Lignes de défense

Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.

  1. 8h ago

    Le Flamingo ukrainien, star du salon de l'armement Eurosatory

    Le missile de croisière Flamingo, de l'entreprise ukrainienne Fire Point, était l'un des incontournables du Salon de l'armement Eurosatory, qui a fermé ses portes vendredi 19 juin. Iryna Terekh, la patronne de Fire Point, qui emploie 6 000 personnes, illustre les immenses ambitions de l'industrie de défense de l'Ukraine. Entretien. Une ambiance musicale et des images de frappes de missiles sur grand écran dignes d'un blockbuster sur le stand surdimensionné de Fire point, et bien sûr la maquette à l'échelle 1 du Flamingo, le plus gros missile de croisière au monde : 12 mètres de long peint en rose – comme les ongles d'Iryna Terekh. Sous le bras, la très jeune PDG, perchée sur des stilettos, tient une peluche de flamant rose. « Les Flamingo sont des missiles de croisière, mais avec cette image du flamant rose, on fait passer beaucoup de messages. Vous savez, nous n'aurions jamais fait des missiles si notre voisin fou ne nous avait pas attaqué. Nous sommes fondamentalement pacifiques. Et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi un oiseau pacifique comme symbole », explique Iryna Terekh. « FP pour Fire Point, mais aussi pour F*** Poutine » FP, les initiales de Fire Point, c'est aussi pour dire « F*** Poutine » (« On emm*** Poutine »), sourit Iryna Terekh. Une communication à l'emporte-pièce, directe et efficace pour cette architecte de formation de 34 ans, qui a fondée en 2022 cette entreprise devenue emblématique de l'industrie de guerre ukrainienne. Outre le Flamingo, Fire Point produit aussi les drones FP-1 et revendique 60% des frappes ukrainiennes par drones. « Nous avons créé cette entreprise avec deux amis sur un coin de table ! Dès le départ, ma mission était de mettre en place la production. Mon objectif était de fabriquer 20 drones FPV par mois et c'était déjà extrêmement ambitieux ! J'avais déjà pas mal d'expérience comme entrepreneure dans le bâtiment, mais produire 20 drones par mois, en 2022, c'était du jamais vu, ça paraissait fou ! Et aujourd'hui, nous livrons près de 300 drones FPV par jour, ce qui prouve que la logique de notre architecture, malgré les attaques répétées, était pertinente et efficace. Nous continuons donc à la développer », poursuit la PDG. À lire aussiFrappes ukrainiennes en Russie: «La guerre s'est invitée dans la vie quotidienne des Moscovites» Évolutivité et faible coût, la doctrine de l'entreprise En peu de temps, l'entreprise a percé dans un secteur de haute technologie. Pour y parvenir, elle a su nouer des partenariats avec des majors françaises, notamment pour le guidage du missile Flamingo. « C'est un produit à 90% ukrainien et 10% vient de l'Ouest. Nous avons bénéficié d'une aide considérable de l'Ouest, avec pour objectif une intégration locale et verticale maximale. C'est ce qui garantit notre indépendance et notre capacité à protéger notre souveraineté sans autorisation. Nous recevons notamment l'aide de la France, une aide précieuse, mais aussi d'autres pays européens. En revanche, nous excluons tout recours à la technologie chinoise et américaine. C'est une façon de redonner au continent européen sa puissance et sa souveraineté technologique », développe Iryna Terekh. Sur le papier, le Flamingo peut emporter plus d'une tonne de charge à 3 000 kilomètres et coûte dix fois moins cher qu'un missile occidental. Pour toute l'industrie de défense européenne, l'Ukraine est aujourd'hui incontournable, assure Iryna Terekh. « Nous pensons que le moyen le plus efficace de tester les systèmes d'arme, de les confronter à la guerre moderne, c'est de le faire en Ukraine. Car il est impossible de récréer ailleurs les conditions du front, le brouillage en particulier. Si l'on veut faire évoluer de manière efficace les systèmes de navigations électronique, les centrales inertielles, l'Ukraine est l'endroit idéal. Il n'existe aucun autre terrain d'essai comparable au monde. Et nous sommes le plus forts », martèle la jeune PDG d'un air bravache, le point levé en signe de défi. À lire aussiUkraine: Moscou cible de la plus importante attaque de Kiev depuis deux ans, une raffinerie touchée

