L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. 1d ago

    Aurore Bergé: «Barbara Butch a été chassée de scène parce qu'elle est juive!»

    Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur les mesures votées pour protéger les enfants, sur son projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme, et sur l'affaire Barbara Butch qui a suscité l'indignation. Violences sexuelles sur mineurs : « une révolution » en marche Le projet de loi sur la protection de l'enfance a été adopté, le mardi 21 juillet, en première lecture à l'Assemblée nationale. Il prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, ainsi que l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des enfants. L'examen reprendra en octobre au Sénat. Pour Aurore Bergé, ce texte marque un tournant. « Il y a une révolution qui est en cours sur la question des violences sexuelles faites aux enfants », affirme-t-elle, évoquant le choc suscité dans le pays par le viol et la mort de la petite Lyhanna, fin mai. « On parle de 160 000 enfants qui chaque année subiraient des violences sexuelles », rappelle-t-elle, insistant sur le fait que ces violences ne sont presque jamais le fait d'inconnus. « Ceux qui font du mal à nos enfants sont finalement ceux qui sont supposés le plus les aimer, le plus les protéger ». L'adoption de la perpétuité n'a pourtant rien eu d'évident : une deuxième délibération a même dû être demandée à l'Assemblée après qu'une partie de la gauche s'y était opposée lors d'un premier vote. « Ça m'a à la fois révolté et mise en colère », confie-t-elle. Interrogée sur l'idée de peines à l'américaine comptées en centaines d'années, elle tranche : « Je ne sais pas s'il faut du symbole. Ce qu'il faut, c'est de l'efficacité ». À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi» Une loi intégrale pour toutes les victimes Au-delà des enfants, Aurore Bergé défend une « loi intégrale » contre les violences sexuelles, coécrite avec plus de 110 parlementaires et les associations. Le texte, déposé en décembre 2025, doit être redéposé mi-août pour un examen en commission à partir du mois de septembre. Elle y voit une méthode inédite : gouvernement et parlementaires coconstruisent ensemble une proposition de loi. « Ça ne s'est jamais vu, on n'a jamais fait comme ça », souligne-t-elle. L'enjeu dépasse les enfants : « On parle de 340 000 femmes qui, chaque année, subiraient des agressions sexuelles, des violences sexuelles, voire même des viols », précise la ministre, qui rappelle que, « dans neuf cas sur dix, une femme qui subit un viol [...] c'est quelqu'un qu'elle connaît ». Des juridictions spécialisées doivent voir le jour. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Racisme et antisémitisme : une loi de « cohésion républicaine » Présenté le 9 juillet en Conseil des ministres, le projet de loi de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme » succède à la proposition de Caroline Yadan, retirée en avril après des critiques. Aurore Bergé distingue les inquiétudes sincères de ceux qui, selon elle, « n'avaient pas envie qu'on parle de la lutte contre l'antisémitisme » et ont instrumentalisé le texte. Depuis les attentats du 7 octobre 2023, elle constate « une explosion de l'antisémitisme dans toutes les démocraties », faite d'agressions mais aussi d'un « antisémitisme d'atmosphère » : « insultes, crachats, tags, exclusions d'étudiants de groupes de discussion. Il n'y a pas un Français juif, pas un seul, qui est responsable de la situation géopolitique » à Gaza, insiste-t-elle. Le texte prévoit une peine d'inéligibilité pour un élu qui contesterait un crime contre l'humanité ou un génocide, ainsi que pour toute personne condamnée à de la détention pour des faits racistes ou antisémites. Il impose aussi aux plateformes de retirer immédiatement les contenus signalés par Pharos, comme c'est déjà le cas pour la pédocriminalité ou l'apologie du terrorisme. Sur la liberté d'expression, la ministre est catégorique : critiquer, moquer ou caricaturer une religion reste un droit plein et entier en France. « On n'a pas le droit d'attaquer les hommes ou les femmes en raison de leurs croyances », précise-t-elle, refusant toute hiérarchie entre les combats : « On ne hiérarchise pas, on ne trie pas entre les haines ». À lire aussiFrance: le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en hausse en 2023, selon un rapport de la CNCDH L'affaire Barbara Butch, symbole d'un antisémitisme « débridé » Samedi 19 juillet, le concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble a été interrompu après une vingtaine de minutes par des militants pro-palestiniens, dans le cadre d'un appel au boycott relayé localement par des membres de La France insoumise. Il lui était reproché d'avoir soutenu la loi Yadan. Le tract appelant au boycott montrait sa photo accolée à un drapeau LGBT et une étoile de David, le tout maculé de sang. « C'est ça l'appel à la haine », dénonce Aurore Bergé, pour qui la DJ a été visée à la fois comme lesbienne et comme juive. Sur scène, elle a essuyé sifflets, huées et jets de bouteilles en verre, au point de devoir quitter les lieux pour sa sécurité. « Les mots précèdent toujours les actes, toujours », avertit la ministre. « On ne chasse pas des femmes ou des hommes juifs de scène », martèle-t-elle, dénonçant l'instrumentalisation électorale de cet antisémitisme par La France insoumise et appelant à protéger la liberté de création et de programmation artistique. Une instruction judiciaire est ouverte. À lire aussiFrance: derrière l'interruption du concert de Barbara Butch, la question du boycott culturel Défenseur des droits et 2027 : les enjeux à venir Le Parlement a entériné mardi dernier la nomination du sénateur LR François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, malgré l'opposition d'associations pointant ses positions passées sur le mariage pour tous, la PMA ou l'IVG. Aurore Bergé défend une fonction qui « dépasse aussi la personne », citant l'exemple de Jacques Toubon, critiqué à sa nomination puis regretté à son départ. Sur la présidentielle de 2027, elle observe le retour en force de Marine Le Pen dans les sondages. « Il faut qu'on arrive à démontrer qu'il y ait une alternative au Rassemblement national », estime-t-elle, redoutant un second tour face à La France insoumise qu'elle juge porteur de fractures profondes pour le pays. Faute de primaire, une candidature unique de sa famille politique devra selon elle incarner cette alternative. Quant à sa propre candidature, la ministre botte en touche, jugeant que ce n'est pas la priorité des Français, davantage préoccupés par leur sécurité, leur pouvoir d'achat ou le climat. Elle conclut sur un mot d'ordre : « Montrons qu'on peut avoir des résultats et rassemblons-nous, parce qu'on aura cette nécessité du rassemblement. » À lire aussiQuelle campagne présidentielle pour Marine Le Pen condamnée: réécoutez notre édition spéciale du mercredi 8 juillet

