Reportage France

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

  1. 21h ago

    La mort est mon métier: Samuel, gardien d'un cimetière et de sa biodiversité [4/4]

    En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'un gardien de cimetière, à Pantin, au nord de la capitale. Un lieu beaucoup plus vivant qu'on ne le croit. Il est 18h lorsque les grilles du cimetière de Pantin se ferment. Samuel Soursas fait partie des rares personnes autorisées à y passer la nuit. Son logement de fonction, situé à l'intérieur de l'enceinte, ne marque pas la fin de sa journée de travail. « Je veille à la fermeture du site, explique-t-il. On s'assure que tout le monde est bien sorti. Il arrive que les gens ne voient pas l'heure passer ou s'endorment... Et le matin, on ouvre aux employés qui travaillent sur le site. Ils sont 80 chaque jour. » Ensuite, Samuel endosse ses fonctions de garde-travaux : « J'enregistre les bons, j'accompagne les marbriers et les graveurs devant les monuments concernés... Tout ce qui touche aux travaux funéraires, en plus des inhumations. » Son outil de travail ? « Un sac à dos, des chaussures de sécurité et un petit pick-up blanc, bien pratique pour sillonner les allées arborées du site. » Car ces dernières, souligne-t-il, « donnent davantage l'allure d'un parc que d'un cimetière ». Une impression renforcée par l'immensité du lieu : « ​​​​​​​Nous avons un peu moins de 200 divisions – une division, c'est un carré de 70 mètres par 70 mètres. À l'intérieur de chacune, environ 800 tombes. Et dans chaque tombe, on peut avoir d'une à plusieurs dizaines de personnes. » Un nombre incalculable d'âmes se croisent ainsi dans ce « ​​​​​​​gigantesque poumon vert » en pleine région parisienne. Des proches venus se recueillir, mais aussi des promeneurs en quête de nature et de sérénité. Sans oublier les « ​​​​​​​habitants » du cimetière, qui, eux, « ​​​​​​​sortent non pas de leurs caveaux, mais de leurs nids ou de leurs terriers ». « Aujourd'hui, on a de la chance, il fait beau, tous les animaux sont de sortie, s'enthousiasme Samuel. Les renards, les corneilles – évidemment ​​​​​​​–, les chats, les perruches aussi... On a énormément de vie dans ce lieu qui est censé représenter la mort. » Ces occupants, peu farouches, sont respectés autant que celles et ceux qui reposent sous terre. La Ville de Paris, qui administre le site, a placé la biodiversité au cœur de ses aménagements. « Au niveau des fontaines, l'eau ne s'écoule plus dans des grilles, mais dans des récipients en ciment pour la retenir, détaille-t-il. Cela permet à tout ce qui est biodiversité – insectes, oiseaux, etc. – de venir s'abreuver. » Il évoque aussi « ​​​​​​​une division interdite au public, où l'on entrepose les gravats et où l'on casse les tombes » : « ​​​​​​​Les murs sont en gabion, mais on a créé de tout petits accès en dessous pour les renards. Ils y sont en toute tranquillité. Et lorsque les machines arrivent pour casser, ils peuvent sortir. » Samuel a découvert ce métier sur le tard. « ​​​​​​​C'est après avoir passé un concours de la fonction territoriale que j'ai reçu cette affectation : cantonnier – celui qui s'occupe d'une division ​​​​​​​– au cimetière de Pantin. » Un tournant surprenant dans sa carrière, mais qu'il ne regrette pas. « ​​​​​​​Il y a des défunts, il y a de la tristesse, il y a des pleurs, etc. Mais il y a beaucoup d'amour aussi. Les gens pleurent leurs morts, mais reviennent. C'est quelque chose qui représente beaucoup pour eux... et pour moi aussi. Ça me permet de profiter davantage de ce que j'ai. » Loin de l'atmosphère lugubre souvent associée à ces lieux, le cimetière de Pantin est, pour son gardien passionné, « un havre de paix, sur lequel je veille comme sur mon propre jardin ». Il conclut avec une étymologie qui résume sa philosophie : « "Cimetière", c'est un mot qui, il me semble, vient du grec et a été transformé en latin. Il signifie "lieu de repos". Ce n'est pas la mort, c'est le repos. » À lire aussiLa mort est mon métier: «Je m'adresse à la personne décédée», confie le nettoyeur post-mortem [2/4]

  2. 1d ago

    La mort est mon métier: Virginie, une médium normande en séance publique [3/4]

