Reportage culture

Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

  1. 15h ago

    Les Moments musicaux de Gerberoy enchantent la cité des roses

    Dans la plus petite ville de France, à une centaine de kilomètres au nord de Paris, la musique s'invite le temps d'un week-end. À Gerberoy, commune de 80 habitants surnommée la « Ville des roses », le pianiste et fondateur du festival, Philippe Cassard, reprend les rênes de la 20e édition des Moments musicaux. Concerts dans les jardins et dans l'église médiévale : le festival réunit flûtistes, guitaristes et pianistes, mêle jazz et musique classique, et met à l'affiche aussi bien de jeunes talents qu'une légende vivante, la pianiste Elisabeth Leonskaja, 80 ans, et la comédienne Julie Depardieu. Avec ses maisons de pierre, de briques et de colombages couvertes de roses, Gerberoy semble figé dans une carte postale. Classé parmi les plus beaux villages de France, ce bourg de l'Oise, devenu ville en 1202 sous Philippe Auguste, a vu passer rois et conquérants. Aujourd'hui, il attire aussi les artistes – à commencer par le pianiste Philippe Cassard. Un coup de foudre devenu festival « Le coup de foudre, ça date de presque 30 ans », raconte le musicien. Et pourtant, c'est en novembre, dans un décor gris et dépouillé, qu'il découvre pour la première fois Gerberoy. Mais ce ne sont ni les roses, ni l'été qui le séduisent d'emblée – plutôt l'âme du lieu : ses maisons anciennes et surtout la Collégiale du village. « Dès que je suis entré, j'ai claqué des doigts et j'ai su : l'acoustique est sensationnelle », se souvient-il. De cette rencontre naissent un premier festival, Les Estivales de Gerberoy, où se croisent musique classique et traditions populaires. Aux côtés d'un ami violoniste passionné de musiques yiddish et tzigane, Philippe Cassard imagine un rendez-vous ouvert sur le monde. Au fil des éditions, des artistes venus d'Argentine, de Roumanie, de Catalogne ou du Tyrol s'y produisent, dans des lieux aussi variés que l'église, la halle du marché ou les jardins du village. Un décor inspiré par l'histoire et l'art Gerberoy doit aussi son charme à l'influence du peintre impressionniste Henri Le Sidaner, installé ici au début du XXe siècle. Il y a façonné de somptueux jardins en terrasses, devenus un écrin parfait pour la musique. C'est dans l'un de ces espaces, le jardin blanc, qu'une soirée particulière prendra vie : la comédienne Julie Depardieu, entourée de la flûtiste Juliette Hurel et de la guitariste Gaëlle Solal, y fera dialoguer musique et lecture autour de Schubert. Schubert au cœur du programme Le compositeur autrichien, figure majeure du romantisme, est au centre de la programmation. Notamment à travers ses célèbres lieder – « des chansons pour voix et piano », comme le rappelle Philippe Cassard, qui en souligne la richesse : Schubert en a composé plus de 600 au cours de sa courte vie. Une œuvre foisonnante qui inspire toutes les explorations. Le festival propose ainsi une commande « à la manière de » à un jeune compositeur franco-américain, mais aussi des interprétations contrastées : la dernière sonate de Schubert, portée par la légende du piano Elisabeth Leonskaja, ou encore une relecture jazz signée Paul Lay, qui revendique l'importance de « conserver le thème tout en y apportant du swing et du groove ». Une parenthèse hors du temps À Gerberoy, la musique ne se contente pas d'être jouée : elle se vit dans un paysage et une atmosphère. « On ne peut pas organiser un festival dans un garage ou une salle municipale », insiste Philippe Cassard. Ici, tout participe à l'expérience : « Ces millions de rosiers, ces arbres centenaires. On est plongé dans un autre esprit, une autre idée du temps. » Au cœur de ce village chargé d'histoire, les Moments musicaux de Gerberoy offrent ainsi une parenthèse hors du temps où patrimoine, nature et exigence artistique se répondent en harmonie.