  2. Jul 18

    Nadège Abomangoli : « Le racisme est le déterminant principal du vote Rassemblement National »

    Députée LFI de la 10è circonscription de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission des Affaires étrangères et première vice-présidente de l'Assemblée nationale, Nadège Abomangoli est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur le racisme d'État, la guerre au Soudan et la présidentielle de 2027. « Un racisme d'État » En avril 2026, Nadège Abomangoli a reçu un courrier raciste reprenant un détournement de Tintin au Congo. Un épisode parmi d'autres pour la première vice-présidente de l'Assemblée, confrontée selon elle à une hostilité récurrente sur les réseaux sociaux. Elle y voit un phénomène plus large que son propre cas. « Une société se lit, s'interprète à partir du global et pas à partir de parcours individuels », affirme-t-elle, réfutant l'idée que sa propre ascension contredirait l'existence d'un racisme structurel. La députée assume l'expression de « racisme d'État », employée début avril 2026 à Saint-Denis. « Un certain nombre de politiques publiques et l'abandon de ces sujets-là produisent du racisme d'État », explique-t-elle, citant notamment les difficultés administratives rencontrées par des personnes sans-papiers dans sa circonscription. Sur le projet de loi pour la « cohésion républicaine » porté par la ministre Aurore Bergé, Nadège Abomangoli se montre réservée, pointant son élaboration avec l'ensemble des groupes politiques, Rassemblement national compris. Elle plaide plutôt pour des moyens dans « la prévention, l'éducation, la justice réparatrice et la culture ». Le Soudan, une guerre qui peine à s'imposer Membre de la Commission des Affaires étrangères, la députée s'est saisie à plusieurs reprises du conflit soudanais, qualifié par l'ONU de l'une des pires crises humanitaires au monde. Pour elle, plusieurs raisons expliquent son faible écho en France : l'éloignement géographique, l'absence de lien francophone, et « une part de négrophobie, ce sont des Noirs qui semblent se tuer entre eux ». Elle rappelle que les Forces de soutien rapide ont longtemps été des interlocuteurs légitimés par la France et l'Europe. « Ce n'est pas une guerre ethnique », insiste-t-elle, mais un conflit de prédation des ressources où s'affrontent des puissances étrangères sur le dos du peuple soudanais. Parmi ses propositions : élargir l'embargo sur les armes, alors que des armes françaises vendues aux Émirats arabes unis ont, selon elle, été retrouvées sur le théâtre des combats, et repenser la diplomatie française vis-à-vis du Tchad, qui accueille une partie des réfugiés soudanais. À lire aussiSoudan: le général al-Burhan projette de rester au pouvoir durant cinq ans après la guerre « Ingérence intérieure » : une notion jugée problématique La Commission de la culture du Sénat a adopté à l'unanimité, début juillet, un rapport de 56 recommandations sur la régulation de l'information en ligne, introduisant la notion d'« ingérence intérieure » pour désigner des manipulations d'origine française. Nadège Abomangoli s'en méfie. « La notion d'ingérence intérieure me paraît problématique », juge-t-elle, estimant qu'elle pourrait viser, en creux, certains partis très présents sur les réseaux sociaux, dont La France Insoumise. Pour elle, la véritable ingérence est ailleurs : « C'est l'ingérence intérieure d'un certain nombre de milliardaires qui financent un certain nombre d'événements, qui s'infiltrent parfois dans l'éducation pour promouvoir leur idéologie. » 2027 : « On ne va pas adapter notre campagne aux candidats en face » À neuf mois de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a balayé d'un « je m'en fous » les conséquences du retour en lice de Marine Le Pen, dont l'éligibilité a été rétablie par la cour d'appel. Nadège Abomangoli y voit une confiance assumée, mais surtout un message : peu importe l'adversaire d'en face. « Que ce soit Jordan Bardella ou Marine Le Pen », résume-t-elle, avant de trancher : « C'est bonnet blanc et blanc bonnet. » Elle relève avec ironie que Marine Le Pen, qui avait juré ne jamais faire campagne sous bracelet électronique, est aujourd'hui candidate, et qu'un Jordan Bardella qui se voyait déjà en position semble aujourd'hui « marri ». Sur l'électorat du Rassemblement national, la députée ne mâche pas ses mots. Si une partie des électeurs est déçue par des décennies de partage du pouvoir entre partis traditionnels, elle y voit surtout un ressort raciste : « C'est quand même le déterminant principal du vote Rassemblement national », affirme-t-elle, citant en exemple le refus du parti de voter la hausse du Smic pour tous. Face au Rassemblement national, la députée revendique une ligne : « Liberté, égalité, fraternité, c'est ce qu'est la France.

  3. Jul 11

    Edwige Diaz : «Nous sommes là pour sauver la France»

