C'est dans ta nature

C'est dans ta nature, le rendez-vous hebdomadaire de RFI avec la biodiversité. Reportages et infos sur les végétaux et les animaux, leurs comportements, leurs secrets, leurs rôles dans les écosystèmes et dans la mondialisation. Tout ce dont on parle ici, C'est dans ta nature !

  1. 4d ago

    Les pins, des arbres résineux hautement inflammables mais aussi résistants

    Pourquoi les pins brûlent-ils ? Et pourquoi certains ont besoin du feu pour se reproduire ? Comment ces conifères se protègent-ils de la sécheresse mais aussi du froid ? Découvrez les secrets de ces arbres parmi les plus anciens sur Terre. Il suffit d'une étincelle, parfois, pour qu'un pin prenne feu, comme on l'a vu ces derniers jours dans le sud-ouest de la France, dans les Landes et en Gironde. Les pins sont un véritable combustible, en particulier à cause de leur résine, hautement inflammable, qui est en fait un médicament. « Cette résine est prête à s'écouler en cas de blessure ; elle bouche le trou. C'est un moyen de se défendre pour éviter l'entrée des pathogènes. La résine contient des substances hautement inflammables qui, au moment de l'incendie, vont produire de surcroît des substances volatiles qui vont augmenter l'inflammabilité de l'arbre », explique Catherine Lenne, enseignante chercheuse à l'université de Clermont-Ferrand et au laboratoire PIAF (Physique et physiologie intégratives de l'arbre en environnement fluctuant). À lire aussiFaut-il vraiment replanter des arbres après un incendie? Besoin du feu Les pins ont un rapport ambivalent au feu, puisque certaines espèces en Méditerranée, comme le pin d'Alep, ont besoin du feu pour se reproduire. « Il faut que l'arbre voie périodiquement le feu pour pouvoir libérer les graines de ses cônes, poursuit Catherine Lenne. Le pin disparaît, mais sa banque de graines contenues dans les cônes peut germer sur le sol, qui est enrichi par les cendres des arbres qui viennent de disparaître. » Des aiguilles pour ne pas transpirer… Les pins sont parmi les plus vieux arbres. Apparus sur Terre il y a 300 millions d'années, il y a deux fois plus longtemps que les feuillus. Ce sont leurs feuilles, leurs aiguilles, qui les rendent particulièrement résistants à la sécheresse. « Les aiguilles sont des feuilles très étroites, elles ont donc des surfaces d'évaporation assez faibles, précise Catherine Lenne. Les stomates, les bouches d'aération qui sont sur toutes les feuilles de n'importe quel arbre, sont enfouis sur les aiguilles dans des espèces de puits qui les protègent de l'air sec. » ... ou pour ne pas geler Ces aiguilles permettent aussi de résister au froid. Mais certains pins ont un truc en plus. « Les pins qui sont très résistants au froid sont des arbres capables de produire des antigels, donc des petites substances sucrées qui sont injectées dans les tuyaux de l'eau et qui vont en fait abaisser les points de congélation de l'eau », explique encore Catherine Lenne. Finalement, les pins, c'est une histoire sans fin. La question de la semaine À lire aussiIncendies en France: la monoculture de pins, «une épée de Damoclès» pour les forêts

