Reportage international

Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

  1. 19h ago

    Allemagne: à Berlin, un bunker sous l’ancienne chancellerie de Hitler, menacé de destruction, provoque un débat historique

    À Berlin, le centre du pouvoir nazi a largement disparu après la Seconde Guerre mondiale. Un grand bunker, sous l'ancienne chancellerie d'Adolf Hitler, est menacé par un projet immobilier. Historiens et experts se mobilisent pour sauver ce vestige qui pourrait servir de mémorial consacré au pouvoir nazi. « Le seul élément qui vous indique que le bunker de Hitler se tenait ici, c'est ce panneau. C'est ici qu'il va se donner la mort le 30 avril 1945. » Vincent Simon se tient devant un panneau qui donne quelques informations sur l'ancien bunker d'Adolf Hitler. Il faut beaucoup d'imagination pour se représenter, juste à côté, la gigantesque nouvelle chancellerie de Hitler, qui faisait plus de 400 mètres de long. Depuis la chute du mur, le no man's land qui séparait Berlin à cet endroit a été complètement reconstruit. Un terrain vague, quelques dizaines de mètres plus loin, a échappé à la reconstruction du centre de Berlin depuis 35 ans. Il se trouve sur le site de la chancellerie de Hitler. Un projet immobilier prévoit des bureaux et des logements. Mais en sous-sol se trouve l'un des plus grands bunkers encore existants : 1 200m2 en bon état subsistent encore, plus de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le plan d'occupation des sols prévoit la destruction de ces restes. Historiens et experts protestent. La ville de Berlin reste inflexible, alors que l'on peut sans problème construire un immeuble sur un bunker nazi quasi indestructible. Uwe Neumärker est le directeur de la fondation qui gère le mémorial pour les Juifs d'Europe victimes de l'Holocauste, à quelques dizaines de mètres de là. « Je suis résolument pour la sauvegarde de ce bunker, qui est un témoin de notre histoire que l'on ne peut pas détruire brutalement. Il y a un grand intérêt pour ce passé et un grand besoin d'informations. Quatre-vingts ans après la guerre, les connaissances s'amenuisent. Nous devons faire quelque chose pour lutter contre une glorification de ce passé », explique-t-il. Un tel bunker sauvegardé pourrait-il être un lieu de pèlerinage pour nostalgiques ? Uwe Neumärker n'y croit pas. Dietmar Arnold non plus. Le responsable de l'association Berliner Unterwelten propose depuis des années aux touristes des visites de bunkers de l'époque nazie. Il a déjà un plan pour celui qu'il veut sauver sous l'ancienne chancellerie de Hitler : « Notre projet consiste en une exposition sur la fin de la guerre. La chancellerie était un bâtiment de prestige de Hitler, même s'il n'y a presque jamais travaillé. Ce sont les derniers vestiges du pouvoir nazi. » Après la chute du mur, les restes du IIIe Reich, comme les vestiges de la RDA communiste, ont été très vite éliminés en Allemagne, ce que les experts regrettent. Beaucoup a été fait autour des victimes du régime nazi. Les symboles de ce pouvoir méritent une mise en valeur critique.  À lire aussiEn Allemagne, le magazine «Die Zeit» permet de savoir en quelques clics si ses ancêtres étaient nazis

  2. 1d ago

    En Espagne, le projet de réouverture d'une mine toxique d'Andalousie suscite la controverse

