Près de 30 ans après sa mort, le couturier Gianni Versace est honoré à Paris. Jusqu'au 6 septembre 2026, le musée Maillol abrite une rétrospective consacrée au créateur de la maison Versace – la toute première, en France, depuis 1986 ! L’occasion de redécouvrir le travail de l’enfant terrible de la mode italienne, dont les créations, oscillant toujours entre génie et mauvais goût, ne laissent jamais indifférent. Allergiques au maximalisme, entrez à vos risques et périls ! Dès l'entrée de l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » au musée Maillol, les créations exubérantes du couturier, disparu en 1997, s'imposent. Couleurs vives, motifs kitsch, sequins, drapés, soieries, broderies, le tout concentré parfois sur la même silhouette : à l'heure du « less is more », les vêtements dessinés par Gianni Versace rappellent que, parfois, « more is more », tout simplement. 450 pièces réunies au même endroit Pour mettre en valeur les 450 pièces - vêtements, chaussures, bijoux, accessoires de décoration - réunies par les commissaires auprès de différents collectionneurs, le musée Maillol s'est transformé en véritable catwalk. Le visiteur circule donc d'espace en espace, comme au centre d'un gigantesque défilé de mode. Un dispositif ambitieux et extravagant, conforme, d'une certaine manière, aux goûts de Gianni Versace. « Avec lui, tout devait toujours être fait à 100 %, voire à 1000 % ! » se souvient Doris Brugger. L'ancienne attachée de presse et amie du créateur a prêté une vingtaine de pièces de sa collection pour les besoins de l'exposition. Dans cette profusion de silhouettes - une infime partie des 6 à 8.000 tenues conçues par Gianni Versace -, difficile de choisir. Pourtant, certaines restent emblématiques : « la collection Barocco est l'une des plus importantes exposées ici, estime Doris Brugger. Il y a aussi toutes les pièces avec les épingles à nourrice, la veste en cuir avec les croix et les étoiles brodées dessus... et, bien sûr, la robe avec le visage de Marilyn Monroe ! » Parmi les espaces à ne pas manquer également : la collection de chemises en soie à motifs extravagants. Gianni Versace en a dessiné plusieurs centaines au cours de sa carrière, reconnaissables entre toutes. « Porter une telle chemise, c'était s'affirmer en tant que "Versacista", s'amuse Karl von der Ahé, l'un des deux commissaires de l'exposition. Cette pièce pouvait être un véritable ticket d'entrée dans l'univers de Gianni Versace.» À lire aussiGianni Versace au Musée Maillol: immersion dans l’univers glamour et audacieux du maître du «Made in Italy» Un créateur visionnaire Tape-à-l'oeil et tapageur, le couturier n'en était pas moins un visionnaire. Parmi ses faits d'armes : la création d'un tissu métallique - l'Oroton - donnant l'illusion d'un vêtement coulé dans du métal liquide ; l'introduction du sexe dans la haute couture, avec sa collection « bondage » ; ou l'utilisation de l'épingle à nourrice comme accessoire de mode, devenue un véritable emblème de la marque. Surtout, Gianni Versace fut l'un des premiers à promouvoir le « Made In Italy » « à une époque où, pour la mode, tout se passait à Paris », souligne Karl von der Ahé. « Toutes les matières premières qu'il utilisait étaient italiennes : la laine, le cuir, les bijoux... tout !, poursuit le commissaire, qui consacre sa vie à Gianni Versace depuis dix ans, Il était en mesure de s'approvisionner à Milan, dans le nord de l'Italie, et donc de s'assurer de la qualité de ce qu'il proposait. Cela a fait partie des points forts de sa mode, et c'était important pour lui. » Force est de constater que, malgré leurs 40 ans, certaines pièces exposées n'ont pas pris une ride ni perdu de leur éclat. La mode-spectacle Visionnaire, Gianni Versace l'a été aussi lorsqu'il a compris l'importance de l'image et du divertissement. L'exposition raconte ainsi les premières collections où le couturier a fait défiler les mannequins les plus célèbres de l'époque - Linda Evangelista, Claudia Schiffer, Naomi Campbell... et le virage pris par Gianni Versace lorsqu'il est devenu le visage de sa propre marque. « Gianni ne s'entourait que des meilleurs photographes, et était régulièrement pris en photo pour des séries de portraits, raconte Saskia Lubnow, elle aussi commissaire de l'exposition. Cela lui permettait de maîtriser son image et le récit autour de sa marque. » Et Karl von der Ahé d'abonder : « Gianni Versace a fait de la mode un spectacle, et en faisant cela, il a modernisé la haute couture. Sa tragédie, c'est qu'avec cette stratégie de marketing agressif, il a scié la branche sur laquelle il était assis. Lorsqu'on se concentre sur la célébrité, sur les visages, alors on ne parle plus de mode ». Près de 30 ans après l'assassinat du couturier devant sa maison de Floride, difficile de lui donner tort : Gianni Versace disparu, la marque est progressivement tombée en désuétude. Reste l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » pour offrir un dernier tour de piste à des silhouettes toujours aussi extraordinaires. « Gianni Versace : Rétrospective », au musée Maillol à Paris, du 6 juin au 6 septembre 2026.