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  2. 1d ago

    Au Club des poètes à Paris, la magie de la poésie lutte contre la prose morose

    Tous les soirs ou presque, « Paris » rime avec « poésie » ! Dans la capitale française, nichée dans une ruelle proche de l'Assemblée nationale, se cache une institution qui fait vibrer les amateurs de belles lettres. Depuis 1961, le Club des poètes accueille chaque soir des dizaines de personnes, venues déclamer de la poésie, mais surtout profiter d'une bulle hors du temps où la bienveillance est le maître mot. Sa façade blanche, tout juste percée de lucarnes, passe quasi inaperçue dans la paisible rue de Bourgogne, en plein cœur des quartiers cossus de la capitale française. Pourtant, tous les soirs du mardi au vendredi, depuis 1961, ce discret bâtiment abrite une institution parisienne : le Club des poètes. Derrière sa lourde porte en bois, une joyeuse bande plaisante bruyamment autour d'une part de tarte ou d'un verre de vin. L'ambiance tamisée, les poutres apparentes et les piles de livres qui soutiennent des tableaux posés contre les murs invitent à la détente et à la convivialité. D'ici quelques instants, les lumières seront éteintes, des bougies seront allumées, et la véritable attraction de la soirée commencera : ici, depuis plus de 60 ans, on déclame des poèmes.  Un lieu chargé d'histoire  « Éteignez les lumières ! » : cette voix, c'est Blaise Rosnay – Blaise, comme l'appellent tout simplement les adeptes du lieu. Ce dernier présente le club, « pour ceux qui ne le connaîtraient pas » – et ils sont nombreux ce soir. Car le Club des poètes accueille aussi bien des habitués que des curieux. Le Club des poètes, donc, a été fondé par le père du maître de cérémonie, Jean-Pierre Rosnay, lui-même poète et résistant. « ​​​​​​​Avec une bande de jeunes gens turbulents, sourit Blaise Rosnay, il a d'abord fondé une maison d'édition [Les Jeunes artistes réunis, NDLR], avant d'animer une émission de radio qui s'appelait le Club des poètes. » D'où vient la désormais célèbre expression : « Amis de la poésie, bonsoir ! »  Dans le local sis au 30 rue de Bourgogne, se sont croisés Louis Aragon et Pablo Neruda, Léopold Sédar Senghor et Raymond Queneau. « ​​​​​​​Nous, on essaie de faire vivre la flamme allumée par nos parents, pointe Blaise Rosnay, et il faut croire qu'on s'en sort pas trop mal ​​​​​​​! » Il faut croire, oui : de nos jours, les fantômes des poètes du passé croisent quotidiennement des dizaines de poètes d'aujourd'hui, étudiants, retraités ou jeunes actifs, seuls ou en groupe, venus dire – et non pas lire – des poèmes.  La règle cardinale : apprendre les poèmes par cœur Car au Club des Poètes, on dit, on déclame, on chante même, mais surtout, on ne lit pas. « ​​​​​​​C'est une règle essentielle, estime le maître des lieux. Déjà parce qu'elle fait écho à toute l'histoire de la poésie, qui a existé bien avant l'écriture et le livre. » La récitation de mémoire est aussi une forme de cadeau faite au public : « ​​​​​​​Lorsqu'on s'apprête à demander un peu de temps d'attention au public, c'est important d'avoir soi-même passé un petit moment avec le texte qu'on s'apprête à partager, et de lui avoir soi-même prêté cette attention. » Il y a une dernière raison, glisse Blaise Rosnay dans un clin d'œil : « Cela évite les poèmes de 150 pages ​​​​​​​! » Dans de telles conditions, forcément, le stress monte un peu. Pourtant, les novices sont eux aussi les bienvenus sur le tabouret qui fait face au public – ils y sont même fréquemment encouragés par Blaise Rosnay entre chaque session. « Tout le monde peut dire un poème ​​​​​​​! » exhorte-t-il. Et si jamais le poète du moment trébuche, qu'il se rassure : les habitués se feront un plaisir de lui souffler la suite.  Une bulle hors du temps Des habitués, justement, il y en a beaucoup ce soir-là. Parmi lesquels Samuel. À 28 ans, le jeune homme fréquente les lieux depuis déjà dix ans : « J'ai découvert le club quand je suis arrivé à Paris. J'avais 17 ans. J'aime la bienveillance qu'il y a ici, le fait que les gens apprennent par cœur, voir leurs yeux quand ils récitent. » Pour lui, cet endroit est une évidence : « ​​​​​​​Il n'y a pas un seul jour, pour moi, sans poésie. J'en lis souvent, j'en parle avec les gens que j'aime, je me tiens au courant des nouveautés. »  Devant un public captivé, le jeune homme s'installe face au public. Sa guitare sur les genoux, il entonne, avec beaucoup de douceur, L'Hirondelle, un poème de la poétesse et révolutionnaire Louise Michel, qu'il a mis lui-même en musique. Pendant quelques minutes, le temps est comme suspendu. « ​​​​​​​Je dis souvent aux gens qui hésitent à apprendre des poèmes par cœur qu'avoir de la poésie en tête, cela permet d'y avoir autre chose que des soucis », glisse le jeune homme. Apparemment, les écouter aussi. D'ici quelques minutes, il sera 21h30. Les lumières se rallumeront et, le temps d'une courte pause, la réalité viendra toquer à la porte. Mais pour quelques instants encore, on est en pays de poésie.  À lire aussiPrintemps des Poètes, la poésie en circulation entre scène, rap et littérature

