L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. 3d ago

    Bastien Lachaud : «On ne va pas avoir de chars russes sur les Champs-Élysées»

    Député LFI de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission de la défense nationale, Bastien Lachaud est l’invité de L’Atelier politique. « Nouvelle France », crise calédonienne, budget militaire, Ukraine : il répond aux questions de Frédéric Rivière. La « Nouvelle France » : un projet politique, pas une essence Pour Bastien Lachaud, la France n’a pas de nature éternelle. Elle est une construction politique, faite de couches historiques successives. « L’essentialisation de la France est un racialisme. Quel est le pays qui a connu cinq républiques, deux empires, trois monarchies, un régime autoritaire en deux siècles ? Aucun. Nous sommes une construction politique. » La France de 2026, explique-t-il, est à 80% urbaine contre 55% en 1958. Presque toutes les femmes y travaillent. Elle intègre des générations issues de l’immigration postcoloniale. Cette transformation, estime Bastien Lachaud, appelle une refonte institutionnelle. « Un Français de 2026 n’a pas les mêmes aspirations qu’un Français de 1958. Il ne veut pas les mêmes institutions. Nous avons besoin d’une Constituante pour donner à cette Nouvelle France les institutions qui lui vont bien. » La Nouvelle France est aussi un projet économique. Bastien Lachaud plaide pour un investissement massif dans le quantique, le spatial, les fonds marins, la santé. « La Nouvelle France doit être une puissance qui investit dans les nouvelles technologies de l’avenir et qui aura une influence sur la marche du monde. » « Une France blanche et chrétienne n’a jamais existé » La présidente du groupe LFI Mathilde Panot a affirmé que l’extrême droite « fantasme une France qui n’existe pas et qui n’a jamais existé, une France blanche et chrétienne ». Bastien Lachaud, ancien professeur d’histoire, défend cette lecture. L’unité religieuse de l’Ancien Régime était, selon lui, une unité imposée par la violence. « Les Juifs étaient persécutés, les protestants avaient été massacrés lors de la Saint-Barthélémy. Quand on regarde les guerres de religion, on ne peut pas dire que la France était catholique et que tout le monde en était ravi. » C’est la Révolution française qui a produit une France politique unifiée, dit-il, notamment en accordant aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens. Le récit national homogène est, à ses yeux, une construction de la Troisième République, motivée par la volonté de récupérer l’Alsace et la Lorraine. « Si on regarde les travaux des historiens sérieux, on voit bien que tout ça est bien plus complexe. » Corps préfectoral : une plainte, une caractérisation politique En avril 2026, Bastien Lachaud publiait un texte accusant le corps préfectoral d’être « gangrené par l’idéologie xénophobe, islamophobe et raciste ». L’Association du corps préfectoral a déposé une plainte pour diffamation et injure. Il justifie sa diatribe par la réalité du terrain. Des étrangers en situation régulière, installés en France depuis vingt ans, pères et mères de famille français, sont dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour renouveler leurs titres de séjour. « Leurs titres de séjour arrivent à expiration, ils perdent leur emploi. Juste parce que la préfecture n’a pas donné le rendez-vous pour renouveler le titre de séjour. Vous trouvez que c’est normal ? » Bastien Lachaud qualifie ses propos de caractérisation politique, et non de diffamation. Il dénonce par ailleurs ce qu’il décrit comme une judiciarisation croissante visant les élus de la gauche radicale. « Jean-Luc Mélenchon, Aurélien Taché, Paul Vannier ont été attaqués en justice par des préfets. Depuis quand des préfets attaquent en justice des parlementaires qui font de la caractérisation politique ? » Nouvelle-Calédonie : une commission d’enquête bloquée Bastien Lachaud réclame la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences survenues en Nouvelle-Calédonie en 2024. « Quinze morts, 975 blessés, deux milliards d’euros de dégâts et on ne devrait pas aller chercher les responsables ? Tout le monde avait prévenu le gouvernement que s’il avançait sur le dégel du corps électoral, il y aurait une explosion sociale. » La résolution déposée le 12 février 2026 en vue de la création de cette commission d’enquête n’a pas abouti. Bastien Lachaud impute ce blocage à l’opposition conjointe des partis gouvernementaux et du Rassemblement national. Il retrace le fil historique : la colonisation de peuplement organisée par l’État jusqu’en 1972, l’inscription de la Kanaky sur la liste des territoires non décolonisés de l’ONU, les accords de Matignon-Oudinot de 1988 et de Nouméa de 1998. Il rappelle que les Kanaks avaient accepté, en 1983, de partager leur droit à l’autodétermination avec les autres habitants du territoire, un geste qu’il qualifie d’« inouï dans le droit international ». « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est en finir avec ça. Il faut que l’État retrouve un statut au minimum d’impartialité et accompagne la Nouvelle-Calédonie vers son indépendance, parce qu’il n’y aura pas d’autre issue. » À écouter aussiNouvelle-Calédonie : l’archipel des colères Budget militaire : sortir de l’OTAN pour redéfinir la défense Le 19 mai 2026, l’Assemblée nationale votait une rallonge de 36 milliards d’euros pour le budget militaire. Les députés LFI ont voté contre. Bastien Lachaud, annoncé par Jean-Luc Mélenchon comme futur ministre de la Défense en cas de victoire en 2027, assume ce choix. « Il faut se poser la question de ce que nous voulons faire avec tout cet argent. Quels sont les objectifs de nos armées ? Quels sont les risques que court notre pays ? » Ce budget est conçu, selon lui, pour alimenter la contribution française à l’OTAN en cas de conflit à l’est de l’Europe. Bastien Lachaud plaide pour une sortie de l’Alliance atlantique et un réinvestissement massif dans les domaines cyber et spatial, qu’il considère comme les fronts des menaces réelles. Sur la menace russe, il distingue deux niveaux. Une invasion terrestre de la France ? « On ne va pas avoir de chars russes sur les Champs-Élysées. Nous avons la dissuasion nucléaire et la Russie n’envahira pas une puissance nucléaire. » Des attaques hybrides ciblant les hôpitaux ? « Ce n’est pas parce qu’on va construire des canons qu’on va protéger nos hôpitaux. » À écouter aussiLoi de programmation militaire: 14 milliards d’euros de plus pour les armées? Ukraine : ni poutinophile, ni complice Bastien Lachaud est parfois accusé de partager la grille de lecture du Kremlin sur le conflit ukrainien. Il rejette cette qualification. « Oui, nous pensons qu’étendre l’OTAN aux frontières de la Russie est une provocation. Mais pour autant, l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine est totalement inacceptable. Oui, Poutine est responsable de l’invasion. Oui, c’est une violation inacceptable du droit international. Oui, il faut aider l’Ukraine à se défendre, et nous l’avons toujours dit. » Il refuse la confusion entre une analyse nuancée des responsabilités et une complicité avec Moscou. « Nous traiter de poutinophiles, c’est nous traiter d’ennemis de l’intérieur. Et traiter un opposant d’ennemi de l’intérieur, c’est nier tout débat démocratique. » À lire aussiGuerre en Ukraine: Zelensky propose une rencontre en tête à tête dans une lettre ouverte à Poutine Présidentielle 2027: la peur de la guerre L’élection présidentielle est dans onze mois et Bastien Lachaud voit dans le contexte international des raisons de se tourner vers Jean-Luc Mélenchon. « La guerre fait peur. Il y a une vraie angoisse chez les habitants. Et le discours gouvernemental n’aide pas, avec son économie de guerre et ses évocations d’envoi de soldats sur le front. Je pense qu’un discours rationnel, une voie non-alignée, indépendante, pacifique, comme le fait Jean-Luc Mélenchon trouve son audience. Les sondages le montrent. » À lire aussiFrance: Jean-Luc Mélenchon officialise sa candidature à la présidentielle 2027

