Le grand invité international

Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant.  Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.

  1. 2d ago

    «Donald Trump est une aberration de la politique américaine», assène son ancien conseiller John Bolton

    John Bolton a travaillé auprès de Donald Trump durant le premier mandat de celui-ci à la Maison Blanche, mais il est désormais très critique de l'actuel président des États-Unis qui s'est engagé sur la voie des négociations avec l'Iran. L'ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis est l'invité de RFI. RFI : Auprès de plusieurs présidents des États-Unis républicains, vous avez toujours été un partisan du changement de régime en Iran. Un partisan de la manière forte contre la République islamique. Que pensez-vous du nouveau chapitre de négociation qui s’ouvre entre votre pays et l’Iran ? John Bolton : Je pense que pendant toutes ces années l’objectif des États-Unis aurait dû être un changement de régime en Iran, parce que je crois que, sans cela, il n’y aura ni paix ni stabilité durables au Moyen-Orient. Ce qu'étaient les objectifs de Trump lorsqu’il a lancé les frappes avec Israël le 28 février ? À ce jour, je ne le sais toujours pas… Je pense que nous avons infligé des destructions importantes au complexe militaro-industriel de l’Iran, mais à l’évidence le régime est toujours en place. Malgré les succès militaires de cette campagne, ce à quoi nous faisons face désormais c’est à une possible reddition politique de Trump, ce qui permettrait à ce régime de rester au pouvoir à Téhéran, de vendre du pétrole sur le marché mondial, d’en tirer des revenus substantiels, de relancer son programme nucléaire et ses activités terroristes… Et de continuer à menacer l’économie mondiale en ouvrant et fermant le détroit d’Ormuz. Donc ce qui était un succès militaire partiel risque de tourner à l’échec politique. Vous dites « un échec politique », est-ce un échec de Donald Trump ? Ou un échec de tous ceux qui, comme vous, pensaient que la force pouvait provoquer un changement de régime en Iran ? Non, parce que je ne pense pas que Trump ait essayé de changer le régime. Je serais ravi de discuter avec vous pendant des heures de ce qu’il n’a pas fait pour faciliter le changement de régime. Si vous l’écoutez et si vous écoutez son entourage, vous comprenez qu’ils considèrent les négociations dans lesquelles ils s’engagent comme un effort pour changer le comportement du régime en Iran. C’est ce qui a été essayé pendant 47 ans et qui a échoué… Et je crois que nous allons encore échouer. C’est un régime fidèle à ses idéaux fondateurs, il ne s’est pas modéré, il a empiré. Et penser que le monde extérieur peut conduire ce régime à changer de comportement a été une folie pendant 47 ans, et ça le reste aujourd’hui. Est-ce que les États-Unis et Israël ont sous-estimé la capacité de résistance, de résilience de la République islamique ? C’est une bonne question pour ce qui est des capacités : avons-nous bien compris ce que le régime avait entrepris pour construire des installations souterraines pour y cacher des drones, des lanceurs de missiles, divers éléments de leur programme militaire ? Donc si cette capacité n’a pas été correctement estimé, ce serait un échec des renseignements. Je crois le véritable échec a été de ne pas comprendre la nature idéologique de ce régime. Cela signifie qu’on ne peut pas le faire changer simplement en se débarrassant de son chef, comme avec Maduro au Venezuela. La question n’est pas de savoir si nous avons sous-estimé les capacités de l’Iran, c’est un échec dans la compréhension du régime lui-même. Je ne crois pas que les Israéliens ont fait cette erreur. Trump a fait cette erreur. Sur la question du nucléaire iranien, que pensez-vous des termes qui semblent émerger du protocole d’accord ? Quelle différence avec le JCPOA (l’accord nucléaire de 2015) que Donald Trump