Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 8h ago

    La forêt d'Amazonie se réjouit-elle de la réélection de Lula au Brésil?

    La déforestation de la plus grande forêt tropicale au monde a fortement ralenti lors du dernier mandat du président brésilien. Lula maintient son objectif « déforestation zéro » en 2030. Il n'entend pas pour autant renoncer à l'exploitation du pétrole et des terres rares. La victoire surprise de Lula à la présidentielle brésilienne, face au candidat d'extrême droite climato-négationniste Flavio Bolsonaro, le digne fils de son père, est-elle une bonne nouvelle pour la forêt amazonienne, la plus grande forêt tropicale au monde, 5,5 millions de kilomètres carrés, soit dix fois la superficie de la France, une forêt qui dépasse d'ailleurs les frontières du Brésil ? On n'a pas pu poser la question directement à la forêt, injoignable – le téléphone ne passe pas dans cet immense réservoir de biodiversité. Mais quelques chiffres permettent de répondre. Les chiffres sont bons. En quatre ans, depuis le retour au pouvoir de Lula en 2023, la déforestation a reculé en tout de 71 %, après la parenthèse noire de Jair Bolsonaro. Pour les 12 derniers mois, la déforestation a même diminué de 42 %, le chiffre le plus important depuis qu'on contrôle la surface forestière de l'Amazonie par satellite. Ce sont ainsi 2 300 kilomètres carrés de forêt qui ont été sauvés des bulldozers et des tronçonneuses. Trois fois moins d'arbres abattus Ce qui ne veut pas dire qu'on ne continue pas de couper des arbres. Pendant cette même période d'un an, plus de 3 300 kilomètres carrés de forêt ont disparu, trois fois moins que sous la présidence Bolsonaro. Avec Lula, la déforestation se poursuit, mais beaucoup moins. Le président brésilien s'est d'ailleurs engagé à atteindre la « déforestation zéro » en 2030. Un objectif que veulent remettre en cause le Parlement, les grands propriétaires terriens et l'industrie agroalimentaire.  On sait en revanche ce qu'on a évité avec la défaite de Flavio Bolsonaro. Le fils de Jair Bolsonaro marche dans les pas de son père et voulait assouplir les réglementations, supprimer un certain nombre d'agences environnementales, comme les États-Unis de Donald Trump, le modèle absolu de l'internationale climatosceptique. Flavio Bolsonaro voulait aussi mettre fin aux protections dont bénéficient les territoires des peuples autochtones... Toujours plus de déforestation, toujours plus de champs immenses à perte de vue à la place des arbres, au nom du développement économique. Pétrole et terres rares Mais le développement économique, Lula n'entend pas non plus y renoncer. Et on touche peut-être aux limites du mythe. Lula a bien compris le rôle de la forêt amazonienne face à la crise climatique et la crise de la biodiversité. Il en avait même fait un symbole en accueillant le dernier sommet mondial pour le climat, la COP30, à Belém, en lisière de l'Amazonie. Mais le développement du pays reste sa priorité, et Lula veut exploiter les terres rares (ces métaux très recherchés pour la transition énergétique). Le Brésil, à cet égard, abrite la deuxième plus grande réserve de terres rares au monde.   C'est aussi au nom de la croissance et du développement que Lula va poursuivre et accroître l'exploitation des hydrocarbures, le Brésil étant le huitième producteur de pétrole au monde. Malgré cette légère contradiction, cette hypocrisie même, selon certaines ONG, la réélection de Lula reste une bonne nouvelle pour la forêt d'Amazonie, qui respire. Et elle n'est sans doute pas la seule.  À lire aussiCOP30: le Brésil et Lula sont-ils exemplaires sur le climat et l'environnement?

  2. 1d ago

    Pourquoi votre smartphone est-il menacé par le réchauffement climatique?

