Ici l'Europe

RFI et France 24 vous proposent un rendez-vous intitulé «Ici l’Europe». Un entretien avec une personnalité européenne signé Caroline de Camaret (France 24). Chaque semaine, le vendredi, un grand entretien avec une personnalité européenne, un entretien avec un des grands acteurs de l’Europe d’aujourd’hui, qui nous parle de la construction de l'Europe, de sa proximité avec les citoyens et des enjeux internationaux qui l’attendent. Une coproduction RFI/France24. ***  Diffusions les vendredis à 19h40 TU vers toutes cibles, le samedi à 08h10 TU vers l'Amérique, l'Asie, l'Europe et 21h10 TU vers toutes cibles. 

  1. 4d ago

    Michel Barnier : «Le Pen et Bardella n'ont jamais reconnu s'être trompés sur le Brexit !»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne et ancien Premier ministre français. Au programme également : le reportage d’Alix Le Bourdon sur la réponse de l'Union européenne à la crise énergétique. Alors que l'Union européenne aborde l'été dans une situation de tension internationale et de crise énergétique bien installée, Michel Barnier rappelle que « le rôle des gouvernements, des ministres des Affaires étrangères et des chefs d’État n’est pas forcément le même que celui de la Présidente de la Commission. »  L’ancien Commissaire européen au marché intérieur a « souvent souhaité que Madame Von der Leyen se concentre davantage sur le renforcement du marché intérieur » plutôt que sur la politique étrangère : « Le moment est peut être venu de créer un Conseil européen de sécurité et de défense, pour que les grands pays engagés dans les efforts de défense puissent être plus flexibles, plus opérationnels ». Un cadre nouveau qui pourrait être ouvert à des pays qui ne sont pas dans l’Union européenne, comme le Royaume-Uni ou la Norvège par exemple. S’agissant de l’adhésion possible de l’Ukraine et de la Moldavie, mais aussi de certains pays des Balkans occidentaux, Michel Barnier affirme qu’ils ont vocation à intégrer la « famille européenne ». Sans pour autant brûler les étapes : « Est-ce qu'il faut prendre des raccourcis ? Je crois que cela ne serait ni dans l'intérêt de ces deux pays, ni dans l'intérêt de l'Union européenne (...) Nous avons déjà un accord d'association avec l'Ukraine extrêmement ambitieux qui a été négocié dans les années 2012-2013. Appliquons cet accord qui est déjà une grande marche en avant dans l'intégration au marché unique. Il faut aussi que ces adhésions soient acceptées par nos peuples. » À lire aussiÀ Bruxelles, Volodymyr Zelensky plaide pour une accélération du processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE « Je préfère être impopulaire qu’irresponsable » La Commission européenne a accordé, le 3 juin 2026, plus de flexibilité aux 27 États membres pour faire face aux conséquences de la crise énergétique. Ils pourront dorénavant utiliser jusqu'à 0,3% de leur PIB par an pendant 2 ans, pour des mesures d'accompagnement et de soutien aux entreprises et aux ménages. Michel Barnier salue le pragmatisme de la Commission mais tempère la bonne nouvelle : « Il s'agit de permettre aux États de verser de l'argent ou de diminuer les impôts, à condition