avait déchiré durant son premier mandat ? Nous avons peu de détails, mais tout indique que Trump s’apprête à accepter quelque chose de très similaire. L’accord de 2015 a été une grosse erreur, pour de très nombreuses raisons. Une victoire considérable pour l’Iran et pour ses efforts de prolifération. Et derrière les fanfaronnades de Trump, il est en train d’emprunter le même chemin, avec inévitablement les mêmes échecs à l’arrivée. Est-ce la politique intérieure des États-Unis qui a conduit Donald Trump sur cette voie ? Je pense que l’accord qui sera signé n’est dû qu’à une chose : Donald Trump veut sortir de ce conflit. Il s’inquiète des prix élevés du pétrole, il veut que le pétrole du Golfe fasse baisser les prix sur les marchés et le prix à la pompe pour éviter des dégâts politiques aux États-Unis, dans la perspective des élections de novembre aux États-Unis. Il n’y a aucune analyse géostratégique ici, il s’agit juste de faire baisser l’affichage du prix de l’essence. Le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu se sent floué par ce protocole d’accord. Et le soutien à Israël n’a jamais autant fait débat aux États-Unis, chez les républicains comme chez les démocrates. Est-ce que les intérêts étatsuniens et israéliens divergent profondément désormais ? Cette relation dépasse largement la façon dont les dirigeants s’entendent, et je pense qu’elle reste très forte. À l’évidence, sur le plan personnel, il y a un moment très difficile entre les deux dirigeants, Netanyahu ne veut pas que la guerre au Liban fasse partie de cet accord et d’après ce que nous savons, d’après les fuites, c’est exactement ce que prévoit l’accord. Donc c’est vraiment un point de crispation en ce moment. Donald Trump vient de faire étape en Europe. Comment voyez-vous la relation États-Unis-Europe ? Peut-il y a avoir un effort en commun sur l’Ukraine ? La déclaration du Sommet du G7 semble positive. Peut-être que c’est parce que le document approuve l’accord sur l’Iran et que Trump a lu cette partie sans faire très attention au reste. Je crois que nous nous approchons d’une étape cruciale dans le conflit avec la Russie. Et je pense que c’est peut-être un signe montrant que Trump se rapproche de la bonne vision : il est essentiel de vaincre l’agression russe en Ukraine. Mais avec Trump tout change selon l’heure de la journée... La déclaration du G7 est un bon signe, mais cela durera ce que cela durera. Que pensez-vous de la réduction de la présence militaire américaine en Europe ? Quelles conséquences sur la capacité de dissuasion face à la Russie de Vladimir Poutine ? Je pense que c’est une erreur. On peut certainement discuter des endroits où les troupes américaines doivent être déployées en Europe. Les choses évoluent au jour le jour et doivent être revues constamment. Mais je pense qu’une importante présence militaire américaine en Europe est une clé de la dissuasion. Et je pense qu’il est temps que Trump comprenne que les États-Unis bénéficient de l’Otan, tout comme les membres européens de l’Otan en bénéficient. Dans une alliance qui fonctionne, tout le monde en bénéficie, il ne comprend pas cela. Et tant qu’il ne le comprend pas, il pense que l’Otan bénéficie à l’Europe et pas aux États-Unis. Est-ce que vous vous reconnaissez toujours dans le parti républicain en 2026 ?  Je suis un républicain depuis la campagne de Barry Goldwater en 1964, donc ce n’est pas maintenant que je vais changer. Je crois qu’il va y avoir une bataille pour l’âme de ce parti et pour son candidat en 2028. D’après mes conversations avec des républicains au Congrès et à travers ce pays, je pense que les racines de ce parti sont toujours celles de Reagan et de Bush. Je pense que Trump est un phénomène exceptionnel, une aberration de la politique américaine. Nous n’avons jamais élu quelqu’un comme lui auparavant... Et avec l’aide de Dieu et un peu de chance, cela n’arrivera plus jamais.