    Une chaleur excessive altère la batterie et les composants électroniques des téléphones. La fabrication des smartphones, très gourmands en matières premières et en eau, aggrave aussi la crise climatique.  On le rappelle régulièrement : dans le réchauffement climatique, chaque 0,10°C supplémentaire entraîne des conséquences parfois irréversibles pour le vivant, pour nous humains, mais aussi pour cet objet devenu le prolongement naturel de notre bras : le smartphone. Il s'en vend plus d'un milliard par an, et plus de 5,5 milliards de personnes en possèdent au moins un (et on ne compte pas ceux qui traînent au fond d'un tiroir). Les deux premiers fabricants de smartphone sont très clairs là-dessus : les téléphones Apple et Samsung fonctionnent entre 0°C et 35°C, et au-delà, la catastrophe. Plus il fait chaud, plus ça chauffe Quand il fait trop chaud, la batterie prend cher. Sans entrer dans le détail des réactions chimiques, plus il faut chaud, plus cela chauffe, et cette chaleur a des conséquences sur la capacité future de la batterie et ses performances. La chaleur altère aussi les joints d'étanchéité du téléphone, qui sera ensuite plus vulnérable à la poussière et à l'humidité. Voici donc quelques conseils pour protéger son smartphone face à la chaleur : en premier lieu, il convient d'éviter de laisser son téléphone en plein soleil, d'autant plus qu'au soleil l'écran affiche une luminosité maximale, ce qui le fait encore plus chauffer. Il faut aussi éviter les jeux, les vidéos, qui sollicitent le plus les composants électroniques. Évitez aussi de recharger la batterie – c'est la double peine. Et si votre smartphone vous brûle les doigts, il ne faut surtout pas tenter de le mettre au frigo, le choc thermique pourrait être pire ! À lire aussiMoins cher et plus écologique, le marché des téléphones d’occasion en pleine croissance Cent kilos de matières premières pour un objet de 200 grammes Entre les smartphones et le climat, c'est d'ailleurs un vrai cercle vicieux. Les téléphones sont victimes du réchauffement climatique, mais ils contribuent aussi à la crise climatique. Avant même sa première utilisation, un smartphone pèse déjà 80 kilos de CO2, le principal gaz à effet de serre. Cette empreinte carbone tient à sa fabrication et à toutes les matières premières qu'on retrouve dans les téléphones : du lithium, de l'or, des terres rares qu'il faut extraire. Pour fabriquer un téléphone de 200 grammes, il faut une centaine de kilos de matières premières, et 75 000 litres d'eau. Le bilan environnemental du smartphone ne s'arrête pas là. Toutes ces matières premières récoltées un peu partout sur la planète sont ensuite transportées dans des usines. Un même smartphone va ainsi voyager plusieurs fois : ses composants sont fabriqués dans une usine, pour être ensuite envoyés dans une autre usine, pour l'assemblage, avant que le produit fini ne soit redistribué partout dans le monde. Partout où il fait de plus en plus chaud.

  3. 5d ago

    Paris Games Week: les jeux vidéo sont-ils écolos?