    Deux jours après la décision de la Cour d'appel de Paris qui a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen tout en la rendant de nouveau éligible, Edwige Diaz, vice-présidente du Rassemblement national, est l'invitée de L'Atelier politique. La députée de la Gironde revient sur le tournant judiciaire de la semaine et sur le lancement de la campagne présidentielle. Elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une décision qui rebat les cartes Mardi 7 juillet 2026, la Cour d'appel de Paris a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens, tout en réduisant sa peine. Pour Edwige Diaz, deux éléments dominent. « Marine Le Pen a retrouvé son éligibilité », souligne-t-elle. « Et nous continuons de penser que Marine Le Pen est innocente. » La présidente du RN a aussitôt annoncé se pourvoir en cassation, ce qui la fait redevenir présumée innocente et écarte, selon Edwige Diaz, tout bracelet électronique. « Nous avons lancé la campagne présidentielle dès le 7 juillet au soir », précise-t-elle, citant le lancement de la plateforme Marine Le Pen.com. La députée met aussi en avant les premiers sondages réalisés après l'annonce : Marine Le Pen y est créditée de 36% des intentions de vote au premier tour, et donnée gagnante au second tour, notamment face à Jean-Luc Mélenchon ou Édouard Philippe.   Une bataille politique Interrogée sur les onze années durant lesquelles ce système aurait perduré, elle balaie l'argument. « Nous contestons ces accusations », répète-t-elle. « Nous estimons que Marine Le Pen est innocente. » Pour la députée, la décision de la Cour n'est qu'un avis parmi d'autres étapes de la procédure. « Nous allons utiliser, comme tout justiciable, les moyens qui s'offrent à nous pour faire reconnaître l'innocence que nous estimons être réelle. » Elle y voit la marque d'une bataille politique menée par d'autres moyens. « Il s'agit d'une affaire politique, une affaire qui a été diligentée par des opposants politiques », estime-t-elle, évoquant des adversaires qui « redoutent de ne pas pouvoir nous faire chuter dans les urnes ».   Le pari du calendrier judiciaire Le caractère suspensif du pourvoi en cassation sur l'exécution de la peine fait débat parmi les juristes. Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, a annoncé vouloir statuer avant le premier tour de la présidentielle. Une perspective qu'Edwige Diaz refuse d'anticiper. « On ne va pas faire de politique juridique fiction pour l'instant », tranche-t-elle, misant sur une décision rendue « dans les délais normaux d'une procédure classique ». Quant à un éventuel plan de campagne de secours si le pourvoi était rejeté, la députée élude. « Elle peut faire campagne, elle n'a pas de bracelet électronique, elle est de nouveau présumée innocente. Donc nous allons faire campagne. »   Un programme qu'elle veut « tout prioritaire » Relancée sur les chantiers prioritaires d'un éventuel quinquennat, Edwige Diaz refuse toute hiérarchie. « Tout est prioritaire », affirme-t-elle, pointant l'état du pays qu'elle juge « catastrophique ». Elle promet des ministres dotés d'une véritable feuille de route, en opposition à la majorité actuelle : réduction des déserts médicaux pour la Santé, résorption de la dette pour le Budget, retour aux fondamentaux pour l'Éducation nationale. Sur l'équilibre entre les thématiques historiques du RN — immigration et sécurité — et la question sociale, montée en puissance ces dernières années, la députée souligne l'effet du groupe parlementaire de plus de 120 députés. « Notre programme est mieux connu », estime-t-elle, « et il ne se limite pas à la question de l'immigration et de l'insécurité ».   « Ni de droite ni de gauche, nous sommes de France » Certains adversaires, jusque dans le camp de la droite, accusent parfois Marine Le Pen d'être « de gauche ». Edwige Diaz s'en amuse. « Nous sommes de France, nous sommes des souverainistes, nous sommes des patriotes », revendique-t-elle. « Nous ne sommes pas là pour sauver la gauche, nous ne sommes pas là pour sauver la droite. Nous sommes là pour sauver la France. » Sur l'Europe, elle se défend de tout rejet du continent. « Nous sommes profondément européens », assure-t-elle, tout en dénonçant la « gouvernance politique de l'Union européenne », citée sur la gestion du Covid, la question de la défense ou le projet de dette commune, jugé porteur de hausses d'impôts pour les Français.   Vers la présidentielle Face aux critiques venues de la droite comme de la gauche, qui accusent Marine Le Pen de « prendre la démocratie en otage » ou rappellent qu'elle serait la première candidate condamnée de l'histoire de la présidentielle, Edwige Diaz oppose un parallèle avec Jean-Luc Mélenchon, condamné en 2019 pour outrage et rébellion sans avoir fait appel. La députée revendique surtout une équipe prête de longue date, avec un directeur de campagne, Julien Sanchez, désigné avant même l'arrêt de la Cour d'appel, et un ticket assumé : Marine Le Pen à l'Élysée, Jordan Bardella à Matignon. « Nous sommes en mesure de présenter le ticket », insiste-t-elle « Nous sommes en ordre de bataille et nous allons faire campagne. Et j'espère que nous allons gagner. »

  4. Jul 4

    Christopher Weissberg : «Aujourd'hui, les États-Unis ne sont plus un allié»