    Le 25 avril 1998 survint la plus grande catastrophe écologique de l'histoire de l'Espagne. Aux abords de Séville, près de la bourgade d'Aznalcollar, la digue du bassin de décantation minière se rompt. Résultat : six millions de mètres cubes de boue toxique déversés dans le bassin du fleuve Guadiamar, contaminant 4 600 hectares sur 63 kilomètres. Le gisement ferma en 2022. L'entreprise suédoise Boliden n'a jamais remboursé un sou. Aujourd'hui, le groupe minier Mexico, troisième producteur de cuivre dans le monde, a reçu l'autorisation de la région Andalousie de rouvrir cette mine. Il y a de la joie et de l'enthousiasme chez les uns, mais de la résistance chez d'autres. Nous sommes tout à côté de la commune d'Aznalcollar, 6 000 habitants, écrasée sous la chaleur. Devant nous, un cratère empli d'eau de couleur turquoise. Une beauté trompeuse, car elle est toxique après des dizaines d'années de contamination minière. Un désastre, pour le militant écologiste Isidoro Albarreal : « Par ici se sont déversées toutes les boues toxiques causant une contamination qui est toujours présente. » D'après le groupe minier Grupo Mexico, qui a racheté ces gisements, tout va s'arranger, car il promet de récupérer les eaux toxiques de deux bassins de décantation et de nettoyer ces eaux par un système d'épuration. Luis, porte-parole du groupe à Séville, explique : « L'objectif, ce n'est pas seulement de rouvrir la mine, de créer des emplois et d'extraire des matières premières basiques. C'est aussi que l'opérateur s'est engagé à réaliser une restauration environnementale. » Ce projet rencontre localement l'enthousiasme. Avant l'accident de 1998 et la fermeture de la mine, 4 000 à 5 000 personnes y travaillaient. Elles sont aujourd'hui au chômage ou bien avec des emplois précaires, loin de la bourgade. Le maire, Juan José Fernandez, n'y voit que des avantages : « Le premier bénéfice pour la population d'Aznalcollar, c'est de l'emploi. Enfin, la promesse va devenir réalité, car une fois que les eaux seront épurées et la mine sanctuarisée, l'activité pourra recommencer tout en nettoyant les montagnes de décombres. » Sur place, dans les bars d'Aznalcollar, l'immense majorité applaudit cette réouverture. Comme Carmin, un ancien mineur à la retraite : « La mine doit beaucoup de vie au village. Beaucoup de vie, car plein de gens vont y travailler de nouveau. Actuellement, ils ont un emploi précaire à Séville ou dans les environs, et s'ils peuvent travailler à la mine, ce sera un travail mieux payé et plus stable. » Le projet du groupe minier, approuvé par la région andalouse, est de construire une canalisation de 35 kilomètres pour reverser les eaux supposément épurées vers le grand fleuve Guadalquivir. Les écologistes, comme Isidoro, craignent le pire : « Effectivement, cette eau n'est apte ni pour l'irrigation ni pour un usage domestique. C'est une eau pleine de métaux lourds, en dépit du processus d'épuration. Cette eau va envenimer, plus encore que contaminer, le fleuve Guadalquivir. Et va donc empoisonner les activités en aval de Séville, telles que les rizières et les activités de pêche et de ramassage des fruits de mer. » Pour l'heure, le projet devrait se faire, car il a toutes les autorisations. Quatre organisations écologistes importantes ont déposé un recours pour « possible contamination », en espérant bloquer le déversement vers le Guadalquivir et l'activité minière dans son ensemble.

  3. 2d ago

    Liban: six ans après, que sait-on de l'explosion du port de Beyrouth?