    Le premier secteur culturel au monde peine à intégrer les enjeux environnementaux et considère encore le plus souvent la nature comme un décor (pixelisé) aux ressources inépuisables. Mais quelques jeux se distinguent. C'est la plus grande industrie culturelle au monde, célébrée jusqu'à dimanche 25 octobre en France, à l'occasion de la 15e édition de la Paris Games Week : les jeux vidéo. Et comme toute industrie, son empreinte carbone n'est pas neutre, entre la fabrication des jeux, des consoles, la consommation d'électricité, les téléchargements, le streaming. Avec plus de trois milliards de joueurs, le bilan carbone mondial du jeu vidéo serait équivalent à celui de la France, et il devrait atteindre en 2030 1,5 milliard de tonnes de CO2 : cela représenterait plus de 3 % des émissions totales de CO2 dans le monde, responsables de la crise climatique. À lire aussiQuatre sorties de jeux vidéo à ne pas manquer en octobre Nature inépuisable Le message écologique que pourrait porter le secteur ne saute d'ailleurs pas aux yeux, au moins pour la plupart des jeux grand public. Dans les jeux vidéo, la nature pixelisée est surtout un décor, aux ressources inépuisables. « Ce sont des jeux dans lesquels, par exemple, vous avez besoin pour forger une armure d'aller récolter du minerai, de couper des arbres et de tuer des animaux pour récupérer du cuir. Toutes ces ressources-là, au bout d'un certain moment, vont réapparaître dans le jeu. La plupart des grands grands jeux mainstream continuent à considérer la nature comme un élément de décor plus ou moins inépuisable », relève Minh Xuan Truong, chercheur en sciences sociales de la conservation à l'université des sciences agricoles d'Uppsala en Suède, où il travaille sur la représentation de la nature dans les univers digitaux. Zelda suscite des vocations avec son monde où « la nature reprend ses droits » Mais certains jeux n'ont pas cette approche primaire. La nature et les questions d'environnement sont de plus en plus présentes, comme elles le sont d'ailleurs dans d'autres supports culturels, les livres ou les films, à mesure que la crise climatique s'impose dans nos vies. « On est passé d'une nature qui était un décor à une nature qui devient de plus en plus un personnage des histoires, analyse Minh Xuan Truong. Il y a la possibilité, pour des jeux de niche, avec certaines questions environnementales, de prendre la lumière. Et il y a des jeux vraiment grand public comme Zelda : Breath of the Wild sur Switch. C'est un monde post-apocalyptique où la nature a repris ses droits. Il y a des gens pour qui cela a été une espèce de révélation. Des joueurs qui se sont mis à observer les insectes et les oiseaux dans le jeu se sont dit, quand ils découvrent qu'ils ont ce goût-là et cette appétence-là en jouant aux jeux vidéo : “Pourquoi ne pas le faire dans la vraie vie?” » The Legend of Zelda suscite des vocations naturalistes. À lire aussiL’été gaming de RFI: prenez le train en marche, jouez à «Denshattack» Éducation à l'environnement À partir du moment où ils touchent des milliards de personnes, les jeux vidéo ont du pouvoir. Et notamment le pouvoir de porter des visions écologiques, sans donner de leçons, sans être culpabilisant. « Cela reste difficile dans le monde du jeu vidéo de véhiculer de vrais messages écologiques, parce que les distributeurs peuvent être frileux et qu'on peut considérer que ce sont des questions qui ne vendent pas, estime Minh Xuan Truong. Je pense que c'est une espèce de plafond de verre qu'il reste dans les jeux très grand public. Mais c'est le média culturel le plus puissant actuellement en termes d'éducation à l'environnement, en termes d'éveil aux questions de la crise de la biodiversité. Je pense qu'il y a vraiment des choses à creuser à ce niveau-là. » En attendant, on peut toujours lâcher sa console et aller se frotter à la nature, la vraie.

  4. 6d ago

    Comment l'île paradisiaque de Nauru est-elle devenue un enfer sur Terre?

