et c’est pourquoi j’ai absolument tenu à la rencontrer pour la semaine de la francophonie ! Question : Bonjour Madame Geron ! Merci beaucoup d’avoir accepté mon invitation et d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Je voudrais commencer par vous demander si vous pouviez vous présenter. Réponse : Je suis responsable facultaire des formations continues à l’université publique de Louvain. Je m’occupe donc des formations en didactique du français langue étrangère depuis plus de 25 ans, et notamment du stage international d’été en didactique du FLE mais aussi du certificat en didactique du français langue étrangère. À côté de cela, je suis aussi professeure de didactique du français langue étrangère dans une haute école c’est à dire dans une école supérieure qui prépare les professeurs de français à la fois pour enseigner avec un public adulte ou bien pour enseigner dans un collège. Question : Justement, par rapport à cet enseignement de la didactique du FLE, est ce qu’il y a un aspect qui vous paraît particulièrement important ? Qu’est-ce que qu’est-ce que vous cherchez à transmettre aux futur·es professeur·es en particulier ? Réponse : Oui bien sûr ! Donc une première chose en contexte francophone, c’est d’abord de leur expliquer que ce n’est pas parce qu’on est un natif francophone qu’on est capable de donner cours de français langue étrangère, ce que pensent parfois certaines personnes. Et donc c’est de leur montrer qu’effectivement, lorsque nous apprenons notre langue maternelle, nous apprenons beaucoup de choses de manière intuitive, que nous allons devoir expliciter en français langue étrangère. Il y a aussi des stratégies à devoir apprendre, plus également tout le volet interculturel, qui dans l’enseignement des langues et dans l’enseignement du français langue étrangère est quelque chose de très important Question : Oui bien sûr, quand on apprend sa langue maternelle on a un apprentissage assez naturel et mais ce sont quand même des personnes qui ont appris des langues étrangères… Est-ce qu’elles ne font pas le rapport avec leur propre apprentissage des langues étrangères où elles ont eu elles-mêmes une réflexion sur la grammaire et à la culture de la langue ? Réponse : oui parfois. Mais parfois le transfert n’est pas à faire parce que la langue étrangère a peut-être été apprise avec une méthodologie qui, aujourd’hui, n’est plus tellement celle qu’on propose de suivre et donc parfois ce n’est pas si évident pour eux de faire des transferts. Question : D’accord, donc c’est important pour eux de découvrir les nouvelles méthodes employées en didactique Réponse : Tout à fait ! Donc méthode communicative et actionnelle ce sont évidemment des méthodologies qui sont importantes aujourd’hui et qu’ils doivent effectivement apprendre. Question : D’accord. Alors je vous avais rencontrée à la Rencontre de Barcelone organisée par les Éditions Maison Des Langues et vous aviez tenu une conférence très intéressante sur « Le français langue francophone à enseigner » et dans laquelle vous insistiez donc sur l’importance de la francophonie dans l’enseignement de cette langue et vous aviez souligné notamment le fait que le français a une image assez élitiste Réponse : Tout à fait. Donc on se rend compte par des études encore très récentes que l’image de la langue française est une image à la fois élitiste mais une image aussi très esthético-culturelle, c’est-à-dire qu’on y colle des images d’une nouvelle langue d’une langue d’une sonorité agréable, d’une langue d’une grande culture, avec une littérature avec une gastronomie avec une mode intéressante, donc finalement quelque chose d’assez élitiste mais aussi d’ assez esthético-culturel, et pas du tout une image d’une langue pratique. Et ça, je pense que c’est dommage, et je pense qu’effectivement comme je le disais à Barcelone, que, dans l’apprentissage de la langue, via l’ouverture à la francophonie, eh bien on peut peut-être faire changer cette image de la langue et rendre l’image de la langue française plus ouverte, comme celle d’une langue moderne, une langue vivante, dont on a besoin à la fois pour travailler et pour voyager et pas simplement comme celle d’une langue semblable à une langue morte, c’est à dire une langue que l’on étudie parce qu’elle est jolie, parce qu’elle a une grande littérature. Question : Et donc ce que vous essayez de faire, en ré-incluant la francophonie dans le cours de français, c’est montrer qu’il s’agit d’une langue qui est parlée dans le monde entier ? Réponse : Effectivement, je pense que c’est un atout important, dans le contexte de mondialisation actuelle, de montrer que la langue que l’apprenant·e est en train d’étudier est une langue qui va lui servir pour aller à Paris bien sûr, pour aller en France mais qui va aussi lui servir pour aller à au Canada, à l’île de la Réunion, au Maghreb, dans un pays d’Afrique noire… Donc je pense que c’est important aussi de montrer que cette langue est répandue, que c’est important au niveau rentabilité de l’apprentissage aussi de se rendre compte que c’est une langue qui va servir et que c’est une langue qui est utile. Question : D’accord ! Donc en fait, ce que j’aimerais bien comprendre, c’est en quoi le fait de voir que c’est une langue qui est parlée dans le monde entier lutte contre cette image élitiste. Réponse : Je pense que ça donne une image de la francophonie qui est une image plus proche des gens et donc plus proche de la réalité. Ça donne un peu plus de sens aux apprentissages un peu plus de sens à la langue que l’on est en train d’apprendre. Ce n’est pas une langue réservée à la culture, à cette élite qui pouvait comprendre la littérature française. La langue que je suis en train d’apprendre, c’est la langue qui sert de trait d’union entre des peuples et c’est avec ces peuples-là que je veux pouvoir parler. Ce n’est pas une langue réservée à une élite, c’est une langue de communication avant tout. Question : Alors justement, le fait d’enseigner le français comme langue francophone finalement, c’est le remettre en contexte dans un bain culturel. Réponse : Oui c’est très important ! Et ça, comme je l’ai expliqué à Barcelone, c’est parfois un peu dommage de voir que dans certains manuels, heureusement ça change et j’en suis vraiment très heureuse, on ne fait pas de contacts virtuels suffisant avec la langue, avec la langue francophone. Jean Claude Beacco disait que c’était important aujourd’hui d’avoir ces contacts virtuels avec les cultures francophones différentes et ce sont vraiment des contacts virtuels qu’il faut avoir et pas simplement une description d’une culture. C’est vraiment utiliser la culture, utiliser des témoignages de francophones comme base de l’apprentissage de la langue. C’est ça qui est important. Question : C’est vrai que souvent l’apprentissage du français, il intervient après l’anglais et l’anglais, c’est aussi une langue parlée dans le monde entier mais sans doute l’aspect culturel n’est pas aussi accentué : on l’enseigne comme une lingua franca qui n’est pas vraiment un ancrée dans une culture. Je pense que vous avez raison : ça peut être vraiment très intéressant de de faire la différence avec le français. C’est paradoxal parce que finalement, on arrive à faire du français une langue actuelle en œuvre et ancrant dans les cultures francophones alors que l’anglais c’est le phénomène inverse qui se passe Réponse : Tout à fait, mais je pense que justement c’est une de nos forces, parce que ça veut dire aussi qu’en travaillant plus proche des gens et en recontextualisant, on peut aussi faire passer des valeurs, on va aussi faire passer des messages. Et ça je pense que c’est aussi le rôle d’un professeur de FLE notamment dans la période où l’on vit aujourd’hui de se dire que nous sommes aussi des passeurs de culture. Ça veut dire ouvrir des personnes à l’altérité culturelle aussi et qui te permet de travailler ses cultures de manière à ne pas les hiérarchiser et à peut-être faire valoir aussi à une valeur de respect de la France et ça je pense que en tant que professeur de langue et en tant que professeur de français langue étrangère c’est aussi notre mission à travers cet apprentissage de la langue Question : Oui effectivement, c’est une belle mission complémentaire ! Alors en fait justement, le fait que le français soit parlé dans le monde, c’est un héritage du colonialisme et là je voudrais en fait aborder ce sujet un petit peu polémique. Donc c’est un héritage du colonialisme : comment parler de cela en cours de français langue étrangère ? Comment mettre en valeur les aspects positifs de la francophonie mondiale tout en tout en reconnaissant le fait que c’est un héritage historique d’un du fait colonial ? Réponse : Alors je pense que c’est quelque chose qu’il faut aborder tout à fait ouvertement. Et je