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  3. Jun 13

    «Small Island Big Song», l'océan au cœur du festival Rio Loco à Toulouse

    La 31ᵉ édition du festival Rio Loco se poursuit à Toulouse, dans le sud de la France, avec pour thème les imaginaires insulaires. Une thématique conçue sur mesure pour le projet musical, cinématographique et scénique Small Island Big Song. Une œuvre-fleuve qui réunit des dizaines d'artistes venus des océans Pacifique et Indien, autour de leurs traditions musicales et de leurs préoccupations pour la santé des océans et de la planète. Il y a douze ans, la productrice de théâtre taïwanaise BaoBao Chen et le cinéaste australien Tim Cole se rencontraient. Tous les deux préoccupés par les conséquences du dérèglement climatique sur les océans, ils décident de partir ensemble en terres insulaires.  « Pendant trois ans, nous avons rencontré plus d'une centaine d'artistes sur seize îles différentes. Nous sommes partis simplement avec nos micros et quelques caméras. Notre idée était d'enregistrer une chanson sur une île, puis d'emmener cette chanson sur l'île suivante pour qu'un nouvel artiste y ajoute un instrument ou une voix… et ainsi de suite, jusqu'à une autre île pour ajouter encore autre chose. Tellement de collaborations ont vu le jour », se réjouit BaoBao Chen.  La nature au centre Nouvelle-Zélande, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, île de Pâques, îles Salomon, Hawaï, Tahiti, Malaisie… Les îles se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun des artistes transmet ses traditions musicales lors d'enregistrements en extérieur.  « Une des compositrices sur ce projet, c'est la nature. Nous voulions lui donner une voix. Partout où nous allions, nous demandions aux artistes de nous emmener dans un lieu qui leur était cher. Nous avons donc enregistré des volcans, des mangroves, des plages… Une multitude de sons que nous avons intégrés au spectacle », explique BaoBao Chen.  Traditions entrecroisées d'île en île Small Island Big Song met en valeur tous les liens linguistiques et culturels qu'il existe entre les îles, notamment grâce aux migrations austronésiennes. Le chanteur et musicien malgache Sammy est l'un des piliers du projet : « Dans ma tribu, il y a une danse qui vient de Taiwan, elle est pratiquée à Madagascar mais avec quelque chose qui change. Cette danse s'appelle la danse des ancêtres. Quand j'ai vu cela à Madagascar, j'ai regardé comment les gens dansaient. Et quand j'étais à Taïwan, j'ai vu qu'il y avait vraiment une connexion entre les pays, une vraie histoire », sourit-il. Comme lui, tous les autres artistes ont fait le choix de préserver l'identité culturelle de leur peuple, en chantant dans leur langue et en jouant des instruments de leur terre. Comme des gardiens de la nature, témoins de leur héritage maritime ancestral.