    8 min
  2. 4d ago

    Elie Barnavi: «Une catastrophe pour Netanyahu et une mauvaise nouvelle pour Israël en général»

    Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, historien et essayiste, est l'invité de RFI ce 16 juin 2026. Après la conclusion d'un protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran, il pointe un « échec humiliant » pour Israël. Elie Baranavi constate qu'aucun des objectifs de guerre n'a été atteint et que la relation entre les États-Unis et Israël est mal en point. RFI : Les États-Unis et l'Iran ont signé ce lundi à distance le protocole d'accord qui met fin à la guerre engagée le 28 février dernier. La signature officielle aura lieu vendredi à Genève avant 60 jours de négociations. Est-ce que, à ce stade, c'est une catastrophe pour Israël ? Elie Barnavi : Non, c'est d'abord une catastrophe pour Netanyahu. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a entrepris, a échoué, se défait lamentablement. Mais c'est une mauvaise nouvelle pour Israël en général, parce que cela reste l'Iran plus puissant et plus nerveux qu'il l'était avant la guerre. Cela reste en place, le Hezbollah, puisque on nous impose un cessez-le-feu là-bas aussi. Et bref, aucun des problèmes que cette guerre était censée régler n'a été réglé. Et on revient un peu à la case départ dans des conditions pires que celles qui étaient les nôtres avant. Et je ne dis rien de la configuration internationale, je ne parle que du point de vue israélien. Si je puis dire, on entend l'expression d'échec historique pour Israël. Vous, l'historien et ancien diplomate, est-ce que vous reprendriez cette formule à votre compte ? Vous savez, les échecs historiques se mesurent à l'échelle de l'Histoire. Là on est dans la dimension journalistique. Mais échec sur toute la ligne, échec retentissant, échec humiliant, ça oui. On n'a jamais vu ça. On n'a jamais eu un Premier ministre qui s'est fait traiter de cette manière par le chef d'une puissance étrangère. Il est vrai, un chef particulier d'une puissance étrangère, mais tout de même. C'est un festival d'humiliation, de déception, d'échec quotidien. Enfin, c'est un spectacle absolument lamentable et surtout, ce qu'il faut retenir derrière tout cela, c'est l'incapacité de transformer le moindre succès militaire, et Dieu sait s'il en a eu, en un succès diplomatique... C'est l'incapacité de réfléchir politiquement. C'est le renoncement à toute tentative de diplomatie. C'est la mise sous le boisseau de toute ambition de paix et de calme dans la région. On est vraiment gouvernés, enfin pas que nous, mais nous, comme d'autres, loin ou près, nous sommes gouvernés par des gens qui devraient un jour rendre compte de tout ça devant le tribunal de l'Histoire. À lire aussiAccord annoncé entre l'Iran et les États-Unis: Israël apparaît comme le grand perdant Elie Barnavi, « festival d'humiliation », dites-vous, « échec sur toute la ligne ». C'est vrai que si on fait les comptes, 108 jours de guerre, un régime iranien toujours en place et même renforcé, un programme nucléaire qui n'est pas démantelé, le détroit d'Ormuz qui sera peut-être soumis à un péage. Finalement, à quoi a servi cette guerre ? Ça a servi à maintenir au pouvoir Benyamin Netanyahu. C'est un régime de cette nature qui est coincé de toutes parts, qui devient tous les jours plus illégitime et qui revêt de plus en plus des caractéristiques fascistes au fur et à mesure de la guerre, pour vivre, pour survivre. Et en fait, cette campagne à Gaza qui était on ne peut plus vraiment légitime au début s'est terminée très rapidement. C'est-à-dire que l'armée elle-même a dit qu'elle a obtenu de cette campagne, au bout de quelques mois, tout ce qu’elle pouvait obtenir. Tout le reste était fait pour maintenir Netanyahu au pouvoir, pour maintenir intacte sa coalition d'extrémistes. C'est extraordinaire de constater à quel point la guerre est devenue un outil commun, banal aux mains de gouvernements irresponsables. C'est fou de penser à ça. Et si vous voulez, pour un citoyen comme moi, si j'avais pu imaginer qu'un