  2. 12/24/2023

    Faire cours avec les séries en FLE

    Aujourd’hui, je suis avec Amandine Quétel, que j’ai rencontrée à la Rencontre FLE de Barcelone organisée par les Éditions Maison des Langues (EMDL). Amandine Quétel a été enseignante de FLE et est actuellement formatrice de formateurs, notamment pour TV5 MONDE et les EMDL. Elle nous parle de l’utilisation des vidéos en classe de FLE. Quelques liens utiles La page FB d’Amandine Quétel : https://www.facebook.com/amandinequetelFLE/ Bombay TV : http://www.bombay-tv.net Allociné : http://www.allocine.fr Mon article sur l’utilisation des images des la vidéo, en particulier avec un extrait du film Nikita utilisé en classe : https://culture-fle.de/temps-du-passe-video-fle/ Transcription de l’interview Bonjour Amandine ! Bonjour Marianne ! Merci d’être là ! De rien, avec plaisir.   Est-ce que vous pourriez vous présenter pour nos auditeurs ?   Oui, donc je suis Amandine Quétel. Actuellement, je suis formatrice de formateurs et auteure, autrice, de manuels de FLE avec les éditions Maisons des Langues et donc formatrice de formateurs de manière indépendante, en free-lance. Je travaille beaucoup avec les éditions Maisons des langues, également avec TV5 MONDE et par moi-même, je réponds à des demandes d’institutions qui souhaitent former leurs professeurs, voilà.   D’accord. Comment est-ce que vous êtes passée de professeur de FLE à formatrice de formateurs ?   Alors, en fait… Je suis en train de réfléchir mais j’ai toujours eu des postes à la fois de professeur et de coordinatrice pédagogique. Et du coup dans mes fonctions, selon les institutions, j’ai eu l’occasion de travailler avec des professeurs de FLE qui n’avaient pas eu accès à la même formation que moi. C’est-à-dire que moi, j’ai un Master FLE d’une université française, de l’université de Nantes, qui était une bonne formation, très complète. Dans un de mes premiers postes, j’ai travaillé à l’Alliance Française de Sainte-Lucie, une petite île des Caraïbes, et les professeurs de FLE locaux n’avaient pas du tout eu accès à cette formation. Ils avaient un niveau plus ou moins de Bac+2 avec très peu de didactique dans leurs études ; un très bon niveau de français, ça, il n’y avait pas de problème, mais c’est vrai qu’au niveau de la pédagogie, de la didactique, de la connaissance du monde du FLE, par exemple des niveaux du CECR, c’est vrai qu’ils n’avaient pas du tout la même connaissance que moi. Donc la direction de l’Alliance française m’a très rapidement demandé de faire de petits ateliers pour partager un peu ces connaissances, et eux partageaient avec moi plutôt leur connaissance du terrain, parce qu’ils connaissaient bien leurs élèves, etc. Donc c’était intéressant, parce que ça a été très rapidement des échanges plus que des formations vraiment magistrales. Et ensuite, quelques années plus tard, lorsque j’étais en poste à l’institut français de Bilbao, j’ai eu la chance de pouvoir faire une formation pour devenir formatrice labellisée par TV5MONDE. J’ai suivi une vingtaine d’heures de formation par quelqu’un de TV5 MONDE pour faire de nous des formateurs « officiels » de TV5 MONDE. Ça a été super intéressant aussi pour apprendre à vraiment construire une formation, ce que j’avais fait de manière un peu intuitive jusqu’à maintenant, construire une formation complète en prenant en compte et les besoins de l’institution et des professeurs qui ne sont pas toujours exactement les mêmes. Et puis du coup, voilà à partir de ce moment-là, j’ai commencé à faire pas mal de formations pour TV5 MONDE, surtout en Espagne au départ, et puis maintenant un peu partout dans le monde, pour TV5 MONDE et pour d’autres, pour qui veut bien en fait.   D’accord, et ces formations que vous proposez pour TV5 MONDE elles tournent aussi autour de la vidéo, ou c’est quelque chose de différent ?   Oui, oui, bien sûr. En fait le principe de la formation, c’est d’apprendre à utiliser toutes les ressources proposées par le site TV5 MONDE, donc c’est essentiellement des vidéos, même s’il y a aussi quelques articles, il y a quelques chansons sans vidéos, il y en a très peu, mais il y en a, il y a quelques textes littéraires aussi, mais c’est vrai que l’essentiel des fiches pédagogiques sur TV5 MONDE sont basées sur des documents audiovisuels. Donc, c’est vrai que c’est quelque chose qui m’intéressait déjà auparavant mais, voilà, qui m’a questionnée et j’ai dû faire des recherches au niveau de tout ce qui est audiovisuel en classe, audiovisuel dans l’apprentissage, dans l’enseignement d’une langue, donc, en fait, une grosse partie de la formation est consacrée à pourquoi et comment utiliser le document audiovisuel en classe.   D’accord. Et vous, vous en êtes arrivée comment à utiliser la vidéo en classe de français langue étrangère ? Il y a eu une raison particulière, un déclic ?   Alors, en fait, moi, personnellement, je regarde énormément de films, j’ai toujours regardé beaucoup de films. Avant de savoir que le métier du FLE existait, j’avais envie d’être critique de cinéma. Bon, c’était un rêve d’adolescente mais voilà, j’ai toujours adoré le cinéma. Depuis que les séries comme on les connaît actuellement existent, je regarde énormément de séries. Je suis plein de webséries de petits créateurs de séries sur YouTube par exemple, c’est un média que j’aime déjà, moi, personnellement, beaucoup. Et ensuite, je trouve qu’il apporte beaucoup dans la classe. Donc assez rapidement, dès mes premières années d’enseignement, j’ai été amenée à utiliser des vidéos, et aussi parce que le site de TV5 MONDE, cela fait des années qu’il existe et qu’il propose plein de choses clé en main pour les profs. Donc, c’est vrai que quand on cherche un peu des idées d’activités, des idées de ressources etc., on tombe assez rapidement sur le site de TV5 MONDE. Du coup, si on aime ça, si on a aussi le matériel, parce qu’il faut aussi un peu de matériel pour pouvoir regarder des vidéos en classe, on peut quand même très rapidement être amené à utiliser ce support, et assez facilement, si on suit la fiche pédagogique de TV5 MONDE, c’est toujours assez bien construit et ça donne pas mal d’idées sur comment utiliser ensuite d’autres vidéos qu’on pourra trouver nous-mêmes. Donc c’est assez naturellement que je me suis mise à utiliser des vidéos, parce que de toute façon, c’est un support qui fait partie de ma vie, et encore plus maintenant avec les smartphones etc., on est constamment, enfin, en tout cas moi, je suis constamment en train de regarder des vidéos.   Oui, c’est une manière en fait de faire entrer la vie réelle dans la classe de langue.   Tout à fait. Parce que, à mon avis, à moins d’enseigner à des générations plus anciennes, vraiment plus anciennes, je pense que tout le monde est confronté à des vidéos tout le temps dans sa vie. Dès qu’on regarde un réseau social, que ce soit Facebook, Instagram ou autre, on tombe sur des vidéos, très rapidement. Donc, c’est vrai que pourquoi ne pas le faire rentrer dans la salle de classe ? Quand on enseigne une langue vivante, je trouve qu’il faut que cela ressemble à la vie réelle, il faut que ça soit la vie réelle.   Oui, bien sûr. Est-ce que vous pourriez nous parler un petit peu des avantages de la vidéo en classe de langue ? Donc, on a vu effectivement, faire entrer la vie réelle en classe. Est-ce qu’il y a d’autres avantages à cette utilisation ?   Alors à mon avis et je crois que tous les profs seront d’accord, parce que, à chaque fois que je fais des formations sur ce thème, c’est la première raison qui arrive, c’est que ça stimule la motivationdes apprenants… et des profs. Ça, on l’oublie, mais je pense que ça motive, en tout cas moi, ça me motive, de montrer à mes élèves une vidéo qui me plait, qui va leur faire découvrir des nouvelles choses, avec laquelle on va pouvoir aborder des points de langue, de la grammaire, du lexique etc., mais d’une manière différente. Ça peut être plus vivant, ça peut être différent, mais voilà, ça stimule énormément la motivation parce que c’est de l’image et du son, c’est une image qui bouge, ce n’est plus le professeur qui parle, ce n’est plus le livre qu’on a ouvert, donc ça change, ça change de support. En général, on essaie de montrer des vidéos authentiques, donc c’est aussi découvrir la langue telle qu’elle est parlée dans le pays, ça peut être parlé par des jeunes de l’âge des apprenants. On peut utiliser des vidéos sur tous les thèmes donc on va pouvoir choisir des vidéos qui traitent de sujets d’intérêt, je pense notamment aux adolescents : ce n’est pas toujours facile de susciter l’intérêt des adolescents, surtout quand ils n’ont pas forcément choisi d’apprendre le français, donc, si on peut leur montrer que le français, ce n’est pas quelque chose d’ennuyeux, qu’il y a des jeunes Français tout comme eux qui parlent français et que ça peut être utile de parler français. Donc il y a vraiment ce côté motivation.   Après, je trouve aussi que la vidéo ça facilite la compréhensionparce que bien sûr, il y a du son, il y a des personnes qui parlent, mais il y a surtout de l’image dans la vidéo et l’image, quel que soit notre niveau de langue, on va pouvoir la comprendre pour la décrire, on va pouvoir l’aborder beaucoup plus facilement que le texte écrit ou le texte parlé. Donc on utilise beaucoup l’image comme un vecteur entre les langues. Je donne toujours l’exemple du dessin d’une pomme, si on montre un dessin d’une pomme, quelle que soit la nationalité des personnes, même s