    Député de la première circonscription des Français de l'étranger, qui couvre les États-Unis et le Canada, Christopher Weissberg est l'invité de l'Atelier politique ce samedi 4 juillet, jour du 250è anniversaire de l'indépendance américaine. Le président du groupe d'amitié France-États-Unis à l'Assemblée nationale dresse un constat sévère de l'état de la démocratie américaine sous la présidence de Donald Trump. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Une histoire familiale sur trois générations Le grand-père de Christopher Weissberg, Jacques Weissberg, était un soldat de l'armée de l'air américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, installé ensuite à Saranac Lake dans l'État de New York. Le père du député poursuit cette histoire transatlantique, avant que lui-même ne reprenne, en 2010, le café-restaurant familial dans l’État de New-York, qu'il transmettra à ses associés en 2024 pour se consacrer à son mandat. « Je suis le fruit de ce qu'est la relation transatlantique », résume-t-il. Il raconte le parcours de son grand-père, mobilisé après Pearl Harbor, « un homme très à gauche », ayant quitté son Brooklyn natal pour « aller sauver la vie des Européens » au prix de 85 missions en B52. « C'est quelque chose que je trouve tout à fait admirable », confie le député. Sur l'héritage philosophique commun entre la France et les États-Unis, hérité des Lumières et de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, il se dit « tiraillé » : d'un côté la fierté de cet héritage partagé, de l'autre l'inquiétude de voir « ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis » s'en éloigner si fortement.   Lafayette et Rochambeau, toujours vivants dans la mémoire américaine Les figures fondatrices de l'amitié franco-américaine restent, selon lui, pleinement ancrées dans le récit national des États-Unis. « Elles font partie du récit national », assure-t-il, rappelant que les parlementaires américains qu'il reçoit régulièrement considèrent la France comme « The Oldest Ally », l'allié le plus ancien. Mais cette continuité historique se heurte à une évolution géopolitique. « Le compas a un peu basculé vers l'Est », observe le député, qui s'interroge : et si Joe Biden avait été « le dernier président profondément européen des États-Unis » ?   Une démocratie américaine sous tension Sur l'état de la démocratie américaine en ce jour anniversaire, le constat est sans appel. « Je suis consterné », lâche-t-il. S'il reconnaît l'existence d'une Amérique qui résiste, il s'inquiète du socle de soutien qui reste acquis à Donald Trump, entre 37 et 40% de la population, en dépit des dérives constatées. « Je suis persuadé que Donald Trump [...] est à l'opposé des valeurs américaines », affirme-t-il, pointant la fragilisation des contre-pouvoirs : la presse, l'esprit critique, la justice. Sur la portée de ce second mandat, il distingue deux niveaux. « Cette manière personnelle d'incarner le pouvoir [...] est une parenthèse », estime-t-il, mais le mouvement de fond du conservatisme américain, lui, « a plutôt vocation à rester ». Un mandat de « toute-puissance », selon ses mots, où les contre-pouvoirs institutionnels, Congrès, Cour suprême, peinent à freiner l'exécutif.   Le quotidien bouleversé des Français des États-Unis Sur le terrain, le député constate des changements profonds parmi ses compatriotes expatriés. « Pour la première fois de leur vie, au lieu de se sentir expatriés [...] ils se sentent immigrés », rapporte-t-il. Certains n'osent plus s'exprimer sur les réseaux sociaux par crainte des contrôles douaniers, d'autres perdent leur emploi ou leur visa, notamment dans la recherche ou l'intelligence artificielle. Face à ce climat, Christopher Weissberg dit veiller à « éviter la panique », tout en alertant sur un changement de contexte inédit « en 248 ans » d'histoire commune.   Les États-Unis, un allié qui n'en est plus un Sur la relation entre Paris et Washington, marquée par les menaces tarifaires répétées de Donald Trump et le retrait de troupes américaines d'Allemagne, le député tranche sans détour : « Non, ça n'est plus un allié. » Il cite la crise du Groenland comme le moment où les Européens ont pris conscience de la nécessité de « s'affirmer collectivement ». Un basculement qu'il juge toutefois « temporaire ».   Le mirage du « faiseur de paix » Sur les interventions militaires américaines récentes — capture du président Maduro au Venezuela, engagement aux côtés d'Israël en Iran — malgré la promesse de campagne d'un Donald Trump se présentant comme un « faiseur de paix », le député est catégorique : « C'est une arnaque. » Selon lui, le président savait pertinemment qu'il ne pourrait pas mettre fin rapidement au conflit russo-ukrainien : « C'est de la com. »   Un déclin économique et diplomatique Le bilan économique dressé par le député tranche avec les promesses initiales de prospérité. « On est en train d'observer un mouvement de déclin économique sans commune mesure », affirme-t-il, pointant les effets de la politique tarifaire, fiscale et migratoire sur une économie qu'il juge « résiliente » mais reposant surtout sur les valorisations spéculatives de la tech et de l'intelligence artificielle.   Vers une vague bleue limitée aux midterms ? Malgré un taux d'impopularité de 61% pour Donald Trump, Christopher Weissberg tempère l'ampleur attendue d'une victoire démocrate aux élections de mi-mandat. En cause : un redécoupage électoral massif mené par les États à majorité républicaine. « Ça n'a jamais été le cas auparavant », insiste-t-il, évoquant notamment les six sièges déjà repris au Texas. Interrogé sur une éventuelle contestation des résultats par le camp Trump en cas de défaite, le député n'a pas de doute : « C'est un scénario probable. [...] Il contestera la victoire des démocrates. C'est une évidence. »

