Intérieur jour

Blandine Rinkel

Des discussions à bâtons rompus avec des personnes dont les manières de parler/d’écrire stimulent, des voix dont la précision, la densité, le sens de l’humour, intriguent et irriguent à la fois. Des échanges d’une heure à partir de textes littéraires qui font (ou ne font pas) l’actualité. Le podcast d'Intérieur nuit. blandinerinkel.substack.com

Episodes

  1. 5D AGO

    Comment traduire sans trahir ? avec Olivier Le Lay • Intérieur jour #6

    Ce que vous allez écouter est une discussion avec un homme qui ne possède ni montre ni smartphone sur le goût de la lenteur, la littérature qui “lave le regard”, et la recherche d’un langage inédit plutôt que des clichés de langue. C’est surtout une discussion à propos du métier de traducteur, qui est un métier musical, d’interprète, puisque traduire le fond c’est aussi, toujours, traduire la forme. Comme dirait l’autre - vous découvrirez qui - quand on ne traduit que le sens, on ne traduit même pas le sens. On y discute avec Olivier Le Lay, impressionnant traducteur, qui traduit l’allemand vers le français depuis plus de 20 ans et que j’ai découvert par sa traduction de l’indispensable livre Mars de Fritz Zorn ; il a aussi bien traduit Peter Handke qu’Elfriede Jelinek ou que le culte Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin.En ce mois de janvier paraissait sa nouvelle version du premier roman de Thomas Mann, Les Buddenbrook (ed. Gallimard), c’est ce qui donnait le prétexte de notre échange. La parole d’Olivier est d’une densité et d’une précision totales.Sa patience donne envie de vivre le plus lentement - mais aussi le plus intensément, le plus consciemment - possible. L’écouter procure du calme et de l’électricité.J’espère que vous y serez sensibles. Intérieur nuit est une initiative indépendante, qui ne repose que sur votre attention : Un des passages - si concret - que je préfère dans cette discussion, où Olivier décrit sa journée d’écriture : “Je traduis en moyenne trois pages par jour, jamais davantage. Et je traduis toujours dehors. J’apprends par cœur, le matin, les pages. Comme un comédien, c’est un coup à prendre. Je les apprends en ayant dans l’oreille la façon dont ma lectrice allemande les a lus la veille (…) j’expliquerai pourquoi tout à l’heure. J’apprends par cœur le texte allemand. Et là, immédiatement ensuite, je sors. Je vais marcher avec un carnet. Et dans la marche, j’ai un premier canevas purement physique, ce que j’appelle “la physique du texte”, qui se met en place dans ma tête. C’est-à-dire que je vais avoir l’attaque de la phrase en français, la chute de la phrase, et je vais savoir très exactement si la phrase sera binaire, si elle sera ternaire, où je vais placer les attaches… Mon obsession, c’est vraiment d’arriver, non pas à fournir un calque sonore, mais à reproduire dans la traduction le geste de pinceau de l’écrivain, de l’écrivaine. C’est-à-dire à ce que rien ne soit figé, mais que la traduction comme l’écriture soit processuelle. Revenir en amont pour essayer de voir vraiment comment l’auteur a construit sa phrase — sachant que la phrase toujours, enfin chez les grands auteurs ou les grandes autrices, mime le mouvement de la pensée —, et ensuite le reproduire en français. Je pense qu’à partir du moment où on modifie le tombé d’une phrase en en modifiant la structure, même le propos n’est pas conservé.J’ai travaillé il y a longtemps avec un metteur en scène de théâtre qui s’appelait Claude Régy, et Claude disait toujours : quand on ne traduit que le sens, on ne traduit même pas le sens. Ça, c’est une certitude que j’ai. Je pense que les écrivains et écrivaines avec qui j’ai pu parler quand je les traduisais, tous se rejoignaient là-dessus.Donc j’ai un premier canevas purement physique du texte en tête…. et ça dure quand même bien deux heures, cette marche. Je travaille aussi le sens à l’intérieur des phrases et les frottements sonores à l’intérieur des phrases, ce que j’appelle la chimie du texte. Mais là, c’est un travail très grossier. Le travail sur ce qui se passe à l’intérieur des phrases, je sais que je vais le reprendre à la maison. En revanche, vraiment, l’armature du texte, ce qui le soutient, ce qui donne l’élan, l’impetus en français, je l’ai en tête quand je rentre chez moi. Là, je monte, j’écris tout à la main d’une seule traite le passage que je dois traduire, et je suis rassuré parce que je sais que le rythme, le souffle, sont restitués, idéalement, plus ou moins bien, mais tout de même. Et je peux laisser reposer.Généralement, je vais faire autre chose ou alors je lis d’autres textes et ensuite je reprends ce que j’ai fait en travaillant à l’intérieur des phrases, en corrigeant tel mot, tel adjectif qui me semble détourné du texte ou alors en précisant tel ou tel point parce que j’ai fait un travail en amont sur… sur la sémantique, mais je fonctionne comme ça toujours en deux temps. Après, j’imprime pour la première fois, je saisis le texte à l’ordinateur, je le relis une dernière fois et je ne touche plus. Ce qui fait que je fais partie des traducteurs qui ne relisent quasiment pas sur épreuve.” Et j’aime aussi beaucoup, un peu après, quand il parle du désir de lire, de traduire retrouvé - parfois après des passages à vide : “Quand je lis, quand je traduis, j’essaye toujours, malgré tout, de retrouver une manière de candeur, d’atteindre une manière de candeur qui peut être celle qu’on avait dans l’adolescence quand on découvrait les premiers grands textes ou quand on entre vraiment dans la littérature. Il faut essayer toujours de se laver le regard... Et les grandes œuvres contribuent à le faire.C’est-à-dire qu’à la fois, vous allez vers elle avec cette manière de candeur, ou en tout cas, vous vivez avec la fiction qu’à 48 ans, vous êtes capable de nouveau d’aller vers les œuvres avec cette candeur-là. Et en même temps, les grandes œuvres la font renaître en vous, cette candeur native. Il y a ce double mouvement qui s’opère.” Textes lus dans l’entretien : • La première page de Adieu sans fin de Wolfgang Hermann• Un extrait des Buddenbrook, dans la nouvelle traduction d’Olivier Le LayAutres textes mentionnés (changeant le regard, changeant le métier) : • Adieu Fombonne, d’Emmanuel Bove, ed. Castor Astral 2005• Lenz de Büchner par Georges-Arthur Goldschmidt, éditions Vagabonde, 2009Ici pour découvrir l’histoire de ce texte - une nouvelle de 1839 - devenu culte• Et bien sur (bien sûr parce que j’ai l’impression d’en parler sans cesse), Mars de Fritz zorn, original paru en 1975, nouvelle traduction d’Olivier Le Lay en 2023 (préface de Philippe Lançon) Si la discussion vous a intéressé, et que vous voulez l’encourager, vous pouvez laisser des étoiles ou des commentaires, la faire circuler et/ou vous abonner, car ainsi fonctionne le monde actuel. Mais chacun est libre, et quoiqu’il en soit, à bientôt ! 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    1h 10m
  2. Parlez-vous le chien ? avec Camille Ruiz • Intérieur jour #5