    « L'île qui s'est mangée toute seule » est un symbole de la surexploitation des ressources naturelles. Les mines de phosphate ont détruit 80% des sols. Nauru, dans l'océan Pacifique, a sombré dans la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire. Du paradis à l'enfer. C'est le destin tragique de l'île de Nauru, une toute petite île de 21 kilomètres carrés, située dans l'océan Pacifique, en Micronésie, à quelque 2 000 kilomètres au nord-est de l'Australie. Un destin qui ressemble aux catastrophes vécues par l'île de Pâques ou la civilisation maya, qui avait sombré à cause de la déforestation totale. L'histoire de Nauru, bien plus tard, au XXe siècle, ressemble là aussi à un suicide. « Elle s'est bouffée » Nauru, aujourd'hui, est une île sans forêt, sans biodiversité. À cause des mines de phosphate. On a ainsi surnommé Nauru « l'île qui s'est mangée toute seule ». « Elle s'est bouffée, raconte Shérazade Zaiter, spécialiste en droit des affaires et en développement durable, et enseignante à l’université de Limoges. 80% de son territoire a été exploité pour le phosphate, pour faire des trous. Résultat, c'est une île qui s'est complètement détruite toute seule – toute seule, non : détruite par les hommes ». À Nauru, on n'avait pas de pétrole mais on avait du phosphate. Le minerai, à l'origine de la catastrophe, avait pourtant apporté la richesse – mais à quel prix ? Les concessions de mines ont fait couler l'argent à flot. En 1974, Nauru avait même le deuxième PIB par habitant le plus important au monde, après l'Arabie saoudite. Mais cette économie de la rente est devenue un piège quand tout le phosphate a été épuisé, 20 ans plus tard.  Retour en arrière impossible « L'argent rentrait tellement dans le pays, il y avait une richesse énorme, poursuit Shérazade Zaiter. Les habitants de l'île ont adopté un mode de vie extrêmement sédentaire, et ils ont importé ce qu'il y a de plus nocif pour la santé. L'obésité s'est développée, le taux de tabagisme est devenu très élevé. Et quand tout s'est effondré, il n'y avait plus la possibilité de revenir en arrière. C'est ce qui est terrible ». La corruption des dirigeants, un classique dans l'exploitation des ressources naturelles, a aggravé la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire. « On détruit cet environnement pour des profits qui vont rapporter à certaines personnes de l'argent dans des quantités phénoménales, Et les autres qui sont tout autour, qu'est-ce qu'ils vont avoir ? La pollution, les dégradations environnementales... Ce lien entre la corruption et l'environnement est extrêmement important », souligne Shérazade Zaiter, qui a écrit Le Manifeste contre la corruption environnementale (éditions Erick Bonnier). Le profit à n'importe quel prix Nauru est ainsi devenue un symbole, universel, de la surexploitation des ressources naturelles. « Il y avait tout sur cette île. Tout pour vivre bien. Et ils ont tellement surexploité cette île que ça a tout détruit. C'est pour moi un vrai symbole de ce qui peut arriver sur la Terre si on ne fait pas attention, si on ne pose pas des cadres, si on est sans cesse dans la recherche du profit à n'importe quel prix », estime Shérazade Zaiter.  Ruinée, Nauru a vendu nationalité et passeport (dont auraient bénéficié des membres d'al-Qaida...). Avant de s'engager dans une véritable fuite en avant : pour tenter de s'en sortir aujourd'hui, Nauru veut se lancer dans l'exploitation de ses fonds marins, riches en nodules polymétalliques, très recherchés par l'industrie de la transition énergétique. Comme si ses dirigeants n'avaient rien appris. Mais le pire est encore à venir : Nauru est menacée par la montée du niveau des océans. À la fin du siècle, la catastrophe de Nauru s'achèvera quand l'île sera engloutie.

  5. Oct 20

    Sécheresse en France en automne: c'est normal?