    Six ans jour pour jour. Ce mardi, le Liban commémore la terrible explosion du port de Beyrouth qui a eu lieu le 4 août 2020. La catastrophe a tué 235 personnes, fait 6 500 blessés et ravagé un tiers de la capitale libanaise. C’est l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire. Après avoir été bloquée pendant de longues années à cause de l’hostilité de la classe politique, l’enquête du juge d’instruction Tarek Bitar est aujourd’hui terminée. Que sait-on de l’explosion du port de Beyrouth ? Quelles sont les zones d'ombre ? Quand aura lieu ce procès historique ?  De notre correspondante à Beyrouth, C'est un dossier devenu le symbole de l'impunité de la classe politique libanaise. Pendant des années, l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth est restée au point mort. Plus d'une quarantaine de recours judiciaires visant le juge d'instruction Tarek Bitar, mais aussi de nombreux blocages institutionnels, ont empêché les investigations d'avancer. Le tournant intervient en janvier 2025, avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice. Les nominations de magistrats qui étaient bloquées sont relancées. Les juridictions examinent et rejettent les recours qui paralysaient l'enquête. « Le juge d’instruction a fini son dossier, il l’a transféré au procureur, le procureur prépare ses réquisitions, nous espérons que les réquisitions seront prêtes dans un délai qui pourrait varier dans un délai de 60 à 90 jours, explique Adel Nassar, ministre libanais de la Justice. Les réquisitions n’ont pas une force obligatoire à l’égard du juge d’instruction. Le juge d’instruction, une fois ses réquisitions faites, transférera le dossier au tribunal compétent, et à ce moment-là on passera à l’étape du procès en attendant le jugement. » À lire aussiExplosion du port de Beyrouth: l'instruction du juge Tarek Bitar malmenée par le Hezbollah « On ne peut pas se dire que la justice n’arrivera pas, parce que ce serait juste invivable » En 2021, Human Rights Watch avait mené sa propre enquête. Ramzi Kaiss, chercheur pour l'ONG, raconte ce que l’on sait et les zones d'ombre qui persistent autour de l’acheminement de plus de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium au port de Beyrouth : « Plusieurs officiels libanais savaient que du nitrate d’ammonium arrivait au port de Beyrouth, savaient les dégâts que ça pouvait causer aux populations civiles autour, ils avaient le pouvoir de le faire enlever ou de le stocker de manière à ne pas mettre la vie d’autrui en danger. Ils ont failli à le faire. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas. Le nitrate d’ammonium devait-il aller à Beyrouth et y être déchargé ? Le nitrate d’ammonium devait-il servir à autre chose qu'à être stocké au port de Beyrouth ? Utilisé par qui ? Qui voulait que ce nitrate d’ammonium soit à Beyrouth ? » À lire aussiExplosion au port de Beyrouth: «La justice doit dire la vérité» sur cet «acte criminel et volontaire», selon Melhem Khalaf Paul Naggear, père d’Alexandra, une petite fille de trois ans tuée dans l’explosion, ne cesse de se battre pour qu’un jour la justice soit rendue et pour connaître la vérité. « On ne peut pas se dire que la justice n’arrivera pas, parce que ce serait juste invivable. Et on vit comme ça depuis le 4 août 2020. Donc, on continuera à lutter jusqu’à ce que ça arrive. C’est vrai qu’il y a un gouvernement aujourd’hui qui est en mesure d’exercer ses fonctions, mais ça peut changer très rapidement, c’est pour ça aussi qu’on a ces craintes et qu’on veut faire avancer les choses le plus rapidement possible. C’est une crainte qui reste, mais l’optimisme sera toujours là. » Le président de la République, Joseph Aoun, a appelé le juge d’instruction à publier l’acte d’accusation, une nécessité qui ne peut plus attendre, a-t-il estimé. À lire aussiL'explosion du port de Beyrouth raconté par Hala Moughanie, lauréate du Prix France-Liban

  4. 3d ago

    Australie: des voies vertes de Sydney pour le bien-vivre et le bien-être des habitants

    Alors que l’Europe et la France en particulier traversent une période de canicule sans précédent, dans des pays déjà habitués aux fortes chaleurs, on tente également de s’adapter au réchauffement climatique. C’est notamment le cas de la ville de Sydney, en Australie, où l’un des moyens envisagés pour faire baisser la température, c’est d’aménager des voies vertes, autrement dit, des pistes cyclables couvertes par des arbres, pour relier entre eux les différents quartiers d’une ville qui reste essentiellement pensée pour l’automobile. Loin de seulement apporter du confort et de la fraîcheur aux habitants, ces voies vertes pourraient également réduire les dépenses de santé de plusieurs centaines de millions d’euros par an.   De notre correspondant à Sydney, Et si le secret, pour survivre dans une jungle de béton, c’était de planter des arbres ? Ce ne sont en tout cas pas les utilisateurs de la Inner West Greenway, une voie verte de 6 km ouverte en décembre dernier, presque entièrement abritée sous des arbres, qui longe d’anciennes canalisations, qui diront le contraire. À l’image de Lili, qui y passe une bonne partie de son temps libre. « Je viens marcher ici quasiment tous les jours, c’est super ! Depuis l’ouverture, il y a tellement de gens qui l’utilisent, ça fait prendre conscience à quel point nous avions besoin de ce genre d’espace. En particulier, ici, proche du centre-ville, pour les gens qui vivent en appartement. » C’est également le constat du comité pour Sydney, un laboratoire d’idées qui a récemment appelé les autorités à construire beaucoup plus de voies vertes, à la fois pour rendre la ville plus cyclable, mais aussi, et surtout, pour la rendre plus fraîche. En particulier dans les banlieues ouest, à la fois très bétonnées et éloignées du littoral, où les coûts engendrés par les journées de forte chaleur sont énormes. C’est ce que rappelle Sam Kernaghan, directeur de la politique de résilience au comité pour Sydney. « Les coûts économiques, seulement pour l’ouest de Sydney, des journées de chaleur extrême, sont de 900 millions d’euros par an. Cela inclut les dépenses de santé pour les familles, les dépenses supplémentaires pour se rafraichir, comme la climatisation, mais aussi les coûts en termes de baisse de productivité. » À lire aussiLe changement climatique s'accélère en Australie, où le réchauffement dépasse le seuil de 1,5°C Des îlots et des corridors de fraîcheur face à l'urbanisation galopante Des journées de chaleur extrême, c'est-à-dire où le thermomètre affiche plus de 35 degrés, il pourrait y en avoir deux fois plus qu’aujourd’hui d’ici à 2050 dans l’ouest de Sydney, où, en période de canicule, la température est déjà 5 à 10 degrés plus élevée qu’à l’est de la ville, situé en bord de mer. Et alors que la population augmente et que la ville se densifie, il est essentiel pour Sam Kernaghan d’accompagner ce développement avec des îlots et des corridors de fraîcheur. « Il nous faut donner à cette population qui grandit accès à des endroits où ils peuvent nager, marcher, faire de l’exercice, qui sont au frais, accessibles à tous. » Les villes, et leurs habitants, ont tout à y gagner. Avoir accès à des espaces verts a de fait un impact positif scientifiquement prouvé sur la santé mentale. Et leur démultiplication à Sydney pourrait également y faire considérablement réduire les dépenses de santé. De l’ordre de 600 millions d’euros par an selon le Comité pour Sydney, dont l’estimation ne prend en compte que les maladies cardiovasculaires, aggravées par la chaleur.