d'avoir de l'argent, si je puis me permettre. (...) Ce n'est pas possible qu'on continue en France à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Et donc voilà pourquoi il faut dire la vérité aux gens. Je préfère être impopulaire qu’irresponsable. » L’ancien Commissaire européen plaide pour recréer une capacité de production industrielle et agricole sur le continent européen, ainsi que pour une meilleure coordination en matière de fiscalité à l’échelle de l’Union.   À lire aussiCrise énergétique: le FMI prêt à aider les pays les plus vulnérables, mais de la discipline avant tout « Ce serait un drame pour la France que d’être toute seule »  10 ans après, 56% des Britanniques disent regretter le Brexit. D’octobre 2016 à mars 2021, Michel Barnier a été négociateur en chef du Brexit pour l’Union européenne. S’il estime que « ce ne serait pas juste de dire que tous les problèmes actuels des Britanniques ont été provoqués par le Brexit », il affirme qu’ils ont été aggravés et rendus plus difficiles « à cause du Brexit ». Pour lui, cette décision « insensée » est due à une « campagne de mensonges, de démagogie menée par Monsieur Farage et Monsieur Johnson (...), soutenus par des réseaux russes ou des réseaux américains qui cherchaient à faire exploser l'Union européenne de l'intérieur ». En vue de la présidentielle de 2027, l’actuel député de la 2ème circonscription de Paris reste « loyal aux Républicains », notamment à l’égard du candidat que les militants ont choisi : « Il faut respecter les militants. Et donc Bruno Retailleau porte nos couleurs ».  Il n’envisage pas que le Rassemblement national accède au pouvoir : « Non, je n'envisage pas ce scénario. Je vais tout faire pour qu'il ne se produise pas. Il n'y a pas de fatalité, sauf si on est fataliste. Madame Le Pen l'a très bien dit le soir même du Brexit, il y a 10 ans ‘Bravo aux Britanniques, ils se sont libérés de la servitude européenne’. Je n'ai jamais entendu ni Madame Le Pen, ni Monsieur Bardella reconnaître qu'ils se sont trompés ce jour-là (...), donc je pense qu'ils sont toujours dans cette idée qu'il faut faire exploser l'Union européenne (...) Si on se recroqueville comme le propose Madame Le Pen ou Monsieur Bardella, mais aussi pratiquement mot pour mot de la même manière, Monsieur Mélenchon, ce serait un drame pour la France que d'être toute seule. » À écouter aussiLes défis du Royaume-Uni, cinq ans après le Brexit Notre reportage : les investissements européens dans les renouvelables, un enjeu stratégique Après la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine, le conflit au Moyen-Orient rappelle le coût économique de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la facture énergétique de l'Union a bondi de 27 milliards d'euros. Les perspectives de croissance ont dû être revues à la baisse autour de 1% pour 2026, alors que l'inflation augmente. Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables ne répondent plus seulement à des objectifs climatiques : ils sont aussi devenus un enjeu de résilience économique, de compétitivité et d’indépendance stratégique pour l’Europe. Un reportage de notre correspondante Alix Le Bourdon.