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  2. Jun 13

    Eurosatory 2026: le plus grand salon de l’armement terrestre se prépare à la guerre

    Eurosatory ouvre ses portes lundi 15 juin à Villepinte, au nord de Paris. Les drones en particulier donneront le ton du plus grand salon de l’armement terrestre. Ce rendez-vous de l’industrie de défense sera le réceptacle des tensions géopolitiques et des conflits en cours, raison pour laquelle Eurosatory fait le plein. Plusieurs milliers d’exposants venus de 65 pays, c’est un record. Certains petits pays, inconnus jusque-là de la sphère défense, auront même cette année leur stand, indique Charles Beaudoin, commissaire du Salon, et c’est le signe d’un réarmement général : « L'Ouzbékistan, par exemple, est un pays qui apparaît dans le spectre. Il ne venait pas sur le salon, sa présence est une première. Donc, on voit bien que le salon est en augmentation permanente. Nous aurons plus de 2 200 exposants. Nous étions déjà le plus grand salon de sécurité-défense au monde, mais là, nous avons ouvert un hall supplémentaire, il est occupé. On sent très bien qu'il y a une préoccupation très forte dans le monde de pouvoir se réarmer de manière à pouvoir faire face éventuellement à des conflits qui semblent s'annoncer. » Risque d’un conflit direct entre l’Europe et la Russie, embrasement du Moyen-Orient, les armées viennent chercher sur étagère des solutions clés en main, et deux sujets prédominent : les drones et les missiles. « Eurosatory 26 s'inscrit dans une situation géopolitique compliquée. Les drones et la lutte anti-drones s’imposent avec la nécessité d'aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort et beaucoup plus en nombre pour les armées européennes. Les sujets missiles et antimissiles reviennent aussi, avec la capacité sol/sol à très longue portée. L'Europe n'en est pas dotée aujourd'hui et c'est un sujet qui revient, il y aura des propositions sur le sujet. Qui dit missiles dit antimissiles. Donc, vous verrez des solutions de missiles hypervéloces et d'interception de missiles hypervéloces. Autre sujet, l'espace : c'est une évidence aujourd'hui, la nécessité absolue de disposer de microconstellations à l'instar de Starlink qui a permis à l'armée ukrainienne de résister. » À côté des acteurs traditionnels de l’industrie de défense, beaucoup de nouveaux entrants sont attendus. Beaucoup de startups et d’entreprises duales. La « deep tech » a le vent en poupe, exemple avec l’intelligence artificielle qui s’immisce dans tous les systèmes d’armes, pointe Charles Beaudoin : « La deep tech, ce sont ces startups qui aujourd'hui proposent des technologies de rupture. L’intelligence artificielle, le cloud, ce sont des cas concrets dans l'armée ukrainienne et c'est clairement là où il faut aller. Ce que j'appelle le troisième âge de la numérisation, après les systèmes numériques, c'est maintenant l'âge de l'exploitation de la donnée et donc l'âge de l'IA et des clouds. » À Eurosatory, quelque 80 sociétés ukrainiennes, contre dix pour l'édition précédente, présenteront leurs drones, systèmes robotisés et missiles de frappe en profondeur, autant de systèmes d’armes éprouvés dans la guerre contre la Russie. À lire aussiLes États-Unis veulent réduire le nombre de leurs avions de chasse sur les bases de l'Otan en Europe