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  2. May 30

    Bruno Le Maire : «Le modèle français est devenu un anti-modèle»

    Ancien ministre de l’Économie et des Finances de 2017 à 2024, Bruno Le Maire publie aux éditions Gallimard Le temps d’une décision, un essai sur la paralysie de l’État, l’urgence de réformer le modèle français et l’avenir de l’Europe. Invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.   La monarchie technocratique en accusation Bruno Le Maire se décrit lui-même comme « un pur produit » du système qu’il entend dénoncer. Il y voit une exigence de lucidité. Le diagnostic qu’il pose dans son livre est implacable : l’État français ne fonctionne plus. « Le fonctionnement de l’État autour des hauts fonctionnaires ne donne pas les résultats que les Français sont en droit d’attendre. On ne sait plus qui fait quoi. Plus personne n’est responsable de rien. » La formule qu’il emploie dans le livre est sévère. Bruno Le Maire dénonce une « monarchie technocratique », incarnation d’un pouvoir confisqué par des personnes qui n’ont de comptes à rendre à personne. « J’appelle monarchie technocratique cette ambiance de cour où des cloportes, jamais élus, jamais confrontés au peuple, jamais sortis du cocon de leurs certitudes, exercent un pouvoir de nuisance sans limites parce qu’ils nichent dans la bonne aile du palais. » Pour Bruno Le Maire, la solution passe par une réforme radicale du recrutement et de l’organisation des élites. Il plaide pour une direction de l’État ouverte aux chefs d’entreprise, aux scientifiques, aux professionnels du privé, nommés pour des mandats limités. Il réclame également que les ministres retrouvent une autorité pleine et entière sur leur administration. « La haute fonction publique doit être indépendante. Son recrutement doit être infiniment plus varié qu’il ne l’est aujourd’hui. »   La dette : une scène fondatrice Bruno Le Maire a choisi d’ouvrir son livre par une anecdote personnelle. À Chamonix, un homme l’interpelle violemment : il refuse de lui serrer la main, lui reproche d’avoir « ruiné nos enfants » et lui conseille de se mettre « la tête dans un trou de golf ». « La vie politique, c’est beaucoup de cicatrices, c’est des réussites et c’est beaucoup d’échecs. Le rétablissement des comptes, je n’y suis pas arrivé, malgré tous les efforts que j’ai pu faire, toutes les décisions difficiles que j’ai pu prendre. » Bruno Le Maire retrace l’entretien de près d’une heure qu’il a eu avec cet homme. Il y voit le révélateur d’un problème structurel, non d’une responsabilité individuelle. « Depuis que je suis parti, la dette a augmenté de 250 milliards d’euros. Donc, si ça se trouve, le problème, ce n’est pas Bruno Le Maire. C’est un problème systémique d’accroissement de la dette depuis 40 ans dans notre pays. » Sur la trajectoire à suivre, Bruno Le Maire est net : ni augmentation des impôts, ni abandon de la réforme des retraites. Il plaide pour une refondation du modèle social, de la santé et de la retraite. « Soit vous refondez le modèle de protection sociale, soit je veux peser mes mots, nous irons droit dans le mur. »   La décision confisquée Le fil conducteur du livre est l’érosion de la capacité à décider. Bruno Le Maire tire ce constat de trente ans de vie publique. « La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties. » Bruno Le Maire illustre ce diagnostic par l’exemple d’une retenue collinaire en Lot-et-Garonne : le président de la République avait donné son accord, le ministre de l’Agriculture aussi. Un an plus tard, rien n’avait bougé. « Comme tout le monde décide de tout, plus personne n’est responsable de rien. Voilà exactement la situation de l’organisation de la vie politique en France. » Face à ce constat, Bruno Le Maire formule des propositions précises : dix ministres fixés dans la Constitution, un droit de veto budgétaire pour le ministre des Finances, une autonomie fiscale et normative accordée aux collectivités locales, et un recours plus fréquent au référendum. « La meilleure façon de défendre la démocratie, c’est d’aller au cœur de la démocratie, c’est-à-dire aller vers le peuple. »   Le principe d’innovation contre le principe de précaution Bruno Le Maire pointe un autre frein : la culture du risque zéro qui paralyse l’action publique. Il constate que, malgré les discours sur la simplification, la France n’a jamais compté autant de normes. «Ça fait dix ans qu’on dit qu’il faut simplifier, qu’il faut moins de règles, moins de normes. Le couperet vient de tomber : il n’y en a jamais eu autant. Nos concitoyens disent légitimement : mais c’est quoi ces branquignols ? » Bruno Le Maire plaide pour substituer au principe de précaution un principe d’innovation. Il y voit une condition pour que la France tire parti de la révolution technologique en cours, de l’intelligence artificielle aux semi-conducteurs. « C’est le moment de prendre des risques. C’est le moment de retrouver l’esprit français qui est un esprit scientifique, innovant, un esprit qui creuse l’avenir au lieu de se réfugier systématiquement dans le passé. »   La France dans le monde : qui décide en 2026 ? Bruno Le Maire dresse un tableau sombre des rapports de force internationaux. Selon lui, le monde est aujourd’hui dirigé par trois forces : les dirigeants autoritaires, les géants de la technologie et les grands fonds d’investissement. « Ceux qui dirigent le monde, ce sont soit les dirigeants autoritaires, Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine, soit des gens que l’on voit moins mais qui ont peut-être une influence tout aussi importante : ce sont les gens de la tech. » Pour Bruno Le Maire, la France et l’Europe ont tous les atouts pour peser dans ce monde. Mais à une condition : réformer leur organisation politique. « Le problème, ce n’est pas les Français. Le problème, c’est la politique. Et tant que vous ne changerez pas l’organisation politique du pays, les Français seront bridés dans leurs résultats. »   L’Union franco-allemande, nécessité absolue L’axe franco-allemand est, pour Bruno Le Maire, le pivot indispensable d’une Europe forte. Il déplore l’éloignement progressif des deux pays et formule des propositions concrètes. « Je pense que l’Union franco-allemande est devenue une nécessité aujourd’hui. Si vous voulez résister à la montée en puissance extraordinairement rapide de la Chine et des États-Unis. » Bruno Le Maire propose notamment de remplacer le Conseil des ministres franco-allemand semestriel par une réunion mensuelle, et d’aligner les calendriers électoraux des deux pays. Il illustre l’urgence par le dossier de l’industrie automobile. « Si nous ne sommes pas capables, Français et Allemands, d’avoir une stratégie commune sur l’industrie automobile dans quelques mois, l’industrie automobile européenne aura laissé la place à l’industrie automobile chinoise. »   Sécurité : changer le droit si nécessaire Bruno Le Maire aborde également la question de la sécurité, qu’il érige en condition préalable à toute paix civile. Trente ans de déplacements en France lui ont permis de mesurer l’extension du trafic de stupéfiants. « Où que j’aille en France, grandes villes ou petites villes, quartiers sensibles ou petites communes rurales, le constat est le même : la gangrène de la drogue a pris partout. » Pour y répondre, Bruno Le Maire plaide pour des capacités d’enquête élargie, des perquisitions administratives simplifiées, et, si nécessaire, des évolutions du cadre juridique. « Je sais que c’est en dehors du droit tel qu’il existe aujourd’hui, mais tout cela me paraît absolument indispensable si on veut rétablir la paix civile et la concorde dans notre pays. »   2027 Les dernières lignes du livre de Bruno Le Maire sont explicitement politiques. Sans annoncer de candidature, il ne ferme aucune porte. « L’engagement politique fait partie de ma vocation personnelle, comme l’écriture, et je le poursuivrai quoiqu’il arrive. » Sur la dette, il refuse de fixer un délai mais insiste sur la direction : une baisse régulière, année après année, à la faveur d’une refondation complète du modèle économique et social. « Ce qui compte plus que tout, ce n’est pas le délai, c’est la direction. Si vous avez une direction dans laquelle la dette baisse régulièrement, année après année, parce que vous avez refondé le modèle, c’est l’état final souhaité. » Bruno Le Maire referme ainsi un livre qui se lit moins comme un bilan que comme un programme : celui d’un homme qui veut croire que la France peut redevenir, selon ses mots, « la grande nation qu’elle a été ».