    20 min
  2. Jun 12

    Edi Rama : «Nos concurrents balkaniques ne veulent pas d’un projet Trump en Albanie»

    Cette semaine, nous recevons Edi Rama, Premier ministre albanais. Il commente les manifestations qui secouent son pays contre la construction d’un complexe hôtelier de luxe lié à la famille Trump. L’Albanie, pays de 2,7 millions d’habitants situé dans les Balkans, a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne (UE) en 2009. Son statut de candidat lui a été accordé en juin 2014 et les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2022. Selon Edi Rama, Premier ministre socialiste albanais, « le club des Vingt-Sept a besoin de se réformer pour être à la hauteur des défis de ce nouveau monde » mais « l'Europe unie reste le plus beau et grand projet politique jamais conçu ».    « La Russie n’est pas présente du tout en Albanie » Lors du 8è sommet UE-Balkans occidentaux qui s’est tenu le 5 juin 2026 à Tivat, au Monténégro, les États membres ont discuté de l’avancement des négociations pour l’intégration de l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L'objectif principal pour l’UE est de tenir ces pays éloignés des influences russe et chinoise. S’il reconnaît une influence de ces pays dans les Balkans occidentaux, il estime que cela ne « regarde pas vraiment l’Albanie » : « L'Albanie est un pays très européen. La Russie n’y est pas présente du tout [...] Pour nos voisins, c'est plus complexe. » L’Albanie est considérée par l’Union comme le deuxième pays le plus avancé, juste derrière le Monténégro, dans son processus d’adhésion. Elle a ouvert les 33 chapitres de la négociation. Alors que le chancelier allemand estime que l’Ukraine devrait devenir « membre associé » de l’UE avant d’en devenir un État membre à part entière, Edi Rama s’oppose à ce type d’adhésion : « Il nous faut un nouveau moment Helmut Kohl. À la chute du mur de Berlin, l’UE n’a pas dit à l’Allemagne, il faut compléter tous les chapitres, et seulement alors vous rentrerez. » Helmut Kohl a réunifié, puis remis l’Est à niveau. « C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir tous les pays qui négocient autour de la table et après, chacun des pays doit faire son propre travail. » Edi Rama est prêt à concéder que les nouveaux entrants dans le club européen ne puissent pas exercer leur droit de veto : « Je pense qu’une grande puissance globale ne peut pas fonctionner avec le vote à l’unanimité et donc les veto. [...] Ce mécanisme ne fonctionne pas, même pas en ce moment entre les Vingt-Sept. »   « Il s’agit d’un investissement très important » Depuis début juin 2026, des manifestations quotidiennes ont lieu à Tirana contre un projet immobilier porté par Ivanka Trump, fille du président américain, et son époux, Jared Kushner. Les détracteurs affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars et qui devrait être construit dans une zone protégée de la côte adriatique du pays, représente un risque pour l'environnement. Le Premier ministre Edi Rama défend ce projet : « Il s’agit d’un investissement très important, pas seulement de la part de Jared Kushner mais aussi d’investisseurs du Qatar. C’est un investissement qui va nous aider à ne plus avoir seulement un tourisme low cost, qui implique beaucoup de pression sur l'environnement. Ce projet va également amener beaucoup plus d'argent dans le pays. [...] Nous avons été élus pour tenir nos promesses. Ce projet en fait partie. C'est très intéressant parce qu'à Tirana, il y a des manifestations mais à Vlora, où le projet doit se faire, les gens sont pour le projet. »   « Il s’agit de manifestants contre le gouvernement » Il défend le droit des Albanais à manifester mais remet en question les motifs liés à ces protestations : « Ces manifestations montrent que l’Albanie est un pays démocratique. [...] Mais les manifestants ne représentent pas tous les Albanais. Nous avons la preuve, grâce à des enquêtes, que la majorité des Albanais sont en faveur de ce projet. Ce projet n’est plus la raison des manifestations. On ne parle même plus de ce projet. Il s’agit de manifestants contre le gouvernement, qui veulent la fin de ce gouvernement. » La zone dans laquelle le complexe immobilier doit voir le jour est une aire protégée, abritant de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, devenus symbole de la protestation. Les opposants au projet accusent le gouvernement d’avoir modifié la loi pour permettre la réalisation de ce projet. Ce que réfute le Premier ministre : « Il ne s'agit pas d'un changement de loi pour rendre le projet faisable. Il s’agit d’un territoire protégé où nous pouvons construire sous certaines conditions. » Selon lui, les ingérences extérieures contre ce projet sont multiples : « Il y a une ingérence de l’Iran avec qui nous sommes en guerre cyber depuis trois ans. Puis, il y a des concurrents dans la région qui ne veulent pas voir ce développement en Albanie. Enfin, comme je le disais, une partie de la population veut des choses différentes pour le pays. »   « La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille » Le parquet anticorruption a ouvert une enquête sur les modalités d’achat des terrains. Le Premier ministre ne reconnaît qu’une affaire en cours : « Cela fait partie de toutes ces demi-vérités qui, avec les réseaux sociaux, deviennent un grand mensonge. Il n’y a jamais eu de problèmes avec les fonds. Ils proviennent de la Banque d’investissement du Qatar. [...] Le parquet anticorruption fait une enquête sur l’un des propriétaires qui a vendu le terrain. L’investigation continue. » Beaucoup de manifestants expriment leur frustration face à la corruption qui sévit dans le pays : « La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille. [...] Nous avons fait une montagne de choses pour lutter contre. »

    20 min
  3. Jun 5

    José Manuel Albares : «Les forces d'extrême droite menacent nos démocraties»