  3. 12/10/2023

    Interview de Michel Billières – la méthode verbo-tonale

    Interview de Michel Billières sur la méthode verbo-tonale   Dans ce podcast, Michel Billières nous parle de la méthode verbo-tonale. Michel Billières est professeur des universités au département Sciences du langage de Toulouse 2. Il a été responsable du Master en sciences du langage, spécialité acquisition et didactique du français langue étrangère et seconde à cette même université. Il est également formateur de formateurs et blogueur. Son blog s’intitule Au son du FLE.   Quelques sites utiles Au son du FLE : https://www.verbotonale-phonetique.com FLOraL :https://www.projet-pfc.net Le cours en ressource UOH : http://w3.uohprod.univ-tlse2.fr/UOH-PHONETIQUE-FLE/ Le site de Pietro Intravaia : http://www.intravaia-verbotonale.com   Transcription   Bonjour Michel Billières. Merci d’être là. Avec grand plaisir.   Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’est la méthode verbo-tonale, nous parler de ses caractéristiques, de ce qui la différencie de la méthode articulatoire ?   Oui. Donc je vais essayer de l’expliquer le plus succinctement et le plus précisément possible. Ce que l’on appelle la méthode verbo-tonale d’intégration phonétique est une méthode qui est apparue dans le paysage de l’enseignement d’abord du français langue étrangère, ensuite d’autres langues vivantes, dès le tout début des années 60. Elle a été mise au point par un savant yougoslave qui s’appelle Petar Guberina, qui est un francophile phonéticien et c’est une méthode Indissociable également des méthodes Structuro-Globales Audio-Visuelles (SGAV) dans la mesure où les promoteurs de ces méthodes ont toujours considéré que SGAV et verbo-tonale étaient indissociables. Ça c’est le point d’histoire. Maintenant quel est le principe de la méthode verbo-tonale ? La pierre angulaire c’est ce qu’on appelle la métaphore du crible phonologique. A savoir qu’il est tout à fait normal et naturel d’avoir des problèmes de prononciation quand on parle une langue étrangère, que l’on soit adolescent ou adulte, parce qu’on est conditionné par le crible phonologique de sa langue maternelle. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que n’importe quel individu acquiert de façon naturelle, spontanée, le système sonore de sa langue maternelle et il met à peu près 5 ans pour l’acquérir. Ce n’est pas uniquement acquérir les consonnes et les voyelles, c’est acquérir toutes les règles de combinaison des voyelles et des consonnes pour une langue donnée, c’est également pouvoir intégrer le rythme et l’intonation de telle et telle langue. Il n’y a pas deux systèmes rythmiques, deux systèmes intonatifs qui se ressemblent dans les langues qui sont investiguées. Pour n’importe quel individu, autour de la cinquième année, ce crible phonologique est constitué. Cela veut dire qu’à partir du moment où on entend une langue étrangère, on perçoit toutes les sonorités de cette langue à travers une sorte de filtre, une sorte de crible, une sorte de passoire. C’est-à-dire que certains sons sont mal appréciés parce qu’ils ne font pas partie de notre crible à nous. Certains sons ne sont pas entendus, ils sont trop brefs… Donc le crible phonologique est une sorte de filtre qui nous empêche, objectivement, d’entendre des sons qui appartiennent à un autre système sonore. Ce crible phonologique est constitué aux alentours de la cinquième année, comme je vous l’ai dit, et disons que jusqu’á la puberté ce crible est assez poreux. Cela explique pourquoi un enfant de 6 ans, 7 ans, 8 ans, qui accompagne ses parents dans un pays étranger peut tout à fait facilement apprendre la langue très rapidement, au bout d’un an, s’il est scolarisé par exemple parmi les natifs, alors que les parent vont ramer comme des bêtes et n’arriveront jamais à se départir de l’accent. Par contre, lorsque la puberté démarre, on observe une chute très brutale de la performance de la perception auditive. Ça c’est inéluctable, à partir de l’adolescence on commence á être frappé par une sorte de surdité sonore aux langues étrangères, c’est maintenant quelque chose d’attesté par la recherche. Donc cela veut dire que si vous êtes ados ou bien si vous êtes adulte, il est peu probable que vous arriviez à apprendre une langue étrangère et à vous départir de tout accent. Il y aura toujours des substrats de langue maternelle qui vont trainer quelque part.  Quand on sait que c’est normal et naturel, cela peut parfois permettre de se décontracter un peu, qu’on soit élève ou qu’on soit prof.   D’accord. Que peut alors la verbo-tonale pour nous aider ? Maintenant on sait qu’on aura un accent, mais comment on peut prononcer de manière correcte les sons de la langue étrangère ?   C’est-à-dire que la méthode verbo-tonale présente un certain nombre d’avantages qui sont des avantages complètement testés empiriquement. C’est-à-dire que les gens qui ont une formation avec cette méthode arrivent à obtenir des résultats quand même très encourageants, variables d’un élève à l’autre, il y a aussi la question de la durabilité des meilleures performances phonétiques, cela on pourra en parler.   La méthode verbo-tonale repose sur un certain nombre de postulats. Je vais les énoncer rapidement.   Premier postulat : Si on prononce mal les sonorités d’une langue étrangère, c’est qu’au départ on les perçoit mal, donc il faut agir sur la perception auditive. Il faut en quelque sorte déverrouiller l’oreille de l’apprenant de manière á ce que progressivement, l’apprenant se familiarise avec les sons de la langue étrangère. Vous partez du principe que vous avez mis cinq ans pour acquérir le système de votre langue maternelle, vous n’allez pas acquérir le système d’une autre langue en cinq minutes. Dans tous les cas il faut du temps, de la patience, de la bonne volonté et surtout le prof doit savoir que chaque élève progresse à son propre rythme, son par son. Il n’y a pas de progression du style : pendant trois séances je fais le « u », pendant trois séance le son « r », pendant cinq séance l’opposition « en » / « on », cela ne peut pas fonctionner comme cela. Donc les élèves vont avoir des réactions variables. D’où cette idée « qui peut le plus peut le moins », on travaille sur l’ensemble du système sonore puisqu’on est exposé à la langue en permanence. Alors pourquoi est-on exposé à la langue en permanence quand on étudie cette langue ? Si on utilise des moyens audio-oraux, audiovisuels, on entend la langue et surtout on est confronté en permanence à la prosodie de cette langue, c’est-à-dire à cette enveloppe mélodique : l’intonation, et l’enveloppe rythmique. Tous les sons sont nécessairement insérés dans cette enveloppe ryhtmico-mélodique. Cela veut dire donc que ce qui est absolument essentiel au niveau de la correction phonétique, c’est de donner une priorité absolue au rythme et à l’intonation. En d’autres termes, cela veut dire qu’on va utiliser le rythme et l’intonation prioritairement pour corriger des sons. Il y a d’autres procédés qu’utilise la verbo-tonale, techniquement cela s’appelle la prononciation déformée, ou encore les entourages facilitants. Cela veut dire que pour corriger une erreur portant sur une voyelle ou sur une consonne il y a un ensemble de procédés qu’en tant qu’enseignant je peux utiliser un par un ou bien je peux les combiner. Je me rends compte par exemple qu’un élève va être sensible à une combinaison rythme et entourage facilitant, alors que le voisin cela va être plutôt intonation et prononciation nuancée. En deux séances, je l’ai repéré, cela, j’ai un peu la carte d’identité phonétique de mes élèves. Dès que j’ai repéré le procédé le meilleur,hop, je fonce pour proposer cet espèce de raccourci pédagogique, ce que dans mon jargon j’appellerais une optimale corrective, je propose cette optimale corrective adapté à chaque étudiant en particulier. Alors quelle est la différence avec la méthode articulatoire ? La méthode articulatoire ne propose qu’un seul réflexe articulatoire. Par exemple pour prononcer le son « je » qui va poser beaucoup de problèmes à beaucoup d’étudiants asiatiques par exemple, la méthode articulatoire va dire : « Voilà, vous partez du son « de » et vous reculez la langue jusqu’à obtenir un son « je », ce qui donnerait un truc du genre : (vocalisation). » Soit dit en passant c’est plus facile à dire qu’à faire parce que l’apprenant n’a aucun moyen de contrôler à quel moment il est dans la plage de réalisation de « Je » et hormis ce genre de procédé, l’articulatoire ne propose rien, en plus, la méthode articulatoire ne propose rien. En plus, la méthode articulatoire travaille sur des sons pris isolément alors que dans la parole naturellement, les sons se succèdent les uns aux autres. J’ajouterais, parce que c’est très important pour la méthode verbo-tonale, la méthode verbo-tonale considère que c’est l’ensemble du corps qui participe à la phonation. Cela veut dire que, quand on parle, on bouge de façon tout à fait naturelle, tout à fait spontanée. Même si je reste au garde-à-vous en vous parlant je vais quand même avoir une centaine de muscles et de tendons qui vont s’activer, ne serait-ce que pour vous dire : « bonjour ! ». Encore une fois, il y a plein de choses qui se passent et c’est la totalité du corps qui est intégrée quand on fait de la correction phonétique par la verbo-tonale, on est vraiment dans la parole et le mouvement et on n’est absolument pas dans une parole figée, comme c’est le cas pour la méthode articulatoire.   Oui, effectivement, la prono