  5. 4d ago

    Au Pakistan, des femmes DJ occupent une scène électronique en plein essor

    Le Pakistan n'est sans doute pas le premier pays qui vient à l'esprit quand on parle de musique électronique. Et, pourtant, à Karachi, la plus grande ville du pays, une scène « underground » s'est développée ces dernières années. Avec une nouveauté : l'arrivée de femmes DJ, de plus en plus nombreuses malgré les tabous. Car dans ce pays aux valeurs traditionnelles, la musique religieuse et dévotionnelle occupe une place centrale, et la scène électronique reste souvent associée à des comportements jugés immoraux et aux influences occidentales. De notre correspondante à Karachi, Ondine de Gaulle  En pleine nuit, dans les environs de Karachi, les basses résonnent sur la plage. Une centaine de jeunes dansent dans une villa face à la mer, éclairés par les stroboscopes. Ici, les invités ont été soigneusement sélectionnés : la fête est clandestine. Aux platines, Chiara. Casque sur les oreilles, la DJ de 23 ans fait monter le rythme. Il y a encore quelques années, les femmes DJ se comptaient sur les doigts d'une main au Pakistan. Aujourd'hui, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer. Mais, pour beaucoup, la scène électronique reste associée au monde de la nuit et à la débauche, comme l’explique Chiara, après son set. « Comme nous vivons en République islamique du Pakistan, beaucoup de gens ici considèrent la fête comme une activité illicite. Le fait que des filles portent des vêtements courts, que des filles et des garçons se mélangent ou dansent, c'est mal vu. Une partie de la société considère que ces soirées relèvent presque de l'œuvre du diable. » Un nouveau concept pour continuer la fête : les fêtes sobres, ou « halal » Ces fêtes clandestines sont aussi dans le collimateur des autorités. La police multiplie les descentes au nom de la lutte contre l’alcool, les drogues ou les atteintes à la morale publique. Depuis un commissariat du centre-ville, Syed Ali Hassan, officier de police, assume cette politique de tolérance zéro. « Ce n’est pas seulement illégal, ce sont des activités démoniaques. Même si ces fêtes sont organisées clandestinement, nous prendrons des mesures. » Pour continuer à faire la fête, un nouveau concept s'est développé ces derniers mois : les fêtes sobres, ou « halal », organisées en journée. Dans une rue d’un quartier huppé de Karachi, en plein milieu de l'après-midi, la façade d’un café ne laisse rien deviner. Mais, une fois la porte franchie, changement d’ambiance : des dizaines de jeunes hommes et femmes dansent sur de la musique pop, café à la main. C'est Sarah Aijaz qui mixe aujourd'hui. Pour cette actrice et DJ, ces événements, tolérés par les autorités, offrent un cadre plus viable pour la scène électronique. « Ces fêtes sobres qui se développent sont accessibles à plus de monde, les gens s’amusent quand même, et ça apprend aussi aux gens à ne pas associer systématiquement la musique à la drogue. On voit des femmes DJ qui jouent dans les "coffee rave", mais il n’y en a pas beaucoup sur la scène underground, parce que ces événements finissent souvent tard. Mais, ici, je pense que c’est assez sûr pour les femmes. » Dans un pays où les femmes disposent rarement des mêmes libertés que les hommes, celles qui mixent aujourd'hui sont souvent issues de la jeunesse urbaine anglophone et aisée, qui a les moyens de s'affranchir des normes sociales. À lire aussiAu Pakistan, chanter peut vous coûter la vie