    En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'une médium, au Havre, sur la côte ouest du pays. La salle est pleine à craquer. Ce soir-là, au Havre, en Normandie, 400 personnes ont fait le déplacement jusqu'à ce théâtre. Dans un tailleur noir impeccable, Virginie déambule dans les allées, micro à la main. À peine le public assis, les défunts se présentent déjà à côté de leur vivant, affirme-t-elle. Surnommée « la médium du peuple » par celles et ceux qui viennent la consulter, cette grande brune aux yeux bleus exerce aussi bien en séance publique, comme ce soir, qu'en privé, dans son cabinet. Dans les coulisses, elle se confie sur son métier : « Lors d'une journée type, je suis en consultation toute la journée dans mon bureau. J'ai mon consultant. Les défunts se présentent autour de lui. Nous, on fait les réservations avec un prénom. Pas de date de naissance, pas de nom de famille. Vous ne devez donner aucune information. Vous ne montrez pas les photos tout de suite. Aux défunts de se manifester autour du vivant, vous voyez ? Parce qu'après, ça peut s'apparenter à du mentalisme, à de la fine psychologie. Cela, malheureusement, il y en a beaucoup dans ce milieu. » Interrogée sur la manière dont ces manifestations se produisent, elle explique : « Tous les canaux vont être actifs. Les défunts vont se présenter parfois avec leur prénom, avec uniquement la première lettre de leur prénom, et le défunt va se placer à côté de mon vivant, de manière à ce que je sache qui est qui. Si on a perdu notre père ou notre grand-père, ils ne vont pas se positionner de la même manière, à côté de vous. On a d'ailleurs une présence d'une dame décédée, une grand-mère, dans la lignée paternelle. » Cette présence invisible désarçonne autant que les détails très précis que perçoit Virginie. Être médium, c'est aussi devoir porter le poids de certains messages et vivre avec des images obsédantes. « Un jeune homme sur un accident de mobylette et il n'y avait pas de casque à l'époque, c'était l'arrière de son crâne qui a tapé sur le trottoir. L'image était horrible. Je l'ai vécu pendant trois ou quatre jours. Cette image m'a hanté pendant plusieurs jours. La mort des enfants aussi, c'est compliqué », confie-t-elle. Virginie raconte qu'elle avait cinq ans lorsque ce don s'est manifesté chez elle pour la toute première fois. Il a ensuite pris une place de plus en plus importante dans sa vie, jusqu'à la pousser à quitter son travail pour se consacrer entièrement à la médiumnité. « J'ai été 13 ans dans la police municipale du Havre, j'étais brigadier-chef principal. Je ne pouvais plus être sur deux activités à la fois, c'était trop fatigant. Sur mes repos, on me demandait des séances. À un moment donné, il a fallu faire un choix. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose, redonner le sourire à toutes ces personnes. Certains pensent que la médiumnité, c'est quelque chose de triste. Vivez-le en salle et on en reparle. » Personnage surprenant de franchise mais aussi de douceur, l'ancienne policière devenue médium exerce avant tout pour réparer les vivants. À lire aussiVoyance, médium, astrologie: pourquoi s'intéresse-t-on tant aux sciences occultes?

  3. 2d ago

    La mort est mon métier: «Je m'adresse à la personne décédée», confie le nettoyeur post-mortem [2/4]