  4. 11/26/2023

    Utiliser les photos en classe de FLE avec Anne Mocaër

    Aujourd’hui, je vous propose une interview d’Anne Mocaër, formatrice et éditrice aux Editions Maison des Langues, sur le thème de l’utilisation de la photographie en classe de Français Langue Étrangère. Anne Mocaër nous y parle de son parcours, des raisons qui l’ont amenée à s’intéresser à l’utilisation de photos en classe de FLE et aussi de leurs nombreux avantages. Elle nous donne quelques astuces et conseils pour mieux les utiliser et savoir où les trouver. Mais surtout, elle nous présente 10 activités (mais oui, j’ai bien dit dix !) que vous pouvez tout de suite et facilement ré-investir dans votre propre cours. Ses conseils précieux vous permettront d’utiliser (mieux et plus souvent) les photos en cours, en particulier les photos d’art et de presse. Car si une image vaut mille mots, la photo comme support créatif, c’est tout un art… Vous trouverez ci-dessous tous les liens cités par Anne et d’autres pour aller encore plus loin : Photos d’actualité https://www.nytimes.com/column/learning-whats-going-on-in-this-picture https://www.courrierinternational.com/diaporama Outil en ligne  https://phraseit.net/ Magazine photo http://www.polkamagazine.com/# Projets photos  http://myroomphotos.com/ https://www.nytimes.com/interactive/2014/10/08/magazine/eaters-all-over.html?_r=2 Sur Instagram https://www.instagram.com/stevemccurryofficial/ https://www.instagram.com/reuters/ https://www.instagram.com/natgeo/ Photographes Raymond Depardon Dorothea Lang Martin Parr Henri Cartier-Bresson Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Le support visuel dans l’apprentissage d’une langue étrangère », organisé par le blog Le français illustré.   10 astuces pour utiliser la photo en classe de langue   1. Faire une description d’une photo C’est parfait si vous voulez travailler sur l’expression « il y a » ou sur les expressions de localisation (à droite, devant, à côté, etc.). Cela peut avantageusement remplacer un plan.   2. Cacher une partie de l’image Demandez alors aux apprenants de faire des suppositions sur la partie cachée. Cela permet de donner son opinion (sans subjonctif : niveau A2)   3. Faire parler les personnes sur la photo en insérant des bulles Vous pouvez découper du papier ou utiliser l’outil « https://phraseit.net » pour insérer une bulle parlante ou une bulle de pensée. Possible à partir de A1.   4. Inventer une légende à la photo Prenez une photo de presse et demandez à vos apprenants de trouver une légende. Puis, comparez avec la vraie légende. Cela permet de travailler l’expression écrite de manière assez rapide pour être faite en classe.   5. Montrer une image et poser deux questions : Que se passe-t-il dans cette image ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Il s’agit d’un exercice inspiré du New York Times avec des photos un peu spéciales : https://www.nytimes.com/column/learning-whats-going-on-in-this-picture. Il est possible de traduire l’anglais en français si vos apprenants le comprennent. Ils peuvent ainsi travailler l’expression de l’hypothèse. Vous pouvez aussi leur demander d’apporter eux-mêmes une photo intéressante.   6. Travailler sur l’émotion en demandant d’associer une émotion à la photo Les apprenants doivent nommer une émotion et justifier, expliquer. Permet de parler des émotions sans que les apprenants doivent s’impliquer trop directement. Demandez ensuite aux apprenants de chercher une autre photo qui représente pour eux la même émotion et de l’apporter en classe. Ils doivent alors la décrire aux autres, et leur expliquer pourquoi elle appelle cette émotion-là chez eux (Éventuellement, laissez les autres d’abord trouver de quelle émotion il s’agit).   7. Faire faire des recherches sur une photo Donnez un peu d’informations sur le photographe ou sur l’événement, puis demandez à vos apprenants d’en rechercher davantage sur l’événement (historique ou d’actualité) ou le photographe. Demandez-leur de chercher des photos d’événements historiques de leur pays.   8. Demander aux apprenants de trouver dix mots en rapport avec la photo Cela permet de réviser le vocabulaire !   9. Tableau vivant ou « dans la peau du photographe » Un groupe d’apprenants en dirige un autre pour reproduire une photo. Cela permet d’utiliser l’impératif. Ensuite, la photo est prise, et les apprenants peuvent comparer le résultat avec l’original.   10. Projet photo « à la manière de » Demandez aux apprenants de reprendre le travail d’un photographe. Hannah Whitaker prend en photo les petits déjeuners. Cela permet de travailler l’interculturel. Puis, ils doivent prendre une photo de leur propre petit-déjeuner !   Bonus : montrer une photo d’un photographe Demandez-leur de chercher une autre photo du même photographe qui leur a le plus plu ou qui les a touché et de la décrire en classe en expliquant leur choix.                 L’article Utiliser les photos en classe de FLE avec Anne Mocaër est apparu en premier sur Culture FLE.