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  3. Jun 6

    Les hélicoptères en première ligne dans la lutte anti-drones

    C’était les 1ᵉʳ et 2 juin derniers sur le champ de tir de Biscarrosse dans les Landes, l’armée de l’air a expérimenté les premiers tirs contre des drones depuis un hélicoptère de manœuvre. La lutte anti-drones offre un nouveau souffle aux hélicoptères militaires. En France, la reconversion des appareils a commencé. La guerre au Moyen-Orient a servi de bascule. Dans l’urgence, des hélicoptères français ont été engagés dans la défense des Émirats arabes unis. Des hélicoptères d’attaque Tigre de l’armée de terre, mais aussi des hélicoptères légers Fennec de l’armée de l’air, ont fait mouche à tous les coups contre les drones Shahed iraniens. Alors puisque les hélicoptères sont efficaces, tous les modèles sont désormais reconvertis à la lutte anti-drones. Cette semaine, c’était le tour des hélicoptères Caracal. Ces gros hélicoptères habituellement dédiés à la logistique ont été lestés de mitrailleuses de sabord et se sont révélés parfaitement adaptés à cette lutte. Ce fut même plutôt facile, juge le lieutenant-colonel Laurent, en charge des nouvelles capacités pour les hélicoptères à l’état-major de l’armée de l’air : « En réalité, ça n'a pas été si compliqué que ça, puisqu'on dispose déjà d'une très grande variété de savoir-faire, que ce soit au travers de notre contribution à la défense aérienne, mais également de notre engagement quotidien en opérations extérieures, souligne le lieutenant-colonel. Et l'enjeu pour les hélicoptères de l'armée de l'air et de l'espace en particulier a été d'adapter ces capacités de tir qui étaient soit tournées vers de l'appui-feu air-sol en opérations extérieures, soit tournées vers des menaces qui étaient un petit peu différentes, mais malgré tout assez similaires dans le cadre de la défense aérienne. Et l'enjeu a bien été de pouvoir adapter relativement facilement ces capacités-là face aux drones. » Pour que les hélicoptères servent de bouclier, il a fallu néanmoins moderniser une partie de la flotte en l’équipant d’une liaison 16, le système d’identification qui équipe tous les avions de combat. « On a vu au Moyen-Orient qu'il y avait énormément d'aéronefs qui étaient en vol dans le même espace aérien. Il y a des aéronefs alliés, mais également des menaces qu'il faut identifier, détruire éventuellement, poursuit le lieutenant-colonel. Et pour ça, il faut éviter à tout prix le tir fratricide. On a fait un très gros effort sur la capacité de liaison 16, pour laquelle nos hélicoptères n'étaient pas équipés jusqu'ici, en particulier l'hélicoptère Fennec que nous avons engagé. En 48 heures, on a été en mesure d'équiper ces hélicoptères de cette nouvelle capacité pour pouvoir les intégrer au mieux dans ce dispositif. » À lire aussiDes hélicoptères Tigre bientôt sur des frégates? La lutte anti-drones, qui fait quoi ? La lutte anti-drones, c’est une défense multicouche, souligne le lieutenant-colonel Laurent : de haut en bas, chacun à sa place : « Ça part déjà au sol d'un dispositif de détection qui, lui, va être en charge de détecter le plus tôt possible la menace lorsqu'elle arrive. Et ensuite, c'est tout un dispositif qui va partir de l'avion de chasse, qui lui vole au loin et a des capacités de détection accrues. Le Reaper sera vraiment entre le Rafale et l'hélicoptère. C'est un élément qui a des caractéristiques qui lui sont propres. En particulier, il a de la persistance parce qu'il est capable de voler longtemps. Il est capable de voler haut, explique le lieutenant-colonel Laurent. Dans le bas du spectre, il y a l'hélicoptère à proximité des côtes, qui, lui, aura des capacités d'identification et une capacité à se rapprocher par son domaine de vol, qui est plus proche du drone. Aujourd'hui, on a mis en place tout un spectre de capacités et on est encore en train de les adapter pour pouvoir être le plus efficace possible. Et l'enjeu, il n'est pas d'avoir un hélicoptère qui soit exclusivement capable de traiter cette menace-là, mais bien de pouvoir utiliser l'ensemble des capacités qu'on a à notre disposition pour pouvoir les traiter. » Véritable alternative aux très coûteux missiles sol-air, les hélicoptères prouvent qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot, c’est aussi l’une des révélations de la révolution drone. À écouter dans DécryptageLes drones dans la guerre du XXIè siècle

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  4. May 30

    Loi de programmation militaire: 14 milliards d’euros de plus pour les armées?