  2. Jul 25

    Face à la chaleur et aux canicules, des animaux très ingénieux

    Certaines espèces animales se sont adaptées à des températures élevées. Voici leurs « trucs et astuces » pour rester au frais. Dans la nature, il n'y a pas la clim. Face au soleil écrasant, alors que la chaleur affecte l'ensemble du vivant, les animaux font avec les moyens du bord, qui sont en réalité le fruit de millions d'années d'évolution. L'invention de la ventilation Les termites ont inventé la ventilation. Leur nid, les termitières, est construit autour d'une cheminée centrale avec tout un système de conduits plus ou moins poreux. Au fil de la journée, les termites bouchent et débouchent certaines galeries, un peu comme nous, humains, quand nous fermons les fenêtres la journée pour ne les rouvrir que le soir.  Fermer sa porte, c'est ce que fait l'escargot. En période de sécheresse, il bouche l'entrée de sa coquille avec sa bave et peut survivre ainsi des semaines sans une goutte d'eau.  À coups d'ailes et d'oreilles Face aux ruptures de stock de ventilateurs, faites comme les abeilles. En période de canicule, des centaines d'ouvrières se mettent à l'entrée de la ruche et battent des ailes pour la rafraîchir. L'éléphant, lui, agite ses oreilles, mais ce n'est pas un éventail ; il s'agit de rafraîchir ses nombreux vaisseaux sanguins, ce qui fait baisser la température de tout le corps.  Pipi rafraîchissant Certains animaux pratiquent aussi l'urohydrose : autrement dit, ils se font pipi dessus. Cela n'a rien à voir avec une golden shower, au contraire : uriner sur ses pattes fait baisser la température. C'est ce que font des vautours d'Amérique, les cigognes ou encore les dromadaires. ​Chez le mâle, le pénis (qui mesure tout de même une cinquantaine de centimètres) est dirigé vers l'arrière, de manière à pouvoir atteindre les pattes arrière. Économies de sueur Les camélidés ont d'autres trucs et astuces pour affronter la chaleur du désert : en agissant notamment sur leur transpiration. Nous, humains, suons beaucoup pour maintenir le corps à 37°C, alors que la température corporelle des chameaux peut varier de plusieurs degrés. Ce n'est qu'au-delà de 40°C qu'ils se mettent à transpirer, ce qui leur permet jusque-là d'économiser de l'eau. Mais la chaleur est telle, aujourd'hui, jusqu'à 50°C, que même les dromadaires en souffrent et la mortalité explose.  Câlin naturel On termine avec le koala, qui fait des câlins aux arbres. Il se serre contre le tronc. Rafraîchissant, et tellement mignon. La question de la semaine

  3. Jul 18

    Infanticides dans la nature: les animaux ne sont pas psychopathes

    Lion, singe ou souris : près de la moitié des mammifères peuvent tuer la progéniture d'un autre. Les mâles éliminent la concurrence. Mais les femelles développent des stratégies pour éviter de perdre leurs petits.   Le danger n'est pas au coin de la rue, mais à chaque coin de nature, ou presque. Voici le genre de fait divers qui ne fait pas les gros titres rouge sang des journaux, et pourtant, il y en a tellement : près de la moitié des espèces de mammifères pratiquent l'infanticide et peuvent tuer la progéniture d'un autre. Un phénomène observé surtout chez les carnivores – mais il n'y a rien d'alimentaire – et surtout chez les primates et tous les animaux qui vivent en groupe, sous la coupe d'un mâle dominant. Les tueurs ne sont pour autant pas psychopathes. L'infanticide, dans la nature, n'est pas une anomalie mais une stratégie évolutive. Quand un lion ou un chimpanzé tue les petits d'un rival, il élimine la concurrence. Il s'agit de transmettre ses propres gènes. Un quart des lionceaux qui meurent la la première année sont ainsi victimes d'infanticides. Une femelle qui allaite n'est pas fertile et en la privant de son petit, on la rend très vite disponible à la reproduction.  Les ruses des femelles Mais du point de vue des femelles, la maternité représente un investissement coûteux : pour fabriquer un ovule, il faut bien plus d'énergie qu'un spermatozoïde. Les femelles de certaines espèces ont ainsi développé des stratégies pour éviter les infanticides. Chez les mangoustes – où c'est une femelle qui domine –, les naissances sont synchronisées. Tous les petits naissent en même temps pour éviter la tentation de l'infanticide : dans un terrier partagé, difficile de savoir qui est qui. Chez les bonobos, les femelles multiplient les partenaires. Chaque mâle pensera qu'il peut être le père, et dans le doute, il s'abstiendra. Ce qui a une conséquence inattendue : la sélection génétique passe alors par la taille des testicules, 15% plus gros que ceux des chimpanzés.  Des loups jusqu'aux souris, des phoques jusqu'aux dauphins, l'infanticide n'est pas un crime : c'est dans la loi de la nature. Et jamais un mâle ne tuera son propre petit. Une seule espèce fait exception : l'espèce humaine. La question de la semaine