  5. 11/12/2023

    Interview d’Odile Bams – orthophoniste

    interview d’Odile Bams – orthophoniste   J’ai discuté avec Odile Bams, orthophoniste donnant des cours de prononciation à l’université populaire de Strasbourg. Elle nous parle de la manière dont elle enseigne la prononciation du français aux étrangers, et j’espère que vous trouverez dans son intervention des astuces utiles que vous pourrez réutiliser dans vos propres cours.   Certains d’entre vous se demanderont peut-être pourquoi j’ai choisi de poser des questions à une orthophoniste… Eh bien, il y a plusieurs raisons à cela.   Une orthophoniste enseignant le FLE Tout d’abord, Odile BAMS enseigne la prononciation du français à l’université populaire de Strasbourg. A ce titre, elle est bien enseignante de FLE spécialisée en prononciation. Son parcours un peu atypique, venant de l’orthophonie, m’a attirée et j’ai pensé qu’elle aurait pour cette raison quelques astuces utiles pour les professeurs souhaitant travailler davantage sur la prononciation. Personnellement, j’ai effectivement appris des choses intéressantes en parlant avec elle. J’espère donc que ce sera également votre cas.   Pas d’amalgame : une expérience personnelle Certains professeurs de FLE déjà spécialisés en prononciation trouvent peut-être qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre un(e) « orthophoniste », travaillant sur les troubles du langage, et leur métier, qui s’adresse à des apprenants étrangers. Et ils ont raison : je suis entièrement d’accord sur le fond. Cependant, mon expérience personnelle m’a poussée vers les orthophonistes : Française cherchant à corriger mon accent en allemand, je n’ai malheureusement pas trouvé de professeur d’allemand capable de m’aider à travailler cet aspect parfois handicapant dans ma vie professionnelle. Je suis convaincue que les étrangers vivant en France sont confrontés exactement au même problème. L’accent est un facteur de discrimination. Les personnes qui y sont confrontées ont bien des difficultés à trouver des personnes formées et qualifiées pour les aider.   Plus de formation en prononciation Bref, il y a clairement un déficit de formation en prononciation. Il me semble que toutes les techniques pouvant s’avérer utiles dans ce domaine méritent donc d’être présentées. Je compte bien refaire quelques épisodes sur la prononciation. Si vous avez des choses à dire sur ce sujet, n’hésitez pas à prendre contact avec moi. Nous pourrons peut-être proposer un nouveau podcast sur le sujet ensemble.   Le débat continue : nourrissez-le ! Si vous avez des questions, des remarques, des commentaires, n’hésitez pas à les poster et à animer un débat autour de ce sujet sensible mais passionnant. Les échanges de points de vue sont à mon avis toujours enrichissants.   Bonne écoute !     L’article Interview d’Odile Bams – orthophoniste est apparu en premier sur Culture FLE.