    Dans le prolongement d'un été caniculaire, les rares pluies ne permettent pas de recharger la plupart des nappes phréatiques françaises. Une situation inédite, provoquée par les activités humaines, appelée à empirer : l'Europe devrait bientôt connaître des sécheresses longues de deux ans.  Est-il normal que la moitié des petits cours d'eau français soient à sec encore aujourd'hui – le phénomène s'est même aggravé depuis fin août ? Est-il normal que les deux tiers des nappes phréatiques soient au-dessous des niveaux de saison, et que huit nappes sur dix continuent de baisser parce que la vidange se poursuit sans que la pluie ne vienne compenser ? Quand la quasi-totalité des départements français sont encore concernés par des restrictions d'eau, est-ce que c'est normal ? Est-il normal, enfin, que plus de 100 000 personnes soient approvisionnées en eau potable par camion-citerne ou par bouteilles d'eau, un chiffre encore en augmentation ces dernières semaines ? Non, évidemment, la sécheresse en automne, dans un pays tempéré comme la France, n'est pas normale et est même inédite. « Dans beaucoup de régions de France, c'est une situation assez extrême. On bat des records. Donc on peut qualifier cela de jamais-vu à l'horizon d'une cinquantaine d'années en tout cas. Nos sociétés modernes n'ont jamais connu ça », constate Florence Habets, directrice de recherche au CNRS. Pluies insuffisantes L’explication est assez simple : le manque, voire l'absence de pluie. La sécheresse historique de cet été se prolonge, et les quelques pluies attendues ces jours-ci ne vont pas suffire. « Le mois de septembre a été le troisième mois de septembre le moins arrosé depuis les années 60, en lien avec une situation anticyclonique qui perdure. Et c'est cette récurrence qui est marquante cette année, souligne Simon Mittelberger, climatologue à Météo France. On devrait être cette semaine sur une semaine relativement pluvieuse, avec des précipitations qui sont les bienvenues. En revanche, on sait que ces seules précipitations de cette semaine ne vont pas suffire, à elles seules, à enrayer cette sécheresse qui est déjà encore bien installée ». Les épisodes cévenols, et leurs lots de pluies diluviennes et d’inondations dans le sud méditerranéen, permettent à quelques départements d’afficher une situation hydrologique de nouveau satisfaisante. Mais ailleurs, bien souvent, quand il pleut, en fait il pleuviote, et les sols restent désespérément secs. « L'automne, c'est le moment où les sols commencent à se recharger. Et là, ce qui se passe, c'est qu'il y a beaucoup de régions où les sols sont restés très secs. Les quelques pluies qu'il y a eu n’ont pas été suffisantes, relève l'hydro-climatologue Florence Habets. Pour pouvoir avoir une recharge des nappes, il faut que les sols soient gorgés d'eau. Il faut qu'ils soient suffisamment humides pour que l'eau puisse s'infiltrer. Il est à peu près certain que des endroits ne connaîtront pas de recharge avant janvier. » Sols maltraités La faute au changement climatique, la faute aux activités anthropiques, ce qui revient au même : l’humanité est tout aussi responsable de la crise climatique que de la manière dont les sols sont maltraités. « Beaucoup d’impacts sont liés au sol, à la qualité du sol, à la façon dont on a pu modifier les cours d’eau, les connexions entre les nappes et les rivières. Le fait qu’on prélève beaucoup assèche les nappes, coupe le lien entre les nappes et les rivières, ce qui assèche les rivières ; c’est tout un ensemble de choses », résume Florence Habets. Cette situation risque de se répéter, et surtout de s’aggraver, précisément à cause du réchauffement climatique. « Pour chaque demi-degré en plus à l'échelle globale de température, du fait des émissions de gaz à effet de serre, on s'attend à ce que les sécheresses les plus longues en Europe augmentent de deux ans, explique Florence Habets. Vous imaginez ? Deux ans alors qu’on n'est pas du tout prêt à des sécheresses qui dépassent quelques mois ». Le pire est à venir. C'est peut-être comme ça qu'il faudrait parfois rebaptiser cette chronique.

  6. Oct 19

    Saumons, croquettes pour chats et compléments alimentaires: pourquoi la pêche au krill menace les animaux de l'Antarctique?