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  3. May 16

    Sandro Gozi: «Il faut construire une union de la défense à l’intérieur de l’Union européenne»

    Sandro Gozi, député européen du groupe Renew, secrétaire général du Parti démocrate européen et depuis peu conseiller de Paris, est l’invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière sur les grands défis du moment : la santé publique, la protection des mineurs en ligne, la souveraineté numérique, la défense européenne et les échéances politiques de 2027. La santé, parent pauvre de l’intégration européenne La réapparition du hantavirus en Europe a remis sur le devant de la scène la question de la coordination sanitaire entre les États membres. Pour Sandro Gozi, des progrès réels ont été accomplis depuis la crise du Covid-19, mais ils restent insuffisants. « On est mieux équipé maintenant qu’à l’époque du Covid-19, mais je crois que la santé mériterait des réformes encore plus importantes au niveau européen. » « L’Union européenne a d’ores et déjà renforcé l’échange de données de santé entre États membres, encouragé la relocalisation de la production de médicaments et harmonisé les conditions de libre circulation des patients. La Commission européenne a également présenté un plan de six milliards d’euros pour renforcer les capacités de prévention et de coordination en cas de pandémie. » Mais pour aller plus loin, et notamment instaurer un ministre européen de la Santé doté de pouvoirs réels, Sandro Gozi rappelle que cela supposerait de réviser les traités. En l’état actuel du droit européen, la santé reste une compétence essentiellement nationale. « Il y a une dimension transfrontalière, transnationale, de la santé qui mériterait des règles et une action beaucoup plus forte au niveau européen. Cela devrait être au moins une compétence partagée. » Réseaux sociaux : l’Europe sous pression La protection des mineurs en ligne constitue un autre chantier prioritaire pour Sandro Gozi. La Commission européenne prépare une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les plus jeunes, avec des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel des plateformes qui ne respecteraient pas les règles. « Le fait que la Commission commence à bouger. C’est un grand succès, notamment de la France. » Sandro Gozi salue l’initiative française d’avoir légiféré au niveau national, ce qui a poussé Bruxelles à agir. Il rappelle que le Digital Services Act prévoit déjà des sanctions significatives, et qu’une obligation de transparence des algorithmes a été imposée aux plateformes. « Maintenant, les autorités publiques, les chercheurs peuvent ouvrir ces boîtes noires et regarder comment ça se passe. » Au-delà des règles, Sandro Gozi insiste sur la nécessité d’une éducation numérique des mineurs et des parents. Il dénonce le modèle économique des plateformes, conçu pour favoriser la viralité des contenus offensifs et haineux. « C’est vraiment un fléau numérique, ce qui se passe avec la santé mentale de nos enfants. Un fléau. » Souveraineté numérique : résister aux pressions américaines La question de la régulation numérique dépasse, pour Sandro Gozi, le simple cadre technique : elle constitue un enjeu de souveraineté. Et les pressions ne manquent pas. L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, multiplie les interventions auprès des institutions européennes pour obtenir l’abandon ou le non-respect des législations numériques adoptées par l’Union. « Les faits que l’administration américaine, sous la pression des Big Tech, est en train d’exercer des pressions énormes, inacceptables sur la Commission européenne, sur les commissaires, sur le Parlement européen, sur les gouvernements pour qu’on élimine, pour qu’on abroge, pour qu’on n’applique pas la législation numérique que nous avons déjà adoptée. C’est inacceptable et nous devons résister. » Sandro Gozi défend une « voie européenne » du numérique : ni le Far West américain, ni le contrôle total du Parti communiste chinois. « C’est une voie qui veut favoriser l’innovation, mais qui veut aussi protéger les droits fondamentaux, les données personnelles et notamment les droits de nos enfants. » Mercosur : une erreur politique de la Commission L’entrée en vigueur provisoire de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le 1er mai, a suscité de vives critiques, notamment de la part du monde agricole français. Sandro Gozi a voté contre cet accord. « J’ai voté contre le Mercosur parce que la circonscription dans laquelle je suis élu, la France, était absolument contre, parce que les Français étaient absolument contre. » Sandro Gozi ne nie pas l’intérêt stratégique d’un marché commun de 700 millions de consommateurs entre l’Europe et l’Amérique latine. Mais il pointe les lacunes de cet accord, négocié sur une période de vingt ans et inadapté aux nouvelles contraintes imposées aux agriculteurs européens en matière de pesticides et de modes de production. « La Commission a commis une erreur politique. C’est un accord du passé, qui ne tient pas compte des nouveaux engagements sur le climat, qui ne tient pas compte du fait qu’on a imposé aux agriculteurs des normes très contraignantes. » « Il n’y a pas d’autonomie, il n’y a pas d’indépendance stratégique européenne de la défense s’il n’y a pas aussi une industrie européenne. » Le RN et 2027 : « Le risque de paralysie » La question d’une éventuelle victoire du Rassemblement national en 2027 amène Sandro Gozi à une analyse sans ambages : « Le risque de paralysie » pour l’Union européenne, dont la France est un État incontournable. Quant à la présidentielle de 2027, Sandro Gozi évoque son engagement futur avec prudence, en indiquant qu’il soutiendra le candidat portant les meilleurs projets pour la France et pour l’Europe. Sur une éventuelle candidature d’Emmanuel Macron en 2032, la réponse est plus directe. « Moi, j’ai beaucoup d’estime pour Emmanuel Macron. Je crois qu’il a été un président, notamment à l’échelle européenne et internationale, visionnaire et courageux. Et si en 2032, Emmanuel Macron se présente, j’essaierai, comme en 2017, d’être un de ses soutiens. » Défense européenne : « Une union dans l’Union » Face aux menaces aux frontières orientales de l’Europe, Sandro Gozi plaide pour une intégration militaire renforcée. « Il faut construire une union dans l’Union, une union de la défense à l’intérieur de l’Union européenne. Pourquoi une union dans l’Union ? Parce qu’il faut aller de l’avant avec les pays qui ont la volonté, sans attendre les plus lents. » Sandro Gozi souligne également l’importance d’une industrie de défense européenne autonome. L’Union européenne a mobilisé 150 milliards d’euros pour des projets européens dans ce domaine, mais la fragmentation des standards militaires entre États membres reste un obstacle majeur.