    Ce mercredi 27 mai 2026, au Sénat, la chambre haute a proposé d’accentuer l’effort budgétaire en faveur des armées en votant en commission une enveloppe de 14 milliards d’euros qui viennent s’additionner aux 36 milliards demandés par le gouvernement dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire. Une hausse destinée à gonfler le format des armées. Dans un contexte mondial marqué par les crises, les sénateurs veulent donc aller plus loin que l’exécutif. Et l’objectif financier final de la loi de programmation militaire (LPM) devient vertigineux puisqu’avec cette nouvelle hausse, les sénateurs proposent un pic des dépenses militaires de 450 milliards d’euros à la fin de la décennie, soit 2,7 % du PIB. Les 450 milliards d’euros, pourquoi faire ? Les urgences capacitaires sont nombreuses, pointe le sénateur Cédric Perrin, membre de la commission Défense et des Forces armées. Il faut notamment gonfler le format de la Marine et celui de l'Armée de l'Air, dont les forces sont aujourd'hui très sollicitées : « On a amendé le tableau capacitaire pour répondre en quelque sorte, d'abord, à la demande qu'avait faite à l'époque le ministre des Armées en février 2025, lorsqu'il disait qu'il manquait une trentaine de Rafale, trois frégates et du matériel terrestre. Et donc le tableau annexe a été modifié avec 20 Rafale Air supplémentaires et 10 Rafale Marine, trois frégates. Il y a aussi évidemment des amendements sur l'aérobalistique à 1 000 kilomètres et qui pourraient être utilisés par les trois armes terre, mer et air, avec évidemment des demandes qui sont importantes. » « On a des sujets sur les drones navals, sur les drones furtifs également, étant entendu que tout ça ne sera pas forcément livré tout de suite. Il est bien évident que l'idée c'est aussi de cranter des commandes, de cranter des objectifs et de ne pas perdre de temps puisque, à force de repousser aux calendes grecques un certain nombre de commandes, évidemment on perd du temps et on est livré très tardivement. On se bat pour une LPM sincère et surtout une LPM de cohérence avec les menaces auxquelles l'exécutif nous prépare depuis maintenant un certain temps. » Un signalement stratégique budgétaire À plusieurs reprises, l'état-major des armées a alerté sur un risque de conflit avec la Russie d’ici la fin de la décennie, mais le vote du Sénat ne présente qu’une trajectoire indicative. Cela s’apparente à un signalement stratégique budgétaire, pour donner beaucoup plus d’ambition à une loi de programmation militaire jugée insuffisante à l’égard de la menace, insiste Cédric Perrin. « Je pense que c'est une question de priorité qu'on doit se donner. Aujourd'hui, on est dans une situation extrêmement complexe où on a envoyé des précurseurs au Groenland. On a ensuite envoyé notre groupe aéronaval à Chypre. On est dans une situation extrêmement complexe dans le détroit d'Ormuz. L'Ukraine étant elle aussi en difficulté, les théâtres d'opérations se multiplient et je crois qu'il faut que nous soyons prêts. Et donc c'est une sorte de priorité qu'on doit se donner aujourd'hui. Pour moi en tous cas, la question de la défense est une priorité absolue. Et puis on a besoin aussi, dans le cadre du débat pour l'élection présidentielle, de débattre de ces sujets. Or, je rappelle quand même que pour toutes les élections présidentielles qui se sont déroulées ces quinze dernières années, il n'y a pas eu de débat sur les questions de défense. Je pense que fondamentalement, aujourd'hui, c'est un sujet qui doit être débattu. Et je pense aussi, fondamentalement, que nous sommes observés par nos adversaires potentiels, les adversaires qui regardent ce que nous faisons et ce que nous votons. » Les investissements réels pour les armées sont votés chaque année dans le projet de loi de finances. Le supermarché de 50 milliards d’euros d’ici 2030 souhaité par le Sénat sera donc potentiellement adopté qu’après l’élection présidentielle, mais le débat est ouvert. À lire aussiFrance: ce que prévoit la nouvelle loi de programmation militaire pour les armées