    La CCAMLR, la Commission pour la conservation de l'Antarctique, se réunit pour mettre en place de nouveaux quotas de pêche de la minuscule crevette à la base de la chaîne alimentaire. Baleines et manchots sont les premières victimes d'un pillage industriel. Une grosse responsabilité pour une toute petite crevette. Le krill est la clé de voûte de tout l'écosystème antarctique, et l'espèce sera au centre de négociations qui s'ouvrent aujourd'hui en Tasmanie lors de la réunion annuelle de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR). Chaîne alimentaire On trouve du krill dans tous les océans mais c'est dans l'océan Austral, en Antarctique, que le krill est le plus gros et le plus répandu. « C'est ce qu'on appelle du zooplancton, à la base de l'ensemble de la chaîne alimentaire des océans pour nourrir les plus petits poissons. Mais c'est aussi à la base de l'alimentation de certains des plus gros animaux marins, notamment les baleines, ainsi qu'énormément d'oiseaux marins et notamment les colonies de manchots dans l'Antarctique », explique François Chartier, chargé de campagne océans pour Greenpeace France. Mais il n'y a pas que les animaux marins qui soient friands du krill ; les humains le pêchent aussi, pour nourrir d'autres poissons, des poissons d'élevage, ce qui peut paraître un peu absurde... Le krill est utilisé en aquaculture, pour le saumon, qui provoque déjà de nombreux dégâts pour l'environnement. Saumons roses et gras « Pour produire du saumon, il faut du petit poisson pélagique [en haute mer], poursuit François Chartier. Le saumon mange globalement du poisson et plus on baisse le ratio de protéines animales dans l'alimentation, en mettant par exemple du soja ou des protéines végétales, moins le poisson va avoir cette couleur rose et moins il va être gras. Donc on compense en rajoutant des huiles de poisson et notamment de l'huile de krill pour enrichir le poisson, pour lui donner une texture, une couleur, du gras et des oméga-3 ». Comme les saumons, les humains consomment aussi du krill, pour la cosmétique et les compléments alimentaires – on ne sait pas si ça donne les fesses roses, on n'a pas testé. Il y a même du krill dans des croquettes de luxe pour chien et pour chat – il parait que ça leur donne le poil brillant, mais là non plus on n'a pas poussé la conscience professionnelle jusqu'à essayer. Ultime pillage La pêche au krill est une pêche industrielle. Le krill est carrément aspiré à bord d'énormes bateaux usine, où la matière première est directement transformée. 620 000 tonnes de krill sont ainsi pêchées chaque année, le maximum autorisé. Cette pêche est si massive que le quota fixé par la Commission de l'Antarctique a été atteint cette année dès le mois d'août. « Là, on est vraiment au bout du bout du modèle, estime François Chartier. On est vraiment sur l'ultime frontière puisqu'on va aller chercher dans les eaux les plus lointaines et les plus hostiles ce qu'il y a le plus en bas de la chaîne alimentaire. C'est vraiment l'ultime pillage de la chaîne alimentaire des écosystèmes marins ».  Baleines et manchots menacés La pêche au krill a donc des conséquences parfois dramatiques pour la faune de l'Antarctique. « C'est vraiment catastrophique, non seulement pour les grands cétacés qui viennent pendant l'été austral se gaver en quelque sorte de krill avant de remonter dans les zones tropicales pour mettre bas et allaiter, mais cela met aussi en péril les manchots qui sont dans une situation catastrophique et très préoccupante du fait du réchauffement. Et après, c'est l'ensemble de la chaîne alimentaire qui, en cascade, peut être affecté ». Sans parler des perturbations que provoque le bruit de ces bateaux, et des risques de collision.  Pour tenter d'endiguer le pillage du krill, on peut déjà arrêter de manger du saumon d'élevage. Mais c'est bien sûr au-dessus que cela se passe, au niveau des États, pour mettre en place des aires marines protégées. « C'est la nécessité d'avoir une gouvernance internationale qui repose sur le multilatéralisme, soutient François Chartier, de Greenpeace. Et puis il faut mettre en place un réseau d'aires marines protégées en haute mer, où on exclut totalement la pêche. Totalement. Et donc avoir au moins 30 % des océans qui soient réellement protégés ». On a bien arrêté de chasser les baleines, on peut aussi arrêter de voler leur repas.

  7. Oct 15

    Comment Ebola est arrivé jusqu'aux humains?