  6. 5d ago

    Bolivie: changement des politiques de lutte contre le narcotrafic, un discours plus qu'une réalité?

    En Bolivie, on cultive la feuille de coca depuis des siècles et sa production est en partie légale. Pendant 20 ans, la gauche a mené des politiques favorables à cette culture, mais depuis plusieurs années, la production illégale pour le narcotrafic est en augmentation. Avec le retour de la droite au pouvoir fin 2025, c’est une nouvelle stratégie qui est mise en place : discours de fermeté et rapprochement idéologique et financier avec les États-Unis pour lutter plus frontalement contre le narcotrafic. Comment cette évolution se traduit-elle sur le terrain ? Nils Sabin a suivi des policiers et des militaires qui réalisaient une opération d’éradication de cultures de coca. De notre correspondant à La Paz, Le jour se lève à peine dans cette région de jungle de montagne, à plusieurs heures de route de La Paz. Et, déjà, le campement militaire temporaire fourmille d'activités. Pendant cinq jours, militaires et policiers réalisent des opérations d'éradication de cultures de coca illégales dans la zone. Ernesto est l’un des gradés en charge de ce travail, il a requis l'anonymat : « On forme notre colonne de sécurité et ensuite, on se rend sur le site d'éradication. Là-bas, nous, les policiers, avons la charge de la sécurité et les soldats sont ceux qui s’occupent de l'éradication ». Un tiers de la production de coca en Bolivie est illégal Derrière nous, on entend les soldats qui déracinent les plants de coca avec des pioches. Ils vont travailler sur cette parcelle toute la matinée, nous explique un autre soldat : « Ils se sont mis en ligne d'un point à un autre, et ils vont éradiquer jusqu’en haut. Je pense sur une distance d’environ 100 mètres ». Ces opérations sont essentielles pour limiter la production de coca dans le pays : en 2024, la Bolivie en comptait 35 000 hectares, dont un tiers est illégal et donc à destination de la production de cocaïne. Ici, l’éradication est réalisée en concertation avec les producteurs locaux pour limiter les tensions, c’est l’une des mesures qui ont été mises en place par la gauche dans les années 2000. « Dans les zones où un accord a été conclu, comme vous pouvez le voir, le propriétaire de la plantation de coca est présent. C’est donc lui qui indique quelle parcelle va être rationalisée. Il y a donc un consentement de la part des membres de la communauté, mais dans les zones rouges, cet accord n’existe généralement pas et les gens réagissent de manière hostile », explique Ernesto. À lire aussiBolivie: le pays rêve d'exporter sa production de feuille de coca Éradication de coca : « Quel que soit le gouvernement, c’est pareil » Malgré le revirement opéré par le président Rodrigo Paz sur les questions de narcotrafic, ces opérations coordonnées d'éradication de coca n'ont pas été modifiées. C’est ce qu’explique Gonzalo, le représentant des producteurs de coca de la zone : « J'ai vu passer Morales, Arce, Añez, quel que soit le gouvernement, c’est pareil. Avec Rodrigo Paz, le fonctionnement est le même, on n’a pas vu de changements ». Quant au rapprochement avec les États-Unis, il a conduit au retour de la DEA, l’agence antidrogue américaine, dans le pays. Et, fin juillet, une aide de 20 millions de dollars à la Bolivie pour lutter contre le narcotrafic a été signée. Mais cela ne s’est pas encore traduit par des changements concrets. Daniel est l’un des fonctionnaires qui vient vérifier les superficies de culture de coca des producteurs : « C’est presque pareil qu’avant, nous sommes toujours 25 fonctionnaires pour toute la région de La Paz ». Si les discours et le ton du gouvernement ont bien changé, sur le terrain, ces évolutions se font encore attendre. À lire aussiLe retour de la droite au pouvoir en Bolivie, promesse d’une lutte frontale contre le narcotrafic?

