Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 1h ago

    Congolais de Paris: les sapeurs de la diaspora congolaise [1/5]

    Originaire du Congo-Brazzaville, la Sape est un marqueur identitaire puissant pour les Congolais de la diaspora. Plus qu’une passion pour une forme d’élégance, c’est aussi un trait d’union entre les continents. Costumes trois pièces, pantalon zébré et démarche millimétrée, les sapeurs de la diaspora font aussi de ce mouvement un divertissement atypique. Un reportage haut en couleurs signé Tom Schneider.  Au milieu des bars d'immeubles, sur un parking des Mureaux en banlieue parisienne, Maman Clarisse fête son anniversaire. Pour l'occasion, ce groupe d'amis originaire du Congo-Brazzaville fait griller quelques brochettes. Ils ont en commun le plaisir de s'habiller, ce sont des sapeurs qui, eux seuls, ont le secret pour accorder couleurs, coupes et motifs parfois extravagants. Jean-Marie a opté aujourd'hui pour un look monochrome. « Je suis habillé tout en écologie, tout en vert. »  Mais s'habiller avec des habits de marque coûte très cher. Jean-Marie, cariste de profession, en fait pourtant une priorité. « Oui, ça coûte cher, c'est une fortune. Et si tu gagnes 1 200 €, tu feras comment ? Donc, j'ai dit : "Écoute, je fais le sacrifice parce que je veux une paire de chaussures qui coûte 300 €." J'ai dit : "Écoute, je ne mange pas pour acheter le vêtement." » À lire aussiCongo-Brazzaville: à la rencontre de passionnés, durant la 7e édition du Festival de la Sape Dans la sape, chacun a son sobriquet pour affirmer son style Le groupe de sapeurs a recours à des moyens informels de financement, comme la tontine. C'est un système très répandu en Afrique dans lequel des particuliers versent de l'argent dans une caisse commune. Les bénéficiaires en profitent ensuite de manière cyclique. Freddy Nkouka est l'une des grosses têtes du groupe. « C'est compliqué parce qu'il y en a d'autres qui font des tontines. Ils cotisent : le mois là, il peut toucher par exemple 5 000 € ou 10 000 € ; le mois prochain, ça sera toi. Moi, c'est comme ça. » Dans la Sape, acronyme pour Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, chacun a son sobriquet, c'est-à-dire son surnom. Une manière de se distinguer et d'affirmer son style. « Moi, Freddy Nkouka, le roi des Croco, je suis le premier sapeur congolais qui a commencé à porter du croco. C'est moi qui commande tous les animaux de la forêt. Freddy, le roi des crocos. » C'est que la sape et l'humilité ne sont pas vraiment synonymes. Les sapeurs parlent souvent d'eux à la troisième personne. Ce n'est aussi pas qu'une affaire d'hommes. Les femmes vantent fièrement leur sobriquet, comme Prisca. « La fille qui dérange. J'aime être sexy. Moi, je m'habille comme des Beyoncé, Rihanna. J'aime les habits, donc même si je mets un sac à patates, ça me va. »  Sur les réseaux sociaux, Freddy le roi des crocos et son ami Jerome Loufoua font de courtes vidéos du style de leurs amis. Des vidéos qui atteignent parfois plusieurs centaines de milliers de vues. Ils espèrent ainsi que la Sape soit enfin reconnue comme patrimoine immatériel de l'humanité à l'Unesco. À lire aussiAprès la rumba congolaise, la Sape veut être inscrite au patrimoine de l’humanité