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  4. May 9

    Julien Odoul: «Ce ne sont pas les mollahs qui fixent le taux de TVA sur les carburants»

    Député Rassemblement national de la troisième circonscription de l’Yonne et membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, Julien Odoul est l’invité de l’Atelier Politique. À moins d’un an de la présidentielle, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Mélenchon, locomotive indésirable Jean-Luc Mélenchon vient de confirmer sa candidature à l’élection présidentielle. Pour Julien Odoul, c’est une menace : « Je vois en lui surtout une idéologie, un modèle de société extrêmement dangereux pour notre pays ». Il reconnaît cependant que le leader de la France insoumise dispose de qualités rares à gauche : savoir tenir une campagne, réveiller un électorat, avancer des idées. « Mélenchon, malheureusement, sera toujours la locomotive de la gauche et de l’extrême gauche », constate Julien Odoul. Il interprète la candidature hâtive du leader de LFI comme une manœuvre pour couper l’herbe sous le pied au « courant racialiste » de son propre parti, incarné selon lui notamment autour de figures comme Bally Bagayoko ou Rima Hassan. À lire aussiFrance: Jean-Luc Mélenchon officialise sa candidature à la présidentielle 2027 Marine Le Pen ou Jordan Bardella : deux candidats, un seul choix Sur la question de la candidature à la présidentielle au sein du Rassemblement national, Julien Odoul refuse de trancher : « On a la chance d’avoir deux candidats très préparés. » Il reconnaît que Marine Le Pen bénéficie de l’expérience accumulée lors de trois campagnes présidentielles. Mais il défend Jordan Bardella avec conviction, mettant en avant son parcours : responsable départemental très jeune, président des jeunes, tête de liste aux Européennes, désormais président du Rassemblement national. « Il a surtout une qualité que n’ont pas les autres : l’amour du peuple français », affirme Julien Odoul. Politique étrangère : la fin de la naïveté Julien Odoul imagine sans hésitation Jordan Bardella faire face à Donald Trump ou Vladimir Poutine. Il écarte le scénario d’une France qui s’écraserait. « Il défendra bec et ongles les intérêts de la France, les intérêts stratégiques, les intérêts économiques, les intérêts commerciaux. » Il décrit la France actuelle comme « l’idiot du village mondial, celle qui reçoit les gifles et qui dit merci ». La rupture revendiquée est présentée comme un retour à la tradition gaullienne, selon lui enterrée par les présidents successifs et, plus particulièrement, par Emmanuel Macron. « À aucun moment, il n’y aura ni d’influence ni de soumission envers qui que ce soit », tranche Julien Odoul. Pouvoir d’achat : la TVA comme arme électorale Sur le terrain économique, Julien Odoul place le pouvoir d’achat au cœur de la prochaine campagne. Il cible directement la politique fiscale du gouvernement français sur les carburants. « Ce ne sont pas les mollahs qui fixent le taux de TVA, c’est le gouvernement français. » Il cite en exemple l’Espagne, où une TVA à 10% sur l’essence maintient le prix autour de 1,50 € le litre. La proposition du Rassemblement national est précise : ramener la TVA de 20% à 5,5% sur toutes les énergies — carburants, fioul, électricité, gaz. « Ce qui rend en moyenne 150 à 200 € de pouvoir d’achat par mois à chaque ménage », avance Julien Odoul. Il réfute l’argument selon lequel cette mesure profiterait aussi à ceux qui n’en ont pas besoin : selon lui, les premiers concernés sont les travailleurs — infirmières libérales, agriculteurs, routiers — qui dépendent de leur véhicule chaque jour. Solidarité nationale : remettre l’église au centre du village Interrogé sur le terme « assistanat » utilisé par Marine Le Pen le 1ᵉʳ mai, Julien Odoul cadre la position du parti autour d’un principe : la priorité nationale dans l’attribution des aides sociales. « On a toujours considéré que celui qui travaille devait toucher plus que celui qui ne travaille pas. » Il évoque la fraude sociale, évaluée selon lui à 50 milliards d’euros par an par des rapports parlementaires, et dénonce un logement social qui profiterait en majorité à des ressortissants étrangers. « Il faut remettre l’église au centre du village et que ce produit, qui est le fruit des contributions des travailleurs français, revienne en priorité aux Français », déclare Julien Odoul. Islam et islamophobie  Julien Odoul avait déclaré sur France Info : « l’islamophobie est légale dans notre pays ». Interrogé sur le sens de ces propos, il maintient une distinction entre critique de la religion et stigmatisation des croyants. « On a le droit, depuis la Révolution française, de critiquer les religions qui sont des opinions religieuses. On n’a pas le droit de stigmatiser les croyants. C’est ça la différence ». Selon Julien Odoul, le concept d’islamophobie aurait été « instrumentalisé par les Frères musulmans » pour bloquer toute critique de la religion islamique et mettre une cible dans le dos de ceux qui s’y risquent. Il cite Charlie Hebdo et Samuel Paty. Il accuse LFI et l’extrême gauche de « dérouler le tapis rouge aux Frères musulmans » en faisant usage de cette notion, afin de taire toute critique des « marqueurs de l’islamisme ». Après une victoire du RN : le scénario du chaos écarté Interrogé sur les risques de tensions ou d’émeutes qui pourraient survenir après une éventuelle victoire du Rassemblement national. Il balaie la question. « Les émeutes ont déjà eu lieu. En 2023, elles n’ont pas attendu l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir ». Il décrit le scénario catastrophiste comme « fantasmé par certains, agité par d’autres » pour dissuader les électeurs. Et il retourne l’argument : « Ça fait maintenant neuf ans que nous vivons le chaos avec le macronisme », assure Julien Odoul. Il égrène des chiffres : mille coups et blessures par jour, cent vingt attaques au couteau par jour, une recrudescence des viols, un trafic de drogue banalisé. Des données qu’il présente comme caractéristiques de la période actuelle. « Un scandale démocratique » : le dossier du financement Le Rassemblement national peine à obtenir des emprunts auprès des banques françaises pour financer la campagne présidentielle, une situation qu’il juge inacceptable. « C’est un scandale démocratique. Un parti qui est donné en tête de l’élection présidentielle, qui a rassemblé 13 millions de voix en 2022, qui est le premier groupe à l’Assemblée nationale, qui ne pourrait pas se voir financer sa campagne ? C’est totalement hallucinant ». Julien Odoul réclame la création d’une « banque de la démocratie », promesse d’Emmanuel Macron en 2017 selon lui jamais honorée, qui permettrait à tous les candidats d’accéder à des fonds à égalité. Il assure que le financement de la campagne sera trouvé d’une manière ou d’une autre, mais maintient que la difficulté révèle « un sérieux problème démocratique ». À écouter aussiPrésidentielle en France: le RN enchaîne les refus bancaires et peine à financer sa campagne