  4. Jun 6

    Les plantes «parlent», mais vous ne les entendez pas

    De nombreux végétaux communiquent entre eux, et même avec des animaux. Un langage chimique destiné surtout à se défendre. Méfiez-vous des apparences. Les plantes, enracinées, immobiles, ont été longtemps sous-estimées, alors que la science a montré qu'elles possédaient des capacités de communication particulièrement inattendues. « C'est une idée très ancienne, la passivité des plantes, souligne François Bouteau, biologiste et professeur à l'université Paris-Cité. Il y a plein de mots qui sont utilisés, comme "l'état végétatif", mais en fait, on observe l'inverse. » Alerte générale Et ce qu'on observe notamment, c'est qu'une plante, attaquée par un prédateur, un insecte, un brouteur, peut émettre des molécules chimiques pour prévenir ses voisines du danger. « Ces autres plantes, avant même d'être attaquées par un prédateur, peuvent mettre en place des réponses de défense, c'est-à-dire qu'elles vont percevoir ce signal et elles vont synthétiser des molécules, des tanins qui vont être désagréables lorsque le brouteur va consommer la plante, ce qui donc va abaisser le taux de broutage et donc l'impact sur la plante », explique François Bouteau. À écouter dans Autour de la questionÀ quoi pensent les plantes ? Leurre sexuel Mais les plantes peuvent aussi communiquer avec des animaux. C'est le cas, par exemple, du maïs, quand il est attaqué par une chenille. « Pour avoir une réponse de défense, il faut déjà percevoir qu'on est agressé. Donc, ça, c'est une démonstration de la sensibilité de la plante, relève François Bouteau. Elle va émettre la phéromone sexuelle du prédateur de la chenille, une odeur qui va attirer une guêpe en l'occurrence, laquelle va venir pensant trouver un partenaire sexuel. Elle n'en trouve pas, mais elle va finalement tomber sur la chenille dont elle peut se nourrir ou pondre dedans. La guêpe va donc débarrasser la plante de la chenille après avoir été appelée par la plante. » Communication performative Les plantes seraient donc capables de parler ? « Ce n'est pas un langage avec des mots, des concepts, etc., répond François Bouteau. C'est un mode de communication. Les plantes sont capables d'émettre un signal qui va être perçu par un autre organisme. Dans ce sens-là, c'est donc une communication performative puisqu'elle permet de modifier le comportement de l'organisme qui reçoit le signal. » Dans la nature, on parle, et on agit.  La question de la semaine À lire aussiLes étonnants moyens de communication des plantes

  5. May 23

    Ruse, force et nombre: comment les animaux défendent leurs nids et leurs petits

    De nombreuses espèces animales, après s'être reproduites au printemps, utilisent des tactiques parfois étonnantes pour éloigner ou tromper les prédateurs attirés par des proies sans défense.  Pour naître heureux, vivons cachés. Pour espérer perpétuer son espèce, à l'abri des prédateurs, rien ne vaut le camouflage, la première des défenses. Une expérience menée sur des diamants mandarins – des oiseaux – en captivité l'a montré : parmi toutes les bandelettes de papier de différentes couleurs mises à leur disposition, les oiseaux choisissent celles de la même couleur que leur cage ; le nid se confond avec le paysage.  Les animaux sont rusés. La chevêche des terriers, une chouette qui niche au sol, imite le son strident du serpent à sonnette pour éloigner de son nid les prédateurs. La ruse encore, chez des oiseaux limicoles, qui vivent en bord de mer : la ruse de l'aile brisée. L'adulte feint d'avoir une aile blessée, s'éloigne du nid en boitant de l'aile, pour attirer le prédateur vers une proie plus facile. Avant de s'envoler dès que le danger pour ses petits semble écarté. Vomi et coups de bec Quand un prédateur s'attaque à nid, il peut s'exposer à une réplique parfois féroce, ou dégoûtante. Le fulmar, un oiseau marin, projette jusqu'à un mètre son vomi, des poissons en partie digérés, une gerbe visqueuse et odorante, si on s'approche trop près de son petit. Il arrive aussi que des corneilles attaquent des humains qui se trouvent là, sans savoir, sous l'arbre où elles ont niché. De la même manière, on déconseille de s'approcher de la tanière d'une ourse, ou d'un sanglier avec ses petits.  Chaleur mortelle Moins impressionnant pour l'espèce humaine : les moineaux. Pour défendre leur territoire, leur zone de nidification, ils sont capables d'attaquer plus de 70 espèces. Les mâles attaquent les mâles, et les femelles les femelles : c'est la guerre en non-mixité. Pour protéger leur descendance, les loups sont prévoyants : ils préparent plusieurs terriers avant les naissances. Des solutions de repli si l'on est découvert. Et puis, souvent, l'union fait la force, par exemple chez les abeilles. Quand un intrus, un frelon, pénètre dans la ruche, elles s'agglutinent autour de lui. Leur nombre et leurs vibrations produisent une telle chaleur que le prédateur finit par mourir, cuit à point. C'est chaud de s'attaquer aux abeilles.  La question de la semaine