  5. Jun 27

    Sarah Legrain : «La canicule est politique !»

    Députée LFI de Paris, vice-présidente de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation à l’Assemblée nationale, Sarah Legrain défend une vision globale de la crise climatique : politique dans ses causes, elle appelle à une planification écologique ambitieuse et à des mesures d’urgence immédiates. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   La canicule, un phénomène politique avant tout Face à l’épisode de chaleur extrême qui frappe la France, Sarah Legrain refuse toute lecture fataliste. Pour elle, la canicule n’est pas un simple phénomène naturel : c’est le résultat direct de choix politiques et économiques.   « C’est pas juste pour essayer de ramener tout à la politique, c’est que la science montre que ce que nous vivons n’est pas de l’ordre naturel des choses, mais est lié aux activités humaines et donc aux activités politiques », estime-t-elle. À ses yeux, la responsabilité politique se situe précisément dans la volonté, ou l’absence de volonté, de prendre en compte ce phénomène. Elle pointe une part « énorme » de la classe politique qui demeure dans le déni climatique, alors que le changement est, selon elle, « irréversible et d’ores et déjà engagé ». Sans réponse aux modes de production et de consommation, dit-elle, aucune solution durable n’est possible.   Des mesures d’urgence pour protéger les travailleurs et les plus vulnérables Sarah Legrain défend un plan canicule détaillé, conçu bien avant cet épisode. Il prévoit l’équipement des écoles, EHPAD et hôpitaux en climatiseurs, la création d’îlots de fraîcheur et une protection renforcée des travailleurs exposés.   Sur ce dernier point, Sarah Legrain s’indigne de la position gouvernementale : « Ce n’est pas acceptable de continuer à faire bosser des gens sur des chantiers à 40 degrés ». Elle évoque le ministre des Transports qui, selon elle, dénonce un jour les risques d’une température maximale légale pour l’économie, et s’étonne le lendemain qu’un chauffeur de bus ait eu à travailler sous cette chaleur. Pour Sarah Legrain, l’inaction a un coût : « Il y a un coût du malheur. Les gens qui vont tomber malades, les gens qui vont mourir ». Elle appelle le gouvernement à activer sans attendre un projet de loi de finances rectificative pour débloquer les crédits nécessaires. À lire aussiCanicule: le ministère de la Santé «préoccupé» par des «décès à domicile» à travers la France La planification écologique, réponse structurelle à la crise Sur la question de fond, Sarah Legrain revendique une longueur d’avance : LFI porte la planification écologique depuis 2012. « À l’époque, les gens montaient sur leurs grands chevaux. Planification. Staline », rappelle-t-elle avec ironie.   Concrètement, son programme prévoit la rénovation thermique de l’ensemble du bâti à hauteur de cinq milliards d’euros par an, le développement accéléré des énergies renouvelables, et la sortie programmée du nucléaire. Sur ce dernier point, Sarah Legrain considère que le nucléaire devient, dans un contexte de réchauffement global, une énergie « toujours plus dangereuse et toujours plus inefficace ». Elle déplore par ailleurs les pertes de temps accumulées sous la Macronie : « Ces dix dernières années nous ont mis dans le mur. Des choses qu’on aurait dû engager déjà il y a dix ans n’ont pas été faites », déplore-t-elle, pointant le rythme actuel de rénovation qui, à ce train, prendrait deux siècles.   Violences sexuelles : briser l’omerta À propos des violences sexistes et sexuelles, dans le contexte de la mort de la petite Lyhanna. Sarah Legrain salue l’idée d’une loi intégrale, mais exprime des réserves sur la volonté politique du gouvernement de la mener à terme.   Sur le fond, elle dénonce la logique de « course à l’échalote » qui aboutit à des propositions de castration chimique ou de peine de mort, alors que seulement 3% des viols sur mineurs donnent lieu à des condamnations. Le vrai sujet, selon elle : comment obtenir davantage de condamnations et réduire le nombre de victimes. Sarah Legrain revient sur ce qu’elle nomme la « culture du viol » : un système de représentations qui banalise certaines violences et entretient des mythes, notamment celui de l’agresseur inconnu. Or, dit-elle, dans neuf cas sur dix, la victime connaît son agresseur et, dans un cas sur deux, il est de la famille. « Ce qui est tabou, ce n’est pas l’inceste : c’est d’en parler », souligne-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles sur mineurs: la Ciivise demande au gouvernement de «passer à la vitesse supérieure» Le voile, Mélenchon et la Nouvelle France Interrogée sur une citation de Jean-Luc Mélenchon en 2010 qualifiant le port du voile intégral d’« obscène », Sarah Legrain estime que le contexte a changé. Selon elle, la prise de conscience des usages racistes de la question du voile a fait évoluer le discours au sein de LFI.   Sarah Legrain distingue deux positions : refuser que des hommes contraignent des femmes à se dissimuler, et refuser également que des hommes exigent le retrait du voile. « Dans les deux cas, il s’agit d’une oppression patriarcale sur la femme », estime-t-elle. Sur la notion de « Nouvelle France », Sarah Legrain adopte une définition inclusive : « Tout le monde fait partie de la Nouvelle France. Peuple de France, qui que vous soyez, vous appartenez à cette France qui n’est plus la France de 1958 ». Une France profondément transformée, dit-elle, où les femmes ne vivent plus dans les mêmes conditions qu’en 1850 ou en 1958. À écouter aussiFrance: la possible interdiction du voile dans le sport inquiète les sportives

