Dans l’impressionnant décor du massif des Écrins, une autofiction puissante qui raconte l’immigration italienne des années 50 et éclaire le lien singulier entre un homme et une jument. Éric Savoldelli est un montagnard. Fils d’une gardienne de refuge et d’un bûcheron, il a grandi au cœur du massif des Écrins. Rien d’étonnant donc que les sommets et les vallées alpestres ne servent de décor à son premier roman graphique, d’autant que l’album est une autofiction en partie autobiographique : au cœur du récit de Mona, l’histoire et la mémoire de son grand-père, Melchissedeco Romano Savoldelli. Melchio, le personnage principal, c’est lui. Relation singulière entre l’Homme et l’animal Comme l’aïeul de l’auteur, Melchio -à l’âge de 14 ans- a traversé les Alpes à pied pour trouver du travail en France et venir en aide à une famille sans ressources restée en Italie. Comme le grand-père, le père et le frère d’Éric Savoldelli, Melchio suit les traces des autres hommes de sa famille : il s’établit comme bûcheron et débarde le bois avec l’aide des chevaux. Dans l’album, c’est une jument, Mona, qui tient une place centrale, au point de donner son nom au livre. À peine née, Mona s’attachera à Melchio. Leur lien indéfectible, viscéral et émouvant est l’une des trames du récit, qui explore aussi la relation singulière entre l’Homme et l’animal. Sur les traces de Jean-Marc Rochette Éric Savoldelli, lui, a suivi un autre chemin : la bande dessinée, en suivant les traces d’un grand nom de la BD : Jean-Marc Rochette, également peintre, sculpteur et écrivain, qui dessine la montagne comme personne : en témoigne notamment Ailefroide, son autobiographie graphique (Casterman, 2018). On retrouve dans Mona un je-ne-sais-quoi de Rochette, une capacité à transmettre l’amour et le respect dus à la montagne, à en apprécier la majesté, à en habiter les silences, à mettre en scène ses colères plus bruyantes. Entre eux, il est d’ailleurs aussi question de transmission. Décor grandiose Pour réaliser Mona, Éric Savoldelli a arpenté avec son appareil photo un territoire qu’il connaît bien, mais qu’il continue de découvrir : la vallée de la Guisane (Hautes-Alpes) et le village de Monêtier-les-Bains. C’est là que se déroule la plus grande partie de l’intrigue, qui se déroule avant le développement du tourisme de neige, du temps des dernières mines, dans les années 50. L’une d’entre elles, la mine de graphite du Chardonnet, existe réellement, et l’auteur en a photographié les galeries pour mieux les dessiner. C’est dans ce décor grandiose que se déploie avec délicatesse cet hommage émouvant à ceux qui n’ont pas eu d’autre choix que de partir et de trouver une nouvelle vie ailleurs. Jusqu’à y planter ses racines. Mona, Éric Savoldelli (Les Étages Éditions).