Au Sénégal, l'activité minière d'Eramet a repris à 30% de son niveau habituel depuis fin avril dans la région de Grande-Côte. Le site où sont produits des sables minéralisés (tels que le zircon ou l'ilménite) avait été touché par un incendie en février. Quelles perspectives pour les employés et pour le budget de l'État sénégalais, qui perçoit une part des revenus d'Eramet ? Eramet a payé 76 millions d'euros sous forme d'impôt et de taxes à l'État sénégalais en 2025 sur une contribution totale estimée à 230 millions d'euros par le groupe français, qui comptabilise aussi notamment les achats locaux, la masse salariale et les investissements communautaires. Cette année, la chute de l'activité se fera inévitablement sentir, confirme Frédéric Zanclan, directeur d'Eramet Grande Côte : « Sachant qu'on sera cette année à un peu plus du tiers de notre production nominale, cela impliquera une baisse de ces contributions. Mais à ce stade, nous n'avons pas encore les chiffres. » Avant l'incendie de février, Eramet était le sixième contributeur minier au budget de l'État du Sénégal. La diversification des revenus miniers et extractifs du pays, avec des volumes exportés de gaz et de pétrole supérieurs aux prévisions et un cours des hydrocarbures favorable, devrait permettre d'atténuer la baisse de la contribution d'Eramet, selon Youga Sow, consultant en stratégie dans le domaine minier et fondateur du cabinet Advise Africa. Mais l'impact ne sera pas neutre ajoute t-il : « L'État devrait retomber sur ses pattes mais il faut relativiser, car c’est un État qui est endetté et qui fait face à beaucoup de problèmes économiques et où l'économie est quasiment stagnante, chaque sous compte, donc ce qui se passe à Eramet ne peut pas être sans impact sur les revenus de l'État, et il n'y a pas que les revenus collectés par l'État, on parle aussi d'emplois. » À lire aussiLe fonds d'investissement Orion CMC aurait des visées sur le groupe français Eramet Un coup social et humain important Seule une partie des employés a en effet été rappelée pour relancer la production en avril. Ceux qui sont au chômage, mais salariés directs d'Eramet, bénéficient en attendant leur retour d'un dispositif de soutien, précise Frédéric Zanclan : « À titre illustratif, pour la tranche ouvrière, on reverse jusqu'à 73% du salaire ; le plancher minimum est d'environ 50% pour l'ensemble des salariés. » Ces mesures concernent une minorité de salariés : sur 3 000 employés d'Eramet, environ 2 500 ne sont pas directement rattachés au groupe français et ne bénéficient donc pas de la même prise en charge : « Nous avons des sous-traitants, des prestataires, des intérimaires, qui eux, en fonction de la stratégie de leur entreprise, sont soit au chômage technique, même parfois en licenciement pour motif économique. » Un aspect social et humain qui est le plus important aux yeux de Youga Sow : « Ces acteurs-là vivaient jusqu'ici de cette activité autour d'Eramet. Si Eramet est contraint, pour des raisons technico-économiques que nous pouvons comprendre, de réajuster son modèle, cela va forcément se faire au détriment des revenus engrangés par les sous-traitants et les employés. » Retour à la normale au 1er trimestre 2027 ? « La question c'est comment cela sera géré, quel est le modèle de transition qui sera mis en place pour atténuer les effets négatifs, quel est l'horizon, qu'est-ce qui est projeté ?, s'interroge le fondateur du cabinet Advise Africa. Est-ce qu'on est parti pour six mois, pour neuf mois et dans combien de temps la situation va être rétablie ? Est-ce qu'il y a un plan de retour à la normale ? Plus, il y a de transparence dans les éléments d'information communiqués et dans le traitement de la situation, plus les parties concernées seront enclines à comprendre la situation. » Eramet confirme que son projet de produire un million de tonnes de sables minéralisés cette année n'est plus d'actualité et que le volume 2026 se situera entre 300 000 et 400 000 tonnes. « Nous sommes dans la phase d'appel d'offres, recrutement de prestataires et l'achat des équipements nécessaires pour redémarrer l'usine mobile flottante – affectée par l'incendie, NDLR – si le projet est bien mené, nous espérons revenir à 100% de notre capacité nominale au premier trimestre 2027 », précise Frédéric Zanclan. À écouter aussiAu Sénégal, la mine mobile d'Eramet accusée de détruire le désert et l'économie locale