  2. 1d ago

    Nuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Direction aujourd'hui la Centrafrique, où nous entrons dans le célèbre bar-dancing ABC. C’est dans ce lieu emblématique qu’est née la musique centrafricaine moderne, des années 1960 jusqu’au début des années 2000. Situé au quartier du Km5, dans le troisième arrondissement de Bangui, l’ABC a été l’un des centres névralgiques de l’animation nocturne de la capitale. Chaque soir, durant cette période aujourd’hui empreinte de nostalgie, les habitants venaient assister aux prestations en direct des premiers orchestres de l’histoire de la musique centrafricaine.    De notre correspondant à Bangui, Lorsque le soleil disparaît derrière les collines du Bas-Oubangui, Ahmadou Ahmaxon Djahmey, ancien sportif, apparaît au bord de la route. Il observe les lumières qui s’allument devant ce vaste bâtiment. Tout autour, quelques buvettes et gargotes animent encore les lieux. Les parfums de viande grillée, les sonorités des guitares électriques, le rythme des batteries et les voix amplifiées par les micros semblent encore résonner dans les mémoires. L’endroit conserve une atmosphère particulière, et Ahmadou Ahmaxon Djahmey ressent une profonde nostalgie. « Au Congo-Kinshasa, il y avait un bar qui s'appelle ABC, là où jouaient les grands orchestres de l'époque. C'était comme ça que l'idée de créer ABC est venue à Thierry ABC, comme au Congo-Kinshasa. Parce que là-bas, il y avait l'ambiance », raconte Ahmadou Ahmaxon Djahmey. Le bar-dancing ABC fonctionnait comme un véritable incubateur culturel où se produisaient les anciennes gloires de la musique centrafricaine. Les artistes y trouvaient leur première scène et les orchestres leur premier public. « On dit le grand ABC Terre d'ambiance. C'est ça qui a fait en sorte que l'ambiance était quatre saisons. Les mots me manquent », lâche Ahmadou Ahmaxon Djahmey, le sourire empreint de nostalgie. À lire aussiNuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10] « ABC, c'était le centre de l'ambiance » Chaque week-end, après une semaine de travail, de nombreux Banguissois se rendaient à l’ABC pour écouter de la musique, découvrir les nouveaux orchestres et profiter d’une ambiance unique. Alex Ballu, promoteur culturel, se souvient encore de cette époque. « ABC, c'était un carrefour, c'était le centre de l'ambiance. Il fallait aller danser au son de formidables musiques avec l'icône de la musique centrafricaine, le défunt Thierry Yaso. Et, mangez également les méchouis de ABC.» Des spectateurs venus de tous les quartiers de Bangui s’y retrouvaient pour écouter une rumba centrafricaine enrichie d’éléments folkloriques locaux, portée par des textes évoquant les réalités du quotidien, les amours contrariées, les difficultés sociales ou encore les espoirs de la jeunesse. Aujourd’hui, après les multiples crises qu’a traversées le pays, le bâtiment a été transformé en dépôt de marchandises au cœur du Km5. Chaque jour, de nombreux Centrafricains et ressortissants étrangers viennent découvrir ce lieu emblématique, chargé d’histoire et de souvenirs. À lire aussiCentrafrique: le plus célèbre dancing de Bangui rouvre ses portes malgré le couvre-feu

  3. 2d ago

    Nuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10]

    En République démocratique du Congo, direction Kinshasa, dans la commune de Kasavubu. C'est là que se trouve un bar emblématique, ouvert au lendemain de l'indépendance. Une adresse chargée d'histoire, c’est l’un des bars les plus anciens de Kinshasa où se sont produits les plus grands noms de la rumba congolaise et où militants politiques et intellectuels avaient leurs habitudes. De notre correspondante à Kinshasa, Sur la scène du Kimpwanza Bar, l’orchestre de Werrason est en pleine répétition. Les portes du Kimpawanza bar ont ouvert dans les années 1950. À cette époque, les plus grands orchestres de rumba congolaise s’y produisent. Werrason est fier de s'inscrire dans cet héritage. « C'est un endroit historique où nos anciens ont commencé avant nous. Ils ont commencé à répéter là-bas. Les Zaïko Nyoka Longo, Viva La Musica aussi de Papa Wemba. Notre musique, là, qu'on fait, il y a des références. » Sur les murs du Kimpwanza Bar, de grands rideaux noirs et argentés créent une ambiance feutrée propice aux discussions politiques. Le bar était aussi un lieu de rendez-vous des intellectuels de l'époque. Explications de Christian Moleka, politologue. « Les bars à Kinshasa ont été l'ancêtre du café politique où les élites se rencontraient autour des mouvements culturels, puisque les partis politiques n'étaient pas autorisés avant 1955. Et donc, ce sont les mouvements culturels qui se réunissaient, où on lit à la fois mondanité, convivialité et jeu politique. » À lire aussiRDC: les autorités mettent un terme aux «folles nuits» de Kinshasa Les militants de l’Abako Kimpwanza bar Parmi les figures intellectuelles qui s’y retrouvaient, les militants de l’Abako, l’Alliance des Bakongo. D’ailleurs, juste en face du bar, trône la statue de l’ancien président Kasa-Vubu. « Il est habillé en uniforme de commandant suprême des armées et il a justement baptisé Kimpwanza. Ce bar, au nom de Kimpwanza, en kikongo signifie "l'indépendance".» Pierre Anatole Matusila avait 13 ans en 1960. Il est depuis devenu le président de l’Abako, un mouvement culturel qui s’est mué en parti politique. « Après les événements du 4 janvier 1959, quand notre parti était dissous et ses dirigeants arrêtés, les manifestations, les revendications contre l'ordre colonial se sont fait sentir plus au Bas-Congo. Donc, il y avait un grand mouvement pour contraindre la colonisation belge à fixer la date de l'indépendance. Donc, dans ces mouvements, en tout cas, les Bakongo avaient porté le flambeau de ces combats. » L’indépendance du pays est fixée au 30 juin 1960. Grand Kallé compose la célèbre chanson « Indépendance Cha Cha ». Et la légende dit qu’elle est jouée pour la première fois à Kinshasa au Kimpwanza Bar. À lire aussiAux origines de Nuits d'Afrique: le Club Balattou, lieu culturel mythique à Montréal