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  5. May 23

    Les drones ukrainiens frappent dans la grande profondeur du territoire russe

    Les 16 et 17 mai 2026, Kiev a lancé sur la Russie l'une de ses attaques les plus massives. Plus de 600 drones sont tombés sur la capitale, Moscou, mais aussi sur des zones qui se trouvent à plus de 1 700 kilomètres de la frontière ukrainienne. Les frappes ukrainiennes en Russie sont de plus en plus nombreuses et efficaces et pourraient être une bascule. Situées à près de 2 000 kilomètres de l'Ukraine, les villes russes de Iekaterinbourg, Perm, Tcheboksary ont été touchées : des usines d'armement, des raffineries, des aérodromes attaqués dans cette région de l'Oural russe, qui se pensait jusque-là à l'abri de la guerre. Des frappes dronisées longue distance qui, pour les forces ukrainiennes, ont représenté quelques défis. Vincent Tourret, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), explique : « Le premier défi, c'est tout simplement le nombre de drones en production pour atteindre ces distances-là. C'est augmenter la charge utile sur chaque drone. Réussir à avoir des appareils qui soient capables d'évoluer malgré les interférences électroniques russes. Et puis enfin, le problème est d'affaiblir suffisamment la défense anti-aérienne et antimissiles de Moscou pour passer de plus en plus. Les Ukrainiens, sur plus d'un an, on fait cet effort industriel, technologique et opérationnel, où petit à petit, ils ont grignoté les batteries et les radars situés en Ukraine, puis ensuite dans les régions limitrophes comme Belgorod ou la Crimée, et ont commencé à élargir les trous dans la raquette de la défense russe. » Amener la guerre dans le quotidien des Russes Ces frappes dans profondeur révèlent des failles béantes dans le dispositif de protection russe et provoque de fait des bouleversements stratégiques. Vincent Tourret poursuit : « Le niveau qui est le plus visible, celui stratégique, est d'amener la guerre dans la vie de tous les jours des Russes. C'est un des buts avoués de la stratégie ukrainienne. Mais là, ce qui est le plus intéressant et le plus important, c'est que jusqu'à maintenant, on avait une lutte ukrainienne avec les drones qui étaient dans l'infiniment petit, avec les FPV, les drones sur la ligne de front, et l'infiniment grand, donc les frappes sur les villes russes et les raffineries. Ce qui, maintenant, est en train de changer, c'est l'interdiction à portée moyenne – entre 50 et 100 kilomètres –, où les Ukrainiens ont désormais des drones efficaces pour aller frapper des centres de munitions, leur logistique, les zones de concentration, les bases, les garnisons. Et donc, il y a un vrai risque pour les Russes que les Ukrainiens arrivent à finalement asphyxier leurs efforts et à stabiliser le front, voire à reprendre l'initiative. » Un été 2026 possiblement décisif Si pour le moment, aucune inflexion n'a été observée côté russe, l'été est propice aux offensives et servira de test à la théorie de la victoire de chacun, souligne Vincent Tourret : « Les Russes sont restés sur l'idée selon laquelle ils peuvent user les forces ukrainiennes en les pressurisant jusqu'à ce qu'elles craquent. La théorie ukrainienne, inversement, c'est de se dire qu'ils peuvent mettre un coup d'arrêt suffisamment fort, détruire suffisamment des pointes d'offensives russes pour qu'il y ait une stagnation, voire une stabilisation du front. Et pour y parvenir, ils robotisent à outrance le front. Effectivement, cet été ces deux théories vont se répéter à forte puissance. » Après plus de quatre ans de guerre, l'été 2026 pourrait donc être décisif, avec pour bilan un possible épuisement des forces en présence. À lire aussiGuerre en Ukraine: plusieurs noms font surface dans l'hypothèse d'une médiation européenne

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  6. May 9

    Des hélicoptères Tigre bientôt sur des frégates?