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  5. May 2

    Sandrine Rousseau: «Parce qu’elle est subversive par nature, l’écologie ne sera jamais respectable»

    Figure de l’écologie radicale et féministe, Sandrine Rousseau est députée écologiste de Paris. Elle vient de publier Tu nuis à la cause aux éditions La Meute, un essai dans lequel elle défend la radicalité comme condition du progrès. Invitée de L’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Crise énergétique : le blocage des prix comme réponse immédiate La flambée des prix des carburants, consécutive au conflit en Iran, place des millions de Français dans une situation intenable. Pour Sandrine Rousseau, la réponse est sans ambiguïté. « La seule mesure efficace à très court terme est très facile à mettre en place, c’est le blocage des prix », affirme-t-elle. « On se dit qu’il est très urgent de limiter cette espèce de spéculation à la hausse du prix du pétrole, qui finit par une baisse conséquente de la capacité à vivre des gens. » Sandrine Rousseau pointe l’inaction des pouvoirs publics depuis la précédente crise pétrolière, au moment de l’invasion russe en Ukraine. Rien n’a bougé sur l’isolation des logements, sur la mobilité non carbonée, sur le développement du télétravail. Les professionnels dépendant d’un véhicule thermique — aides à domicile, infirmières, livreurs — paient le prix de cette inertie. Terres rares : l’illusion du tout-électrique Faut-il simplement remplacer la voiture à essence par une voiture électrique ? Sandrine Rousseau s’y refuse. Elle prend une position qui la distingue, dit-elle, de la ligne officielle de son propre parti. « Je pense qu’il est totalement illusoire de dire aux gens qu’on va remplacer leur voiture par une autre voiture qui fonctionnera différemment et que rien d’autre ne changera. » Elle cite la course aux terres rares, dont la Chine concentre une large part de l’extraction et du raffinage, et rappelle que Trump a parlé de conquérir le Groenland précisément pour cette ressource. « On doit penser nos modes de vie de manière différente, et ce n’est pas juste une espèce de substitution d’un bien par un autre qui va nous permettre de sortir de la crise », insiste Sandrine Rousseau. La mobilité, bien public : le modèle de l’après-guerre Pour les zones rurales, Sandrine Rousseau défend une vision : faire de la mobilité un service public universel, sur le modèle de l’électrification d’après-guerre. « Après la guerre, on a décidé qu’il fallait que toutes les maisons aient accès à l’électricité, au téléphone. On a fait des services publics parce qu’on savait que ça coûterait très cher. » Elle plaide pour un « État stratège », capable d’investir jusqu’aux territoires les plus isolés. Sandrine Rousseau rejette l’idée que l’écologie serait ennemie de la liberté. Elle prend l’exemple des femmes victimes de violences en milieu rural, souvent privées de véhicule par leur conjoint : un service public de transport leur offrirait une voie d’émancipation concrète. Présidentielle 2027 : une explosion sociale en prévision L’élection présidentielle se profile à moins d’un an. Sandrine Rousseau anticipe un choc social inédit. « Cette situation internationale va générer une inflation terrible en France, et l’inflation est insupportable pour une partie de la population qui, déjà, n’avait pas de quoi manger pendant tout le mois. » Elle observe que la crise touche désormais les classes moyennes : un enseignant, dit-elle, n’a plus les moyens de partir en vacances. « Je prévois que d’ici un an, il y ait véritablement un mouvement social d’une ampleur que je pense inédite en France. » « Hacker » les partis : un appel à l’engagement citoyen Dans son livre, Sandrine Rousseau appelle à « hacker les partis politiques ». Elle s’en explique. « Les partis ont des logiques très identitaires qui ne représentent pas l’aspiration d’un peuple de gauche et écologiste. » Elle s’indigne que des personnalités élues par cinq mille militants – « ce qui n’est rien par rapport à un député élu par au moins trente mille personnes » – décident du destin de la France. Son appel est pragmatique : prendre sa carte dans un parti, même temporairement, même pour quelques mois, pour peser sur les choix stratégiques. « Si tout le monde prenait sa carte massivement pour dire arrêtez de faire n’importe quoi, la destinée politique de la France serait très changée. » Les écologistes à la croisée des chemins Les résultats décevants des écologistes aux dernières élections – européennes, municipales – inquiètent Sandrine Rousseau, qui évoque même le risque d’une « disparition » à la présidentielle. « On a pensé que l’écologie pouvait être normalisée, respectable. Mais l’écologie, parce qu’elle est subversive par nature, ne peut et ne pourra jamais être respectable. » Elle critique cette « écologie en cravate » qui perd sa singularité. Elle convoque la mémoire des faucheurs volontaires, des militants enchaînés aux rails lors des convois de déchets radioactifs, du comptage citoyen des particules après Tchernobyl mené par Michèle Rivasi. « Cette écologie-là, pour moi, c’est une écologie qu’il faut reconvoquer. » Tonton, la cause et les luttes : les mots pour le dire Le « tonton » qui donne son architecture au livre n’est pas un ennemi. C’est un archétype – homme blanc, la cinquantaine hétérosexuelle – qui « ne s’est jamais vraiment questionné sur ses privilèges ». Sandrine Rousseau précise d’emblée : tout le monde a « des molécules de tonton en soi », elle y compris. Sur la distinction entre « cause » et « lutte sociale », Sandrine Rousseau est tranchante. Parler de « cause », dit-elle, revient à affaiblir le sujet, à le renvoyer à l’affect plutôt qu’à l’histoire. « Le féminisme, c’est une lutte sociale très ancienne, qui a plusieurs siècles. Les suffragettes ont été torturées, enfermées, certaines en sont mortes. Dire "cause", c’est une manière presque d’affaiblir le sujet. » Elle défend aussi les néologismes militants – féminicide, misogynoir, validisme, greenwashing. L’histoire du mot « féminicide » est éclairante : inventé par des bénévoles qui épluchaient la presse régionale pour compter les femmes tuées par leur conjoint, il a fini par s’imposer dans les rapports officiels du ministère de la Justice. Religion catholique et patriarcat : une ligne claire Dans un récent débat radiophonique avec le député du Rassemblement national Julien Odoul, Sandrine Rousseau avait qualifié la religion catholique de « plus grand boys club au monde ». Elle maintient sa position. « En 2026, il n’y a pas une seule femme prêtre. C’est incroyable. Il y a des femmes rabbins, il y a même des femmes imams. » Elle élargit le propos aux trois grandes religions monothéistes, qu’elle décrit comme unanimes sur une chose : le contrôle du corps des femmes. Elle cite l’Iran et l’Afghanistan comme exemples de théocraties où les femmes sont « les premières victimes », qualifiant la situation afghane « d’ apartheid de genre ». « Fierté au rabais » : ce que la droite a fait du drapeau Autre formule qui a fait réagir : « La fierté d’être Français est une fierté au rabais ». Sandrine Rousseau s’en explique sans se dédire. « Il y a eu un braquage par l’extrême droite de la notion de fierté, qui nous renvoie à une fierté d’être né sous les couleurs d’un drapeau bleu, blanc, rouge. Alors que la vraie fierté française, c’est d’avoir des services publics, une protection sociale, une mise en commun de notre richesse. » Elle observe que cette fierté-là – qui « demande de l’argent public, de la volonté politique, de l’encadrement des marchés » – est « en train d’être piétinée » pendant qu’on vend aux citoyens la fierté moins coûteuse d’un drapeau. « L’outrance n’est pas de mon côté » En fin d’entretien, Sandrine Rousseau est interrogée sur ses propres limites. A-t-elle parfois eu le sentiment d’être allée trop loin ? La réponse est directe. « Quand on me traite de féminazies, de Khmers verts ou d’éco-terroristes, je me dis que l’outrance n’est pas de mon côté. »