    Cette semaine, nous recevons José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères. Immigration, conflit au Moyen-Orient, montée de l’extrême droite : il détaille les politiques de l’Espagne, parfois à contre-courant du reste de l’Union. L’Espagne, pays de 50 millions d’habitants, est l’un des États de l’Union européenne (UE) à s’opposer le plus fortement à l’action d’Israël au Moyen-Orient. L’UE intensifie cependant sa pression sur Israël en préparant des sanctions à l'encontre des ministres accusés d'encourager les violations de droits de l'homme, notamment le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Pour José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, ces sanctions sont « nécessaires » : « Nous devons envoyer un message fort à Israël en leur disant que nous soutenons évidemment l'existence de leur État. Israël doit avoir le droit à la paix et la sécurité mais c’est également le cas pour les peuples palestiniens et libanais. [...] La démocratie respecte les droits de l'homme et le droit international. Tant que cette violence perpétuelle continuera, l'Europe ne peut pas avoir la même relation avec l'Israël. »   « Une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde » Certains États membres comme l’Irlande, la Slovénie ou encore l’Espagne demandent la suspension de l’accord d'association entre l’UE et Israël, un texte qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs. L’Allemagne, par exemple, s’oppose à cette suspension. José Manuel Albares dénonce le fait que l'article 2 du texte garantissant « le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques » n’est pas appliqué par Israël : « Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous devons dire à Israël que nous n’accepterons pas que la guerre soit le seul type de relation entre eux et les autres peuples du Moyen-Orient. Il doit y avoir une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde. » Selon lui, il faut également « donner une réponse à l’opinion publique qui demande de faire tout ce qui est en notre pouvoir » pour régler ces conflits. « Une partie de l'accord doit être suspendue par vote à l'unanimité mais une autre par la majorité qualifiée. Je dis qu’il faut voter et voir le résultat à la majorité qualifiée, pour la partie commerciale de l’accord par exemple », poursuit-il.    « La Russie est en train de perdre cette guerre » La guerre s’enlise en Ukraine alors que les Russes poursuivent quotidiennement leurs frappes : « Vladimir Poutine disait que cette guerre durerait 72 heures tout au plus. Nous sommes dans la cinquième année de conflit. Nous pouvons dire que la Russie est en train de perdre cette guerre. » Le chef de la diplomatie espagnole rappelle le soutien inconditionnel de l’UE à l’Ukraine : « Peu importe la situation militaire, nous ne pouvons pas accepter cela en Europe. [...] Nous devons défendre l'indépendance, la démocratie et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Par conséquent, nous sommes décidés à soutenir l'Ukraine pour qu'elle gagne non seulement la guerre, mais surtout qu'elle gagne la paix. » La France a notamment évoqué l’idée d'ouvrir à nouveau un canal de discussion avec la Russie afin d'avancer dans les négociations. Une idée à laquelle ne s’oppose pas le ministre espagnol mais qui le pousse à s’interroger : « La vraie question, c'est pour parler de quoi exactement ? J'aimerais bien qu'il y ait une table de