    En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Ce mardi, Amélie Beaucour a poussé la porte d'un appartement du centre-ville de Strasbourg, dans l'est de la France, où intervenait un nettoyeur post-mortem. « Là on va entrer dans un appartement où il y a eu une découverte tardive, c'est-à-dire de plusieurs jours, semaines ou mois. » Martel Julien est nettoyeur post-mortem. « On nettoie les traces laissées par le décès, qu'il s'agisse de découverte tardive, de suicide, d'homicide ou d'attentat. » Pour entrer dans ce logement, les surchaussures sont obligatoires, mais le masque lui est optionnel. « Vous sentez un peu l'odeur normalement », mentionne Martel Julien. L'odeur caractéristique laissée par la mort est bien présente même si la pièce a été aérée lorsque le corps a été pris en charge par les services de médecine légale. Dans la pièce principale ne reste plus qu'un fauteuil vert foncé recouvert d'une épaisse couche de matière difficilement identifiable, qui a ruisselé sur le plancher : « La personne est morte sur son canapé et est restée là pendant un bon moment. On voit des écoulements de fluides corporels qui ont recouvert le sol de part en part de la pièce. Là, on va devoir nettoyer ces affaires souillées, chercher des infiltrations dans le sol et découper le canapé pour désinfecter correctement le logement », détaille le nettoyeur post-mortem. Julien Martel, chef d'entreprise spécialisé dans le nettoyage post-mortem Cela fait dix ans que Julien Martel a monté son entreprise spécialisée dans le nettoyage post-mortem, après s'être formé en microbiologie : « Si vous passez au microscope les fluides que vous avez vus, vous observerez des bactéries… Certaines peuvent être mortelles. Si on en oublie des traces dans l'appartement, il y a tout pour le développement bactérien : de la matière, peu de lumière et une température stable », explique-t-il. Son outil de travail : une camionnette noire pour se déplacer dans toute la France avec son épouse et associée. À l'intérieur, des boîtes empilées contiennent le nécessaire pour les interventions. « Ici on a tout ce qui nous sert de protection : gants, surchaussures, masques, combinaisons… Au fond, les produits qu'on utilise. Il y en a seulement deux : un pour dégraisser, un autre pour rincer et travailler différemment la matière. Puis là le matériel électroportatif pour les travaux plus lourds, s'il y a par exemple du sol ou des parois à démonter. Et, à l'arrière du camion, on a de grandes poubelles jaunes qui nous servent à collecter ce qui a été souillé. Le canapé découpé en morceaux ira dans ces poubelles. » « Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte » Julien Martel reste pudique sur les interventions qui ont pu le marquer. Des scènes difficiles qu'il faut extérioriser afin de préserver sa vie personnelle. Avec son métier, son rapport avec la mort n'a pas changé. Mais plutôt celui avec la vie. « Mais pour la mort, non, ça n'a rien changé car je ne pense pas que tout s'arrête quand on meurt. C'est pour ça aussi que je toque systématiquement avant de rentrer. C'est une question de respect. C'est aussi pour ça que, quand je sens que je ne suis pas seul ou que l'ambiance est, comment vous dire, un peu électrique, je parle. Je m'adresse à la personne décédée. Je me présente, je lui dis pourquoi je suis là, ce que je vais faire, etc. Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte : comment réagiriez-vous ? Vous êtes dans votre salon et vous voyez débarquer quelqu'un chez vous ? Alors on peut dire : "Ce mec-là, il est taré", je m'en fiche. » D'apparence impassible, le chef d'entreprise avoue prendre très à cœur un autre aspect de son métier : être une oreille attentive pour les familles qui le sollicitent, des clients qui deviennent parfois des amis. À lire aussiScènes de crime, suicides et morts naturelles: le nettoyage, double peine des familles

  4. 3d ago

    La mort est mon métier: être légiste, c'est «être la parole des personnes décédées»[1/4]