    FEB 8

    Parlez-vous le chien ? avec Camille Ruiz • Intérieur jour #5

    Ce que vous allez écouter est un dialogue au sujet de l’écriture et des chiens, ces créatures qui se tiennent au seuil de deux mondes, et nous attirent d’être à la fois mutiques et très expressifs. C’est une discussion, mélancolique et drôle - je crois -, où l’on parle de l’écriture comme d’un moyen de dénicher une bille de clarté au milieu d’un grand brouillard, et du grand taux de bouts de pains qui trainent par terre, sur les trottoirs des villes, de Paris à Brasilia, où vit mon invitée. On y discute avec l’autrice et poétesse Camille Ruiz, qui après deux recueils de poésie et un journal numérique, toujours actif, publie cette semaine Un chien arrive, aux éditions Corti. Quelques mots dessus ici. C’est un livre informé et gracieux, sur sa relation avec Ziggy, golden retriever avec qui elle vit à Brasilia. Comme j’étais dans l’Ouest de la France, pour ma part, notre rencontre s’est faite sans corps, avec nos seules voix — à 8.361 km de distance. Je crois que ça n’a pas empêché qu’on s’entende.Dans l’écriture de Camille, j’aime la tension entre son envie ou besoin de dire, d’écrire et de s’exprimer, et son envie ou besoin de se taire et de faire place à l’autre. Dans sa manière même de faire des phrases, Camille Ruiz semble indiquer ce qu’elle ne parviendra pas à dire malgré ce qu’elle dit. Il y a du silence dans ses mots. Et d’étranges visions à la lisière du rêve et du réel, dans son livre. Comme une aura qui déborde du texte, edéborde aussi de sa voix. Peut-être y serez-vous sensible. Intérieur jour, le podcast d’Intérieur nuit est 100% indépendant, s’il vous intéresse, n’hésitez pas à vous abonner et à l’encourager : Un des passages de la discussion que je préfère : “CR : Je pense qu’on a déjà tous ressenti ce moment où il y a comme une intensité qui arrive sur une scène ordinaire, de sorte qu’elle est l’air à la fois accélérée et en arrêt sur image. Tout à coup, les sensations deviennent plus vives. Rien ne se passe, juste l’orage arrive, il y a eu des éclairs au loin, les chiens jouent d’une manière qui nous semble un peu plus électrisée… En quelques mots, elle arrive à décrire cette sensation... BR : J’ai l’impression que c’est ce que tu cherches dans la lecture, l’écriture, la pratique du journal aussi ; je t’ai entendu dire qu’elle te paraissait à même de révéler une “densité cachée dans chaque jour”, même ceux qui paraissent les plus anodins… CR : Oui, je crois que c’est quelque chose que je recherche. J’essaye d’écrire parce que j’ai toujours eu, aussi loin que je me souviens, une sensation assez vague et à la fois très très claire qu’il y a dans chaque moment ou dans chaque scène ou dans chaque endroit comme une petite bille de clarté cachée au milieu d’un grand brouillard et qu’il y a quelque chose à atteindre et qu’à la fois on ne peut jamais l’atteindre mais on ne peut pas s’empêcher de penser qu’elle est là.” Et les livres qui comptent pour Camille Ruiz et dont on parle sont La recherche du temps perdu de Marcel Proust, qu’on ne présente plus, mais aussi le beau Melancholia’s dog d’Alice Kuzniar : ains que Ordinary affects de Kathleen Stewarts, paru chez Duke University Press en 2007 et qui à ce jour n’a pas encore fait l’objet d’une traduction en français : Le générique est Le temps libre de Maison PierōEt on entend aussi un habillage sonore de Superpoze ainsi que Storm du groupe Otyken, et je vous conseille cette étrange expérience de visionnage : Enfin, parlant d’animaux et d’humains, ce lundi à Paris, au MK2 Bastille et à 20h, ce sera le 4ème rendez-vous du mon ciné-club Hors-Normes avec la projection du film The rider de Chloé Zhao (notamment réalisatrice de Nomadland, et du récent Hamnet). C’est un film paru en 2017, tourné dans une réserve Sioux du Dakota du sud avec un certain nombre de comédiens non-professionnels. Une oeuvre que j’aime esthétiquement, politiquement, et j’expliquerai pourquoi à l’issue de la séance. Si vous êtes abonnés à Intérieur nuit, et que vous souhaitez des invitations, écrivez-moi par ici - ou ailleurs - avant lundi matin. À vous les crinières. Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe

    1 hr
  3. Qu'est-ce qu'une bonne histoire ? avec Pierre Boisson • Intérieur jour #4