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  4. Jun 7

    Sakifo: Wild Wild Women, l'offensive féminine du rap indien

    Dans un pays où la scène urbaine est longtemps restée une affaire d'hommes, elles ont décidé de se faire entendre. Wild Wild Women, les « femmes indomptables », débarquent d'Inde avec cinq voix et cinq langues. Hindi, marathi, tamoul, kannada, anglais, leur rap traverse les frontières autant qu'il bouscule les stéréotypes.  De notre envoyé spécial à La Réunion Grande révélation de la 22ᵉ édition du Sakifo, ces artistes de 24 à 32 ans forment le premier collectif féminin de rap indien. À quelques heures de la clôture du festival à La Réunion, ce samedi 7 juin 2026, elles ont transformé le micro en terrain de conquête. Difficile à croire en les voyant retourner le public du festival dans la ville de Saint-Pierre au sud de l’île. Et pourtant, Wild Wild Women n'existe que depuis une poignée d’années. Derrière l'énergie explosive et l'assurance affichées sur scène se cache une histoire de résistance. S’en souvient Pratika. « Quand nous allions dans les battles de rap et les événements hip-hop en Inde, il y avait très peu de femmes sur scène. Et celles qui étaient là n'étaient pas prises au sérieux. Toutes faisaient face à une forme d'exclusion venant des hommes. Alors, au lieu d'attendre qu'on nous fasse une place, nous avons pris d'assaut la nôtre. C'est comme ça qu'est né notre collectif féminin, Wild Wild Women ». « Nos chansons racontent cette réalité » Le groupe est né à Mumbai, capitale économique de l'Inde et mégapole de plus de douze millions d'habitants. Une ville de promesses, mais pas pour tout le monde, explique Hashtag Preeti. « Mumbai est la ville des rêves où cohabitent différentes cultures. Mais pour les jeunes femmes comme nous, la liberté rime souvent avec des emmerdes. Depuis l'enfance, nous devons négocier notre place, notre apparence, notre liberté avec les mecs. Nos chansons racontent cette réalité : la résilience, la pression familiale, le corps féminin, la sécurité, l'identité féminine. Mais en même temps, nous ajoutons de l'humour et de la joie à notre malheur dans nos chansons pour montrer la femme indienne autrement que par le prisme de la victimisation et de la lutte. » Wild Wild Women ouvre la voie pour d'autres femmes Sur scène comme en dehors, les Wild Wild Women bousculent un ordre établi qui les excluait jusque-là.  Un sentiment qui en dit long sur les préjugés encore à l'œuvre en Inde, selon MC Mahila. « La réaction des hommes à notre groupe a été mitigée. Mais nous avons aussi rencontré des alliés dans le hip-hop indien. La musique nous a permis de mesurer les défis auxquels les femmes font face dans des milieux très patriarcaux. Comme nous sommes une nouveauté féminine dans l'univers du rap indien, notre sari rose et notre look en baskets attirent parfois plus l'attention que nos chansons. Peu importe. Toutes ces histoires deviennent du pain béni pour nos chansons. Et ça avance. Aujourd'hui, il y a plus de femmes intéressées par le hip-hop qu'avant. Il reste encore du chemin à faire, certes. Mais venir au Sakifo à La Réunion porter la parole des femmes indiennes, c'est déjà un petit signe de changement. » Le Sakifo s'achève le 7 juin 2026. Mais certaines voix continuent de résonner. À lire aussiSakifo: Joe Yorke, blanc comme Manchester, noir comme le reggae