négociation et un cessez-le-feu mais la Russie ne veut pas en entendre parler. [...] A plusieurs reprises, des médiateurs ont essayé de ramener les Russes à la table, d'obtenir un cessez-le-feu mais cela n’a pas abouti. Si ces nouvelles discussions entraînent un vrai changement autour de pourparlers de paix, bien sûr, pourquoi pas. » Et de rappeler : « Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les institutions européennes n’ont voulu cette guerre. C'est la guerre d'un seul homme. » À lire aussiPour le deuxième mois d'affilée, l'Ukraine grignote le terrain envahi par les Russes « Toute politique migratoire doit respecter les droits de l’homme » Les États membres durcissent leur politique migratoire et mettent en place des centres de retour situés hors du territoire européen, qui devraient recevoir des étrangers devant quitter l'UE, notamment après un refus d'une demande d'asile. Une mesure qui inquiète les ONG d’un risque de violation des droits humains. L’Espagne s’oppose à ces centres : « Nous y sommes fermement opposés car nous considérons que cela ne respecte pas la dignité des migrants. Toute politique migratoire doit respecter les droits de l’homme. » Selon lui, les pays qui accueilleraient ces centres se retrouveraient dans une position « très gênante » : « Nous devons avoir un dialogue à très haut niveau avec nos partenaires au lieu de les obliger à avoir des centres de rétention comme cela. » Enfin, ces centres ne sont « pas efficaces », selon le ministre espagnol : « Qu’est-ce qui est efficace ? C’est ce que fait l’Espagne. Les chiffres officiels de l’UE montrent que la route migratoire par laquelle il y a eu la plus grosse chute du nombre d'arrivées de migrants irréguliers est celle qui passe par l’Espagne. Soit par l’Andalousie, la Méditerranée ou les Îles Canaries. » Il rappelle les principes de la politique d’accueil espagnole : « Nous avons une coopération policière pour lutter avec acharnement contre les mafias qui trafiquent avec les humains. Puis, nous augmentons notre aide au développement à l'Afrique occidentale pour offrir des voies à la jeunesse africaine. »  Le ministre des Affaires étrangères vante les bienfaits de cette politique migratoire : « Nous avons la croissance économique la plus forte de l'Europe, le double de celle de la France par exemple. Cela nous permet d'augmenter nos salaires, d'avoir un niveau d'emploi record de plus de 22 millions de personnes et d'avoir réduit de 40 % les dernières années notre taux de chômage. Il est possible d'avoir une politique migratoire qui concilie droits de l'homme, dignité de chacun, réduit les chiffres d'entrées des migrations illégales, qui permet d’avoir la plus forte croissance d'Europe et qui fait croître notre population. » Face aux multiples attaques auxquelles l’UE est confrontée, José Manuel Albares s'inquiète de l'affaiblissement de la démocratie : « Des pays extérieurs à l’UE voudraient voir un projet européen affaibli et divisé. Mais la menace est aussi interne : les forces d'extrême droite menacent directement nos démocraties. Chaque citoyen a son mot à dire pour être sûr que l'Europe reste un projet de démocratie, de paix et de prospérité », conclut-il. Émission préparée par Renaud Lefort, Oihana Almandoz, Aline Bottin, Charlotte Prud'homme, Isabelle Romero et Perrine Desplats. À lire aussiL'Union européenne valide le projet de création de centres où renvoyer les migrants à l'étranger