    En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Aujourd'hui, pour le premier épisode de notre série La mort est mon métier, Laurence Théault est partie à la rencontre d'une médecin légiste à Nancy, dans l'est de la France. On pousse la porte de la salle d'autopsie du docteur Élodie Marchand. Dans une ambiance fraîche et bleutée, une table en inox, des instruments de chirurgien et une balance suspendue, destinée à peser les organes, occupent la pièce. Le docteur Élodie Marchand se présente en blouse verte, pantalon et sabots. Le médecin légiste explique que le corps du défunt est amené sur la table dans une housse réfrigérée et qu'il n'est pas lavé. « Justement, dans le côté médico-légal, il ne faut surtout pas que les corps soient altérés avant les constatations. Donc, ce sont des corps qui sont placés dans des housses qui sont scellées par la justice pour ne pas pouvoir altérer ces éléments. Et donc il est déposé en housse. Et la première chose qu'on fait, c'est briser le scellé de cette housse et ouvrir la housse pour faire les premières constatations dans l'état dans lequel le corps est arrivé ». Dans une autopsie, les blessures sont bavardes Dans le cadre d'une autopsie judiciaire. Imaginons un défunt virtuel, un jeune homme victime de plusieurs coups de couteau. La première étape de l'autopsie consiste à établir un descriptif précis : taille, couleur des yeux, longueur des cheveux. « Dans le cadre où on suspecte un homicide, comme par exemple pour ce jeune homme, les mains ont été placées dans des enveloppes en papier kraft pour justement préserver l'ADN éventuel de l'agresseur. Et donc, la première chose qu'on fait avant de toucher à tout ça, c'est d'aller faire les prélèvements au niveau des mains pour le côté génétique. » Un médecin légiste fait parler les corps et les blessures sont bavardes. « Les plaies par arme blanche vont avoir aussi des spécificités, puisqu'elles vont souvent avoir des berges qu'on appelle nettes. Et qui vont donner, rien que cet aspect des berges, des indices également sur le type d'arme utilisée. Donc, si c'est plutôt un couteau avec un fil qui tranche, si c'est un couteau avec deux fils, type un poignard. » À lire aussiFrasse Mikardsson, le légiste franco-suédois, auteur de roman policier Être légiste, c'est passer son « temps à mesurer des choses » Sur une table, alignés proprement, bistouris, ciseaux, pinces, écarteur, burin. « L'instrument indispensable de tout médecin légiste, c'est le mètre ruban ou le réglet. Parce qu'on mesure tout. On va mesurer des plaies, on va mesurer d'autres types de lésions, les ecchymoses. On va mesurer également même les cheveux d'une personne pour des critères d'identification. On passe notre temps à mesurer des choses. » Loin des clichés que l'on voit dans les séries, un médecin légiste prélève bien des organes, mais ce n'est pas à coup de pic à glace. Le docteur Élodie Marchand précise qu'une longue incision de la base du cou au pubis est toutefois nécessaire pour l'autopsie. « Généralement, on ne va pas forcément prélever des organes en entier, sauf certains comme le cerveau ou le cœur, parce que toutes les zones sont importantes. Il y a des incisions qui sont réalisées. Il faut savoir qu'elles doivent être systématiquement refermées. Ça fait partie de nos obligations et du respect qu'on a pour les corps. » « Apporter des réponses » suite à un décès Ce métier change-t-il son rapport à la mort ? « Non, parce que moi, depuis toute petite, je suis bercée dans le côté anthropologie, paléontologie par mon père. Donc, j'ai très vite connu des squelettes étant toute petite. Donc, finalement, la mort n'est pas quelque chose qui a pu m'effrayer, me questionner. » Et l'une des choses que le docteur Élodie Marchand apprécie dans son métier : « C'est vraiment pouvoir être la parole des personnes décédées et apporter des réponses, en fait. Justement sur pourquoi et comment ces personnes sont mortes. » Quand une autopsie est à la demande de la justice, le médecin légiste n'est ni du côté de l'accusation, ni de celui de la défense. Il est là pour établir une vérité scientifique. À lire aussiPhilippe Boxho: confidences de la star des médecins légistes