  6. 10/29/2023

    Le français illustré sous toutes ses coutures

    Aujourd’hui, je vous propose une interview de Jérôme Paul, le créateur du français illustré. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son blog : https://lefrancaisillustre.com     Transcription de l’interview de Jérôme Paul, du français illustré   Marianne Viader (Culture FLE) : Bonjour Jérôme !   Jérôme PAUL (le français illustré) : Bonjour !   MV : Est-ce que tu peux nous présenter ton parcours ? Qui es-tu et qu’est-ce tu fais ?   JP : Eh bien je m’appelle Jérôme Paul, je suis prof de FLE aux Pays-Bas depuis plus de 25 ans et j’ai enseigné dans des écoles publiques néerlandaises, enfin j’enseigne toujours dans une école publique, dans un collège Montessori. Et depuis quelque temps, je suis aussi le créateur de la chaine YouTube « le français illustré ». Depuis très peu de temps, j’ai un blog sur le français illustré.   MV : D’accord. Et qu’est-ce qui t’a motivé à créer le français illustré ?   JP : Eh bien, dans mon école Montessori, je voulais proposer à mes élèves une autre façon d’aborder la lecture, d’aborder la compréhension écrite, et donc j’ai imaginé des illustrations qui permettaient de soutenir le texte, de soutenir des phrases surtout, d’aider à la compréhension des phrases. Très rapidement, j’ai imaginé un système, en deux temps, d’exercices à la compréhension écrite. Tout d’abord, il y avait une phase d’exposition. Pendant cette phase, l’élève avait la phrase française qui était illustrée, et il avait la traduction néerlandaise juste à côté. Il lisait cela, et ensuite on passait à une phase de compréhension proprement dite, c’est-à-dire de contrôle de la compréhension : l’élève avait les phrases françaises et au-dessus de toutes ces phrases, il y avait les illustrations. Tout se faisait sur ordinateur, sur document Word. Pour montrer que l’élève avait compris les phrases en français, il cliquait sur une illustration et il la plaçait au bon endroit derrière la phrase. En fait, on avait une traduction : français®illustration. Et puis, comme ça a bien marché à l’école, je me suis demandé ce que je pouvais en faire de plus. Au début, j’ai eu l’idée de faire une application pour téléphones portables, pour smartphones. J’ai même contacté une entreprise spécialisée dans ce domaine, mais c’était vraiment trop cher pour mon porte-monnaie de monter un tel projet. Donc j’ai laissé de côté. Et après, je me suis demandé : « Mais comment est-ce que je peux quand même utiliser ce système d’illustration pour aider la compréhension ? » J’ai eu l’idée de fabriquer une chaine YouTube. Cela fait maintenant déjà presque trois ans que j’ai une chaine YouTube, avec 140 vidéos à l’heure actuelle, et ça marche bien. Enfin, je trouve que ça marche bien.   MV : D’accord. Donc en fait l’idée de départ c’était la compréhension écrite ?   JP : Enfin, l’idée de départ c’était la compréhension écrite à l’école. Parce que j’avais vraiment le matériel de base, j’avais des ordinateurs, et c’était déjà très bien, j’utilisais le programme Word et voilà. Après, avec la chaine YouTube, là, c’est passé au niveau oral et écrit, c’est-à-dire que pour chaque vidéo, il y a, au début, c’étaient 5 phrases, maintenant c’est beaucoup plus, cela va de 8 à 12 phrases, parfois 6 phrases, qui sont lues et écrites, donc on peut s’exercer à la compréhension orale, et à la compréhension écrite aussi.   MV : Oui, donc les vidéos, cela fonctionne comment ? Est-ce que tu peux nous décrire ce qui se passe dans une vidéo du français illustré ?   JP : Alors une vidéo dure en gros une minute trente, deux minutes, en gros. Il y a de 5 à 12 phrases qui forment ensemble une petite histoire, ou en tout cas une unité thématique. Les phrases sont dites et écrites, et au milieu de l’écran, il y a un cartouche avec les illustrations. Ensuite, les phrases sont répétées, plus lentement, et pour chaque mot ou groupe de mot, il y a l’illustration qui apparait, pour ensuite reformer la phrase entière. Et puis voilà, c’est tout simple, donc c’est vraiment de l’exposition, de l’input, c’est vraiment du comprehensible input selon la théorie de Stephen Krashen, donc voilà, c’est surtout pour offrir le plus possible aux visiteurs de la chaine YouTube, aux apprenants du français, de l’input.   MV : Et je crois que, grâce au blog, maintenant, tu proposes aussi des exercices sur ces vidéos… Donc les exercices dont tu parlais, que tu faisais auparavant en classe, maintenant il est possible de les faire en ligne sur le blog ?   JP : Plus ou moins… Donc la chaine YouTube, je l’ai créée il y a trois ans, et j’ai créé un blog depuis le mois de juin dernier, donc depuis 2018, et sur ce blog, je place bien sûr mes vidéos, et je place aussi des exercices. Alors, cela peut être des exercices interactifs en ligne, des memory. Au lieu de retrouver deux images identiques, l’apprenant doit retrouver une image et son mot. Mais il y a aussi des exercices qui reprennent plus ou moins ce que je faisais à l’origine dans mon école : on doit replacer les mots sous les bonnes illustrations ou replacer les illustrations sous les bons mots.   MV : Et donc maintenant tu proposes quelque chose pour les professeurs ?   JP : Oui, j’ai sur mon blog une page spéciale profs. Avant de créer le blog, j’avais créé une fiche pédagogique qu’on pouvait utiliser avec des vidéos YouTube. Mais je propose aussi ce que j’appelle des fichiers bis, c’est-à-dire les présentations PowerPoint que j’ai utilisées à l’origine pour fabriquer mes vidéos. Les profs peuvent utiliser ces présentations pour exercer l’expression orale, et l’expression écrite aussi. Donc les profs peuvent aller voir sur le site, tout est en accès libre et gratuit.   MV : D’accord, oui, je mettrais le lien. Donc justement, un professeur trouve le principe intéressant. Qu’est-ce que tu lui proposes de faire ? Est-ce que tu as des activités à lui proposer ?   JP : Le plus simple, c’est d’utiliser les vidéos pour introduire un cours, pour introduire une thématique, ou pour le finir. Le prof peut aussi donner des vidéos à visionner à la maison, en devoirs, ça peut être de simples devoirs. Mais ça peut être aussi un système de classe inversée : il donne une ou deux ou trois vidéos à visionner à la maison et en cours, il fait plus d’exercices, il ne passe pas trop de temps à visionner, il fait des exercices d’expression ou de compréhension en classe. Un prof branché pourrait même utiliser le smartphone et l’application Whatsapp. Il crée un groupe Whatsapp avec sa classe et chaque jour, il diffuse, il poste sur le Whatsapp, sur le groupe, une vidéo du français illustré. Comme il y a déjà maintenant 140 vidéos, ça fait plus d’une demi-année presque quotidien, en tout cas de jours d’école, que les élèves peuvent regarder chez eux avec leur téléphone portable. Donc le plus simple, c’est simplement la diffusion pour offrir le plus d’exposition possible au français.   MV : Ça permet aux élèves de s’exposer au français chez eux, par le biais des vidéos   JP : Voilà, le problème du cours de français c’est qu’on est assez limité en temps et si on veut que les élèves soient plus en contact avec le français, les vidéos sont courtes, donc cela ne leur demande pas trop d’investissement en temps et ils peuvent utiliser leur téléphone portable ou leurs ordinateurs ou leurs tablettes pour regarder ça chez eux.   MV : OK, est-ce tu as encore d’autres pistes d’utilisation ?   JP : Oui, alors j’ai ce que j’appelle les fichiers bis. Alors les fichiers bis, ce sont les fichiers PowerPoint que j’ai utilisés pour fabriquer mes vidéos. Je n’utilise pas entièrement tout le fichier PowerPoint, mais j’utilise une première diapositive qui expose un cartouche avec les illustrations, et une deuxième diapositive qui expose ce même cartouche mais avec le texte. Et donc le professeur peut utiliser ce fichier PowerPoint, peut le diffuser sur son tableau blanc et en projetant seulement la première diapositive, il peut demander à ses élèves de formuler des phrases à l’oral ou à l’écrit. Évidemment, il est préférable d’avoir visionné au préalable, à la maison ou en classe, la vidéo correspondante. Et donc les profs peuvent trouver ça sur le blog page prof, fichier bis. Là, c’est pour faire travailler l’expression écrite et l’expression orale. J’ai aussi sur le blog une fiche pédagogique. C’est une fiche pédagogique basée sur 4 vidéos qui permet, pour un niveau A1, de traiter le thème « j’aime / je n’aime pas / je préfère / je déteste ». Ce qui est un peu particulier, ce qui est nouveau avec cette fiche pédagogique, c’est que je propose un jeu de cartes, enfin, deux jeux de cartes que les profs peuvent imprimer et découper pour leurs élèves. Sur le premier jeu de carte, il y a seulement les illustrations, et en utilisant ce jeu de cartes, les élèves peuvent montrer qu’ils ont compris une phrase à l’oral ou à l’écrit en plaçant les bonnes illustrations dans le bon ordre. Et le deuxième jeu de cartes, ce sont les illustrations et le texte, plus d’autres mots qui ne font pas partie des 4 vidéos mais qui peuvent être utilisés dans le cadre de dire ce que l’on aime ou ce que l’on n’aime pas. Et là, on offre la possibilité aux élèves de fabriquer de nouvelles phrases simplement en posant sur leur table les cartes dans le bon ordre.   MV : D’accord. Oui, donc, tout ça c’est vraiment intéressant. Ça leur permet aussi, les illustrations, j’imagine, de mieux retenir les mots