    20 min
  4. May 29

    Mariya Gabriel : «Les parents ne savent pas comment les algorithmes influencent leurs enfants»

    Cette semaine, nous recevons Mariya Gabriel, sous-directrice générale de la communication et de l’information à l’UNESCO. Elle déplore le recul de la liberté d’expression dans le monde et défend une approche européenne et éthique de l’Intelligence Artificielle, qui soit inclusive et fondée sur les droits humains. Mariya Gabriel, également ancienne commissaire européenne et ancienne vice-Première ministre de Bulgarie, commence par rappeler que la liberté d’expression a baissé de 10% depuis 2012, selon le dernier rapport de l’UNESCO. Elle insiste également sur les violences en ligne subis par les femmes journalistes, qui « a doublé en trois ans ».   « La désinformation paralyse les sociétés » Mariya Gabriel veut renforcer la lutte contre la désinformation en ligne. « La désinformation érode la confiance et paralyse les sociétés. Elle peut être un vrai danger pour la santé publique. Aujourd'hui, avec l'Intelligence Artificielle, tous ces phénomènes sont amplifiés. L'approche de l'UNESCO est une approche équilibrée. » Mariya Gabriel veut prêter plus attention aux familles et aux parents : « Nous avons beaucoup parlé des jeunes, nous avons beaucoup parlé des enseignants. Aujourd'hui, ce sont les parents qui se sentent dépourvus. Ils ne savent pas ce qui se passe, ni comment les algorithmes influencent leurs enfants ». Améliorer la compréhension de l’IA au sein des familles, mais aussi rendre plus efficace les services publics et le système judiciaire. « Parce qu'aujourd'hui, 44% des juges et des procureurs disent qu'ils utilisent l'IA dans leur travail, mais seulement 9% ont eu accès à une formation. »   « La souveraineté technologique est un élément-clé » Sous la pression américaine, la Commission Européenne a repoussé à juin l’annonce de son « paquet technologique » sur l’Intelligence Artificielle. Des textes qui encouragent le développement de solutions souveraines pour permettre aux Européens de reprendre le contrôle de leurs données, alors que les entreprises technologiques de la Silicon Valley entendent bien garder leur mainmise sur les infrastructures numériques européennes. « Si la souveraineté est comprise comme la maîtrise des choix, oui, c’est un élément-clé », indique l’ancienne commissaire européenne à l’Économie et à la Société Numérique, qui rappelle que l’UNESCO a adopté en 2021 à l’unanimité le premier et seul cadre normatif sur l’éthique de l’IA. « Maintenant, il va falloir continuer la discussion parce que nous allons devoir parler des centres de données et de l'énergie qu'ils consomment (…) Nous devons parler aussi de la gouvernance des données ».   « 9 enfants sur 10 utilisent l’IA pour avoir une conversation du quotidien » Mariya Gabriel rappelle que « 9 enfants sur 10 utilisent l'intelligence artificielle pour avoir une conversation « de tous les jours », et 1 enfant sur 2 donne des informations personnelles : si on ne veut pas reproduire l'erreur que nous avons faite avec les réseaux sociaux il y a 20 ans, nous devons tous nous unir pour que l’IA corresponde à des principes éthiques qui soient fondés sur les droits humains et qui soient durables ». Elle insiste sur la maitrise des données numériques, qui influencent le développement des algorithmes et doivent promouvoir des valeurs telles que « l’inclusivité, la non-discrimination, la responsabilité et la transparence ».   Retrouvez également notre reportage sur l'intelligence artificielle, la révolution technologique la plus importante du siècle. Notre reporter Luke Brown est parti à la rencontre des acteurs de ce secteur en Europe. Émission préparée par Georgina Robertson, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Loïc Chalavon.

    20 min
  5. May 22

    Roxana Mînzatu : «la réponse au populisme passe par des politiques sociales efficaces et crédibles»

    Alors que la guerre au Moyen-Orient inquiète de nombreux Européens, l'Union européenne affiche un chômage inférieur à 6%. Mais la crise énergétique pèse sur les entreprises et suscite des questions sur l'avenir de l'emploi. Pour en parler, nous recevons Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. Une stratégie pour sortir 100 millions d'Européens de la pauvreté La Commission européenne a lancé sa première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, un signal politique fort selon Roxana Mînzatu. Elle rappelle qu'un Européen sur cinq est aujourd'hui en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. « On a presque 100 millions d'Européens qui sont en risque de pauvreté, en risque d'exclusion sociale. On parle de la pauvreté des enfants, du sans-abrisme, du logement, du coût de la vie », explique la vice-présidente exécutive de la Commission.  Parmi les outils envisagés, une directive européenne sur l'accès au travail des personnes sans emploi, qui fixerait des conditions minimales communes pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi dans les États membres. La Commission prépare également une loi sur les emplois de qualité, attendue en décembre, qui entend concilier compétitivité et salaires décents.    Neuf morts par jour au travail : « c'est inacceptable » Chaque jour, neuf Européens décèdent sur leur lieu de travail. Un chiffre que Roxana Mînzatu qualifie d'« inacceptable », alors même que la législation européenne a permis de réduire de 70% les accidents mortels au travail en trente ans. La Commission entend aller plus loin en intégrant dans la future loi sur les emplois de qualité les risques psychosociaux et ceux liés aux conditions climatiques extrêmes. « La vision avec laquelle on travaille en Europe, c'est un objectif zéro sur les morts au travail. »   Intelligence artificielle : opportunité et risque pour le monde du travail Sur l'impact de l'IA, la vice-présidente exécutive européenne appelle à une discussion sociétale sérieuse, tout en reconnaissant que personne ne peut aujourd'hui mesurer avec certitude les effets sur l'emploi. Elle annonce pour novembre 2026 un paquet législatif sur l'éducation, qui comprendra des mesures pour développer la culture numérique en Europe et intégrer l'IA dans les écoles. « L'IA est en réalité une grande opportunité, mais aussi une vulnérabilité. On a besoin de compétences parce qu'on voit déjà des travailleurs qui utilisent l'IA chaque jour sans avoir eu de formation dédiée », explique-t-elle.

