Le grand invité international

Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant.  Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.

  1. Oct 15

    Evo Morales: aujourd'hui en Bolivie «politiquement, les États-Unis commandent. Économiquement, le FMI décide»

    L'ancien président bolivien (2006-2019) Evo Morales, est l'invité de RFI ce 15 octobre 2026. Il a reçu le correspondant de RFI, Nils Sabin , dans son bastion du Tropique de Cochabamba, dans le centre de la Bolivie, où il vit retranché depuis 2 ans. Poursuivi par un juge pour traite de mineure, il rejette les accusations et défend son bilan politique. Entretien. RFI : Evo Morales, cela fait maintenant deux ans que vous êtes retranché dans votre bastion du Tropique de Cochabamba, dans le centre de la Bolivie. Un juge du département de Tarija a émis un mandat d’arrêt contre vous, pour traite de mineure. On va y revenir. A certains égards, votre quotidien pourrait s’apparenter à celui d’un fugitif, est-ce que c’est le cas ? Evo Morales : Parfois, des [sources] militaires ou de la police nous informent qu’il y a des plans [pour m’arrêter]. Par exemple, pour le 13 juin, l'actuel ministre de la Défense a dit : « le 13 juin Evo [doit être] arrêté, mort ou vif ». Alors, quand il y a ce type d’information, je sors peu d'ici. Et quand ils nous informent que les groupes de renseignement se sont retirés, alors je sors assister à des réunions, je vais travailler mon champ. Mais ces informations, je ne veux pas vous en parler, pour des raisons de sécurité. Vous refusez de répondre à une convocation judiciaire dans le cadre d'une affaire de traite de mineure. Vous êtes accusé d’avoir eu une relation avec une mineur de 15 ans en 2015, alors que vous étiez président. Qu'est-ce que vous répondez à ces accusations ? Et pourquoi ne pas vous présenter devant la justice ? Depuis 30, 35 ans, on m'accuse. Evo, terroriste. Evo, narcotrafiquant. Avec l’ancien président Luis Arce, ils ont seulement ajouté « Evo pédophile ». Dans cette affaire de Tarija, est-ce que je connais la jeune fille ? Oui. Mais elle ne porte pas plainte et sa famille non plus. Donc s'il n'y a pas de victime, il n'y a pas de délit. Il y a quelques semaines ou quelques mois, je n’étais pas au courant mais la présumée victime a envoyé une lettre au juge qui disait « je n’ai jamais été victime, jamais il y a eu de traite ». Elle a envoyé une autre lettre au procureur, expliquant : « fermez cette enquête, n'utilisez pas mon nom pour cette affaire ». Alors, cela démontre totalement que c'est une accusation injuste. En résumé, c'est une affaire purement politique. Ça c’est votre version des faits, la justice suit son cours. Revenons à la situation économique du pays. Depuis 2023, la Bolivie traverse une importante crise économique et il y a presque un an, la droite est revenue au pouvoir en Bolivie après 20 ans de gouvernement de gauche. Quel regard portez-vous sur la présidence de Rodrigo Paz ?  Tout d’abord, la droite est revenue au gouvernement après 14 ans, s'il vous plaît. 14 ans. J'ai assumé la responsabilité de diriger la Bolivie en 2006. En 2019, il y a eu le coup d'État. Novembre, décembre, puis 2020, la dictature. Un an après, jour pour jour, nous avons récupéré la démocratie. Nous avons gagné avec 55 % [des voix], avec Luis [Arce] et David [Choquehuanca]. Même si après, nous nous sommes repentis d'avoir approuvé leur candidature. Luis Arce, dès son arrivée au pouvoir, il a appliqué les recettes du capitalisme, les recettes du Fonds monétaire international, de la droite. Donc ce n’est pas après 20 ans de gauche mais après 14 ans.  