  7. 10/15/2023

    Le théâtre en cours de FLE

    Lundi, j’étais à TheaLingua avec Marjorie Nadal. Mais qu’est-ce que TheaLingua ? Pour le découvrir, écoutez l’interview ! Marjorie Nadal nous explique comment utiliser le théâtre pour dépasser ses peurs en cours de langue grâce à trois piliers : le corps ; le collectif ; l’engagement. Allez aussi faire un tour sur le site de TheaLingua ! Si vous souhaitez contacter Marjorie Nadal, vous pouvez le faire à cette adresse : marjorie.nadal@thealingua.com.   Voici les sites de ressources dont elle nous parle dans l’interview : – un catalogue d’exercices de théâtre par mots-clés : https://www.dramaction.qc.ca/fr/ – des exercices pour le DaF (Allemand Langue Étrangère) décrits et filmés : https://www.sprachfoerderung.eu/   J’espère qu’elle vous aura convaincu(e)s d’essayer. N’hésitez pas à nous faire part de vos réussites dans les commentaires !   PS: Vous pouvez aussi utiliser l’extrait de l’interview dans lequel Marjorie Nadal raconte sa propre expérience d’apprentissage en compréhension orale en cours… Cette interview est également disponible sur Youtube :   Transcription de l’interview   Marianne VIADER (Culture FLE) : Bonjour Marjorie !   Marjorie NADAL (Thealingua): Bonjour Marianne !   Marianne VIADER : Alors tu as cofondé Thealingua…   Marjorie NADAL : Oui, tout à fait.   MV : Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ce que fait Thealingua ?   MN : Alors, qu’est-ce que fait Thealingua ? Alors, Thealingua est une entreprise d’intérêt public qui promeut l’apprentissage du français par le théâtre. On promeut un apprentissage du français par le théâtre doublé avec un apprentissage plus classique dans la classe de langue, dans le cours de langue. C’est-à-dire qu’on prend les outils du théâtre pour promouvoir une expression en langue française qui est engagée, qui est motivée et qui est plaisante pour les apprenants. Voilà !   MV : D’accord. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu es arrivée à cette idée de fonder Thealingua ?   MN : Oui, alors… pour revenir un tout petit peu sur mon parcours, Thealingua a été une rencontre. Alors moi, je viens du milieu animation/formation, tout ce qui était dans l’éducation populaire, et puis une école de théâtre, quand j’étais fort jeune. Et ensuite ce milieu de la jeunesse lié au théâtre m’a amenée à faire du théâtre avec des jeunes, pour moi, semi-professionnel, etc. Donc ce milieu-là, je le connaissais bien… Et puis rencontre avec un Allemand, envie de partir vivre à l’étranger… Donc j’ai fait un master de didactique des langues que j’ai tout orienté sur apprendre – l’écrit, l’oral, la culture, tout – par le théâtre. Mon mémoire de master portait sur apprendre la langue française par le théâtre d’improvisation, puis le doctorat que j’ai commencé portait également sur la question des variations identitaires de la langue maternelle à la langue étrangère. J’ai vu qu’on n’était pas les seuls à faire ça et à Berlin, j’ai rencontré des personnes qui étaient comédiens, metteurs-en-scène, éducateurs, professeurs de langue, qui avaient des expériences comme moi dans ce monde de la pédagogie, de l’enseignement des langues et du théâtre et en fait au milieu de ces trois piliers – pédagogie, enseignement des langues et théâtre – il y a Thealingua. Thealingua, c’est comment je vais pouvoir prendre le groupe d’apprenants avec les outils du théâtre pour aller le porter vers l’utilisation de langue française qui est sa langue étrangère. Et voilà ! Donc Thealingua, c’est une histoire de rencontre avec chacun nos spécificités dans ces trois domaines.   MV : D’accord, c’est très intéressant… Est-ce que tu peux nous décrire concrètement qu’est-ce que vous faites ? Vous intervenez dans les écoles ?   MN : Oui, concrètement on intervient dans les écoles, à partir de la troisième classe (en France : CM1) jusque pour les enseignants puisqu’on propose aussi des formations. Donc concrètement, on a trois formats qui sont les plus courants : le premier format, c’est l’atelier d’initiation où on voit vraiment pendant 90 minutes les enfants ou les jeunes. On voit des petits trucs pour leur procurer du plaisir à parler français avec les outils du théâtre. Ça c’est l’atelier d’initiation ; Ensuite rapidement, on essaie, pour les enseignants qui sont motivés et qui ont le temps pour, de faire un « Projektag » (journée projet) ou une « Projektwoche » (semaine projet). Le mot projet est intéressant puisque la notion de projet permet d’engager l’apprenant, le participant, dans une démarche qui est la sienne. Il va se mettre à choisir ses mots, donc son texte, ce qu’il a envie de dire et, au-delà des mots de son texte, ce qu’il veut signifier avec cette création théâtrale : qu’est-ce qu’on a envie de montrer quand on est sur la scène de théâtre ? L’exemple typique, c’est les relations franco-allemandes au cœur de l’Europe, c’est un grand thème qui est fait en Leistungskurs (Terminale) de français, c’est un vaste thème : qu’est-ce que, aujourd’hui, un groupe de 14 par exemple, qu’est-ce que ces 14 jeunes ont envie de dire là-dessus ? Et ça par exemple, c’est intéressant de prendre ce temps, d’aller explorer leur vision pour ensuite voir leurs mots, et puis leur texte, et puis du coup la création théâtrale. Donc c’est pour ça qu’on a ce petit atelier d’initiation, mais ensuite on essaie d’avoir au moins un Projekttag (journée projet) qui permet d’avoir au moins une petite scène, et voire, si on a la chance d’avoir une Projektwoche (semaine projet) où on va vraiment réaliser tout une pièce de théâtre sur le thème qui a été décidé avec l’enseignant.   MV : Ok, alors les professeurs de FLE vous contactent… Quel est l’intérêt d’inclure le théâtre dans une classe de langue, dans un cours de langue ?   MN : Alors les intérêts y’en a beaucoup mais généralement, enfin, assez souvent, on est contacté pour un phénomène qui se retrouve à tous les âges et à tous les niveaux de langue, c’est la question de la peur. La peur, elle est diverse : il y a la peur de mal s’exprimer, de faire une faute, d’être bloqué là-dedans… Il y a la peur soi-même de se sentir ridicule parce qu’on se sent incompétent, comme moi quand j’ai commencé à parler l’allemand. Je n’arrivais pas à exprimer ce qu’il y avait dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur, parce que j’avais une déficience au niveau des mots en langue étrangère, en langue allemande pour moi. Et du coup, il peut y avoir cette peur aussi chez les apprenants de ne pas arriver à faire passer ce que eux veulent signifier. Donc il y a déjà ces deux peurs : la peur de se sentir ridicule et la peur de faire des fautes. Et la troisième, évidemment, que met en jeu le théâtre, c’est la peur du regard de l’autre… la peur d’être observé, regardé, jugé, critiqué, estimé, évalué et tout ce qu’on veut. Et du coup, ces trois peurs sont bloquantes pour parler et parler avec son corps, parler de façon libre et spontanée et souvent, le travail de théâtre va aider à dépasser ces peurs. Comment ? C’est la grande question. C’est toute la méthodologie de Thealingua qui est basée là-dessus. C’est en travaillant par le plaisir, mais le plaisir qui s’acquiert avec l’énergie qu’on met dans l’expression corporelle, donc il y a déjà quelque chose qui part du corps, une impulsion du corps : le corps est quand même d’abord le premier vecteur d’expression avant les mots – je pense c’est important de le rappeler. Donc on met en action ce corps (1), (2) on le met en action de façon collective, ensemble, en groupe, on va faire des choses : non pas un qui est observé par le groupe mais tous ensemble. On va devoir être responsable et acteur dans le projet, la parole etc… Donc ce collectif il est vraiment important et avec ça, chacun va pouvoir s’engager dans ce qu’il a à dire, comment il veut le dire et du coup pouvoir s’emparer du projet. Donc ces trois choses : le corps, le collectif et l’engagement sont faites pour dépasser la peur et prendre du plaisir à s’exprimer dans la langue étrangère, ici le français.   MV : Oui, c’est vrai que, pour nos auditeurs qui ne te voient pas, j’aimerais quand même préciser qu’on voit que tu t’exprimes vraiment avec le corps. Quand on te regarde, on voit que beaucoup d’expression passe par le corps, effectivement.   MN : Oui, et c’est aussi l’habitude, je pense, d’être devant des apprenants de français où mes mains, mes bras, mes mimiques, mon corps, aident justement à faire passer ce que je veux dire en découpant ma phrase et en l’accompagnant de mimiques expressives ou de gestes qui permettent de mieux comprendre. Je pense qu’il y a les deux, il y a le côté théâtre et comédienne, et le côté justement d’être avec des apprenants avec des choses explicatives physiquement.   MV : Oui, il y a l’aspect : ça aide à mieux expliquer, mais ça aide aussi les apprenants à mieux repérer les mots, à mieux mémoriser les mots. C’est vrai qu’il y a des recherches en neurodidactique qui montrent que les gestes permettent de reconnecter les deux hémisphères et que cela permet de mieux mémoriser les mots si on les met en relation avec des gestes.   MN : Tout à fait, et c’est pour ça que nous, on est le propre exemple de ce qu’on promeut ! On est beaucoup dans notre corps, dans l’énergie, dans les gestes. Ce qu’on va demander et que les apprenants, les jeunes vont réaliser en passant eux aussi par leur corps, leurs gestes, leur sourire, leurs mimiques, leur v

