Université populaire d'Architecture

Pavillon de l'Arsenal

Richard Scoffier est architecte, philosophe et professeur. Depuis 2011, ses Universités Populaires interpellent les oeuvres du passé et celles du présent, comparent les réflexions des grands bâtisseurs et croisent les cultures pour permettre à chacun d'appréhender l'architecture et de s’en saisir.

  1. Mar 13

    La rue - Les éléments de la ville - 2/4

    Abordons la ville sans a priori, sans hiérarchie : en recensant simplement ses composants et en remontant leur généalogie, comme nous l'avons fait les années précédentes à propos des éléments de l'architecture. Ce ne sera pas un cours d'histoire de l'urbanisme mais une série d'études comparatives sur les éléments constitutifs du phénomène urbain qui se retrouvent dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations. Nous aborderons ainsi successivement, à la manière d'un inventaire à la Prévert : la place, la rue, le pont et le quartier... La place, cette grande ouverture d'espace à travers laquelle la ville se représente face à ses habitants comme à ses visiteurs... La rue, cette faille neutre séparant des domaines privés fermés sur eux-mêmes et parfois inconciliables, un espace partagé qui cherche à devenir un espace commun ou public mais qui peut à tout moment basculer et s'affirmer comme une zone de conflit... Le pont où les rivières et les fleuves sont cadrés et mis en scène comme les éléments fondamentaux d'une nature asservie mais indomptée toujours prête à se révolter pour tout envahir, tout dévaster... Le quartier à travers lequel toutes les villes, même les immenses mégalopoles contemporaines, se mettent à l'échelle de leurs habitant les plus fragiles... La rue : c'est l'interstice entre les constructions privées des villes spontanées, un espace sans statut qui n'appartient à personne et dont l'utilisation doit être impérativement négociée en permanence avec le voisinage. Mais ce peut être aussi à l'inverse un espace réglementé et dessiné dans lequel la ville planifiée met au premier plan la vie sociale : un corridor à ciel ouvert pour circuler, mais aussi se rencontrer et échanger, qui peut se recouvrir et se transformer en galerie ou en passage. Dans la première catégorie, nous trouvons les rues des cités médiévales mais aussi celles des favelas contemporaines ; dans la seconde, les alignements de palais d'Unter der Linden à Berlin ou la rue de Rivoli à Paris dont les façades néo-classiques ont-été élevées pour assurer une continuité urbaine avant même d'être loties et habitées... Pour terminer nous reviendrons sur deux questions. Comment la rue devient ville ? Question posée par les projets de villes linéaires de Soria Y Mata et des Désurbanistes Russes, mais aussi par celui d'Évry 1 porté entre autres par l'AUA et Ricardo Bofill... Comment la rue devient bâtiment ? Un thème développé par Christian de Portzamparc dans l'immeuble de la rue des Hautes-Formes à Paris...

    1h 33m
  2. 05/23/2025

    La coursive - Les éléments de l'architecture 4 - 4/4

    Nous aborderons cette année la cheminée, le toit, la coupole et la coursive : un inventaire à la Prévert qui nous réserve bien des surprises... Poursuivons notre Odyssée à travers les éléments de l'architecture. Nous les analyserons méthodiquement pour bien comprendre ce qu'ils peuvent nous apprendre sur nous-mêmes et sur le monde... Ainsi la cheminée est intrinsèquement liée au feu, au foyer qui apporte la chaleur essentielle à la survie de la famille ou de la tribu primitive. Quant au toit, il permet de ménager sous son enveloppe un périmètre libéré de l'ardeur du soleil et des intempéries, un biotope adéquat assurant le développement optimal des hommes, des femmes et des enfants... Plus radicale, la coupole nous invite à retourner dans le ventre maternel, où nous avons accompli les premières étapes de notre formation, pour nous promettre une renaissance. Tandis que la coursive apporte un peu d'extériorité à ces formes englobantes et régressives. Elle nous rappelle que l'habitation humaine n'est pas un nid, ni une tanière, mais s'inscrit dans un ensemble plus vaste avec lequel elle doit impérativement établir de multiples interactions. La coursive ne présente pas autant d'antécédents que la cheminée, le toit ou la coupole. Son étymologie est plutôt sombre, elle nous renvoie au mot latin corsia qui nommait, dans les galères de l'antiquité, le passage desservant les bancs où les rameurs étaient enchaînés. Le mot coursive apparaîtra plus tard pour désigner le couloir longitudinal qui dessert les cabines et les soutes des navires ainsi que les passages qui distribuent les cellules des prisons. Après le style paquebot des années 1930 et le Latitude 43 de Georges-Henri Pingusson à Saint-Tropez c'est sur cet élément que les architectes du Team 10 vont chercher à refonder l'architecture pour riposter aux tours et barres dressées dans toute l'Europe qui isolent leurs occupants autour des cages d'escalier. Elles participent ainsi à la reconquête d'un habitat communautaire traditionnel - portée par la sociologie urbaine naissante - autour de ruelles piétonnes en porte-à-faux lancées dans les trois dimensions de l'espace : tels les projets polémiques réalisés à Toulouse le Mirail par Candilis, Josic et Woods ou à la périphérie de Londres par les Smithson... Des coursives qui font aujourd'hui un retour remarqué, notamment dans les villes favorisant les mobilités douces. Associées aux monte-charge qui se substituent aux ascenseurs, elles permettent d'imaginer des plates-formes superposées et animées, assurant la desserte des logements et de leurs espaces communs par des vélos et mêmes des vélos-cargos...