  4. 3d ago

    À midi, on mange quoi: «le Komposé», le plat incontournable à Madagascar[5/5]

    À Madagascar, en milieu urbain, c’est le plat du midi par excellence. Qu'il se déguste assis à la table d'un restaurant ou avalé debout dans la rue en quelques minutes, le Komposé – avec un K – est un incontournable des grandes villes de l'île. Accessible à presque toutes les bourses, ce mélange de salades accompagne le quotidien des citadins depuis près d’un siècle. Et, malgré ses déclinaisons pour suivre les goûts et les modes de consommation, il reste un plat emblématique de la gastronomie populaire malgache. Reportage à l'heure du déjeuner dans le quartier historique d’Analakely, à Antananarivo. « Ici ! Le Komposé spécial ! 5 000 francs ! Si vous voulez du Komposé, c’est ici ! Komposé au fromage, Komposé aux légumes. » Dans une ruelle bruyante et animée d’Analakely, un adolescent fait office de rabatteur. Montées sur des tréteaux, les mini-gargotes s'alignent et proposent toutes le même incontournable : le Komposé. Une base de macédoine, servie avec une salade de pâtes et une multitude d'accompagnements pour se démarquer de la concurrence. Derrière sa petite vitrine, Émile joint sa voix à celle de l'adolescent. « Approchez, monsieur ! hèle-t-il à un client. Aujourd’hui, j’ai Misao, salade de museau, macaroni, "patates mayo betterave" et tout ça ensemble, ça fait du Komposé. » À lire aussiMadagascar : Le Romazava d’Aïna « C’est le budget qui compte » Toky, 31 ans, avale à toute vitesse le contenu de son assiette. Prix du repas : 1 500 ariary, soit 30 centimes d'euro. Pour cet opérateur de call center, le principal atout du Komposé, c'est son rapport qualité-prix. « Je mange debout. Et ça va. J’ai l’habitude. Pour moi, le lieu importe peu. C’est le budget qui compte. Je choisis en fonction de ce que je vois dans les vitrines. Si le visuel me semble bon et que c’est plutôt propre, alors ça me va. » À une dizaine de mètres de la gargote d'Emile se trouve Sensunik. Une institution du Komposé. Depuis vingt ans, le restaurant revisite chaque jour son plat signature en proposant des variantes, pour tous les goûts. « Quels ingrédients souhaitez-vous, Madame ? », demande le serveur à la cliente. « Mexicain et œufs », répond Adolphine. Assise sur une banquette, tout de blanc vêtue et coiffée d'un chapeau en raphia, Adolphine savoure son Komposé mexicain. Cette commerçante du grand Sud-Est monte régulièrement à la capitale pour ses achats. Pour cette sexagénaire, l'arrêt chez Sensunik est devenu un rituel. « J’adore le Komposé. Ça remplace le repas de midi. Avec le Komposé, je peux ne pas manger de riz, c’est dire ! » À lire aussiPortraits de femmes: Bako, trois décennies aux fourneaux d'une gargote malgache devenue culte [1/2] Le Komposé nourrit aussi bien les employés de mairie que les vendeuses du marché Aussi loin que les anciens s'en souviennent, le Komposé fait partie du paysage culinaire malgache. Il a traversé les décennies sans jamais quitter les habitudes des citadins, quelle que soit leur classe sociale. « Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vus… Où étiez-vous passés ? Toujours dans le coin », demande cette vendeuse à un habitué. Vous voulez du sakay (sauce piment) avec ? » Colette est vendeuse ambulante. Dans la caisse en plastique qu'elle porte sur sa tête, le Komposé préparé à l'aube. Elle sillonne les trottoirs et s'arrête dès qu'on la hèle. Ici, des employés de mairie. « Nous, on a un très petit salaire. C’est le seul plat qu’on puisse se permettre. Je travaille à la commune. C’est rapide à trouver et rapide à manger. C’est notre repas de midi ; le prochain, ça sera le repas du soir à la maison. » Là, des vendeuses du marché. « Coucou toi, tu pars ou tu as le temps pour un Komposé ? », demande une vendeuse de collants. Je vais te prendre un pain garni Komposé ! Merci, commande-t-elle auprès de Colette. Moi, il faut que je puisse manger tout en vendant. J’achète tous les jours mon repas à Colette. J’aime bien parce qu’elle fait un mélange de plusieurs légumes. Franchement, le Komposé c’est parfait, pour un repas complet, ou juste un petit goûter. » Des trottoirs d'Analakely aux restaurants plus branchés de la capitale, le Komposé n'a jamais cessé de se réinventer. Longtemps considéré comme un simple casse-croûte populaire, il s'adapte aujourd'hui aux nouvelles tendances et aux nouveaux goûts. Une recette qui change, mais une place dans le quotidien des Malgaches qui, elle, reste intacte. À lire aussiHenintsoa Moretti, la cheffe qui met en lumière la diversité de Madagascar et de sa cuisine