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  5. Jun 5

    Habiter l'effondrement, avec la pièce «Une Cerisaie» d'Aurélie Van Den Daele

    Comment faire exister les lieux dans un monde qui s'écroule, comment traverser ensemble les moments de bascule ? En 1904, l'écrivain et dramaturge russe Anton Tchekhov créait sa toute dernière pièce, La Cerisaie, une comédie en quatre actes sur le retour d'une femme russe dans sa propriété d'enfance mise en vente pour rembourser les dettes de sa famille déshéritée. Aujourd'hui, la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele s'empare de ce récit et le réactualise avec brio. À Paris, le Théâtre de la Tempête est niché au cœur du grand bois de Vincennes, lieu idéal pour déployer La Cerisaie d'Anton Tchekhov, entre scènes à l'extérieur dans la lumière de la forêt et d'autres à l'intérieur dans la pénombre de la salle de spectacle. Là où se déroulaient cette semaine les dernières répétitions encadrées par la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele et son assistante Charline Curtelin. Un travail de détail pour peaufiner la première représentation prévue ce samedi 6 juin au soir. « Dans la pièce, on suit en quatre actes quatre moments assez précis du retour de Lioubov, explique la metteuse en scène, Aurélie Van Den Daele. D'abord, les retrouvailles. Puis dans un deuxième temps, une longue scène dans un jardin où ils évoquent tout ce qui a changé dans le monde. Ensuite un troisième acte très festif dans lequel on attend la réponse de la vente ou non de ce domaine. Et enfin un quatrième acte qui est vraiment le chant du cygne, un adieu. Donc, c'est l'histoire à la fois d'un lieu qui s'efface, mais aussi d'une famille qui va se désagréger et qui va être extrêmement remise en question aussi dans ses pratiques. » « Travailler Tchekhov, c'est un monde qui s'ouvre » Dans la pièce, la famille russe s'accroche au passé alors que le monde change autour d'elle. À la période où Anton Tchekhov l'écrit, peu après l'abolition du servage, les paysans s'enrichissent et s'élèvent dans la société, et les nobles s'appauvrissent. Des « inserts » écrits par Charline Curtelin aident à relier le 19ᵉ siècle à nos jours, notamment via la langue et les va-et-vient des personnages, pour faire résonner cette période avec le monde actuel. « Quand on commence à travailler Tchekhov, c'est vrai que c'est un monde qui s'ouvre, parce qu'on se rend compte que derrière l'apparente banalité des conversations des personnages, c'est vraiment d'une extrême complexité. C'est-à-dire qu'ils sont toujours tiraillés entre des sentiments, entre des choix, entre des mondes. Et ça, théâtralement, quand on commence à le travailler, c'est merveilleux », sourit Aurélie Van Den Daele. Sur scène, des vidéos tournées en direct donnent à voir toute l'intimité des personnages qui fuient l'action principale et se réfugient parfois hors-champ. Et la pièce laisse en suspens une question irrésolue : quand un lieu disparaît avec toute son histoire, que reste-t-il et comment dire adieu à ses souvenirs ?  Une Cerisaie mise en scène par Aurélie Van Den Daele, à voir sur scène du 6 au 21 juin au Théâtre de la Tempête à Paris, puis en tournée partout en France jusqu'en mai 2027. À lire aussiLes femmes et les entrailles de la création: «Je crée et je vous dis pourquoi»

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  6. May 30

    La salsa hip-hop, la danse fusion qui fait fureur à Paris

    Vous connaissez la salsa, vous connaissez le hip-hop, mais connaissez-vous la « salsa-hip-hop » ? C'est la nouvelle danse fusion à la mode à Paris. Son initiateur s'appelle Rodrigue Lino, ancien vice-champion du monde de break dance. Ce Français d'origine congolaise anime chaque dimanche un atelier de découverte au Centquatre, une scène parisienne de promotion des arts actuels.  Jambe souple, hanches de roseaux, pied flottant : Rodrigue Lino s'amuse autant qu'il enseigne, en polo beige, pantalon tabac, chaussures de flamenco aux pieds. Sous la verrière de l'espace du Centquatre, une soixantaine d'élèves boivent ses paroles et suivent ses mouvements. Rodrigue Lino, vice-champion du monde de break dance il y a près de 20 ans, a grandi dans un environnement congolais baigné de danses latines, mais avec des frères influencés par le hip-hop. Alors pourquoi choisir ? Pourquoi ne pas fusionner les deux ? « Ce n’est pas une culture comme le hip-hop ou comme la salsa et les danses latine, c'est vraiment un courant. Deux types de danses qui fusionnent. Et encore, quand on dit "salsa hip-hop", dans le hip-hop, c'est déjà une fusion. La salsa aussi d'ailleurs. En fait, tout est fusion. » Depuis quelques mois, Irina suit assidûment les pas de Rodrigue : « J'avoue, au début j'étais un peu sceptique, en me disant "comment on peut fusionner les deux ?" Et en fait cela fait complètement sens. Avec le rythme, on sent bien que l'on peut faire des pas de mambo, de salsa, et ça s'intègre avec des mouvements de hip-hop. »  Maitriser le chaloupé latino et la raideur break dance, facile ? Pas tant que cela, selon Gulnara Bekirova, chorégraphe Azérie, qui assiste Rodrigue Lino : « Oui, ça peut être dur, parce que cela veut dire qu'il faut maitriser deux rythmes. Et ces deux styles sont déjà très riches aussi. Donc oui, c'est dur mais c'est possible. »  Rodrigue a redécouvert la salsa hip-hop, mais il ne l'a pas inventée. Cette danse fusion est née à New York dans les années 1970 : « La chose que je dis très souvent, c'est que je n'ai pas inventé l'eau chaude. On me dit souvent que la fusion vient de moi, mais non, pas du tout. En fait, je me suis juste appuyé sur ce que faisaient les gens du South-Bronx. C'est-à-dire que les premiers breakdancers étaient portoricains et afro-descendants. Et cela fait que les Portoricains qui dansaient le break dance avaient la saveur latine dans leurs pas et dans leurs corps. » Avec conviction, le chorégraphe de 44 ans a réussi à placer Paris sur la carte mondiale des danses-fusion. Reste à savoir si la salsa hip-hop connaitra le destin de la plus célèbre d'entre elles, le Street Jazz.