Et maintenant, la droite revient, où-est-ce que nous en sommes ? Le commandement Sud [des États-Unis] vient ici se promener dans les casernes. Il y a l’USAID, l’agence américaine d’aide au développement, il y a la DEA, l’agence antidrogue américaine. Un membre du gouvernement des États-Unis se réunit avec notre gouvernement. À quoi sert le gouvernement ? Il ne sert plus [Rodrigo] Paz, mais les États-Unis. Et le gouvernement s'engage à renforcer les forces armées contre le narcoterrorisme. S'il vous plaît. Avant, ils nous accusaient de communisme. Maintenant, nous sommes des narcoterroristes. Et ce n’est pas juste la Bolivie, ou le Tropique [de Cochabamba], c’est pour toute l'Amérique latine. Ce que je veux montrer : c’est que politiquement, les États-Unis commandent. Économiquement, le Fonds monétaire international décide. Depuis un an, le président Rodrigo Paz réalise un rapprochement diplomatique et sécuritaire avec les États-Unis : la Bolivie fait partie du « Bouclier des Amériques », et un accord de sécurité de 20 millions de dollars a été signé en juin. Est-ce que c’est une erreur selon vous ? C'est une soumission ouverte et éhontée aux États-Unis. Bien sûr, nous devons avoir des relations diplomatiques avec tout le monde. Mais pas de soumission, pas de compromission. Malheureusement, en ce moment, ils transforment l'armée [bolivienne] en une police qui garde les ressources naturelles pour les multinationales. Et donc, le Bouclier des Amériques [c’est] pour soumettre l'Amérique latine, militairement, économiquement, politiquement. Leur plan est de se réveiller, en tant que pays leader dans le monde, pour soumettre l'Amérique latine. Pour moi, comprenez-moi bien, les États-Unis sans l'Otan ne sont pas une puissance militaire. Les États-Unis sans le dollar ne sont pas une puissance économique internationale. C’est un pays qui sent mauvais. Ils provoquent des guerres pour vendre leurs armes. La vie ne les intéresse pas. Ils sont alliés avec des pays génocidaires comme Israël. C'est ça notre différence. Et le président qui se soumet au Bouclier des Amériques, aux États-Unis, sous prétexte de sécurité. Les États-Unis n'aident pas. Ils ne coopèrent pas. Ils investissent pour voler nos ressources naturelles. Quand vous êtes arrivé au pouvoir en 2006, vous portiez avec la gauche deux revendications principales : remettre l'État au centre de l’économie après des années de néolibéralisme et faire exister politiquement les populations autochtones grâce à une nouvelle Constitution. Avec le recul, quel bilan faites-vous de cette politique ? Pour gagner les élections de 2005, nous avons débattu avec le peuple, avec différents secteurs sociaux. Politiquement : la refondation, une assemblée constituante pour laisser derrière l'État colonial et créer le premier État plurinational. Qu'est-ce que la plurinationalité ? C'est l'unité dans la diversité. La Bolivie a beaucoup de cultures. Cette diversité culturelle est la richesse de notre identité. Économiquement : la nationalisation. Nous avons nationalisé l'électricité. Avant, quand nous payions, nous payions les étrangers. Les télécommunications, l’entreprise Entel, nous payions aux Italiens, aux étrangers. Sur 100 % des revenus du gaz, 82 % étaient pour les étrangers, 18 % pour les Boliviens. En plus de ça, les contrats. Que disaient-ils ? Le titulaire acquiert le droit de propriété à la bouche du puits. C’était du pillage, du vol total. Nous avons nationalisé, et nous ne sommes pas juste arrivés avec notre proposition en tant que leaders syndicaux. Tous les mouvements sociaux, les enseignants, les ouvriers, le secteur pétrolier, les mineurs, les paysans et les indigènes, tous ont manifesté pour la nationalisation. Et socialement, la redistribution des richesses. Cette redistribution des richesses nous a permis de passer de 38 % de pauvreté extrême à 12 %. C'est pour cela que le peuple se souvient, c'est pour cela qu’Evo reste pertinent. Et c'est pour cela qu’il subi cette persécution politique.  