    20 min
  6. May 8

    Marcos Perestrello: «L’UE a besoin d’au moins cinq ou dix ans pour avoir une défense indépendante»

    Cette semaine, nous recevons Marcos Perestrello, président de l'Assemblée parlementaire de l'Otan. Il encourage les investissements européens dans sa défense et croit possible un maintien des bonnes relations transatlantiques. Face aux multiples conflits dans le monde, Marcos Perestrello explique que l’OTAN est actuellement confrontée à « l'environnement de sécurité le plus dangereux et le plus imprévisible depuis des générations. » Au-delà d’une « situation très instable et imprévisible », les alliés de l’OTAN, principalement l’Europe et le Canada, font face, selon lui, à une forte pression pour accroître leurs investissements dans la défense : « La pression est très forte et ce depuis quelques décennies. Cela ne date pas d’aujourd’hui et ne vient pas que du président Trump. C’est une pression qui date d’il y a bien plus longtemps ».  Il reconnaît cependant que la pression s’est accrue sous la présidence de Donald Trump : « La pression a été plus forte et plus verbale. Les mots choisis sont plus forts et souvent pas diplomatiques. » Selon lui, cette pression a permis de se mettre d’accord sur « l'objectif final » : « Créer une OTAN plus forte du point de vue militaire et avoir une Europe des alliés européens capable de soutenir sa défense, au moins dans les moyens conventionnels. » « J’espère que le retrait de soldats ne va pas être une réalité » Le président des États-Unis a annoncé vouloir retirer au moins 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, voire plus dans le reste de l’Europe. Marcos Perestrello s’inquiète de ce désengagement : « Ce n’est pas dramatique mais ce n’est pas une bonne nouvelle. [...] Pour que l'Europe acquiert son autonomie en termes de défense et réduise sa dépendance aux États-Unis, il faudrait au moins cinq ou dix ans et de grands investissements, notamment pour le recrutement de nouveaux personnels. » Il tempère néanmoins ces annonces : « La rhétorique politique répond souvent à des objectifs de politique interne. Mais cette rhétorique politique a des effets négatifs pour la sécurité européenne. Tous les chefs d'État doivent être plus prudents dans leurs déclarations. [...] J’espère que cette annonce d’un retrait de soldats ne va pas se transformer en réalité. Mais ce que dit le président américain n’a pas toujours des conséquences en pratique. Parfois, la rhétorique est différente de l'action politique des pays. » « Les Européens sont en train de faire des investissements dans la défense » Face à la pression américaine, les dirigeants européens ont accepté d’augmenter leurs dépenses militaires jusqu’à 5% de leur PIB d’ici 2035. Alors que les dépenses militaires ont diminué aux États-Unis en 2025, elles ont augmenté de 14% en Europe, pour atteindre 735 milliards d'euros. Selon Marcos Perestrello, tout le monde « a besoin de faire plus d’investissement » dans la défense : « Les Européens sont en train de faire cet investissement et c’est important de le montrer aux Américains, de le leur dire. » Dans le conflit au Moyen-Orient, après les frappes américano-israéliennes en Iran, les États-Unis ont reproché aux Européens leur manque de soutien, ce que réfute Marcos Perestrello : « Le soutien que les Américains ont demandé aux Européens a été donné, à quelques petites exceptions près. Mais globalement, les Américains ont été soutenus par les Européens dans cette opération. L'opération est compliquée et très préjudiciable pour l'Europe, mais c’est positif que les pays européens soient disponibles pour faire des opérations de manutention dans le détroit d'Ormuz par exemple. [...] Nous ne savons pas très bien comment les choses vont évoluer mais il faut stabiliser la situation et c'est positif d'avoir une disponibilité des pays européens. »

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