jour je serais content que mon Premier ministre soit traîné devant les tribunaux internationaux, j’aurais dit que c'est une chimère. Mais voilà, on a déconné. Oui, mais ça vous semble aujourd'hui nécessaire de stopper Netanyahu ? Et par tous les moyens. Je ne suis pas le seul à le dire. Ehud Barak, l'ancien Premier ministre, a dit « craindre pour la tenue et pour la propreté des élections » qui s'annoncent pour cet automne. Il a dit : « Je crains d'abord qu'il n'y ait pas d'élections, tout simplement. » Qu'il refasse la guerre, qu’il reparte en campagne pour pouvoir dire : « Mais on ne peut pas faire d'élections dans ces conditions. Regardez ce qui se passe en Ukraine ». Ça vous semble un scénario probable que s'appuyant sur la guerre, le gouvernement israélien dise « On n'est pas dans une position politique possible pour tenir des élections » ? Élections pour lesquelles Benyamin Netanyahu a annoncé qu'il était candidat à nouveau... Tout ce que je sais, c'est que pour lui, perdre les élections, ce n'est pas une option. C'est-à-dire qu'il est placé devant une alternative tout de même sinistre. C'est la guerre ou la prison. Et donc il est capable de le faire. Il est très minoritaire aujourd'hui dans l'opinion. Mais il a quand même un capital de voix, et un camp considérable et fanatisé, ce qu'on appelle « bibiste ». Et il est capable de provoquer de la violence à l'extérieur et à l'intérieur, et de faire tout pour s'accrocher au pouvoir. Parce qu'encore une fois, s'il n'est pas au pouvoir, il est en prison. Son procès s'achève tout de même et ça se passe mal pour lui. Et donc je ne vois pas qu'il puisse survivre à la prochaine campagne électorale. Et donc je crains pour ma première fois de ma vie d'adulte que la question se pose même (je participe à des votes depuis pas mal d'années déjà). Et là encore, nous ne sommes pas les seuls. Regardez aux États-Unis, jamais non plus les Américains ne se sont dit : « Est-ce que ces élections auxquelles je vais participer seront correctes, seront propres ? » Nous sommes pris dans une espèce de maelstrom qui est mondial, mais qui, chez nous, à cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons, prend des allures existentielles. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: ce que l'on sait du protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran Que reste-t-il aujourd'hui du lien privilégié entre Israël et les États-Unis ? On a bien compris qu'Israël n'a pas été associé à l'accord. Et que Netanyahu a été mis hors-jeu. Qu'est-ce qui reste de cette relation privilégiée ? Pas grand-chose. D'abord parce que c'est Trump. Il y a vraiment une question d'homme et il faut bien se résoudre à constater que les hommes, ça compte dans l'histoire. Je veux bien qu'il y ait des grands courants profonds et tout ce que nous avons appris à l'école des Annales. Mais les hommes comptent. Et quand vous avez un personnage de ce genre, imbu à la tête de la plus grande puissance mondiale, évidemment, la politique s'en ressent. Mais alors, il y a ça, mais il n'y a pas que ça. Il y a la chute d'Israël dans le cerveau et le cœur des Américains. Israël était vraiment un pays populaire au sens profond du terme. Un pays né dans des circonstances qui rappellent aux Américains le leur. Enfin bon, c'est un pays dont l'amitié était fondée sur l'histoire, sur la Bible, sur la mission historique, sur tout ce que vous voudrez. Et tout ça aujourd'hui vous semble brisé ? Ça, s'est terminé. Quand on voit que 60 % des Américains, toutes tendances confondues, sont mécontents d'Israël. Quand vous voyez que maintenant plus de la moitié des jeunes républicains sont contre Israël. Quand vous voyez que même chez les évangéliques, il y a des tendances maintenant anti-israéliennes. Quand vous voyez l'efflorescence de l'antisémitisme aux États-Unis qui se manifeste. Il y a un champ de ruines entre Israël et les États-Unis. La relation est brisée. C'est l'un des héritages de Benyamin Netanyahu. À lire aussiAccord annoncé entre l'Iran et les États-Unis: Israël apparaît comme le grand perdant