Ce bilan reste malgré tout, critiqué, notamment par des économistes qui dès 2015, alors que lorsque vous étiez encore au pouvoir, alertaient sur les faibles investissements dans l'exploration d’hydrocarbures. Aujourd'hui, les exportations de gaz ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient et le pays manque donc de dollars. Vous qui avez dirigé le pays de 2006 à 2019, est-ce que vous vous sentez responsable ? On a exploré. Environ 18 lois ont été approuvées en 2015 et la plupart en 2017-18-19. Votés par le Congrès. Alors, on accuse faussement Evo de ne pas avoir investi. Et ce n’est pas tout, Rodrigo Paz s'est opposé à l'investissement à Tariquía. Le 16 mai 2018 : « le maire de la ville de Tarija, Rodrigo Paz Pereira, en conférence de presse a demandé au gouvernement national de préserver et protéger Tariquía en évitant l'exploration et exploitation d’hydrocarbures dans cette réserve nationale ». Dans son propre département, il s'y est opposé. Avec le coup d'État, tout a été annulé. Alors, qui est coupable du manque de gaz actuel ?  Et pour le lithium ? La Bolivie possède de très grandes réserves de lithium, mais la plupart ne sont pas exploitées. Est-ce qu'il faut les privatiser pour en tirer profit ? Constitutionnellement, les multinationales ne peuvent pas participer à l'exploitation des ressources naturelles du pays. Il faudrait qu’ils modifient la Constitution. Mais pour l’industrialisation, nous pouvons avoir des partenaires. Evo Morales, comment est-ce que vous imaginez votre futur politique ? Est-ce que vous pourriez être candidat à l’élection présidentielle de 2030 ? Ce n'est pas le moment de débattre de la candidature, maintenant, nous devons réfléchir à comment sauver la Bolivie. Mais je dis : moi, j'ai fait mon travail. Maintenant, je prends plus de plaisir à travailler ma parcelle/mon champ. Mais si je m'éloigne de ce mouvement, c’est possible qu’il se désorganise. Donc je suis obligé, comme dirigeant ou sans être dirigeant, comme candidat sans être candidat, d’accompagner le mouvement. Je suis conscient de ça.  Il y arrivera un moment, où tout le mouvement social se réunira. On choisira qui est le meilleur candidat, avec tous mes soutiens. Moi, j’aimerais bien être son chef de campagne, quel que soit le candidat choisi. Pour pouvoir apporter mo

  2. Oct 14

    Navi Pillay, Prix Nobel de la paix: l'accusation de génocide contre Israël «repose sur des faits»

    La Sud-Africaine Navi Pillay, Prix Nobel de la paix 2026 est ce mercredi 14 octobre la grande invitée internationale de RFI. Paix dans le monde, inaction de la communauté internationale en dépit d'énormes instruments dont elle dispose, génocide des Tutsis au Rwanda, actions de la CPI, génocide à Gaza, lutte contre l'impunité... Elle répond aux questions de Florence Morice. RFI : Navy Pillay, de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud au génocide des Tutsis au Rwanda, de la CPI à la guerre à Gaza, vous avez consacré toute votre vie à lutter contre l'impunité. À qui avez-vous pensé en premier lorsque vous avez appris que vous receviez ce prix Nobel de la paix 2026 ? Navy Pillay : Je suis très heureuse d'être avec vous. J'ai pensé à mes enfants, à mes deux filles. Je pense qu’elles ont fait preuve d’une grande générosité en laissant leur mère voyager à travers le monde et s’absenter si longtemps de la maison. Et elles m’ont tellement soutenue quand elles étaient adolescentes. Elles ont pris leur vie en main. Je leur dois vraiment beaucoup, ainsi qu’à quelques amis très proches qui m’ont motivée et m’ont poussée à intégrer le collège international. Ils m’ont dit : « Si tu n’acceptes pas, il n’y aura aucune femme au sein du collège. » C’est ainsi que tout a commencé au Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ce prix a suscité de vives réactions en Israël, en raison de votre rapport sur Gaza l'année dernière. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu vous a accusé de « diaboliser les Juifs ». Que répondez-vous à ces attaques ? Il n’y a pas la moindre preuve que j’ai diabolisé qui que ce soit, et encore moins les Juifs, qui se sont eux aussi installés en Afrique du Sud après avoir souffert de l’Holocauste. Et les Juifs qui se sont installés en Afrique du Sud se sont joints à la population noire sud-africaine dans la lutte pour notre propre libération. Nous coopérons donc et nous nous respectons mutuellement en Afrique du Sud. Il s’agit en réalité d’un mythe inventé par le Premier ministre Netanyahou pour discréditer notre rapport. Ce rapport paru il y a un an est celui d'une commission d'enquête indépendante de l'ONU que vous présidiez. La Commission concluait qu'Israël commet un génocide à Gaza. Avec le recul, est-ce que vous maintenez cette conclusion ? Je maintiens ma position parce qu'il ne s’agit pas simplement d’une opinion que j’avance. Elle repose sur des faits. Cette commission a fonctionné comme l’aurait fait un tribunal. Elle s’apparente à un tribunal, mais n’en est pas un. Nous ne disposions pas des pouvoirs d’un tribunal, mais nous utilisions sa méthodologie et ses procédures, c’est-à-dire que nous vérifiions chaque fait avant de l’inclure dans le rapport. Nous disposions des faits rapportés sur le terrain par les témoins. Nous disposions des faits issus des déclarations des responsables, notamment celles du président, du Premier ministre et de l’ancien ministre de la Défense. Leurs propres déclarations, tout comme dans le cas du génocide au Rwanda, fournissaient des éléments révélateurs du génocide. Il s’agit donc de ce type de preuves. Et j’ai l’expérience d’avoir été l’un des trois juges du Tribunal pour le Rwanda qui a rendu le premier jugement au monde sur un génocide. Et nous ne prenons pas ce crime à la légère. Nous veillons à ce que l’intention spécifique requise pour le crime de génocide soit prouvée. C’est ce que nous avons recherché et c’est ce que nous avons trouvé.  À lire aussiIsraël commet officiellement «un génocide» à Gaza, selon une association regroupant 500 spécialistes du sujet Quels éléments vous ont conduit à cette qualification ? Je n’ai pas le rapport sous les yeux et je rendrais vraiment un mauvais service en essayant de me souvenir de ce que nous avons découvert. Nous avons trouvé des preuves manifestes d’assassinats. Nous avons mené notre propre enquête et constaté que des journalistes avaient bel et bien été tués intentionnellement. Israël n’a mené aucune enquête sur certains des évènements que je décris, notamment le saccage et l’enfouissement dans le sable d’ambulances. Nous avons trouvé des preuves d’une destruction ciblée de la seule clinique de fertilité de Gaza : ils ont pris la clinique pour cible et détruit les réservoirs d’oxygène qui maintenaient les embryons en vie. Ils ont prétendu agir en légitime défense. Ils ont affirmé que le Hamas cachait des armes dans les hôpitaux. Mais toutes les images montrent qu’ils ne se sont absolument pas approchés de l’hôpital. Ils n’ont effectué aucune fouille à la recherche d’armes et aucun combattant du Hamas n’était visible. Il s’agissait d’une attaque ciblée, et ils ont tiré sur le réservoir d’oxygène. Nous en avons conclu qu’il s’agissait d’une destruction intentionnelle visant ce groupe lui-même, afin de s’assurer qu’il ne puisse pas se reproduire. Que ressentez-vous face à cette communauté internationale incapable de mettre fin à ces tueries délibérées à Gaza ? Je pense que nous faisons confiance à nos institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité, qui a le pouvoir d’intervenir et de recourir à ses instruments de sanction. Ce sont ces instruments de sanction et de boycott qui ont permis de mettre fin à l’apartheid dans mon pays. Ils ont agi avec fermeté à l’époque. Ils sont donc capables d’intervenir, mais ils ne l’ont pas fait en raison du parti pris des États-Unis en faveur d’Israël. Je suis donc déçu. Oui. Je suis déçue par l'échec de la communauté internationale, qui dispose d'un pouvoir au sein des Nations unies. Et ce pouvoir a pourtant été utilisé dans