  8. 05/24/2022

    Culture FLE - Le podcast

    J’ai une question pour toi : as-tu déjà entendu quelqu’un se souvenir avec plaisir ou nostalgie de ses cours de langues du collège ou du lycée ? As-tu déjà entendu quelqu’un s’extasier de leur qualité, du fait qu’ils lui aient permis d’apprendre à bien parler une langue étrangère ? Non ? Eh bien moi non plus ! C’est bizarre, n’est-ce pas ? Chaque fois que quelqu’un parle de ses cours de langues de l’école, c’est pour les critiquer. Comment cela se fait-il ?   Pourquoi mes apprenant·es sont-ils incapables de parler ?   D’abord, reconnaissons que ce n’est pas facile d’apprendre (ou d’enseigner) une langue étrangère avec 3 ou 4 heures de cours par semaine, et encore moins au sein d’une classe de 25 à 40 élèves… Il est compréhensible qu’on ne devienne pas bilingue, même après 5 à 7 ans à ce régime. Cependant, ces cours ont bien un objectif. Ne devrions-nous pas être capables, en fin de lycée, de tenir une conversation simple dans les langues apprises ? Alors pourquoi n’est-ce pas le cas ?   N’essaie pas de me dire que c’est un problème français ! Je vis en Allemagne, et je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu : « J’ai appris le français à l’école, j’en ai quelques souvenirs, mais je suis incapable de parler. » D’ailleurs, mon cousin allemand (eh oui, j’ai de la famille originaire d’Allemagne, même si moi, je suis française) résumait ses cours de français à des cours de grammaire française. Et inutile de préciser que de tels cours ne permettent pas de parler plus tard…   Bon, c’est peut-être un peu caricatural. Toi qui donnes des cours de langue, tu te dis que tu fais quand même aussi de la compréhension écrite et orale, et un peu d’expression. Il est vrai que l’expression orale, avec 30 élèves dans ta classe, reste malgré tout assez limitée, mais tu fais de ton mieux et il y en a ! On ne peut pas dire le contraire. L’expression écrite, ce sont souvent des devoirs et des tests, et si tu es honnête, il est clair que certain·es se donnent plus de peine que d’autres. Tout ne dépend pas non plus de toi…     Être capable de parler une langue   Alors, qu’est-ce qui manque au Français (ou à l’Allemand) quand un étranger lui demande en anglais (ou en français) dans la rue comment se rendre à la gare ou au musée ? Est-ce que je me trompe en supposant qu’une réponse simple va te venir assez spontanément à l’esprit : du vocabulaire ?   Bien sûr, parler correctement une langue, cela demande de maîtriser la grammaire. Mais le premier élément indispensable pour être en mesure de parler (et de comprendre), ce sont les mots, c’est le vocabulaire… Quelques mots dans le désordre suffisent souvent à se faire comprendre. J’en veux pour preuve la tactique (très efficace) que certain·es ont adopté ici à Berlin pour demander leur chemin. Leur question se limite à : « où gare ? » et si elle n’est pas correcte, elle est parfaitement compréhensible.   Pour répondre en anglais à notre étranger perdu dans la rue en France, il faudrait des mots du type : « à droite », « à gauche », « tout droit », « la première rue », « prendre », « tourner », etc… Et peut-être aussi justement un peu moins de complexes au sujet de la grammaire. Peu importe que la phrase soit parfaitement juste du point de vue grammatical, du moment qu’elle est compréhensible.     Quel est le problème des cours de langues à l’école ?   Et là, tu vas très certainement me dire que ces mots ont sûrement déjà été vus à l’école pendant le cours de langue. Et tu auras parfaitement raison. Je crois que nous touchons maintenant le cœur du problème !   En effet, ils ont assurément été vus au moins une fois, lorsque l’unité « donner des directions » a été traitée. Et avec un peu de chance, il y a eu une deuxième édition l’année suivante, mais ce n’est plus du tout sûr. Et ensuite, ces mots n’ont très vraisemblablement plus jamais été utilisés. Résultat : ils ont été oubliés ! Car nous savons pertinemment que l’apprentissage (et celui du vocabulaire en est l’exemple paroxystique) repose sur les répétitions et les révisions.   Pourtant, l’apprentissage du vocabulaire, sans même parler des révisions, est souvent donné à faire seul·e à la maison… Comme tout le monde n’a pas forcément appris à apprendre, cela donne des résultats très variables selon les élèves. Tout cela ne fait qu’augmenter l’hétérogénéité de la classe. Le résultat, c’est que la grande majorité d’entre nous se retrouve incapable de parler la langue étrangère qu’elle a étudiée à l’école pendant des années.   C’est logique ! Nous avons finalement toujours fait ainsi. Nous observons que cela ne fonctionne pas, mais en l’absence de meilleure idée, nous continuons à faire ce que nous avons appris à faire par l’exemple.     Pourquoi tes apprenant·es non plus ne parlent-ils pas ?   Aujourd’hui, tu es toi-même professeur de langue, et tes apprenant·es sont peut-être motivé·es et capables d’apprendre seul·es à la maison. Peut-être que cela fonctionne mieux à l’âge adulte et que c’est l’opportunité pour elles et eux de combler d’anciennes lacunes accumulées à l’école par manque de motivation (et de maturité). Peut-être que cela dépend des enfants…   Mais est-ce bien vrai ? Trouvent-ils le temps d’apprendre régulièrement ? Leur rappelles-tu au moins de temps en temps de le faire ? Leur expliques-tu aussi comment s’y prendre ? Dans quelle mesure as-tu le même réflexe que tes ancien·nes professeur·es au sujet du vocabulaire ? Combien de temps consacres-tu à son apprentissage sur ton heure de cours ? Et combien d’occasions offres-tu à tes apprenant·es de réviser ?   Tu penses peut-être qu’il serait possible de faire mieux, mais tu manques d’idées concrètes et efficaces. Tu as déjà essayé différentes stratégies : cela fonctionne dans un premier temps, jamais sur la durée… Il faut avouer que les cours de didactique du lexique en FLE n’ont pas été ni très instructifs, ni très concrets sur ce sujet.     Leur faire vivre des succès   Et pense à tous ceux qui pensent avoir plus appris avec Duolingo que pendant ces longues années d’apprentissage. Comment est-ce possible ? Si tu as toi-même testé l’application, tu t’es certainement rendu compte qu’elle était très basique. Le niveau qu’elle permet d’atteindre dans une langue reste très bas. Il est donc inquiétant que ce niveau assez bas soit jugé plus haut que celui atteint pendant les cours de l’école, tu ne penses pas ?   Évidemment, en dehors de l´école, sans contrainte, il est beaucoup plus facile d’être motivé·e. En plus, l’application est toujours disponible sur le portable : c’est plus facile de s’entraîner tous les jours (une des clés de l’apprentissage : des sessions courtes mais fréquentes). On se concentre cinq minutes et hop ! On a déjà l’impression d’avoir appris quelque chose. Ces succès motivent à en faire plus. Tu ne me crois pas ? Alors va faire un tour dans les commentaires de l’article dans lequel j’explique pourquoi Duolingo ne permet de parler (et je dis bien « parler ») une langue. Tu y trouveras de fervents adeptes de l’application !     Comment rendre ses apprenant·es capables de parler   Même si je ne crois toujours pas que Duolingo permette de parler une langue (pas utilisé seul en tout cas), il est peut-être temps de tirer les leçons de son succès. Il me semble qu’il faudrait tout simplement remettre le vocabulaire au centre de l’apprentissage : c’est lui qui permet à la fois de comprendre et de s’exprimer quand on débute dans une langue. C’est grâce à sa maîtrise que nos apprenant·es connaîtront leurs premiers succès et seront motivé·es pour aller plus loin.   Et toi, que penses-tu de tout cela ?   Qu’en penses-tu ? Combien de temps de ton cours consacres-tu à l’apprentissage du vocabulaire ? Est-ce que tu penses à faire des rappels réguliers ? As-tu des techniques efficaces pour cela ? As-tu réfléchi à des activités en adéquation avec les dernières découvertes des sciences cognitives sur le fonctionnement du cerveau et de la mémoire ?   Je suis curieuse de lire tes réponses. L’article Pourquoi les cours de langues sont-ils si peu efficaces ? est apparu en premier sur Culture FLE.

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