  5. 4d ago

    À midi, on mange quoi: le sandwich chrikat, icône de la street food marocaine, menacé par l'inflation [4/5]

    Il y a un sandwich populaire par excellence que l'on consomme aux quatre coins du Maroc. Dans un pain rond, on glisse deux sardines ouvertes, farcies et collées l'une contre l'autre, c'est ce qu’on appelle les sardines « chrikat ». Elles incarnent tout un pan de l'histoire de la street food marocaine, aujourd'hui menacé. De notre correspondant à Casablanca, Il plonge les sardines dans l'huile bouillante. Le son creuse encore un peu plus les estomacs des clients alignés devant le kiosque ambulant de Hicham. « Généralement, les gens, avec les sardines, ils mettent de la coriandre, de la harissa, du citron, du paprika, de l'ail. Le chrikat, c'est typiquement marocain, "made in Morocco" ! Les clients commencent à venir dès le matin. Des fois, j'ai même pas encore commencé qu'ils font déjà la queue. Ils viennent à toute heure de la journée, certains les prennent au petit-déjeuner, d'autres pour le déjeuner, pour le goûter », explique-t-il. Hicham prépare ses sandwichs chrikat dans le quartier commerçant et très animé de Derb Omar. « Il y a des clients qui sortent du travail affamés. Ils viennent me voir pour vider leur sac. Moi, mon travail, c'est de vendre de la nourriture, mais je suis aussi un peu leur psychiatre. J'ai des clients très anciens, de plus de 10 ans. Il y a même une femme qui venait chez moi quand elle était enceinte ; maintenant, son fils est collégien et lui aussi, il vient ici », raconte-t-il. Ahmed se régale. Il est coursier et a très peu de temps pour manger. D'ailleurs, il répond aux questions tout en mâchant ses sardines chrikat. « C'est rapide et ça rappelle les plats de la maison. À chaque fois que le travail me conduit ici, je dois absolument venir chez Hicham. On est habitué à son sandwich, il se mange sans faim », clame-t-il. Il lui a fallu cinq minutes, top chrono, pour engloutir ses sardines, poisson qui occupe une place à part dans le panthéon gastronomique marocain. Hicham explique que « les Marocains entretiennent une relation forte avec les sardines. On a grandi avec, c'est notre culture, c'est notre nourriture, c'est un repas populaire ». Pourtant, quelques rues plus loin, Bouchra vend aussi des sandwichs, mais ici, pas de sardines. « Je les ai remplacées par les anchois. Ça me fait de la peine de ne pas faire les chrikats, parce que c'est ce que les gens préfèrent. Le chrikat, c'est quelque chose ! Ça leur manque. Il y en a moins maintenant parce que c'est de plus en plus cher. Ils ont augmenté les prix des sardines, on ne peut plus les acheter, le kilo coûte entre deux et trois euros, ce n'est pas possible », se désole-t-elle. La réduction du stock de sardines au large du Maroc, couplée à la hausse des prix imposée par les intermédiaires, explique pourquoi le sandwich chrikat se fait plus discret dans les rues marocaines ces derniers temps. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