  7. 6d ago

    À bord de l'Ocean Viking, les rescapés racontent les sévices sur les routes de l'exil

    Depuis le début du mois de juillet, RFI s’est embarqué à bord de l’Ocean Viking, le bateau de sauvetage affrété par l’ONG française SOS Méditerranée. Patrouillant dans les eaux internationales au large de la Libye, le navire humanitaire a effectué samedi 18 juillet son premier sauvetage de l’été. L’équipage a secouru 38 migrants principalement issus d’Érythrée, du Soudan et de Somalie. Sous un soleil de plomb, sans eau et quasiment à court de carburant, ils voguaient sur une barque de fortune, en fer rouillé, qui menaçait de chavirer à tout moment. Une fois sains et saufs à bord de l’Ocean Viking, ces naufragés de la Méditerranée racontent leur périple, et comment ils en sont venus à prendre autant de risques pour fuir la violence, la torture et la guerre. De notre envoyé spécial à bord, Sur le pont de l’Ocean Viking, les rescapés jouent aux cartes pour tuer le temps. Un peu de légèreté sous une chaleur écrasante. De quoi dissiper un instant les souvenirs du passé. Hadrob, 25 ans, vient d’un petit village en Érythrée. « J’ai fui le service militaire obligatoire. Là-bas, ils te recrutent de force. Tu ne peux plus voir ta famille. Si ta mère meurt, tu ne pourras même pas l’enterrer. À 10 ou 11 ans, tu peux être mobilisé. Femme ou homme, tu n’as pas le choix, ils t’embarquent. De crainte des rafles militaires, tous les jeunes Érythréens vont se cacher dans les montagnes. Pourquoi je devrais rester dans un tel pays ? Alors, j'ai fui au Soudan. » Hadrob se retrouve alors dans un pays ravagé par la guerre. Il gagne sa croûte dans une boulangerie, puis décide de tenter sa chance en Libye. « Au bout de sept jours à Tripoli, une milice, la Brigade 444, a débarqué de nuit dans l’appartement. Ils sont venus avec six véhicules. Ils tiraient en l’air. Ils nous ont menottés et nous ont envoyés en prison dans un grand camp militaire. Dans la prison, il y a plus de 400 personnes. La moitié sont dans un sale état, certains y meurent. À 6 h du matin, on te réveille pour que tu ailles les servir jusqu’à 8 h du soir. » À lire aussiÀ bord de l'«Ocean Viking»: au cœur d’une Méditerranée de plus en plus mortelle « La Libye est un enfer. C’est un enfer, je vous le dis » Travail forcé, racisme, sévices corporels, sexuels et psychologiques sont quotidiens en Libye. Les exilés sont ensuite monnayés comme de la marchandise, raconte Mahmoud, un jeune Soudanais. « Ils exploitent les étrangers. Ils te prennent ton argent, te font miroiter un départ vers l’Europe, mais finalement rien ne se passe. D’autres te prennent ton argent, te font monter dans un bateau et ensuite ils te vendent aux autorités libyennes qui viennent t’intercepter et te ramener en prison. Et pour en sortir, tu dois payer encore. C’est du commerce d’êtres humains ! On te vend ici et on te rachète là. Moi, ça m’est arrivé deux fois. Et à chaque fois, tu dois retrouver un travail, galérer, repartir de zéro. » Comme son compatriote, Hamza, crâne chauve et visage balafré, a vu sa vie pulvérisée par la guerre. D’abord réfugié au Caire, il doit échapper aux rafles menées par les autorités égyptiennes. Une fois en Libye, Hamza est emprisonné et torturé à plusieurs reprises. « J’ai été brisé en Libye. Une année s’est écoulée comme 100 ans. Je n’ai pu regarder personne dans les yeux, ni dire un mot contre l’injustice permanente. Il n’y a pas d’humanité en Libye. Alors quand j’ai pris la mer, je me suis convaincu que si les garde-côtes venaient pour nous intercepter, je me jetterais à l’eau. J’étais prêt à me tuer plutôt que d’être renvoyé là-bas, emprisonné une nouvelle fois. La Libye est un enfer. C’est un enfer, je vous le dis. Ils m’ont détruit. » Fuyant la Somalie, l’Érythrée ou le Soudan en guerre, le calvaire de ces exilés se poursuit dans les pays de transit comme l’Égypte, la Tunisie et la Libye. Bafouant les droits humains, ces régimes autoritaires continuent pourtant de recevoir un soutien croissant des pays européens au nom de la lutte contre l’immigration clandestine. Pour leur sécurité, RFI a préféré garantir l’anonymat des témoins que vous venez d’écouter. Leurs prénoms ont été modifiés. À lire aussiÀ bord de l'«Ocean Viking»: les premières vies sauvées de l'été au large de la Libye