    Le porte-avions français Charles-de-Gaulle a franchi cette semaine le canal de Suez, il se dirige vers la mer d'Arabie qu'il devrait atteindre dans une semaine. Un « signal » que la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz. Le porte-avions et son escorte sont en mesure d'agréger une coalition navale et pour piloter une opération de déconfliction dans le détroit, le groupe aéronaval pourrait aussi se doter de nouveaux moyens de défense. Et si la solution pour protéger une coalition navale, c'était le Tigre ? L'hélicoptère Tigre de l'armée de Terre a été testé en mars dernier aux Émirats arabes unis et, avec son canon de 30 mm et ses deux paniers de 22 roquettes, il s'est révélé véritablement efficace et dissuasif contre les drones iraniens. Alors, si la marine devait s'engager dans une opération de sécurisation d'Ormuz, elle souhaite avoir des Tigre à bord de ses frégates, indique l'amiral Thibault de Possesse. Il commande le groupe aéronaval et nous l'avons interrogé il y a une semaine sur le pont du Charles-de-Gaulle, qui se trouvait alors en Méditerranée orientale. « Récemment, on a validé, grâce aux efforts de la DGA [Direction générale de l'armement] et aux efforts de la marine et de l'armée de terre, l'emploi d'hélicoptères Tigre sur les frégates de la marine nationale, explique l'amiral. Et donc on est capable aujourd'hui de faire poser et de faire décoller depuis les frégates de la marine ces hélicoptères de combat qui sont armés et qui sont adaptés à l'interception des drones. Ils ont démontré aujourd'hui aux Émirats arabes unis leur efficacité face à ce type de menace. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: quels scénarios pour la sortie d'un conflit qui risque d'être gelé Les Tigre, un complément aux Rafale L'amiral Thibault de Possesse poursuit : « C'est un excellent complément [aux Rafale qui tirent, eux, des missiles Mica]. D'abord parce que c'est un peu moins cher. Mais surtout, ça permet d'avoir une couche de défense supplémentaire. Les Rafale sont au loin, les hélicoptères sont plus près et, en dernier recours, on a des bateaux d'escorte qui peuvent escorter soit le porte-avions, soit d'autres bateaux si c'est nécessaire, comme on le fait aujourd'hui dans Bab-el-Mandeb. » Si l'opération navale pour mettre fin au blocus voit le jour, il faudra être capable de rapidement déployer des moyens militaires pour empêcher d'éventuelles frictions. L'arrivée d'hélicoptères de combat de l'armée de terre sur les bateaux de la Marine nationale serait donc un gage de réassurance pour sécuriser les bâtiments civils, assure l'amiral Thibaud de Possesse. « Le retour des drones montre que les compétiteurs, les adversaires potentiels, essayent de nous prendre à contrepied et essayent de jouer des armes offensives de très bas coût pour qu'on s'épuise à dépenser des armes rares et très chères que sont nos missiles, surperformants par rapport à la menace, en réalité, analyse-t-il. Et donc nous, évidemment, on réagit et on ressort des armes moins chères qu'on a finalement dans notre arsenal. On essaye aussi de construire des drones anti-drones. » Des hélicoptères Tigre aussi pour le Charles-de-Gaulle ? « Alors poser un Tigre sur le Charles-de-Gaulle est assez simple, mais en réalité, ça n'a pas beaucoup d'intérêt parce qu'un porte-avions se tient très loin de la menace et donc un drone Shahed aujourd'hui aurait beaucoup de mal à trouver un porte-avions qui bouge par ailleurs, qui est loin de la menace, explique l'amiral. Et donc le guider sur un porte-avions, ça représente un défi très important. Il a quand même assez peu de chance de passer. » L'environnement des mers chaudes ne nécessite pas de mariniser les appareils. Les hélicoptères Tigre de l'aviation légère de l'armée de terre pourraient donc très prochainement embarquer et ce serait une véritable révolution tactique et opérationnelle. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: la stratégie navale de la France pour le détroit d'Ormuz