  6. Jun 20

    Pascale Piera : «La justice vit dans une pénurie de moyens que les gens n’imaginent pas»

    Avocate pendant 10 ans, magistrate pénaliste pendant vingt ans, députée européenne du Rassemblement national depuis juin 2024, Pascale Piera siège à la Commission des Affaires juridiques du Parlement européen. Dans cet entretien accordé à L’Atelier politique, elle livre son diagnostic sur l’état de la justice française qui, selon elle, manque gravement de moyens. Elle répond aux questions de Frédéric Rivière. L’affaire Lyhanna, révélatrice d’un système à bout La mort de Lyhanna, enfant de onze ans, a provoqué une onde de choc en France. Pour Pascale Piera, cette affaire est « la chronique d’un désastre qui était annoncé depuis plusieurs années ». Elle y voit un révélateur des failles structurelles d’une institution en souffrance. La députée européenne refuse néanmoins de réduire la tragique affaire à des défaillances individuelles. Selon Pascale Piera, on ne peut pas examiner d’éventuelles fautes sans adopter un regard d’ensemble sur les conditions de travail des magistrats et des services d’enquête. Pour elle, la justice est comme un tuyau auquel il faut un point d’entrée et un point de sortie, mais qui finit par dysfonctionner entièrement quand il est trop étroit. La prise de conscience collective que l’affaire a suscitée, Pascale Piera s’en félicite. Mais il faut, dit-elle, que : « que la prise de conscience soit suivie d’actes ».   La parole des enfants : un exercice « extrêmement délicat » Sur la question de la prise en compte de la parole des enfants dans les procédures judiciaires, Pascale Piera reconnaît les avancées accomplis en France depuis plusieurs années. Des dispositifs spécialisés, comme la procédure Mélanie qui prévoit des enquêteurs formés et des auditions adaptées au rythme de l’enfant, témoignent, selon elle, d’efforts réels. Pour autant, Pascale Piera souligne la complexité intrinsèque de cet exercice. L’enfant ne répond pas toujours aux questions, est sensible au moment de l’interrogatoire et peut être perturbé par les interactions familiales. « Il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce que l’enfant entend dire et ce qu’il dit lui-même », note-t-elle. Un terrain qu’elle juge « très, très complexe » et qui justifie, à ses yeux, des moyens encore accrus.   65% de défiance : un signal politique immédiat Un sondage Elabe, publié une dizaine de jours après la mort de Lyhanna, établissait que 65% des Français ne font pas confiance à la justice française, le niveau le plus bas depuis la création de cet indicateur en 2019. Pour Pascale Piera, il est impératif de tenir compte de ce chiffre. Pour elle, ce niveau de défiance est inadmissible dans un pays où le peuple français est profondément attaché au rôle de la justice dans le rapport social. Pascale Piera rappelle que cet attachement est ancré dans l’histoire de France, de Saint-Louis à Charles IX. Elle est catégorique : « il ne faut plus que ça perdure ».   Lenteur, peines non exécutées : des critiques fondées Parmi les griefs les plus fréquemment adressés à la justice : la lenteur des procédures. Un problème « majeur », dit-elle, qui n’a rien à voir avec la nonchalance mais relève d’un manque de moyens criant. Elle cite l’exemple emblématique des procédures civiles relatives à la garde d’enfant, où des mois d’attente exposent des familles à des risques concrets. Le décalage entre les peines prononcées et les peines exécutées est, lui aussi, confirmé par Pascale Piera comme une source d’incompréhension pour la population. Elle pointe, en particulier, l’institution du juge de l’application des peines, qu’elle qualifie de « problème » pour la chaîne pénale. À ses yeux, le fait qu’un nouveau magistrat redéfinisse les modalités d’une peine déjà prononcée édulcore le message de la sanction et heurte la souveraineté de la décision du tribunal.   Des moyens bien en dessous des standards européens Dans un récent article, nos confrères du Figaro dessinent un tableau saisissant de la justice française. La France consacre 77,22 euros par habitant à sa justice, soit 0,20% de son PIB, contre 136 euros en Allemagne et environ 100 euros en Italie et en Espagne. Dans le même temps, le pays affiche un taux de criminalité de 12,1 homicides par million d’habitants, le deuxième rang européen, soit presque le double de l’Allemagne (7,4) et plus du double de l’Italie (5,5). Pascale Piera souligne que le déficit est également flagrant en matière de personnels. La France compte 3 procureurs pour 100 000 habitants, quand la moyenne des pays comparables s’établit à 11. Pascale Piera juge cette situation insoutenable : « avec les taux de délinquance que nous connaissons en France, surtout depuis une dizaine d’années, il est évident qu’on ne peut pas y arriver ». Si le président Macron a effectivement augmenté le budget de la justice, Pascale Piera met ce geste en perspective : un budget parti de si loin reste, après la hausse, « très en dessous des pays européens ».   La magistrature « noyautée » ? Un procès injuste L’idée d’une magistrature noyautée par la gauche ou l’extrême gauche ne résiste pas, selon Pascale Piera, à l’épreuve de l’expérience. Après plus de vingt ans dans différentes juridictions, elle affirme avoir rencontré « moins de cinq personnes affichant clairement une volonté politique à travers les décisions qu’elles rendaient ». Pascale Piera opère cependant une distinction nette. Les prises de position publiques du Syndicat de la magistrature, lorsqu’elles visent à interférer dans des résultats électoraux, lui semblent inacceptables. Elle rappelle que le principe d’impartialité comporte deux volets : le juge doit non seulement être impartial, mais aussi « paraître » impartial. Sur ce second point, estime-t-elle, le Syndicat de la magistrature faillit. De la même manière, Pascale Piera désapprouve la formule, prononcée en 2021 par le secrétaire général du syndicat de police Alliance, selon laquelle « le problème de la police, c’est la justice ». Une telle déclaration lui apparaît « déloyale » au regard du travail quotidien de confiance qui s’établit entre les magistrats du Parquet et les policiers.   Places de prison : la leçon du Salvador à relativiser Interrogée sur la référence de Jordan Bardella au Salvador et à ses 40 000 places de prison construites en huit mois, Pascale Piera apporte une nuance. À ses yeux, Jordan Bardella entendait avant tout illustrer que la volonté politique peut produire des réalisations concrètes, en l’occurrence répondre au déficit chronique de places de détention en France. Pour autant, Pascale Piera refuse le parallèle entre les deux pays : la philosophie juridique et la nature de la criminalité sont différentes. Elle n’en reconnaît pas moins qu’il y a, dans l’expérience salvadorienne, une « volonté politique de faire en sorte que cette gangrène cesse et de faire en sorte qu’on puisse enfermer les gens nuisibles ». Quant à la dignité des prisonniers, elle la juge importante, tout en précisant qu’elle ne peut être placée au premier rang des priorités, laquelle revient, selon elle, à ce que les Français se sentent « protégés et bien jugés ». À lire aussiSalvador: le Cecot, la prison controversée de haute sécurité si prisée par Donald Trump Le « bouclier démocratique » européen : un instrument de contrôle ? Le 10 septembre 2025 à Strasbourg, Pascale Piera a pris la parole au Parlement européen pour dénoncer ce qu’elle appelle un « leurre » : le bouclier européen de la démocratie, présenté comme un outil de lutte contre les ingérences étrangères, les menaces hybrides et destiné aussi à protéger les processus électoraux dans l'Union. Derrière cette façade, estime-t-elle, se dissimule un « instrument de contrôle » qui risque de transformer l’Europe en « dictature numérique à grande échelle ». Pascale Piera cite les précédents roumain et moldave, où des processus électoraux ont, selon elle, subi des interférences européennes. Elle s’inquiète de la notion de « menace hybride », dont le périmètre peut, à ses yeux, englober « tout et n’importe quoi », ouvrant ainsi la voie à une ingérence dans les élections françaises. Sur la question d’éventuelles entraves à une élection démocratique en France en 2027, Pascale Piera se refuse à tout fatalisme, mais maintient une vigilance de principe : « Il faut toujours le craindre ».

  7. Jun 13

    Ayda Hadizadeh : «Le peuple iranien a tout pour construire une grande démocratie»