  5. 6d ago

    Les Limiers: la Team Moore[5/5]

    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l’enquête : généalogiste, détective privé ou simples citoyens engagés… RFI vous plonge cette semaine dans le quotidien de ces limiers particuliers. Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Neila Moore, la présidente de la Team Moore, une association d’une cinquantaine de bénévoles qui « chassent » les pédocriminels sur internet pour les faire traduire en justice. Nous sommes dans un petit village du sud-ouest. Impossible d'en dire plus. La Team Moore est régulièrement menacée de mort, notamment sa présidente, Neila Moore. C'est d'ailleurs un pseudo, celui de cette aide à domicile qui traque depuis 2019 des pédocriminels via de faux profils d'enfants, puis les signale à la justice. « Alors là, c'est une petite fille qui a onze ans, qui habite dans le sud de la France. On va se comporter comme n'importe quel enfant sur les réseaux. Donc, on va faire des publications sur nos chanteurs préférés, nos youtubeurs, les animaux, etc. Et une fois sa mise en ligne, le constat est affligeant. Très vite, cette enfant est contactée par des pédocriminels. » « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur » Un exemple de messages reçus par ce profil de petite fille. Attention, même expurgé du pire, l'extrait peut choquer. « Tu ne montres pas ton vagin, je vais te tuer. Je vais te défoncer ta putain de gueule, petite salope de sixième », entend-on. « C'est en quelques minutes et c'est plusieurs contacts. Soit ce sont des individus qui vont alpaguer l'enfant sous statut d'adulte, soit on a vu ces dernières années une évolution de techniques du prédateur justement qui vont créer des profils d'enfants. Donc, vraiment rappeler que derrière l'écran, on ne sait jamais qui est derrière », rappelle Neila Moore. Cette association agit dans un cadre légal qui se fonde sur « l'article 227-22-1 du Code pénal. Le fait d'un majeur qui fait des propositions sexuelles à un mineur de quinze ans ou à une personne se présentant comme tel est passible de deux ans de prison, etc. Nous, nous sommes cette personne se présentant comme telle », explique la présidente. Dans cette traque, il y a des règles vis-à-vis du droit. « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur. C'est-à-dire qu'on n'a pas le droit de faire une demande d'ami ou d'engager une conversation si on a une cible ou quelque chose comme ça. Également, pendant les échanges, on ne va jamais provoquer l'auteur, c'est à lui de faire ses propositions sexuelles, de montrer son sexe, de se masturber en vidéo, etc. Pourquoi ? Parce que dans le cas contraire, ça peut être considéré comme de l'incitation. » À lire aussiTraque de pédophiles: jusqu’où peuvent aller les justiciers d’internet? En 2024, la Team Moore a transmis plus de 224 signalements La Team Moore est d'autant plus vigilante au droit qu'elle le sait. Sa démarche ne fait pas l'unanimité au sein des autorités, notamment. Certains s'inquiètent de voir des citoyens endosser des prérogatives qu'ils considèrent réservées aux forces de l'ordre. « Au départ, c'était mal perçu. Ce qu'il faut faire comprendre, c'est que nous étions les pionniers en France. Ce phénomène des chasseurs de pédophiles, c'est vraiment quelque chose de culturel dans les pays anglo-saxons. À savoir qu'en Angleterre, 50 % des arrestations de pédocriminels sont à l'initiative de citoyens ordinaires. Mais on a depuis des années maintenant des soutiens publics, de policiers, de magistrats. On a une reconnaissance aussi dans les tribunaux. Par exemple, en 2024, on a transmis plus de 224 signalements. Vous allez avoir le procureur ou le président qui va nous remercier de la qualité de notre travail et qui reconnaît que, sans nous, ces individus passeraient sous les radars. » En 2023, l'association était reçue par un ministre pour évoquer son intégration à la Réserve citoyenne numérique, un statut que Neïla attend avec impatience. « Aujourd'hui, la collaboration, elle existe, mais elle est officieuse. Ça fait des années qu'on demande un cadre, un espace d'agrément, que quand on envoie un signalement, on traite. Il faut que ce soit automatique. Au Canada, on a un lien direct. En Allemagne, on est en train de le faire. Ils prennent en charge nos signalements. Et en France, au bout de sept ans, après des centaines de signalements, de condamnations, on ne l'a toujours pas. Pourquoi ? En France, pour le narcotrafic, on travaille avec des civils. On peut être réserviste dans l'armée, chez les pompiers. On peut être réserviste à la gendarmerie. Comment on peut contester que des citoyens ordinaires permettent de mettre hors d'état de nuire des pédocriminels et d'identifier des victimes ? Ce n'est pas audible. » Depuis mai dernier, la réserve numérique existe officiellement. La Team Moore attend la réponse à sa demande d'agrément. À lire aussiLes limiers particuliers: les bénévoles de l'ARPD à la recherche des personnes disparues [3/5]