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  7. May 2

    Islande: Keflavik, un verrou stratégique dans l'Arctique face à la Russie

    Redevenue un point névralgique de l'Alliance atlantique, la base aérienne de Keflavik accueille des rotations régulières d'avions alliés chargés de surveiller l'espace aérien islandais. Au cœur de l'Atlantique nord, l'Otan entend afficher sa présence face à la Russie. Sur le tarmac de la base aérienne islandaise de Keflavik, le lieutenant-colonel Arvidsson désigne un avion de chasse stationné dans un hangar. Le JAS 39 Gripen, fleuron de l'industrie de défense suédoise, fait partie des six avions déployés en février par Stockholm dans le cadre d'une mission de police du ciel de l'Otan. « C'est un avion multirôle. Vous avez là ce qu'on appelle un ''pod de désignation'' qui permet d'identifier des cibles : un autre avion ou des drones. On les détecte au radar, et si besoin, on les verrouille, détaille le militaire. L'avion est aussi équipé d'un canon de 27 millimètres intégré dans le fuselage. L'idée ici, c'est d'avoir une capacité d'autodéfense. » Une base redevenue stratégique depuis le départ des Américains Construite pendant la Seconde Guerre mondiale, la base de Keflavik a longtemps accueilli des forces américaines. Mais en 2006, Washington retire officiellement ses soldats d'Islande, laissant ce petit pays de 400 000 habitants – sans armée permanente – dépendre entièrement de ses alliés. Depuis, les États membres de l'Otan assurent par rotation la surveillance du ciel islandais. La Suède, devenue officiellement membre de l'Alliance en 2024, vient d'y effectuer pour la première fois une mission autonome. « Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, deux appareils sont prêts à décoller, précise Robin Arvidsson. Si on détecte quoi que ce soit qui s'approche de l'Islande, comme des drones, on peut intercepter la menace. Jusqu'ici, nous n'avons pas eu à intervenir, mais on se tient prêts. » Vue de l'extérieur, Keflavik semble isolée, perdue dans des plaines balayées par les vents. Pourtant, la base occupe une position clé sur le couloir « GIUK » – une ligne imaginaire qui relie le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni. Contrôler ce couloir, c'est contrôler le passage entre l'Arctique et l'Atlantique Nord. Au cœur des rivalités dans l'Arctique « L'Islande n'a pas de forces armées, mais elle dispose d'une base parfaitement opérationnelle au cœur de la région arctique, résume le lieutenant-colonel Johan Legardt, commandant du détachement suédois. C'est la base la plus centrale de toute la région arctique, accessible à tous les alliés. » L'intérêt stratégique de l'Arctique s'est encore renforcé ces derniers mois. Les vues de Donald Trump sur le Groenland en début d'année ont replacé la région au centre des rivalités géopolitiques. Ressources minières, nouvelles routes maritimes rendues accessibles par la fonte des glaces, compétition militaire : les grandes puissances s'y repositionnent progressivement. « Notre présence est essentielle , insiste Johan Legardt. L'idée, c'est de montrer que si des bombardiers russes traversent cette zone, ils ne seront pas laissés sans surveillance. Notre présence sert à rappeler que l'Otan est là. » « Les Russes se déploient périodiquement dans la région, confirme Erlingur Erlingsson, chercheur à l'Institut des affaires internationales de l'université d'Islande. On a, en effet, pu observer des bombardiers, et il est certain que des sous-marins russes circulent dans la zone. Mais la présence alliée relève autant de la surveillance que de la dissuasion. » L'Islande, verrou de l'Atlantique nord Sans armée nationale, l'Islande reste entièrement dépendante de ses alliés pour sa sécurité. Jonas Allanson, chef d'état-major islandais, rappelle pourquoi l'île demeure indispensable au dispositif occidental : « La position clé de l'Islande, pour la sécurité de l'Amérique du Nord et de l'Europe, tient à une chose : ici, on peut surveiller tout le trafic maritime. » « ​​​​​​​On a déjà vu des accidents, ou en mer Baltique, des actes de sabotage sur des câbles sous-marins, indispensables pour nos communications, poursuit le responsable islandais. C'est pourquoi les Alliés travaillent ensemble : il faut surveiller ce fameux couloir stratégique et assurer la sécurité de l'Amérique du Nord et de l'Europe. » C'est pour renforcer ce dispositif que l'Otan a lancé en février la mission Arctic Sentry. Objectif : augmenter la fréquence des rotations aériennes alliées à Keflavik et maintenir une présence plus continue sur cette base devenue, à nouveau, l'un des principaux verrous stratégiques de l'Atlantique nord.

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