    L'actuelle épidémie du virus hémorragique qui frappe essentiellement la République démocratique du Congo (RDC) a tué plus de 4 300 personnes. Le recul des forêts et de la biodiversité est le principal facteur de développement d'une maladie transmise aux humains par des animaux. Il est le patient 0, la première victime du virus Ebola. En 1976, un enseignant en voyage dans la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo (le pays s’appelait alors le Zaïre), meurt d’une maladie inexpliquée, près de la rivière Ebola. C’est le début de la première épidémie d’Ebola, avant que le virus ne soit découvert la même année. Ce patient 0 avait acheté de la viande de brousse, du singe et de l'antilope. Et c'est comme cela qu'il a été contaminé. Ebola est une zoonose, une maladie transmise par les animaux aux humains. Chauves-souris, singes et antilopes Un animal en particulier attire les soupçons : la chauve-souris, capable d’héberger de nombreux virus. « On sait que certaines espèces de chauves-souris frugivores d'Afrique centrale jouent un rôle dans la circulation d’Ebola, explique Mathieu Bourgarel, écologue de la santé, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Dans certaines épidémies, les premiers cas ont été contaminés par des hôtes intermédiaires, des chimpanzés, des gorilles ou même des céphalophes, des antilopes qui ont parfois des comportements de charognards, qui vont manger des carcasses d'animaux qu'ils trouvent en forêt. » Des animaux qui peuvent être porteurs d’Ebola. C'est en forêt que circule Ebola et où vivent ces animaux. Un bome où, en principe, il n'y a pas d'humains et c'est le cœur du problème de la transmission du virus : la présence de l'Homme dans des milieux naturels. Cette présence est parfois forcée, avec des déplacements de populations provoqués par la dernière guerre dans l'est de la RDC. Puis il y a toutes les activités humaines qui favorisent le contact avec des animaux potentiellement porteurs d'Ebola : la déforestation, l'agriculture, l'exploitation des mines… « Le virus circule en forêt et souvent ces exploitations forestières ou minières génèrent ce qu'on appelle de nouvelles interfaces. On va exploiter une nouvelle partie de la forêt et d'un coup, il va y avoir beaucoup d'activités humaines. Ces gens-là, il faut les nourrir, donc il va y avoir plus de chasse dans la zone. Tout cela génère de plus en plus de comportements à risque », précise Mathieu Bourgarel. À lire aussiRDC: comment expliquer la propagation rapide de l'épidémie d'Ebola dans l'est du pays? One Health, une seule santé La préservation de la biodiversité apparait donc essentielle dans la lutte contre des virus comme Ebola. C’est le concept One Health, « une seule santé », qui considère que l’humain n’est pas une espèce à part qui serait isolée de son environnement. « La santé des humains, la santé des animaux et la santé de l'environnement sont liées. Si on veut vraiment arriver à comprendre tous ces mécanismes de circulation et d'émergence, une approche “une seule santé” est l'unique solution », estime le chercheur spécialiste des virus émergents. Pour se prémunir d'Ebola et d'autres virus, il faudrait alors éviter d’exploiter la nature pour limiter au maximum les risques de contamination, selon ce concept. Cela veut dire aussi limiter la chasse et la consommation de viande de brousse. On développe aussi des programmes sur le terrain, pour détecter, sur des animaux, l'émergence d'une possible épidémie. « Au moment où on est informé d’une épidémie, il est déjà trop tard : cette épidémie est déjà développée dans la population humaine, souligne Mathieu Bourgarel, du Cirad. Alors que si on arrive à avoir des informations sur un événement suspect chez les animaux sauvages, on sera informé beaucoup plus en amont et on pourra donc faire de la prévention et de la sensibilisation auprès des communautés avoisinantes. » La santé n'a pas de prix et c'est pareil pour la nature. À lire aussiPourquoi la biodiversité en berne favorise les zoonoses, ces maladies animales transmissibles aux humains?

  8. Oct 14

    Pourquoi trouve-t-on des oranges toute l'année?