  6. May 16

    Hantavirus, rats et oiseaux: il y a de la vie dans nos poubelles

    Les décharges publiques abritent, paradoxalement, de la biodiversité et des écosystèmes qui peuvent aussi attirer des ornithologues, comme l'a montré l'enquête sur les origines de la crise du hantavirus en Argentine. Une décharge publique, à Ushuaïa en Argentine : c'est là que conduit l'enquête sur l'origine de la crise du hantavirus, parce que plusieurs passagers de la croisière infernale s'y étaient rendus, avant d'embarquer, pour y observer des oiseaux. Une équipe scientifique est envoyée dans le sud de l'Argentine pour y détecter la présence éventuelle du virus chez des rats d'Ushuaïa, même s'il semble plus probable que le hantavirus ait été transmis au patient 0 dans les forêts des Andes. Quoi qu'il en soit, il y a de la vie dans les décharges. Déchets recyclés Là où finissent nos déchets, un nouvel écosystème se met en place. Il y a d'abord des bactéries, qui décomposent la matière organique. À une plus grande échelle, toute une faune est attirée : des mouches, des vers, des chiens errants, des sangliers, et surtout des rats et des oiseaux. « Il y a des oiseaux qui viennent directement chercher la nourriture. Et puis il y en a d'autres, les rapaces et en partie les goélands, qui peuvent venir se nourrir des animaux qui eux-mêmes sont attirés par la nourriture : les rats, pour ne pas les nommer. Il y a donc déjà un début de chaîne alimentaire sur les décharges du même nom », explique Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. Des nuées de mouettes, ou de vautours, selon les régions du monde, signalent à coup sûr un garde-manger géant à ciel ouvert. En Europe, les cigognes sont devenues les reines des décharges, jusqu'à arrêter de migrer. « On a une décharge qui contribue à fixer jusqu'à 80 cigognes en hiver, a observé Frédéric Malher en Lorraine, dans l'est de la France. Le climat lorrain, malgré le réchauffement, est quand même connu pour être un petit peu frisquet en hiver. Avant, les cigognes partaient classiquement en migration, mais désormais, elles restent sur place en hiver en profitant de la décharge. Il y a une année où ils ont fermé la décharge et effectivement, les cigognes sont parties en migration avant de revenir au printemps suivant. Et depuis que la décharge a rouvert, elles passent de nouveau l'hiver en Lorraine. » À lire aussiDes insectes nettoyeurs au service de l'humanité Nourriture plastique On trouve de tout dans les décharges, du bon (le reste de votre repas), ou du beaucoup moins bon. « Les cigognes peuvent se faire avoir par ce qu'elles trouvent, parce qu'on a remarqué qu'elles avalaient des bracelets élastiques, qu'elles prenaient sans doute pour des vers de terre. J'en ai trouvé dans les fientes de cigognes de ma bonne ville, raconte Frédéric Malher. Ces élastiques, ou des morceaux de plastique des sacs en plastique, peuvent faire des bouchons dans l'estomac. Des cigognes meurent l'intestin encombré de ces matières plastiques. » Les décharges à ciel ouvert ont un bilan finalement contrasté ; il y a bien du bon et du mauvais. « Évidemment, par principe, les décharges à l'air libre, ce n'est pas terrible, ce n'est pas bon et on est contre, convient Frédéric Malher. Mais d'un autre côté, cela favorise certaines espèces. C'est un petit peu comme la nourriture en ville : pour les oiseaux en ville, ce n'est pas de la bonne nourriture, c'est clair, cela a des conséquences sur l'état de santé. Et d'un autre côté, le fait qu'il y ait de la nourriture facile, cela maintient en ville un certain nombre d'espèces. » La question de la semaine À lire aussiComment les mouettes, les goélands et les cormorans ont colonisé la Seine à Paris