    Députée socialiste du Val-d’Oise, Ayda Hadizadeh est une voix très engagée à l’Assemblée nationale sur deux fronts : la situation en Iran et la protection de l’enfance en France. Présidente du Groupe d’amitié France-Iran, elle analyse la consolidation du régime des Gardiens de la Révolution après l’offensive américano-israélienne, et défend sa proposition de loi garantissant à chaque enfant placé le droit à un avocat. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   L’Iran après la guerre : le régime renforcé, le peuple oublié Le cessez-le-feu entre l’Iran, les États-Unis et Israël n’a pas affaibli le pouvoir de Téhéran, bien au contraire. Selon Ayda Hadizadeh, ce n’est pas l’Iran qui sort renforcé de l’épreuve : c’est le régime, et plus précisément le Corps des gardiens de la Révolution islamique. « Certains spécialistes disent même qu’il ne faut plus parler de régime des mollahs », rappelle-t-elle. À ses yeux, l’agression américano-israélienne, qu’elle dénonce comme illégale au regard du droit international, a produit un effet pervers : elle a offert une assurance vie aux dirigeants du régime. Pire, l’accord en cours de négociation ne prévoit aucune avance pour les libertés civiles. « L’accord qui est en négociation ne prévoit aucunement plus de liberté pour le peuple iranien, ne prévoit pas que les prisonniers politiques en Iran soient libérés ». Elle pointe également la responsabilité de Donald Trump dans la dégradation du rapport de forces. En déchirant l’accord nucléaire de 2015 sous pression israélienne, il a signalé à Téhéran qu’il pouvait menacer 20% de l’économie mondiale en contrôlant le détroit d’Ormuz. « Merci à Donald Trump et à son ego démesuré de nous avoir mis dans cette situation », lâche-t-elle.   Une théocratie de façade, une mafia de fond Pour Ayda Hadizadeh, qualifier l’Iran de théocratie est une simplification qui masque la réalité. Il s’agit, selon elle, d’un régime mafieux aux mains d’une oligarchie qui se sert de la religion comme outil de pouvoir et de distribution des privilèges. Le Corps des gardiens de la Révolution contrôle désormais la majorité de l’économie iranienne. Elle cite en exemple une vidéo largement diffusée en Iran avant les manifestations de janvier 2026 : le mariage de la fille d’un haut dignitaire des gardiens, où hommes et femmes célébraient ensemble, les femmes non voilées et décolletées. Le message avait fait l’effet d’une bombe. « Ils nous tuent, ils tuent nos enfants pour une mèche de cheveux dévoilée et regardez eux dans quelle corruption ils se vautrent », résumait le sentiment populaire. Elle estime que ce système ne pourra pas durer. Contrairement à la Chine, le régime iranien n’a pas réussi à apporter de la croissance économique : « Il n’y a pas de liberté d’expression, il n’y a pas de liberté des mœurs, il n’y a pas de croissance économique ». Dans ces conditions, la désagrégation lui paraît inévitable.   Le voile arraché de haute lutte Sur la question du voile, Ayda Hadizadeh observe une transformation irréversible. Les Iraniennes ont imposé dans les faits une liberté que le régime n’a pu reprendre. « On ne peut pas mettre 50% d’une population en prison », souligne-t-elle. Aujourd’hui, dit-elle,  dans les grandes villes et très majoritairement à Téhéran, les femmes circulent dévoilées. Signe de la profondeur du changement : durant la guerre, le régime lui-même a mis en scène des femmes dévoilées pour illustrer l’unité nationale. Ayda Hadizadeh n’y voit pas un assouplissement idéologique, mais la preuve que les gardiens savent désormais que tout retour en arrière serait une « cocotte minute » prête à exploser. Pour soutenir les forces d’opposition, Ayda Hadizadeh présidera un rassemblement à l’Assemblée nationale le 29 juin 2026. L’objectif : lancer une opération de parrainage de manifestants emprisonnés en Iran, dont des exécutions ont lieu chaque jour. Elle soutient par ailleurs l’Iran Freedom Congress (IFC), premier réseau structuré d’opposants iraniens en exil, constitué à Londres. « Il suffirait que ces prisons s’ouvrent pour que demain l’Iran puisse construire une grande démocratie », est-elle convaincue.   Protection de l’enfance : un scandale d’État Ayda Hadizadeh consacre une large part de son mandat à un autre combat : la protection des enfants placés, qu’elle qualifie sans détour de « scandale d’État ». À ses yeux, ces enfants pâtissent de politiques de la pénurie structurelles, dans un système où ni les éducateurs ni les familles d’accueil ne sont suffisamment valorisés, ni socialement ni budgétairement. La raison profonde ? « Ces enfants ne votent pas », dit-elle avec amertume. Sa proposition de loi, déposée le 16 septembre 2025 et visant à garantir à chaque enfant concerné par une mesure de protection le droit à un avocat, a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale : 269 voix pour, zéro contre. Le texte a ensuite été examiné par le Sénat, notamment grâce à l’engagement du sénateur Renaissance Xavier Iacovelli. Son retour à l’Assemblée est programmé le 30 juin prochain, avec le soutien du gouvernement. À écouter aussiAffaire Lyhanna: «Il faut investir massivement dans la justice», plaide Sylvain Maillard, député Renaissance   Un avocat pour chaque enfant, même nourrisson La loi concerne environ 300 000 enfants. Elle prévoit qu’un même avocat peut représenter une fratrie. Son rôle : apporter un contradictoire devant le juge, complémentaire aux éléments fournis par les services sociaux. Ayda Hadizadeh cite le modèle belge, qui a adopté ce dispositif dès 1994. « Partout où l’avocat est présent, notre décision s’en trouve améliorée », rapportent les juges belges. Elle décrit un cas concret : une avocate a pu signaler au juge que, lors des visites, un nourrisson reconstituait un lien affectif avec sa mère. Cette observation a permis d’envisager un retour à domicile qui, sans elle, n’aurait peut-être pas été considéré. Si le vote du 30 juin est conforme au texte adopté par le Sénat, la loi sera définitivement promulguée et entrera en vigueur le 2 janvier prochain. Au-delà de la technique juridique, Ayda Hadizadeh voit dans ce texte un enjeu culturel profond. Il impose à la société d’apprendre à se mettre à hauteur d’enfant, à recueillir et croire leur parole. Elle évoque Victor Hugo : Les Misérables, c’est déjà l’histoire d’une famille d’accueil abusive. « Notre société doit apprendre à se mettre à hauteur d’enfants, écouter leur parole et les croire ». À écouter aussiPourquoi la parole des enfants n'est-elle pas prise en compte?

  8. Jun 6

    Bastien Lachaud : «On ne va pas avoir de chars russes sur les Champs-Élysées»