  6. Jul 29

    Les limiers particuliers: généalogiste successoral, enquêter dans l'intimité des familles [4/5]

    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l’enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Portrait aujourd’hui d'Audrey Lustrement, généalogiste successorale, qui enquête pour régler les successions sans ayant droit. Comme elle, ils sont 1 500 en France à enquêter dans l'intimité des familles. Comme souvent lorsqu'elle prend la voiture, Audrey Lustrement se rend aux archives départementales de Rennes, dans l'ouest de la France. Plus précisément dans la salle de consultation, une pièce froide et studieuse, où chaque personne qui en fait la demande peut parcourir les précieux documents en silence. Sur une table en inox, elle déroule un tableau généalogique établi sur du papier à musique. Un notaire a mandaté Coutot-Roehrig, l'entreprise dont elle dirige la succursale rennaise, pour retrouver les ayants droit d'une succession après le décès d'un homme qui n'a aucun héritier connu et qui n'a pas laissé de testament. Un travail de fourmi débute. « Il faut d'abord remonter aux parents et s'assurer qu'ils n'avaient pas de postérité. Si tel est le cas, on regarde s'ils n'avaient pas des frères et sœurs, des neveux et nièces. S'il n'y en a toujours pas, on remonte jusqu'au quatrième, au cinquième et au sixième degré, dernier degré successible », déroule Audrey Lustrement. Au-delà, les biens de la personne décédée reviennent à l'État. Avec Stéphane de Montlivault, un collègue, elle se plonge dans les registres de mariage, de naissance et de décès, jaunis par le temps. Il faut s'assurer qu'aucun autre héritier, que ceux déjà trouvés, n'existe. Minutieusement, le binôme explore toutes les pistes en croisant les informations de l'arbre généalogique avec celles apportées par les documents de l'état civil. Après 20 minutes d'investigation, le constat tombe : « Du côté de la branche maternelle, nous n'aurons pas de cousins au cinquième degré », conclut Stéphane de Montlivault en chuchotant. Toutes les portes ont été refermées, la quête s'arrête là. Mais la seconde étape du processus peut s'enclencher : « Désormais, nous allons contacter les héritiers pour leur soumettre un contrat de révélation, leur annoncer l'identité du défunt dont ils héritent », reprend Audrey Lustrement. « Il m'arrive de révéler des adultères » Cette phase est l'une des plus délicates car bien souvent, les héritiers retrouvés n'ont jamais connu le défunt en question. « ​​​​​​​Quand ils reçoivent notre courrier, beaucoup croient à une arnaque et le jettent à la poubelle, sourit Audrey Lustrement. Nous les rappelons pour leur expliquer notre démarche et notre métier. » Son collègue abonde : « ​​​​​​​Bien souvent, nous savons davantage de choses qu'eux-mêmes sur leur propre famille, cela crédibilise notre parole. » D'autres cas sont plus sensibles. Car lorsqu'elle enquête, Audrey Lustrement ne trouve pas seulement des héritiers. Elle soulève parfois des secrets de famille. De belles histoires, bien sûr. Parfois pas. « ​​​​​​​Il m'arrive de révéler des adultères. Cela m'est arrivé dans un dossier récemment : j'édite l'arbre généalogique et je me rends compte que l'homme a eu deux enfants avec deux femmes différentes – l'officielle et l'officieuse, disons. Aujourd'hui, l'enfant adultérin a les mêmes droits que l'enfant légitime. Ce qui est toujours un moment délicat à annoncer. » De fait, les structures familiales traditionnelles ont largement évolué depuis l'après-guerre. Les statistiques de l'Insee le prouvent : le nombre de naissances hors mariage a été multiplié par sept depuis 1946, les divorces ont quadruplé depuis 1950, le nombre de familles monoparentales a triplé depuis 1975. « ​​​​​​​Le travail de généalogiste s'est complexifié avec le temps », confirme Audrey Lustrement. Les individus sont aussi plus mobiles qu'à l'époque : « Aujourd'hui, un dossier sur quatre peut nous amener à l'étranger. » Pour l'heure, c'est dans un appartement du centre-ville de Rennes qu'elle se rend. Celui d'un homme décédé en septembre 2024. Dans cet autre dossier, elle a déjà retrouvé et contacté les héritiers. Ils sont au nombre de dix : une cousine au quatrième degré dans la ligne maternelle et neuf cousins et cousines au sixième degré dans la branche paternelle. L'une d'elles a renoncé à l'héritage. C'est l'autre volet du métier : régler les successions. Cela débute toujours par la réalisation d'un inventaire des biens dans le domicile du défunt. Audrey Lustrement représente les héritiers, absents. Elle est accompagnée d'une notaire et d'une commissaire-priseur qui, pendant trois heures, va ausculter chaque pièce de fond en comble. Dans l'intimité de la personne La généalogiste fait de même : « ​​​​​​​Je regarde s'il y a notamment des objets de valeur pour informer les héritiers du montant de la succession. On ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber. » Elle admet son malaise au moment d'ouvrir le tiroir d'une commode dans la chambre du défunt : « ​​​​​​​C'est délicat, on est plongé dans l'intimité de la personne. » Sur une table, un courrier d'assurance jamais ouvert, là une chemise de nuit et une paire de lunettes... La pièce est figée depuis le décès du vieil homme. Il y demeure une odeur de renfermé. Il va sans dire que la toile de maître dans la poussière d'un grenier ou le lingot d'or caché dans un faux plafond sont l'exception. « ​​​​​​​Dans une majorité de dossiers, le patrimoine à léguer oscille entre 200 000 et 300 000 euros », explique Audrey Lustrement. D'ailleurs, aucun objet de valeur n'est trouvé ce jour-là dans l'appartement. Alors l'équipe descend au garage. Une dizaine de cartons s'y entassent. Il faut les ouvrir un par un. La commissaire-priseur s'y colle. Premier carton : de la vaisselle. Le deuxième déclenche une plaisanterie : « Ça revient à la mode, les nains de jardin ? » On s'esclaffe sans gêne. Après tout, ce travail, c'est leur quotidien. Le troisième emballage révèle une minaudière en cotte de maille, un sac à main porté comme accessoire de mode par les femmes dans les années 1930. Celui-ci pourrait bien valoir un petit quelque chose. Dans le dernier carton : une photo du défunt. « ​​​​​​​On peut enfin mettre un visage sur un nom », sourit Audrey Lustrement, qui n'avait trouvé aucune photo du vieil homme dans l'appartement. Ce cliché, pas plus grand qu'une photo d'identité, est peut-être l'objet le plus important trouvé jusqu'ici. La généalogiste va le conserver précieusement : « Les héritiers ne veulent pas forcément récupérer du mobilier. En revanche, ils sont souvent intéressés par une photo de la personne dont ils héritent, donc je vais la mettre de côté. » La plupart des dossiers se concluent de la même façon : les biens immobiliers et les meubles sont vendus par les héritiers qui se partagent la succession. Audrey Lustrement touche un pourcentage qui dépend de la valeur du patrimoine légué et du degré de parenté des héritiers avec le défunt. Soit entre 10% et 40% de la somme finale, les dossiers étant inégaux. Tous les ans, 150 000 héritiers sont retrouvés dans l'Hexagone et à l'étranger. Ils se répartissent un milliard d'euros d'actifs, après paiement des droits de succession. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

  7. Jul 28

    Les limiers particuliers: les bénévoles de l'ARPD à la recherche des personnes disparues [3/5]