    9 min
  3. 5d ago

    Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale du Sénégal: «Pas de chèque en blanc au chef de l'État ni au gouvernement»

    Ousmane Sonko est l’invité de Radio France Internationale et de France 24. Moins d’un mois après avoir été limogé de la Primature et d’avoir été, dans la foulée, élu à la tête de l’Assemblée nationale, l’ex-opposant numéro un sous la présidence de Macky Sall (2012-2024) revient sur sa rupture avec son compagnon historique au sein des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) devenu chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, leurs divergences sur la mise en œuvre du projet politique du Pastef ou de la gestion de la très lourde dette du pays. Avec Léa-Lisa Westerhoff et Marc Perelman, il évoque aussi la présidentielle 2029, la législation sur l’homosexualité ou encore le match de Coupe du monde 2026 entre les Lions de la Teranga et l’équipe de France. RFI : Trois semaines après vous avoir limogé, le président Bassirou Diomaye Faye, lors de son dernier discours, a fait allusion aux différends qui vous opposent depuis des mois, assurant « qu'aucune querelle ne mérite que l'on déchire le pays qui nous est commun ». Qu'en pensez-vous ? Est-ce que cette querelle entre vous deux est allée trop loin ? Est-elle en train de déchirer le Sénégal ?  Ousmane Sonko : Je ne pense pas qu'il y ait querelle. Le Sénégal est plus grand que les divergences politiques que nous pouvons avoir. Je peux rassurer tout le monde qu'il n'y aura pas de déchirure. Il peut y avoir des divergences politiques, programmatiques, mais pas de déchirure du pays. Donc, le débat ne se pose pas en termes de déchirure. Le peuple sénégalais est plus grand que cela.  France 24 : Est-ce que pour vous, finalement, le fait d'avoir été limogé - vous avez dit que c'était aussi à votre demande - n'est pas une bonne chose, étant donné les difficultés que traverse le Sénégal, en vue de votre ambition : l'élection présidentielle de 2029 ?  Non, je ne l'apprécierais pas sous cet angle. Je pense que, d'abord, cette affaire appartient désormais à l'histoire politique du Sénégal. Un homme politique, c'est une trajectoire. Et cette séparation sur le plan institutionnel n'est pas l'aspect le plus marquant de ma carrière politique en réalité, et je pense qu'aujourd'hui, je dois remercier d'abord le peuple sénégalais d'avoir porté sa confiance sur un candidat que moi-même j'ai désigné, et ensuite d'avoir renouvelé cette confiance en nous donnant cette majorité écrasante à l'Assemblée nationale et par anticipation, en me désignant à la tête de cette prestigieuse institution. Désormais, mes énergies vont être concentrées sur le fait de donner à cette institution-là le rôle et la place qui sont la sienne. Après, je pense que l'exécutif fera ce qu'il doit faire en vertu de ses pouvoirs constitutionnels. Le législatif le fera de manière complémentaire, parce que nous avons tous cette obligation de travailler à la réussite de ce mandat, qui est notre mandat en réalité. Donc, je ne vais pas m'en dédouaner. J'ai été Premier ministre pendant deux ans. Mon bilan parle pour moi-même et je souhaite pour le reste de ce mandat qu'il y ait tout le succès pour le bonheur du peuple sénégalais.  RFI : Vous avez dit à plusieurs reprises que Bassirou Diomaye Faye avait trahi le projet du Pastef. Pour le moment, vous ne l'avez pas exclu. Est-ce que ça pourrait être le cas ?  Vous savez, les notions de trahison relèvent beaucoup plus de la morale et de l'affectif. Je préfère être sur un terrain lié à une notion beaucoup plus politique. Ce sont des engagements qui ont été pris vis-à-vis du peuple sénégalais pendant dix ans d'opposition et dont beaucoup ont été complètement dévoyés dans la trajectoire qui a été choisie. Je préfère mettre le curseur à ce niveau-là. Je considère aujourd'hui que les engagements que nous avons pris vis-à-vis du peuple sénégalais, pour la plupart en tout cas, certains de ces engagements ne sont pas respectés et il n'y a pas de volonté de les respecter. Après, je ne suis pas sur le terrain de l'émotion. La trahison, je laisse ça à la morale.  RFI : Mais au-delà de l'émotion, est-ce qu'une exclusion du Pastef de Bassirou Diomaye Faye est à l'ordre du jour ?  Ça s'appréciera le moment venu. Je pense que le parti Pastef est très structuré, très organisé. Il a des textes et ces textes sont très très clairs sur les procédures à suivre, sur les griefs à mettre sur la table pour pouvoir parler de l'exclusion ou pas de quelqu'un. Donc, nous n'en sommes pas encore là. Le parti appréciera. Le parti, ce n'est pas Ousmane Sonko et ce sont les instances qui apprécieront le moment venu.  