    Les agrumes murissant en hiver, les productions des deux hémisphères, principalement en Espagne et en Afrique du Sud, permettent d'alimenter le marché européen en continu. Mais même en été, les Européens trouvent des oranges espagnoles, conservées dans des frigos géants.  L’orange est un agrume, originaire d’Asie comme tous les agrumes, et les agrumes ont cette particularité de donner des fruits en hiver. Et pourtant, dans les supermarchés français par exemple, on trouve tout le temps des oranges, cueillies pour la plupart soit en Espagne, soit en Afrique du sud. « Pour alimenter le marché 12 mois sur 12, les spécialistes de l'agrume viennent travailler sur des origines de l'hémisphère nord et des origines de l'hémisphère sud, explique d’Eric Imbert,  agroéconomiste au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Les agrumes étant des fruits solides, il est possible, évidemment, de les conserver en frigos comme on le fait pour les pommes, par exemple. La récolte de pommes a lieu à l'automne et on trouve encore des pommes françaises sur le marché au mois de mai. » Le froid ralentit la respiration C’est ainsi que des oranges achetées ces dernières semaines en France et récoltées en Espagne sortent du frigo. L’Espagne produit des oranges d’octobre à juin, grâce à des variétés précoces et d’autres tardives, issues de mutations spontanés (l’histoire des agrumes est d’ailleurs une vaste histoire de croisements dans la nature, que l’homme a repérés et exploités). Mais au mois de juin, une partie de la production est stockée dans des frigos XXL – le froid conserve. « De toutes façons, poursuit le spécialiste des marchés des agrumes, à partir du moment où le fruit a été cueilli, vous avez besoin de ralentir sa respiration le plus rapidement possible pour pouvoir optimiser sa durée de consommation ainsi que ses qualités organoleptiques », c’est-à-dire sa couleur, son goût ou son parfum. À lire aussiAgrumes: l'Afrique du Sud détrône l'Espagne et devient le premier exportateur mondial Il est toujours mieux manger des fruits de saison, mais si on ne peut vraiment pas se passer d’oranges l’été en Europe, les fruits d’Afrique du Sud sont disponibles dans les étals. Et même si elles sont aussi transportées dans des frigos, ces oranges ont paradoxalement un meilleur bilan carbone, malgré la distance. « Des frigos consomment de l'énergie et il y a effectivement parfois des calculs qui sont un peu surprenants entre, par exemple, faire venir une orange de l'hémisphère sud par bateau ou conserver une orange méditerranéenne pendant un temps relativement long. Pour certains produits horticoles, la balance penchait plutôt pour la production de l'hémisphère sud », résume Eric Imbert. Coups de chaleur  Les frigos émettent du CO2, et l’orange est victime du changement climatique. Ces dernières années ont été particulièrement compliquées pour l’orange espagnole. « Il y a un franc recul de la production espagnole du fait du changement climatique, confirme Eric Imbert. On a eu des problématiques très fortes à la fois de sécheresse et de température, dans la mesure où on a souvent des épisodes précoces de coups de chaleur qui sont extrêmement dommageables quand l'arbre est en fleur ou que les fruits commencent à nouer », quand la fleur fécondée commence à se transformer en fruit. Evidement, ces phénomènes risquent de s’aggraver, et pas seulement pour les oranges. Une autre menace pèse sur les oranges et les orangers : la maladie du dragon jaune, véhiculée par un insecte. Elle est originaire d’Asie et a décimé à partir des années 2000 les vergers de Floride aux Etats-Unis, jusqu’au Brésil, le premier producteur mondial d’orange à jus. « La mondialisation des échanges, c’est aussi la mondialisation des maladies, souligne Eric Imbert, du Cirad. En l'occurrence, il s'agirait d'un pied d'arbre contaminé qui a été apporté par un touriste américain qui revenait de Chine. Si cette maladie rentrait dans le bassin méditerranéen, ce serait un véritable coup de tonnerre puisqu'on pourrait imaginer une mortalité des arbres peut-être comparable à celle que l'on a vue et qui a été dramatique au niveau de la Floride. » Comme un retour aux origines : une maladie asiatique pour un fruit originaire d’Asie. À lire aussiL'orange est orange (mais pas partout)

About

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

More From RFI

You Might Also Like