    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détective privé ou simples citoyens engagés… Alors que plus de 100 personnes disparaissent chaque jour en France, volontairement ou non, les forces de l'ordre se concentrent sur les disparitions inquiétantes, notamment de mineurs. Depuis 2003, l'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) s'est donnée pour mission de soutenir les familles de disparus et d'aider aux recherches. En France, 1 000 enquêteurs bénévoles de tous âges et profils travaillent en réseau à travers le pays pour retrouver des personnes disparues. Isabelle Cluzan, déléguée départementale du Val-d'Oise, explique que l'association prend en charge tous types de disparitions : « On prend tous types de disparitions, les disparitions volontaires inquiétantes, les ruptures familiales de même que les fugues et les personnes Alzheimer. » Elle évoque notamment le dossier d'Evelyne Lioret, une dame dont la disparition semble volontaire. Mais sa fille a mandaté l'association pour s'assurer qu'elle est en sécurité. « À partir de là, on analyse le dossier et on fait une sorte de cartographie d'Evelyne, de sa vie, de ses projets, de son entourage et de ses proches sur le terrain. On va frapper aux portes, on collecte des contacts, on va repérer les lieux où elle a travaillé, où elle habitait pour en fait apporter à ma cartographie des éléments vraiment visuels », explique Isabelle Cluzan. En France, un majeur a le droit de disparaître. Comment réagit l'association dans ces cas-là ? « Dans ces cas-là, on contacte la personne disparue. On essaie de savoir ce qu'il se passe. Notre mission, effectivement, c'est de rassurer la famille en disant qu'on a eu un signe de vie. Mais par rapport aux disparus, on reste dans la confidentialité de la localisation. C'est sûr, et on ne dévoile pas la vie de l'autre », précise Isabelle Cluzan. Les réseaux sociaux, une mine d'or pour les recherches Aujourd'hui, l'ordinateur est devenu un outil majeur dans les recherches. Pauline Charpy, coordinatrice OSINT, la cellule de recherche en sources ouvertes, souligne son importance : « Cela aide beaucoup. Toute personne laisse au moins une trace numérique, que ce soit sur les réseaux sociaux, avec des photos, des adresses mail... Ça peut vous donner une nouvelle localisation de quelqu'un. Les réseaux sociaux, c'est une mine d'or aujourd'hui. Quand on demande de l'aide aux personnes, les gens jouent le jeu. Ce qui marche le mieux aujourd'hui, c'est la diffusion au maximum des avis de recherche. Parfois, on n'a pas besoin de faire de terrain. J'ai résolu beaucoup de dossiers qu'avec de l'OSINT. » Pauline Charpy insiste cependant sur un autre aspect essentiel de leur mission : « Le soutien et l'assistance aux familles. Parfois, il n'y a pas besoin d'enquêter sur certains dossiers, mais il est important d'être là pour les familles. On est là pour les écouter, parce que le silence, c'est terrible pour les familles. C'est le plus difficile. » Comme pour les policiers ou les gendarmes, certains dossiers marquent durablement les bénévoles. Pauline Charpy se souvient notamment d'un cas qui l'a profondément touchée : « Il y avait eu un Afghan qui avait disparu. C'est un dossier qui m'a beaucoup marqué parce que pour le retrouver, j'ai dû aller dans les camps à Paris et découvrir un univers qui m'était totalement étranger. Finalement, on l'a retrouvé à l'étranger, en Belgique. Mais c'est un dossier qui m'a beaucoup touché parce que, en fait, ce sont des personnes ignorées de la société. Je me suis dit que l'ARPD faisait ce travail pour aider tout le monde. » « Créer un maillage complet autour de la Terre » Développer des relais à l'étranger est une mission clé pour l'association, comme l'explique Caroline Fauveau; responsable de la cellule internationale : « Depuis trois ans, nous sommes une vingtaine. Nous fonctionnons avec des Français qui habitent à l'étranger, et nous avons aussi des Français qui connaissent l'étranger mais qui sont sur le territoire français. On communique énormément avec les groupes d'expatriés, les associations de Français à l'étranger, d'autres associations qui font le même travail... Une association en Grèce est très active. Il y en a une en Autriche qui nous a retrouvé une dame qui avait Alzheimer. On contacte aussi tous les centres pour SDF, les hôpitaux psychiatriques. On essaie de créer un maillage complet autour de la Terre. » Cependant, les moyens restent limités. « Nous ne sommes pas riches, nous ne sommes pas envoyés à l'autre bout du monde pour enquêter, rigole Caroline Fauveau. Tout se fait via internet. » Aujourd'hui, dix correspondants en Europe, mais aussi aux Amériques et en Asie, travaillent avec elle. Un réseau que Caroline Fauveau compte bien étoffer encore dans les mois à venir. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