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  6. Apr 25

    Erwan Balanant: «Tout ce qui constitue l’État de droit n’est ni de droite ni de gauche»

    Député MoDem du Finistère depuis 2017, Erwan Balanant est un parlementaire très actif sur les questions de protection de l’enfance, de liberté de création et de régulation numérique. Auteur de la loi de 2022 sur le harcèlement scolaire, rapporteur de la commission d’enquête sur les violences dans le monde de la culture, il revient sur ses combats législatifs et propose son analyse sur l’état de la démocratie. Invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Le harcèlement scolaire : des avancées rattrapées par les réseaux Cinq ans après la remise de son rapport parlementaire sur le harcèlement scolaire, Erwan Balanant dresse un bilan contrasté. La loi qui porte son nom a donné pour la première fois une définition légale au phénomène, et une prise de conscience a gagné une partie de la société. Mais le député finistérien considère que les progrès réalisés ont été réduits par la montée en puissance des algorithmes. Erwan Balanant pointe en particulier la dimension continue du harcèlement en ligne, qui prive les victimes de tout répit : « Quand vous étiez harcelé à l’école, une fois que vous étiez chez vous, vous aviez un certain répit. Aujourd’hui, les enfants n’ont aucun répit. » La régulation des plateformes : l’espace numérique soumis aux mêmes règles Pour Erwan Balanant, la solution n’est pas uniquement répressive. Elle implique une réforme profonde du cadre juridique applicable aux grandes plateformes. Il établit une comparaison directe avec l’espace public physique : dans la rue, l’anonymat de fait n’exclut pas la responsabilité pénale. Il en déduit que la même logique doit s’appliquer en ligne. « L’espace public numérique doit avoir les mêmes règles que l’espace public. Pour moi, c’est simple, et si on fait ça, on arrivera à réguler. » Erwan Balanant plaide pour que les plateformes assument une responsabilité éditoriale comparable à celle d’un directeur de publication. Il estime que l’espace numérique est aujourd’hui « régulé par les algorithmes et par la finance », ce qui constitue selon lui un problème de fond pour la démocratie. Violences dans la culture : 17 mesures législatives en préparation Rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les violences dans le monde de la culture aux côtés de Sandrine Rousseau, Erwan Balanant annonce la publication imminente d’un texte législatif. Le député rappelle que plus de 80% des victimes recensées dans ce secteur sont des femmes, et que les travaux de la commission ont déjà entraîné l’évolution de plusieurs conventions collectives. Le texte, qui doit être présenté à l’occasion du Festival de Cannes, comprend dix-sept mesures législatives. Erwan Balanant précise que le dispositif dépasse le seul secteur culturel : « On profite de ce texte pour proposer un dispositif de contrôle renforcé de l’honorabilité des personnes qui s’occupent ou qui ont la responsabilité d’enfants. » Pour Erwan Balanant, ce résultat illustre la valeur du travail parlementaire conduit avec méthode : « C’est justement le travail des commissions d’enquête quand elles sont menées avec sérieux. » Restitution des œuvres : « un texte de réconciliation entre les peuples » Adoptée à l’unanimité le 13 avril 2026 par l’Assemblée nationale, la loi facilitant la restitution des œuvres acquises durant la période coloniale a reçu le soutien d’Erwan Balanant. Le député y voit une question de justice culturelle autant que de mémoire. Pour l’expliquer, Erwan Balanant recourt à une métaphore botanique : « Il y a des arbres qui continuent à pousser quand ils ont été déracinés sur une autre terre, mais jamais ils ne s’expriment mieux que sur la terre où ils sont nés. Et les œuvres d’art, c’est la même chose. » Il décrit le texte comme « un texte de réconciliation entre les peuples », à condition que les œuvres restituées puissent être correctement conservées et exposées. Commission sur l’audiovisuel public : un rapport contesté Membre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, Erwan Balanant se trouve dans une position délicate à la veille du vote sur la publication du rapport. Annoncé initialement favorable à la publication, il a exprimé des réserves après lecture du document. « J’ai dit dans un premier temps que je ne censurerai pas le texte. Mais à date, j’ai des questions, parce qu’il y a des propos à la limite de la diffamation et des manipulations de chiffres dans ce rapport. » Erwan Balanant estime néanmoins que rejeter le texte serait faire le jeu du rapporteur, Charles Alloncle. Il formule sa position en ces termes : « Je ne veux pas lui offrir ce totem de la censure. » Il appelle à un dialogue en séance pour obtenir la réécriture des passages problématiques, tout en reconnaissant que certaines propositions du rapport lui paraissent utiles. La Digue : un engagement transpartisan contre l’extrême droite Erwan Balanant a rejoint le conseil d’administration du mouvement La Digue, fondé par le député écologiste Pouria Amirshahi, dont l’objectif est de lutter contre la montée de l’extrême droite. Il est l’une des rares personnalités non issues de la gauche à avoir adhéré à ce mouvement. Pour Erwan Balanant, la défense de l’État de droit transcende le clivage droite-gauche : « La Déclaration universelle des droits de l’homme, notre Constitution, le bloc de constitutionnalité, tout ce qui constitue l’État de droit n’est ni de droite ni de gauche. » Il se montre toutefois attentif à ne pas user de mots à la légère. Il estime que l’emploi abusif du terme « fascisme » par une partie de la gauche est contre-productif, citant notamment le cas de la campagne municipale à Toulouse où un « front antifasciste » s’est constitué face au maire sortant Jean-Luc Moudenc, qu’il qualifie de « quelqu’un de très modéré et humaniste ». 2027 : le défi de la solidarité intergénérationnelle Interrogé sur les enjeux de l’élection présidentielle de 2027, Erwan Balanant formule un souhait plutôt qu’une prévision. Il identifie comme défi structurant le lien entre les générations, dans un contexte de déclin démographique. « Nous avons un vrai problème démographique qui fait que les jeunes n’ont plus envie de faire des enfants, ou parfois ils ont l’envie, mais ils n’ont pas la capacité. La question du logement est un vrai frein à faire des enfants. » Erwan Balanant rappelle que le modèle social français repose depuis le Conseil national de la Résistance sur la solidarité intergénérationnelle. Il conclut en appelant à un partage plus équitable des richesses entre les générations, « pour que chacun ait l’impression de participer à cette belle histoire qu’est l’histoire de la France et l’histoire de l’Europe. »