  8. Jul 28

    En Pennsylvanie, le Liberal Gun Club passe les armes à gauche

    Aux États-Unis, les armes à feu ont longtemps été associées à une population blanche, rurale et conservatrice. Mais à en croire les experts, elles séduisent désormais de plus en plus l'électorat progressiste, ainsi que les personnes de couleur et LGBTQ+, surtout depuis la réélection de Donald Trump en novembre 2024. Illustration à Lancaster, dans le sud-est de la Pennsylvanie. De notre envoyé spécial à Lancaster, Ils sont une dizaine à s'être donné rendez-vous dans ce stand de tir de Lancaster, en Pennsylvanie, État du nord-est des États-Unis. Tous sont membres du Liberal Gun Club, un club de tir classé à gauche. Parmi eux, il y a Molly. Elle teste des pistolets de différents calibres avec son père. À 22 ans, elle est sur le point de quitter le domicile parental. Il lui faut donc une arme. Reste à trouver la bonne. « La première fois que j'ai tiré, j'avais 11 ans. Maintenant que je m'apprête à déménager et à vivre seule, j'ai besoin d'une arme. Parce que je fais 1,50 m et je ne me sens pas capable de me défendre toute seule sans une arme », explique-t-elle. Un sentiment de vulnérabilité renforcé, selon elle, par les discours masculinistes de la droite Maga. « Je vis dans un bon quartier, là-bas, je m'y sens bien. Mais la façon dont Trump et son entourage ont encouragé les hommes à considérer les femmes comme inférieures à eux et comme des objets sexuels. C'est préoccupant et particulièrement dégoûtant », ajoute Molly. À lire aussiC'est quoi le masculinisme? Le Liberal Gun Club compte aujourd'hui quelque 5 000 adhérents à l'échelle nationale. En novembre 2024, juste avant la seconde élection de Donald Trump, ils étaient moins de 3 000. Les demandes de formation aux armes à feu auraient, quant à elles, été multipliées par cinq en un an. Pour Ed Patches, le président de la section locale du club, le tournant a été en réalité l'épidémie de Covid-19, lorsqu'une partie de l'électorat conservateur a refusé de se faire vacciner pour des motifs qu'il qualifie d'irrationnels. « Si vous faisiez partie de ceux qui disaient que ça n'avait aucune valeur scientifique, que c'était idiot, vous étiez considéré comme un libéral qui doit être surveillé, voire pire. Je pense que cette radicalisation de la droite est la raison pour laquelle certains à gauche ont jugé qu'ils devaient se protéger, eux et leur famille », analyse-t-il. Ceux qui sont présents ce jour-là sont pour la plupart des adhérents de plus longue date. Mais tous font part de leur inquiétude au sujet de ce président que certains qualifient de « fasciste ». C'est le cas de Sam. « Je me suis intéressé aux armes à feu assez tard. Au départ, je n'étais pas du tout fan. Mais avec l'élection de Donald Trump et le rassemblement de Charlottesville en 2017, j'ai totalement changé d'avis. Je suis juif, ma femme est d'origine portoricaine. J'ai acheté des armes par précaution lors du premier mandat, mais quand il a été réélu, avec ma famille, on a songé à quitter le pays », confie-t-il. Aujourd'hui, Sam s'efforce de maintenir le contact avec un maximum d'amis à l'étranger au cas où il lui faudrait s'enfuir. À lire aussiÉtats-Unis: comment les Haïtiens se préparent à la fin du statut de protection temporaire

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