  7. Apr 25

    [Trésors cachés du Muséum d'histoire naturelle 1/3] L'Herbier national, une réserve botanique bien gardée

    Avec plus de huit millions de spécimens de plantes accumulés depuis quatre siècles, le Muséum national d'histoire naturelle à Paris abrite l'une des plus importantes collections végétales au monde. Un outil précieux pour la science. C'est un long bâtiment qui s'étend en bordure du Jardin des plantes, à Paris, et n'y entre pas qui veut. Après avoir gravi des escaliers art déco, et « avant de rentrer dans ce qui est le cœur de notre réacteur », Germinal Rouhan nous fait pénétrer dans un sas ultra-moderne, « avec une lumière verte pour détecter les insectes qui sont des ravageurs potentiels de nos collections ». Responsable scientifique de l'Herbier national, au sein du Muséum national d'histoire naturelle, Germinal Rouhan veille sur huit millions de spécimens de plantes récoltés au fil des siècles partout sur la planète. Certains ont 400 ans, l'âge du Muséum ou plutôt de son ancêtre, le Jardin royal des plantes médicinales, créé par Louis XIII en 1626. Quarantaine obligatoire « On va rentrer dans un espace dont les conditions sont contrôlées, poursuit notre guide. La température est maintenue entre 19 et 22°C, avec une humidité relative de 50% pour éviter l'installation de champignons qui sont des ravageurs du papier et des plantes. » L'Herbier est un trésor bien gardé qu'il faut préserver, pour le partager. Tout nouvel arrivant est placé en quarantaine. C'est le rôle du grand frigo qui se dresse devant nous. « Tous les spécimens qui nous arrivent, que ce soient les dons ou les spécimens qu'on ramène nous-mêmes du terrain, doivent passer par la chambre froide pour désinsectisation, explique Germinal Rouhan. On peut lire -19,4°C, ce qui permet de tuer les insectes et les larves qui pourraient être sur certains spécimens. » Plus de la moitié des espèces végétales La visite se poursuit au milieu d'immenses rayonnages coulissants : l'Herbier est sous nos yeux. C'est une bibliothèque de la nature où il n'y a pas de livres, seulement des feuilles – des feuilles mortes conservées précieusement dans des pochettes. Chaque planche possède une partie de plante, le plus souvent la feuille, parfois des fleurs ou des graines, ainsi que la date, le lieu et le nom de celle ou de celui qui l'a récoltée, sans oublier toute observation utile à son identification. Chaque planche a son histoire. « On a plus de la moitié des espèces qui sont connues aujourd'hui dans le monde, se félicite Germinal Rouhan. On peut voir dans les rayonnages de nombreuses chemises cartonnées rouges. Ce sont les spécimens qui ont servi aux botanistes à décrire pour la première fois une espèce nouvelle pour la science. » À lire aussi[Diaporama]Le deuxième plus grand herbier du monde en voie d'être numérisé Prélèvements ADN Aujourd'hui encore, l'herbier continue de faire progresser la science. « On voit que nos collections sont des plantes sèches, apparemment mortes, mais elles ont encore une vitalité scientifique importante », souligne le responsable de l'Herbier. Grâce à la numérisation de plus de six millions de planches, les chercheurs du monde entier – et n'importe quel amoureux des plantes – peuvent désormais accéder à distance à l'Herbier sur un site internet dédié. Certains scientifiques choisissent aussi de venir sur place, notamment pour effectuer des prélèvements ADN. La génétique a révolutionné la botanique. Génomes et virus « Ici, on a un spécimen qui n'est pas forcément très joli, mais on voit qu'un morceau de feuille a été enlevé, montre Germinal Rouhan. Il s'agit d'une espèce proche du manioc qui a été récoltée en Afrique en 1928. Et pourquoi a-t-on fait ce prélèvement ? Parce qu'on a vu un symptôme d'une pathologie de la plante qui est un fléau dans les cultures africaines. Il a été possible de séquencer entièrement le génome de ce virus-là, pour mieux le combattre. » Dans cette collection où le moindre ravageur est persona non grata, on peut donc traquer sur les plantes des virus et même des insectes morts il y a parfois des siècles, grâce à l'ADN environnemental. « Même si on ne retrouve pas l'insecte lui-même, on passe un petit coton-tige et on va pouvoir retrouver l'identité de l'insecte qui a pu être hébergé par cette plante », révèle Germinal Rouhan. La nature n'est jamais tout à fait morte.   À lire aussi2. Qu'y a-t-il dans l'herbier du Muséum?