  6. 5d ago

    À midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

    Nous continuons ce matin notre série de reportages sur les petits plats stars de la pause déjeuner... Direction la Côte d'Ivoire, où le champion incontesté de la catégorie est le garba – l'attiéké au « faux-thon », des restes de thon récupérés au port d'Abidjan. Très populaire, le garba est quasiment devenu un plat national grâce à un prix imbattable, environ 1 000 francs CFA (environ 1,50 euros) pour un repas. De notre correspondant à Abidjan, À Abidjan, le garbadrome de Cocody, tenu par Issa, ne désemplit pas chaque midi. Situé entre un lycée réputé et une université privée, ce petit restaurant de Côte d'Ivoire attire des dizaines de clients quotidiennement. Le patron, débordé, prépare des sachets à emporter composés de thon frit, de semoule de manioc – l'attiéké – et d'un condiment à base d'oignons, de tomates et de piment. Pour ce client nigérien, la fraîcheur des produits fait toute la différence. « Il y en a beaucoup qui disent que le garba d'ici est bon, parce que l'attiéké, c'est pas la même chose que chez les autres. Le poisson, on va le chercher au port de pêche. Chaque jour, on va le chercher là-bas », explique-t-il. Assises sur un banc devant une marmite d'huile frémissante, Emmanuelle et Alice, deux archivistes, attendent leur garba chaud. Elles sélectionnent avec soin leurs morceaux de thon. « C'est très important d'avoir un gros bout, pour bien manger, à cause de la taille du plat d'attiéké. Et c'est bon pour la popoche, il faut en avoir pour son argent », soulignent-elles. Le garba, un plat économique et nourrissant, doit son nom à Dicoh Garba, ancien ministre ivoirien de la production animale. Dans les années 1970, ce dernier a autorisé la redistribution des restes de thon récupérés au port d'Abidjan, auparavant destinés à la poubelle. Ces déchets sont ainsi devenus la base d'un véritable système antigaspi. Aujourd'hui, les mareyeurs rachètent ce « faux-poisson » pour environ 600 francs CFA le kilo (environ 0,90 euros), soit 30% moins cher que le thon normal. Neka, étudiant en droit, fréquente ce garbadrome quotidiennement, attiré par ses prix imbattables, mais pas seulement. « Il y a l'accessibilité au niveau du prix, mais il y a aussi le fait que tu es satisfait au niveau du ventre quand tu as fini de manger. Au niveau du goût, c'est très bon, ça se mélange avec plein de trucs, tu peux mettre du cube Maggi pour l'assaisonnement... C'est parfait, en fait ! Et c'est aussi un moment de convivialité. C'est ça, le truc », confie-t-il. En 2020, Abidjan comptait au moins 2 000 garbadromes similaires à celui d'Issa, certains servant jusqu'à 500 clients par jour. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, les livreurs à moto craignent toujours plus pour leur sécurité

  7. 6d ago

    À midi, on mange quoi: à Kinshasa, les malewa, ces restaurants de rue qui nourrissent la ville [2/5]

    En République démocratique du Congo, les malewa sont des petits restaurants de rue, prisés des Kinois pour la pause déjeuner. On y mange des plats locaux, populaires et surtout bon marché. De notre correspondante à Kinshasa, Bienvenue chez maman Mireille, la gérante d'un malewa, ces petits restaurants à ciel ouvert qui s'installent chaque midi sur les trottoirs de Kinshasa, la capitale de la RDC. Sur une table en bois brinquebalante sont disposées plusieurs casseroles, qui contiennent les plats du jour. « Pour le repas, nous avons aujourd'hui du porc, du gombo, de la courge, du poisson, des haricots et du poulet », explique-t-elle. Cela fait six ans que Mireille gère son malewa. Tous les matins, elle part au marché acheter ses produits et les cuisine directement sur place, avec du simple charbon de bois. « J'ai appris à cuisiner avec ma tante. Je partais avec elle à son malewa et je l'aidais à cuisiner. Je ne gagne pas beaucoup d'argent, mais au moins, j'ai un petit travail, sinon je n'ai rien. Je suis très fière quand les clients disent que c'est bon chez moi. C'est le bouche-à-oreille qui amène les clients », confie-t-elle. À lire aussiLes délices du continent [1/10]: en RDC, le poulet mayo, plat emblématique de Kinshasa Devant elle, les clients font la queue et, chacun leur tour, soulèvent les couvercles des casseroles pour faire leurs choix. Chaque plat a son prix pour s'adapter aux budgets les plus serrés. Pour Alphonse, chauffeur de bus, aller au malewa lui permet de manger un repas complet à moindre coût. « Par manque de moyens, j'ai mangé des boules de foufou et les feuilles de manioc et pour pas cher, avec 5 000 francs CFA [1,90 euros, NDLR]. J'ai bien mangé, c'est bien pour le ventre », témoigne-t-il. À ses côtés, Ange, une fonctionnaire qui travaille dans le quartier, est une habituée des lieux. « Elle prépare vraiment très bien. Elle met des épices comme on prépare à la maison à Kinshasa », assure-t-elle. Dans cette capitale tentaculaire, rares sont ceux qui ont le temps de rentrer chez eux pour le déjeuner. Le malewa est donc une solution pratique pour Christopher. « J'habite loin du centre-ville, et je quitte la maison très tôt le matin sans manger. À midi, j'ai faim, je mange quelque chose chez Mireille, c'est juste à côté du travail et ça me permet d'avoir de l'énergie pour le reste de la journée », explique-t-il. À 16 heures, les casseroles de Mireille sont généralement vides. Elle les range sous sa petite table en bois, prêtes à être utiliser. Chaque jour, Mireille cuisine pour une centaine de clients. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