    1h 32m
  3. 04/11/2025

    La coupole - Les éléments de l'architecture 4 - 3/4

    Nous aborderons cette année la cheminée, le toit, la coupole et la coursive : un inventaire à la Prévert qui nous réserve bien des surprises... Poursuivons notre Odyssée à travers les éléments de l'architecture. Nous les analyserons méthodiquement pour bien comprendre ce qu'ils peuvent nous apprendre sur nous-mêmes et sur le monde... Ainsi la cheminée est intrinsèquement liée au feu, au foyer qui apporte la chaleur essentielle à la survie de la famille ou de la tribu primitive. Quant au toit, il permet de ménager sous son enveloppe un périmètre libéré de l'ardeur du soleil et des intempéries, un biotope adéquat assurant le développement optimal des hommes, des femmes et des enfants... Plus radicale, la coupole nous invite à retourner dans le ventre maternel, où nous avons accompli les premières étapes de notre formation, pour nous promettre une renaissance. Tandis que la coursive apporte un peu d'extériorité à ces formes englobantes et régressives. Elle nous rappelle que l'habitation humaine n'est pas un nid, ni une tanière, mais s'inscrit dans un ensemble plus vaste avec lequel elle doit impérativement établir de multiples interactions. Rappelons-nous du film de 1987 Le Ventre de l'architecte de Peter Greenaway, dans lequel le réalisateur anglais oppose pertinemment le ventre gonflé et stérile d'un architecte, fasciné par les projets utopiques d'Étienne Louis Boullée, au ventre rond et fertile de sa jeune femme enceinte... À travers ce filtre, les coupoles du Panthéon romain, de la basilique Sainte-Sophie ou du Saint-Pierre de Michel-Ange se révèlent comme autant de ventres glacés et morbides conçus pour abriter des foules par des hommes incapables d'enfanter... Les espaces sous les coupoles répondent à la volonté de fuir le réel pour retrouver l'espace maternel d'avant la naissance. Ils sont souvent associés aux religions monothéistes ou aux pouvoirs totalitaires. Après une courte généalogie de ce dispositif orthopédique - allant de Mimar Sinan, l'architecte de Soliman le Magnifique, à Albert Speer, celui d'Adolf Hitler... - nous nous attarderons dans les espaces immersifs imaginés par Étienne Louis Boullée, Walter Gropius ou Jean Nouvel... Après le ventre nous terminerons par le cerveau évoqué par ces boîtes crâniennes vides et démesurées dans lesquelles sont projetées ou mises en scène des représentations du monde, à l'instar de l'Universal Theater dessiné par Frederick Kiesler en 1961, du Louxor imaginé par Rem Koolhaas pour Rotterdam en 1996 ou de l'installation du Studio Muoto dans le Pavillon français pour la biennale de Venise en 2023...

    1h 5m

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Richard Scoffier est architecte, philosophe et professeur. Depuis 2011, ses Universités Populaires interpellent les oeuvres du passé et celles du présent, comparent les réflexions des grands bâtisseurs et croisent les cultures pour permettre à chacun d'appréhender l'architecture et de s’en saisir.

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