  8. Jul 27

    Les limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Pour ce deuxième épisode, on s'intéresse aux détectives privés. En France, ils sont quelques centaines seulement à exercer ce métier, à réaliser des filatures pour traquer les arnaques à l'assurance maladie ou les adultères. Une profession transformée par l'arrivée des dernières technologies et qui se féminise. RFI a suivi une détective privée dans les rues de Paris. Elle nous prévient d'emblée : « Je ne vais pas vous révéler tous mes secrets. » Mais Julie Catalifaud, détective privée depuis 15 ans et directrice de l'agence Vendôme Investigation, située sur la place du même nom, accepte de lever le voile sur une partie de sa méthode pour suivre une personne en toute discrétion. Nous la suivons dans les rues de la capitale française. Une filature, c'est d'abord l'art du positionnement. La détective prend l'exemple d'une porte cochère bleue sur la place Vendôme. « Si j'avais la possibilité de me stationner à gauche de l'entrée, derrière ce camion, ce serait l'idéal pour observer la personne que je dois filer », développe l'enquêtrice. Des particuliers et des entreprises l'appellent toute l'année. Adultères, garde d'enfant, arrêts maladie, concurrence déloyale : les dossiers varient beaucoup et impliquent une grande adaptation sur le terrain pour voir sans être vu. « On ne se déguise pas, mais on change d'apparence. On change de coiffure, de maquillage, on met des casquettes, des bonnets. On s'habille de la manière dont les gens s'habillent dans ce quartier. Il faut pouvoir se glisser dans plusieurs personnages et s'adapter au profil de son interlocuteur », confie la détective privée. Elle a beau avoir de l'expérience, Julie Catalifaud le reconnaît : filer une personne reste un exercice difficile. La concentration doit être totale, et parfois sur plusieurs heures. Mais là aussi, il existe des outils pour ne rien rater des faits et gestes de l'individu : « Nous allons utiliser des appareils photo avec de très longs objectifs, du matériel plus discret comme des caméras dissimulées dans des stylos, des boutons de chemise. Tout dépend de la configuration. » Ce matériel, digne de celui de l'Inspecteur Gadget, peut prêter à sourire, mais il est bien utile pour recueillir des preuves : un geste affectueux par exemple, dans les dossiers d'adultère. Féminisation et visibilité Longtemps masculin, le métier attire de plus en plus de femmes. Elles représentent aujourd'hui un tiers des effectifs de la profession. « Les promotions se féminisent », confirme Julie Catalifaud, qui enseigne à l'École supérieure des agents de recherches privées (ESARP), l'une des quatre écoles en France qui forment les détectives privés. Cette féminisation de la profession est une bonne chose, souligne Julie Catalifaud, notamment pour la réussite des filatures : « C'est plus facile pour moi de m'asseoir à une terrasse avec un livre ou un ordinateur. Je passe totalement inaperçue, et c'est clairement un avantage. » Le métier de détective privé mérite désormais de gagner en visibilité, estime-t-elle : « On me demande parfois de dire quelle est ma vraie profession, car les gens ne me croient pas quand je dis que je suis détective privée. » Elle s'est donc donnée pour mission de faire connaître ce métier en multipliant les interviews et les documentaires. Elle a aussi rédigé un livre, Profession Détective privée, Dans les coulisses des enquêtes : adultère, avarice et autres péchés capitaux, publié en mars 2026 aux éditions HarperCollins, dans lequel elle raconte les coulisses, parfois croustillantes, de certaines enquêtes. « ​​​​​​​L'intelligence artificielle a bouleversé le métier » Si l'enquêtrice passe la majorité de son temps sur le terrain, elle le rappelle : les investigations débutent à chaque fois dans son bureau. Son ordinateur est l'outil essentiel pour faire de l'OSINT, c'est-à-dire de la collecte d'informations accessibles à tous sur internet : « Je vais regarder les réseaux sociaux, tous les sites qui peuvent nous intéresser, et parfois, en quelques minutes, on peut retrouver la trace de la personne sur laquelle on enquête. » Mais les nouvelles technologies, tout en étant des alliées précieuses, peuvent aussi devenir des adversaires. « ​​​​​​​L'intelligence artificielle a bouleversé le métier. On le voit avec les clients qui nous contactent pour des escroqueries sentimentales. Il y en a toujours eu, mais désormais, ces arnaques sont réalisées avec de l'IA, du morphing, ces personnes qui font des vidéos avec les visages d'autres. Tous ces éléments peuvent compliquer nos enquêtes. » Si l'enquête débute sur ordinateur, c'est aussi là qu'elle se termine, en l'occurrence par la rédaction d'un rapport. Celui que nous montre Julie Catalifaud est barré de la mention « confidentiel » : « ​​​​​​​On tape ce qui s'est passé sur le terrain minute par minute, on note toutes les observations que nous avons faites, et on y ajoute les photos que j'ai réalisées ou que mes agents sur le terrain ont réalisées. » Ce rapport est ensuite remis au client. S'il a été produit dans les règles, il peut servir de preuve devant un tribunal. La justice est saisie dans 80% des dossiers que traite la détective. Une preuve qui a un coût : entre 70 et 150 euros de l'heure, selon la nature de l'enquête.

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