  8. Jul 26

    À midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    Au Sénégal, on connaît bien sûr les plats emblématiques comme le thiéboudiène. Mais la street food nourrit aussi des millions de personnes au quotidien. En tête : le sandwich dakarois, une demi-baguette farcie de tout ce que le cuisinier peut imaginer, du poisson aux spaghettis. Il se prépare et se déguste dans les tanganas, ces petites cantines de rue qui ouvrent à l'aube dans tous les quartiers de la capitale. De notre correspondante à Dakar, Le tangana d'Omar Diop, alias Omzo, ne désemplit pas. Derrière ses grandes marmites et ses plaques à gaz, il prépare et réchauffe depuis l'aube les garnitures du jour. Travailleurs et étudiants du centre-ville viennent prendre leur petit-déjeuner avant le boulot. Chacun a son préféré. Du plus classique comme le pain thon, une pâte de sardine pimentée, au plus surprenant, comme le sandwich petit pois ou spaghettis... Tout est possible. C'est le fast-food à la sénégalaise, bien mijoté, accompagné d'un café touba aux épices ou d'un thé sucré. Habib, commerçant, fait une petite pause : « C'est propre et c'est bon. Il le prépare comme on l'aime. Et tu es à l'aise, tu t'installes, tu manges vite fait. Après tu vas retourner au travail. » Chacun agrémente le sien de ses condiments : piment, ketchup-mayo, ou la fameuse sauce oignons qu'Omar prépare chaque matin. « Des oignons, du vinaigre avec un peu de sel pour mélanger avec de la moutarde, un peu de piment », énumère-t-il. Les assaisonnements, c'est le secret d'un bon sandwich et c'est ce qui différencie les cuisiniers pour Cheikh, conseiller commercial : « Ici chez Omar, le goût qu'on peut avoir peut être totalement différent du goût que l'on peut avoir chez une dame à côté. Cela a l'air simple, mais ce n'est pas si simple parce que tout dépend aussi du dosage. Si c'était simple, on irait nous-mêmes en préparer tous les jours chez nous. » Emballé dans sa feuille de journal, le sandwich se vend entre 200 et 800 francs CFA [0,30€ et 1,20€, NDLR] selon la garniture et la taille. De quoi expliquer son succès. L'art du chef de tangana, comme Omzo, c'est de plaire à tous les goûts. Ils innovent pour répondre aux différents modes : tacos, burgers... Le chef et consultant Tamsir Ndir, qui a dirigé plusieurs restaurants, observe le phénomène avec attention : « Les gens vont inventer les recettes en fonction du pouvoir d'achat des clients. Il y a quelques années, ils ont sorti le burger local. On va avoir tout ce qu'il y a dans l'hamburger sauf le steak haché. J'ai pour souvenir qu'il le vendait à 500 francs CFA à l'époque. On va faire une omelette, les oignons, les frites, la petite sauce qui va avec... » Omar a commencé par vendre simplement du thé et du café. Il tient aujourd'hui deux tanganas et rêve d'un grand restaurant en dur. À lire aussiAu Sénégal, une première obligation financière pour la transition et l'autosuffisance alimentaire

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