  8. Apr 18

    Une guerre sans pitié: ces plantes qui éliminent leurs rivales

    Dans la nature, pour vivre et survivre, tous les coups sont permis : empoisonnement, parasitisme, invasion, mercenaires... Découvrez les stratagèmes du monde végétal pour éradiquer la concurrence. Que le meilleur gagne et que les autres crèvent. Bienvenue dans un monde où règne une concurrence effrénée, sans pitié, où Margaret Thatcher et Javier Milei passeraient pour de tendres agneaux pacifistes. Bienvenue dans la nature.  Armes chimiques Dans cette guerre pour la vie, certaines plantes ont des armes chimiques. C'est le cas de l'arbre à créosote qui pousse dans les déserts d'Amérique du Nord, où l'eau est rare et le sol pauvre. La plante, aux jolies fleurs jaunes, contient de la créosote, une toxine si puissante que rien ne pousse autour. Un désherbant XXL. La plante s'assure ainsi le monopole de l'eau et des nutriments. Et c'est efficace : dans le désert californien, un arbre à créosote a dépassé les 11 500 ans – ce serait la plus vieille plante au monde.  Plante vampire Il y a parfois des câlins mortels : ceux que prodiguent les cuscutes, qui s'enroulent autour d'une plante après avoir détecté ses composants chimiques volatils. Les cuscutes n'ont quasiment pas de feuilles ; elles n'ont pas besoin de faire de photosynthèse puisqu'elles se nourrissent en plantant des espèces de suçoirs dans les tiges de leurs victimes pour en aspirer l'eau et les nutriments. La cuscute est un parasite. Très cher envahisseur Une autre plante grimpante ne fait pas non plus dans le détail : le kudzu, qui recouvre tout, étouffe tout sous ses feuilles et ses lianes, rendant la vie impossible. Introduit aux États-Unis pour lutter contre l'érosion des sols, le kudzu y a très vite été interdit. L'envahisseur coûte chaque année à la société des centaines de millions de dollars. La plante est tellement coriace que ses graines peuvent germer plusieurs années après alors qu'on croyait s'en être débarrassé. Fourmis mercenaires D'autres plantes recrutent des mercenaires, en l'occurrence, des armées de fourmis : l'acacia leur offre le gîte et le couvert (le nectar de ses fleurs), pendant que les fourmis dévorent la moindre pousse autour de l'arbre – la concurrence est éliminée. Les fourmis attaquent aussi les herbivores qui viendraient manger les feuilles de l'acacia. Leurs morsures font fuir les éléphants. Même un milliard de fois plus lourd, face à la fourmi, l'éléphant ne fait pas le poids. La question de la semaine À lire aussiPlantes toxiques, pour le pire et parfois le meilleur

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