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  7. May 29

    La Méditerranée à l'honneur à la Villa Datris

    Pour tous ceux qui ont la possibilité d'arpenter le sud de la France et plus précisément la ville de l'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, une exposition gratuite est à ne pas manquer à la fondation Villa Datris. « Méditerranée, odyssées contemporaines », c'est son intitulé. Soixante-quatorze artistes venus de tout le pourtour méditerranéen livrent leur vision de ce que représente pour eux la « mare nostrum » des latins, carrefour de civilisations, lieu de luttes, de métissages et de mémoire. Qu'est-ce que la Méditerranée ? À cette question, l'historien français Fernand Braudel répondait : « Des civilisations entassées les unes sur les autres. » C'est à cet empilement, ce carrefour, que la fondation Datris a voulu rendre hommage en conviant 74 artistes à exprimer leur ressenti sur la Méditerranée. Stéphane Baumet est le directeur de la fondation.  « C'est un regard sur la Méditerranée et un constat que l'on peut faire sur l'état de cette mer, constat d'un point de vue écologique, de la beauté, des tensions, mais c'est aussi un constat de toute cette richesse merveilleuse, de tous ces échanges entre les artistes mais également les cultures et aussi l'histoire ». Dans les salles et dans le jardin de cette villa-musée fondée par le couple Danièle Marcovici et Tristan Fourtine, les œuvres expriment des préoccupations différentes en fonction des rives de la Méditerranée. Simohammed Fettaka, plasticien marocain, a recouvert la mer de petits soldats de plastique bleu. Une œuvre baptisée « Camouflage ». « Cette œuvre est née d'une expérience personnelle. En grandissant à Tanger, j'ai vu des amis, des voisins, des gens de la famille qui traversaient la Méditerranée de façon illégale. On les appelle les Harragas. Et ces gens qui partent, soit ils réussissent, soit ils meurent. Et c'est de là que m'est venue l'idée que la Méditerranée est un champ de bataille pour moi. Soit tu reviens en héros, soit tu meurs noyé. » « Qu'est-ce que nous faisons là ? »  Vu de France, et par le regard acéré de l'artiste Laurent Perbos, la Méditerranée, c'est un palmier en matière plastique.  « Cette œuvre s'appelle Ibiza, elle fait référence à des noms de plages ou de sites balnéaires où les gens ont envie d'aller, qui sont des fantasmes du tourisme. Là, c'est un palmier que j'ai réalisé à partir d’étais de chantier que je superpose. Et le bouquet au sommet est composé de frites de piscine et de bouées de plage. Tous ces objets-là sont des objets issus de la consommation de masse ; et cela nous renvoie tout de suite à cette question : "Qu'est-ce que nous faisons là ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de consommer uniquement un miroir aux alouettes ?" »  Miroir aux alouettes, miroir de nos rêves et de nos espoirs, cette mer que nous partageons est aussi et avant tout pour les artistes présents à la Villa Datris un espace de liberté. Et parfois, la liberté, c'est celle de dire « non ». Plusieurs artistes maghrébins ont annulé leur présence dans l'exposition pour protester contre celle d'une artiste israélienne, Sigalit Landau, qui, elle-même, a fini par jeter l'éponge. ► À voir jusqu'au 1ᵉʳ novembre à la fondation Villa Datris.

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