d'autres situations. L'ONU envoie des forces de maintien de la paix pour protéger les civils, si cela avait été fait ici, si les Nations Unies avaient mis en œuvre certaines des mesures qu'elles ont prises dans d'autres pays, ces vies auraient pu être sauvées. Un grand nombre de civils, en particulier des femmes et des enfants, ont été tués lors de ces ripostes israéliennes aux attaques du Hamas. C'est donc cela qui est décevant. Quelques heures seulement après l'annonce de votre prix, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a qualifié la CPI de juridiction hors la loi. Que vous inspirent ces attaques contre la justice internationale ? Je pense que c'est illégal et tout à fait inacceptable. Il s'agit là de crimes commis par un gouvernement qui impose unilatéralement ces terribles sanctions afin d'empêcher la CPI de s'acquitter de ses missions d'enquête et de poursuite concernant des crimes très graves. Je me suis rendu à la Cour pour exprimer ma solidarité avec ses membres dévoués qui sont désormais dans l’incertitude totale quant à leurs droits et à la protection dont ils bénéficieront. Et bien sûr, nous vivons une période angoissante où une cour cible des juges et les sanctionne pour les décisions légales qu’ils ont rendues au sein d’un tribunal. C’est tout à fait inédit et cela devrait être fermement condamné par tous les États. La CPI est de plus en plus sous pression. Comment voyez-vous l'avenir de cette institution ? La CPI bénéficie du soutien de tous les États parties au Statut de Rome. Son organe de contrôle est l’Assemblée des États parties. C’est donc vers eux que nous nous tournons, et ils ont déjà exprimé leur rejet et leur condamnation de cette attaque menée par les États-Unis contre la Cour. Cela devrait donc nous indiquer clairement leur position. Ils prendront des mesures pour financer, continuer à financer et faire avancer les travaux de cette Cour. Des pays, comme la France, n'appliquent pas toujours les décisions de la CPI. On pense au mandat d'arrêt contre Benyamin Netanyahu qui n'a pas été exécuté alors qu'il a survolé à plusieurs reprises l'espace aérien français. Et pourtant la France est bien partie au Statut de Rome. Nous appelons instamment les États, tous les États, à respecter leurs obligations d’arrêter et de remettre à la Cour les suspects inculpés. Cela s’est produit au Tribunal pour le Rwanda, où certains pays, notamment dans le reste de l’Afrique, nous ont remis des suspects, mais ceux-ci nous ont également été envoyés par les États-Unis. D’autres ont été arrêtés et remis par la France. Ce tribunal n’aurait jamais pu traduire en justice ces individus si les pays concernés n’avaient pas donné suite aux mandats d’arrêt émis par le Tribunal pour le Rwanda. Je souhaiterais voir – et j’attends – le même niveau de coopération avec la CPI. Pourquoi ? Parce que le principe de la justice internationale, le principe de la lutte contre l’impunité pour les crimes graves, ne doit pas être sélectif. Nous ne devrions pas appliquer une norme différente à nos amis et une autre à ceux avec qui nous ne nous entendons pas. Il n’existe qu’une seule norme commune, et ces valeurs doivent être appliquées de manière égale. De nombreux pays africains dénoncent ce deux poids deux mesures, ils ont raison de le faire, donc ? Ils n'ont pas tort, car ces droits de veto ont bien souvent été utilisés à l'encontre des pays africains. Ceux-ci sont marginalisés au sein du Conseil de sécurité. Je suis tout à fait d’accord sur la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, non seulement en raison des droits de veto dont ils disposent et qu’ils utilisent pour se protéger eux-mêmes et leurs alliés, mais aussi parce qu’à notre époque, nous ne pouvons pas accepter un système où les cinq grandes puissances, les puissances victorieuses issues de l'après-guerre, continuent d’exerc

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