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  7. Apr 18

    Alma Dufour: «Le premier pays qui se sera débarrassé des énergies fossiles sera très avantagé»

    Députée La France insoumise de Seine-Maritime, membre de la Commission de la défense nationale et du Conseil supérieur de l'énergie, Alma Dufour se définit encore aujourd'hui comme « gilet jaune ». Invitée de L'Atelier politique, elle décrypte la crise énergétique en cours et défend une écologie qui ne se ferait pas sur le dos des classes populaires. Crise énergétique : « Une catastrophe qui se profile » Membre du Conseil supérieur de l'énergie, Alma Dufour ne mâche pas ses mots sur la situation actuelle. Pour elle, la flambée des prix des carburants n'est pas une surprise : elle s'y est préparée et a alerté depuis son entrée à l'Assemblée. « On est parti sur une décennie de déstabilisations géopolitiques de très grande ampleur. Le premier pays qui se sera débarrassé de sa dépendance aux énergies fossiles sera considérablement avantagé. » Alma Dufour pointe nommément la politique de TotalEnergies, dont les marges auraient été multipliées par quatre en dix ans selon elle, enchaînant les records de dividendes. Le blocage des prix annoncé par le Premier ministre à la pompe lui semble une mesure insuffisante, voire contre-productive. « Les marges dans la distribution à la pompe sont extrêmement faibles. C'est un cadeau rêvé pour TotalEnergies. C'est une prime aux voyous — pardon, mais je le dis. » Sa solution : bloquer les prix au niveau de la production et du raffinage, et taxer les marges des grandes compagnies pétrolières. « Ce n’est pas aux Français de payer un prix qui augmente. Il faut bloquer les prix, mais c'est à l'État de taxer ceux qui font de l'argent avec cette énergie qui finira par nous envoyer dans le mur. »   ZFE, voitures électriques : l'écologie ne doit pas se faire sur le dos des pauvres Les zones à faibles émissions (ZFE), contre lesquels LFI a voté à deux reprises, illustrent pour Alma Dufour ce qu'elle appelle « l'écologie libérale » : une transition dont le coût repose sur ceux qui en ont le moins les moyens. « Les ZFE n'ont jamais été une mesure pour le climat, c'est une mesure pour la santé — les particules fines. Ça a forcé des gens à envoyer à la casse des voitures qui consommaient quatre litres aux cent pour s'acheter des SUV qui polluaient moins en particules fines mais beaucoup plus en termes climatiques. » Dans sa circonscription, en périphérie de Rouen, Alma Dufour observe que de nombreux habitants continuent à circuler avec des vignettes Crit'Air non conformes, faute de moyens. La réponse qu'elle défend : développer massivement les transports en commun et baisser leurs tarifs. Sur la voiture électrique, Alma Dufour se dit favorable à une électrification massive du parc, à condition que l'État impose aux constructeurs une gamme de véhicules légers à moins de 20 000 euros, assortie d'avances à taux zéro. « On est largement excédentaires en électricité, on est le premier exportateur net d'électricité d'Europe. Aujourd'hui, on a l'électricité pour le faire. » Sur la question du nucléaire, la position d'Alma Dufour est pragmatique : il faudra, dans un premier temps, combiner énergies renouvelables et nucléaire, tout en gardant pour horizon la sortie de cette énergie.   Explosion sociale : « Je sais que ça va péter » Avec « un litre de carburant à plus de 2 euros dans certaines stations, une hausse de l'électricité de 65% en sept ans et une alimentation en progression de 20% sur trois ans », Alma Dufour estime que « les fondamentaux en termes de pouvoir d'achat n'ont jamais été aussi mauvais en France depuis 35 ans ». Ancienne Gilet jaune, ayant elle-même dit avoir été victime de violences policières lors de ce mouvement, Alma Dufour perçoit dans le calme apparent de la rue non pas un apaisement, mais un découragement profond. « L'erreur de Macron, c'est de penser que s'il ne voit rien dans la rue, la colère a disparu. Quand ça va péter, on ne sait jamais quand, on ne sait jamais comment, on ne sait jamais sous quelle forme. C'est ça une pré-révolution. »   La « Nouvelle France » : une question de représentation Interrogée sur le concept de « Nouvelle France » défendu par LFI et sur les déclarations de certains de ses collègues lors des élections municipales, Alma Dufour recadre le débat. Pour elle, l'enjeu n'est pas ethnique mais démocratique : depuis que l'Assemblée nationale existe, la représentation politique a été accaparée par des élites de classe, de genre, et d'origine. « La Nouvelle France, c'est un concept qui s'adresse aux élites politiques. Tout le monde est français. Ce qu'on veut, c'est que chaque citoyen français soit considéré comme français à part entière dans la représentation politique. » Alma Dufour rappelle que La France insoumise est, selon elle, le parti qui a fait entrer le plus d'ouvriers et d'employés à l'Assemblée nationale. Elle refuse d'assimiler la démarche à du communautarisme, renvoyant dos à dos, sur ce point, extrême droite et mauvaise foi rhétorique. « Des maires et des députés non racisés, il n'y a que ça en France et ce n'est absolument pas un problème. Le problème, c'est pourquoi il y a moins de femmes, moins d'ouvriers, moins de personnes racisées. Notre rôle, c'est de rééquilibrer tout ça. »

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  8. Apr 11

    Pouria Amirshahi : «À aucun moment je n’ai cru dans la parole de Donald Trump»