    Député LFI de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission de la défense nationale, Bastien Lachaud est l’invité de L’Atelier politique. « Nouvelle France », crise calédonienne, budget militaire, Ukraine : il répond aux questions de Frédéric Rivière. La « Nouvelle France » : un projet politique, pas une essence Pour Bastien Lachaud, la France n’a pas de nature éternelle. Elle est une construction politique, faite de couches historiques successives. « L’essentialisation de la France est un racialisme. Quel est le pays qui a connu cinq républiques, deux empires, trois monarchies, un régime autoritaire en deux siècles ? Aucun. Nous sommes une construction politique. » La France de 2026, explique-t-il, est à 80% urbaine contre 55% en 1958. Presque toutes les femmes y travaillent. Elle intègre des générations issues de l’immigration postcoloniale. Cette transformation, estime Bastien Lachaud, appelle une refonte institutionnelle. « Un Français de 2026 n’a pas les mêmes aspirations qu’un Français de 1958. Il ne veut pas les mêmes institutions. Nous avons besoin d’une Constituante pour donner à cette Nouvelle France les institutions qui lui vont bien. » La Nouvelle France est aussi un projet économique. Bastien Lachaud plaide pour un investissement massif dans le quantique, le spatial, les fonds marins, la santé. « La Nouvelle France doit être une puissance qui investit dans les nouvelles technologies de l’avenir et qui aura une influence sur la marche du monde. » « Une France blanche et chrétienne n’a jamais existé » La présidente du groupe LFI Mathilde Panot a affirmé que l’extrême droite « fantasme une France qui n’existe pas et qui n’a jamais existé, une France blanche et chrétienne ». Bastien Lachaud, ancien professeur d’histoire, défend cette lecture. L’unité religieuse de l’Ancien Régime était, selon lui, une unité imposée par la violence. « Les Juifs étaient persécutés, les protestants avaient été massacrés lors de la Saint-Barthélémy. Quand on regarde les guerres de religion, on ne peut pas dire que la France était catholique et que tout le monde en était ravi. » C’est la Révolution française qui a produit une France politique unifiée, dit-il, notamment en accordant aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens. Le récit national homogène est, à ses yeux, une construction de la Troisième République, motivée par la volonté de récupérer l’Alsace et la Lorraine. « Si on regarde les travaux des historiens sérieux, on voit bien que tout ça est bien plus complexe. » Corps préfectoral : une plainte, une caractérisation politique En avril 2026, Bastien Lachaud publiait un texte accusant le corps préfectoral d’être « gangrené par l’idéologie xénophobe, islamophobe et raciste ». L’Association du corps préfectoral a déposé une plainte pour diffamation et injure. Il justifie sa diatribe par la réalité du terrain. Des étrangers en situation régulière, installés en France depuis vingt ans, pères et mères de famille français, sont dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour renouveler leurs titres de séjour. « Leurs titres de séjour arrivent à expiration, ils perdent leur emploi. Juste parce que la préfecture n’a pas donné le rendez-vous pour renouveler le titre de séjour. Vous trouvez que c’est normal ? » Bastien Lachaud qualifie ses propos de caractérisation politique, et non de diffamation. Il dénonce par ailleurs ce qu’il décrit comme une judiciarisation croissante visant les élus de la gauche radicale. « Jean-Luc Mélenchon, Aurélien Taché, Paul Vannier ont été attaqués en justice par des préfets. Depuis quand des préfets attaquent en justice des parlementaires qui font de la caractérisation politique ? » Nouvelle-Calédonie : une commission d’enquête bloquée Bastien Lachaud réclame la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences survenues en Nouvelle-Calédonie en 2024. « Quinze morts, 975 blessés, deux milliards d’euros de dégâts et on ne devrait pas aller chercher les responsables ? Tout le monde avait prévenu le gouvernement que s’il avançait sur le dégel du corps électoral, il y aurait une explosion sociale. » La résolution déposée le 12 février 2026 en vue de la création de cette commission d’enquête n’a pas abouti. Bastien Lachaud impute ce blocage à l’opposition conjointe des partis gouvernementaux et du Rassemblement national. Il retrace le fil historique : la colonisation de peuplement organisée par l’État jusqu’en 1972, l’inscription de la Kanaky sur la liste des territoires non décolonisés de l’ONU, les accords de Matignon-Oudinot de 1988 et de Nouméa de 1998. Il rappelle que les Kanaks avaient accepté, en 1983, de partager leur droit à l’autodétermination avec les autres habitants du territoire, un geste qu’il qualifie d’« inouï dans le droit international ». « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est en finir avec ça. Il faut que l’État retrouve un statut au minimum d’impartialité et accompagne la Nouvelle-Calédonie vers son indépendance, parce qu’il n’y aura pas d’autre issue. » À écouter aussiNouvelle-Calédonie : l’archipel des colères Budget militaire : sortir de l’OTAN pour redéfinir la défense Le 19 mai 2026, l’Assemblée nationale votait une rallonge de 36 milliards d’euros pour le budget militaire. Les députés LFI ont voté contre. Bastien Lachaud, annoncé par Jean-Luc Mélenchon comme futur ministre de la Défense en cas de victoire en 2027, assume ce choix. « Il faut se poser la question de ce que nous voulons faire avec tout cet argent. Quels sont les objectifs de nos armées ? Quels sont les risques que court notre pays ? » Ce budget est conçu, selon lui, pour alimenter la contribution française à l’OTAN en cas de conflit à l’est de l’Europe. Bastien Lachaud plaide pour une sortie de l’Alliance atlantique et un réinvestissement massif dans les domaines cyber et spatial, qu’il considère comme les fronts des menaces réelles. Sur la menace russe, il distingue deux niveaux. Une invasion terrestre de la France ? « On ne va pas avoir de chars russes sur les Champs-Élysées. Nous avons la dissuasion nucléaire et la Russie n’envahira pas une puissance nucléaire. » Des attaques hybrides ciblant les hôpitaux ? « Ce n’est pas parce qu’on va construire des canons qu’on va protéger nos hôpitaux. » À écouter aussiLoi de programmation militaire: 14 milliards d’euros de plus pour les armées? Ukraine : ni poutinophile, ni complice Bastien Lachaud est parfois accusé de partager la grille de lecture du Kremlin sur le conflit ukrainien. Il rejette cette qualification. « Oui, nous pensons qu’étendre l’OTAN aux frontières de la Russie est une provocation. Mais pour autant, l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine est totalement inacceptable. Oui, Poutine est responsable de l’invasion. Oui, c’est une violation inacceptable du droit international. Oui, il faut aider l’Ukraine à se défendre, et nous l’avons toujours dit. » Il refuse la confusion entre une analyse nuancée des responsabilités et une complicité avec Moscou. « Nous traiter de poutinophiles, c’est nous traiter d’ennemis de l’intérieur. Et traiter un opposant d’ennemi de l’intérieur, c’est nier tout débat démocratique. » À lire aussiGuerre en Ukraine: Zelensky propose une rencontre en tête à tête dans une lettre ouverte à Poutine Présidentielle 2027: la peur de la guerre L’élection présidentielle est dans onze mois et Bastien Lachaud voit dans le contexte international des raisons de se tourner vers Jean-Luc Mélenchon. « La guerre fait peur. Il y a une vraie angoisse chez les habitants. Et le discours gouvernemental n’aide pas, avec son économie de guerre et ses évocations d’envoi de soldats sur le front. Je pense qu’un discours rationnel, une voie non-alignée, indépendante, pacifique, comme le fait Jean-Luc Mélenchon trouve son audience. Les sondages le montrent. » À lire aussiFrance: Jean-Luc Mélenchon officialise sa candidature à la présidentielle 2027

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« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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