France 24 : Vous dites vouloir vous placer sur le plan des institutions. Le 2 juin, vous avez affirmé : « Si le Pastef veut, le gouvernement peut être censuré, mais nous ne censurerons pas. » Est-ce que ça vaut pour tous les cas de figure ou est-ce qu'il y a des cas où vous pourriez censurer le gouvernement, étant donné que vous avez une très large majorité ? Par exemple, si le président utilise l'article 52 de la Constitution qui lui permet de prendre des mesures exceptionnelles, s'il considère que le fonctionnement des institutions est gravement menacé ? Ou alors sur un point de vue plus politique, si jamais il décide que les élections locales prévues en janvier 2027 seront repoussées ?  En réalité, je crois que mes déclarations sont plus complètes que cela. Il n'y a pas de chèque en blanc qu'on délivrerait au président de la République et au gouvernement. J'ai dit, puisque nous ne sommes pas là pour entraver l'action de l'exécutif, autant que possible, nous ne censurerons pas. Nous ne serons pas, en tout cas, dans des logiques politiciennes de censurer pour régler des comptes ou pour affaiblir une action. Mais effectivement, si des cas nécessitent une censure, c'est une prérogative constitutionnelle de l'Assemblée nationale. Nous n'hésiterons pas à l'utiliser.  Mais nous n'en sommes pas encore là. Un gouvernement vient d'être installé. Nous l'observons. Nous le laissons prendre ses marques. La situation du pays exige de chacun d'entre nous beaucoup de retenue, beaucoup de sagesse, pour mettre en avant exclusivement les intérêts du pays. Après, nous sommes dans une démocratie, la Constitution a donné des pouvoirs à chacune des institutions. L'exécutif, de par la Constitution, définit la politique de la Nation et l'exécute par son gouvernement. L'Assemblée nationale vote seule la loi. Elle contrôle l'action du gouvernement et elle s'assure de la bonne exécution des politiques publiques. Ce sont des attributions qui sont très claires. Nous n'avons pas forcément besoin d'être de grands amis pour que ça marche. Il faut que chacun respecte les règles et le reste, ça ira.  Gouverner par ordonnances, selon l'article 52, est une prérogative du président de la République qui est très bien encadrée. Il faut quand même - et c'est valable pour la France d'ailleurs - des cas spécifiques et particuliers pour pouvoir l'invoquer. Et ça ne diminue pas en réalité les pouvoirs de l'Assemblée nationale. Ce qui change, c'est que l'approbation se fait a posteriori et non plus a priori puisque tous les actes pris par le président devront, dans les quinze jours, être soumis à l'approbation de l'Assemblée nationale. Donc, ça ne pose pas de problème fondamentalement.  France 24 : Et le report des élections ?  Nous n'en sommes pas encore là. Les élections ne peuvent pas être reportées. Il n'y a aucune raison valable pour qu'elles soient reportées. Elles se tiendront à la date prévue, je l'espère. Quelles que soient les manœuvres qui seront entreprises, les élections devront se tenir à la date prévue. C'est la loi qui encadre l'organisation des élections et qui impose au président de la République de prendre les actes qu'il faut. Je pense que nous avons jusqu'à mi-juillet comme dernier délai pour qu'il prenne le décret pour fixer la date des élections et plus tard convoquer le corps électoral. Nous pensons qu'il respectera ses responsabilités légales.  RFI : Parmi les priorités du nouveau gouvernement, la gestion de cette dette colossale, héritée de l'administration précédente, avec un risque majeur de défaut de paiement. Vous vous êtes toujours opposé à la restructuration de cette dette. Une équipe du Fonds monétaire international (FMI) est attendue à Dakar cette semaine. Si l'exécutif décide de restructurer la dette, que ferez-vous ?  Vous savez, nous ne sommes pas dans des positions figées, dans l'absolu. Nous examinons avec lucidité la situation. Le plus important, c'est que ce qui sera mis sur la table corresponde aux exigences du moment. Une restructuration sauvage, nous n'en avons pas voulu. Je m'y suis opposé durant tout le temps que j'ai été Premier ministre. Considérant que les conditions n'étaient même pas réunies puisque le pays n'était pas en défaut, il parvenait à respecter ses engagements. Nos indicateurs étaient relativement corrects, nos perspectives de croissance également. C'est là où on a besoin du FMI. Le FMI, on en a besoin quand on est dans ces situations-là. Et nous pensions qu'il y avait possibilité d'avoir un accord en ce moment avec le FMI, qui, apparemment, a d'autres préoccupations que celle d'encadrer et d'aider un pays qui est dans cette situation dont nous ne sommes pas responsables, nous. Nous acceptons maintenant que l'État, c'est la continuité.  Je considère aujourd'hui que nous pouvons apprécier au fur et à mesure les développements. Entre temps, il y a eu la crise dans le Golfe qui est venue s'ajouter à la crise de la dette que nous connaissions déjà. En tant que Premier ministre sortant, je sais que nous vivons une tension a

    15 min

About

Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant.  Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.

More From RFI

You Might Also Like