    Député de Paris et membre de la Commission des lois, Pouria Amirshahi est né en Iran en 1972, arrivé en France à quatre ans dans les bagages d’une mère opposante au Shah. Invité de l’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.   Un coup de fil dans la nuit Son père vit toujours en Iran. Quand Donald Trump a annoncé qu’il s’apprêtait à frapper le pays, Pouria Amirshahi a reçu un appel tard dans la nuit. « Vous avez l’impression qu’il vous appelle pour vous dire au revoir, en fait. » Depuis bientôt un mois et demi, l’Iran subit une offensive militaire conjointe des États-Unis et d’Israël. La révolte du peuple iranien, quelques semaines plus tôt, s’est soldée par une répression terrible : des milliers de morts, certains évoquent jusqu’à trente ou quarante mille victimes. Pouria Amirshahi dit avoir cru, « comme à chaque fois », que cette révolte pouvait faire tomber le régime. Il l’a cru en 2009, dans les mouvements étudiants, et à l’époque du mouvement Femmes de liberté. « Ce qui me fascine, c’est cette capacité de la société iranienne, malgré la répression dont elle est victime, à se régénérer, à réinventer, y compris les formes de son opposition au régime et à ne rien lâcher au fond. »   « Un crypto-fasciste mu par l’accaparement des ressources » Le 13 janvier 2026, au plus fort des manifestations, Donald Trump avait appelé les « patriotes iraniens » à prendre le contrôle de leurs institutions. Pouria Amirshahi ne lui a accordé aucun crédit. « À aucun moment je n’ai cru dans la parole de cet homme qui est pour moi un crypto-fasciste dont je sais parfaitement que, par son inculture, il ne comprend rien à ce qu’est l’Iran. » Pour Pouria Amirshahi, la logique de Trump obéit à une stratégie simple : l’accaparement des ressources mondiales à l’heure de leur raréfaction. « Je crois qu’il a parfaitement compris que l’ère qui s’ouvre est une ère de raréfaction des ressources du fait du réchauffement planétaire. Donc il y a une course de vitesse qui est lancée. » Et de citer le Groenland, le pétrole vénézuélien, le détroit d’Ormuz, dont il rappelle qu’il était libre avant l’intervention américaine. Il tire aussi la leçon des précédentes guerres : en Irak, l’effondrement de l’État a donné Daech. En Libye, les appels à la liberté ont engendré Aqmi. « C’est une folie. Il faut absolument arrêter cet homme. »   La mort de Khamenei : « pas tout à fait de la satisfaction » Dès les premières heures des bombardements, le Guide suprême Ali Khamenei a été tué. Pouria Amirshahi décrit une réaction nuancée. « J’ai eu quand même un petit rictus invisible de satisfaction. Mais c’est pas tout à fait de la satisfaction. En tout cas, je n’ai pas pleuré. » Mais Pouria Amirshahi tempère aussitôt : la mort du Guide ne mène nulle part, dès lors qu’il n’y a pas derrière de prise en main de la suite par le peuple iranien lui-même. Ce n’était pas, dit-il, l’intention de l’administration Trump. Sur la question nucléaire, Pouria Amirshahi rappelle que l’accord de 2015, conçu pour éloigner l’Iran de la bombe atomique, a été dénoncé par Trump lui-même. Résultat : « Une situation qui n’est qu’une situation de guerre, de désarroi, de malheur ajouté au malheur d’un peuple qui, depuis quarante ans, subit déjà le joug des mollahs. » Une société iranienne prête à se réinventer Que faudrait-il pour permettre un changement de régime positif en Iran ? Pouria Amirshahi écarte d’emblée l’option militaire. Il plaide plutôt pour un soutien concret à la société civile iranienne. « C’est un pays dans lequel il y a plus de femmes étudiantes que d’hommes étudiants. Il y a plus de femmes que d’hommes médecins. C’est cette société-là qu’il faut aider. » Accueillir des scientifiques, des artistes, des étudiantes en exil ; développer la diplomatie entre universités et collectivités locales ; respecter l’accord nucléaire de 2015 : Pouria Amirshahi dresse une liste de leviers concrets. Et d’abord, « contraindre Donald Trump. C’est ça qui fait défaut dans cette affaire, c’est faire face à Trump, c’est empêcher la folie meurtrière de Trump et empêcher la folie meurtrière de Netanyahou. Ce que ne fait pas l’Europe aujourd’hui. »   Le RN : « une matrice de réaction au désordre du monde » Sur le front français, les récentes élections municipales ont confirmé la progression du Rassemblement national. Pour Pouria Amirshahi, cette dynamique n’est pas propre à la France. « La progression du Rassemblement national, comme dans tous les partis illibéraux ou crypto-fascistes de tous les pays du monde maintenant, est mue par une matrice de réaction à un désordre du monde qui inquiète des millions de gens et qui cultive le racisme. » Il pointe aussi la convergence croissante des électorats de droite et d’extrême droite, qui respectaient jusqu’ici l’étanchéité proclamée depuis Chirac. Et la concentration des médias, notamment dans la sphère Bolloré, comme vecteur de banalisation. « On l’a vu lors de l’investiture de Trump : celles et ceux qui l’entouraient étaient déjà des chefs d’État dont la démocratie avait basculé. Entourés de grandes fortunes, mais à la tête de technologies puissantes. »   La Digue : construire un réseau international Face à cette menace, Pouria Amirshahi a co-fondé une association : La Digue. L’objectif : tisser un réseau international de résistance aux pouvoirs illibéraux, en s’instruisant d’abord de ce qui s’est passé en Turquie, au Brésil, aux États-Unis, en Hongrie. « On veut d’abord identifier quels sont les risques. Et notamment le risque constitutionnel. Vous connaissez les pouvoirs exorbitants du président de la République en France. Si demain la France basculait, on ferait en dix-huit mois ce qu’Orban a mis dix à quinze ans à faire. » L’association regroupe trois collèges : des élus (minoritaires), des personnalités de la société civile, et des organisations (la Ligue des droits de l’homme, Oxfam). Elle prévoit des rencontres internationales à l’automne. Un élu MoDem, Erwan Balanant, a déjà rejoint le conseil d’administration. Pour Pouria Amirshahi, le scénario à conjurer est précis : si Marine Le Pen et Jordan Bardella parvenaient à l’Élysée, la mise sous cloche des institutions serait rapide. « En convoquant un référendum pour changer la Constitution par l’article onze, ce qui n’est pas constitutionnel, mais en s’appuyant sur la jurisprudence de De Gaulle. C’est comme ça que, sans toucher aux institutions, on change le régime. »   2027 : « un débat de qualité » Quel scénario idéal pour la prochaine présidentielle ? Pouria Amirshahi avoue ne pas pouvoir répondre simplement. « Soit je vous fais une réponse banale en vous disant : moi je suis de gauche donc victoire de la gauche. Mais je vois bien qu’aujourd’hui la gauche n’est pas mise en situation de conquête intelligente du pouvoir. » Ce qu’il appelle de ses vœux, c’est un débat présidentiel « non pollué par les crispations identitaires », qui pose au pays les questions essentielles. En premier lieu : quelle place pour la France dans un monde recomposé ? « Je ne crois pas que nous devions continuer éperdument à nous inscrire dans ce qu’on appelle de façon artificielle le bloc occidental. Nous sommes d’abord un pays européen, un pays méditerranéen et un pays francophone. »

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« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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