    12/07/2025

    Qu'est-ce qu'une bonne histoire ? avec Pierre Boisson • Intérieur jour #4

    Ce que vous allez écouter est une discussion sur les histoires que l’on raconte et celles qu’on tait, sur les ultra-riches ou les prostituées de Buenos Aires comme marges possibles, et les marges comme objets d’écriture, mais aussi sur l’usage du pronom “je” en écriture, et sur la règle d’airain du magazine Society de ne jamais l’utiliser. On y parle avec le journaliste et auteur Pierre Boisson, qui a notamment signé la fameuse enquête sur Xavier Dupont de Ligonnes qu’à l’été 2020, tout le monde semblait avoir dans la poche en France - 400 000 exemplaires du magazine vendus. Il publiait en septembre dernier Flamme volcan tempête, une passionnante enquête consacrée à une autrice d’un seul livre, Christine Pawlowska, qui publia en 1973 et au Mercure de France Ecarlate, ensuite épuisé, et reparu en septembre dernier avec l’enquête de Pierre Boisson, tous deux aux éditions du Sous-sol. J’ai eu la chance de signer la préface de ce petit texte fulgurant et gracieux, et c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés, Pierre et moi. On a parlé tout de suite beaucoup, en vrac, notamment des rapports conflictuels entre la fiction et la non-fiction. De lui, j’aime l’écriture bien taillée, très précise, et la parole humble - concrète. J’ai rarement rencontré quelqu’un qui, tout en écrivant et lisant beaucoup, soit si peu dans la pose littéraire. Comme s’il n’en avait pas le temps, parce qu’à chaque instant il cherche déjà autre chose, ailleurs. Il est en quête, curieux comme un enfant, à l’écoute comme un détective. Ce mélange donne une discussion à laquelle je n’ai pas fini de réfléchir. J’espère qu’elle vous plaira. Intérieur nuit est indépendant, il ne tient qu’à vos écoutes, vos retours, vos curiosité : Un de mes passages préférés dans la discussion : "Les marges, elles sont vastes, j’aime autant - via mon métier - pénétrer le monde de l’Eglise, des religieux, des sacristains, j’adore pouvoir momentanément faire partie de ce monde là, ou bien des très très riches, m’infiltrer dans des soirées de très riches pour voir comment ils évoluent, et puis dans des marges qui répondent plus au “cliché de la marge” — les prisonniers, les très pauvres, mais finalement ils sont moins marginaux à mes yeux, j’ai l’habitude de voir des… enfin moi je viens d’un milieu très rural et finalement j’ai l’habitude de voir des gens pauvres, c’est plus facile, ça me choque moins, alors que les milieux riches, ultra-riches, j’ai aucun code, et j’ai besoin d’avoir mon micro, mon habit de journaliste, mon prétexte pour vivre l’expérience.” Les livres dont on parle dans cet épisode :• Bajar es lo peor de Mariana Enriquez (pas traduit en français encore hélas !) • L’appel de Leila Guerriero, trad. Maïra Muchnik, dont je parlais ici + Substack ici : • Toute une moitié du monde, d’Alice Zeniter, ed. Flammarion 2022, en poche ici : • Umberto Ecco, Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs • Javier Cercas, Les soldats de Salamine (et bingo, en parlant de ce livre, on place enfin le mot de passe “Roberto Bolaño”, ceux qui savent savent) • L’incroyable histoire de mensonge de Misha Defonseca dont je parle comme de ma première trahison littéraire : https://actualitte.com/article/49367/presse/misha-defonseca-17-ans-a-mentir-22-5-millions-a-rembourser• Le livre qui a changé sa manière d’écrire : Considérations sur le homard de David Foster Wallace, trad. Jakuta Alikavazovicz, ed. Olivier 2018 • Le livre qui a changé quelque chose à sa manière de voir le monde : En un combat douteux / In Dubious Battle de John Steinbeck, 1936 Si cette discussion vous a plu, intrigué, ou que vous avez une réclamation à faire, n’hésitez pas à m’écrire et/ou à vous abonner, puisque cette initiative 100% indépendante ne fonctionne qu’à ça, à l’énergie, la curiosité. Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe

    1h 6m
  4. Comment repousser l'horizon ? avec Youness Bousenna • Intérieur jour #3

    11/09/2025

    Comment repousser l'horizon ? avec Youness Bousenna • Intérieur jour #3

    Ce que vous allez écouter est une discussion sur la puissance de l’admiration, le nombre de contradictions qu’un humain est capable de supporter, et ce que peuvent les livres-cosmos, ceux qui paraissent écrits tout contre les parois du cerveau. On y discute avec Youness Bousenna, auteur d’un premier roman, Les présences imparfaites paru aux éditions Rivages en 2024, sur un journaliste au Figaro dont l’obsession pour la réussite sociale finira par le défigurer, et sonner sa chute. Youness connait le milieu du journalisme, puisqu’il est critique littéraire pour Télérama et Mediapart - où nous nous sommes rencontrés - et qu’il s’intéresse aux sciences sociales et aux faits religieux dans le journal Le Monde et pour Arte. Ce qui m’intéresse c’est son hybridité totale, sa curiosité insatiable, le fait qu’il donne autant d’importance à un match de foot qu’à un tournoi de pétanques, à un livre de Bolaño ou qu’à l’étude des religiosités islamiques à travers les classes sociales. Tout est susceptible d’être pensé, écrit et questionné, tout grouille de sens, à nous de le trouver. Notre discussion emprunte donc plusieurs chemins, il est possible que par instant, elle soit légèrement cryptée ; à vous d’entrer dans le labyrinthe. • La citation de Roberto Bolaño que je lis (sur du Superpoze) est celle-ci, et elle est donc extrait de 2666, traduction Robert Amutio (ed. Gallimard, 2008, et l’original était publié de manière posthume en 2004) : “La vie est demande et offre, ou offre et demande, tout se limite à ça, mais comme ça on ne veut pas vivre. un troisième pied est nécessaire pour que la table ne bascule pas dans les poubelles de l’histoire, laquelle à son tour est en train de basculer dans les poubelles du vide. Alors prends note. L’équation est la suivante : offre + demande + magie. Qu’est-ce que la magie ? La magie est l’épopée et aussi le sexe et la brume dionysiaque et le jeu.” • Le dossier Télérama des “25 chefs d’oeuvres de la littérature mondiale du XXIème siècle” dont nous parlons dans l’épisode se trouve se trouve par ici.• Le livre de Mircea Cārtārescu évoqué s’appelle Solénoïde (et le livre-monde écrit par une femme, Lucy Ellman, que l’on évoque s’appelle Les Lionnes, et je ne sais rien de lui, sinon que ça m’a donné envie de le lire)• La guerre sainte de Daumal lue avec musique planante dont Youness parle : • Le texte déterminant de Daumal dont parle aussi Youness (où il raconte son expérience d’asphyxie qui l’emmène au bord de la mort) est à lire par ici.• La voix de Bjork surgit quand il est question de névroses, et les voix gospel qui surgissent quand il est question de la vérité et du langage sont celles des Beach Boys : • Attention, vers 45 minutes, Youness dit que Francine Faure, seconde épouse de Camus, s’est suicidée - or si elle a bien fait une tentative, elle y a survécu. Elle est morte le 24 décembre 1979, et a été enterrée avec Camus.Voilà. Si cette discussion vous a plu, déplu ou intrigué, n’hésitez pas à vous abonner et/ou à m’écrire. Tout est fait dans la plus totale indépendance, des visuels au montage, donc chaque retour et/ou geste compte. Enfin, merci à Maison Piero pour le générique. Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe

    1h 6m
  5. 10/12/2025

    Lire pour réveiller les cadavres, avec Florence Loiret Caille et Clara Bretheau • Intérieur jour #2

    Ce qui va suivre est une discussion sur les cadavres qu’on porte en soi, et comment les ramener à la vie ; c’est un échange sur la manière dont les langues singulières, littéraires - les mots pesés - à la fois nous protègent et nous décillent. On y discute avec deux comédiennes et actrices, qui aiment profondément lire : Florence-Loiret Caille, née en 1975, qui incarnait Marie-Jeanne dans le Bureau des Légendes, a tourné avec Claire Denis ou Jérôme Bonnel, lit souvent sur scène, et dont j’aime le visage, la voix, et la possibilité du refus, le noyau de nuit qu’elle transporte. Et puis Clara Bretheau, formée au Théâtre National de Bretagne, que j’ai découverte dans Les amandiers de Valéria Bruni Tedeschi et qui est, à mes yeux, comme un soleil roux (une lumière d’aube ou de crépuscule), en quête de lucidité, et de rire. J’ai essayé de comprendre comment leurs solitudes respectives (ce que dans l’émission Florence Loiret-Caille appelle “l’ombre interne” de chacun) se conciliaient avec le soucis du collectif qu’exigent le théâtre et du cinéma et, plus généralement, ce que la littérature avait changé à leurs vies, intimes comme professionnelles. On y parle aussi de la responsabilité politique des actrices, de la notion “d’égéries” dans le cinéma, et de ce que peut la bonté. Les extraits sonores diffusés proviennent de :• Cette vidéo de Dustin Hoffman, qui reçoit un César d’honneur en 2009• Rufus Wainwright, qui chante - et pleure - À la claire fontaine• Annie Lebrun, en discussion avec Aude Lancelin, à propos de Ce qui n’a pas de prix Les livres évoqués, à la fin, sont :1/ Une vie bouleversée d’Etty Hillesum, ed. Seuil 1995, trad. Philippe Noble2/ La route de Cormac MCCarthy, ed. Olivier 2008, trad. François Hirsch L’extrait d’Écrire, de Marguerite Duras, ed. Gallimard 1995, le voici : « Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit (…) Ecrire, c’est aussi ne pas parler, c’est se taire. » Intérieur nuit est jeune et indépendant, n’hésitez pas le soutenir en vous y abonnant : blandinerinkel.substack.com Générique : Le temps libre de Maison Pierō (merci à lui, aussi, pour l’enregistrement)Photos sur le visuel : Jean-François Robert pour FLC et Sarah Salazar pour CB Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe

    1h 4m
  6. Le goût du jeu, avec Victor Jestin • Intérieur jour #1

    08/31/2025

    Le goût du jeu, avec Victor Jestin • Intérieur jour #1

    Ce qui suit est une discussion sur la solitude, le goût du jeu, les contradictions qui nous fondent. Elle a été enregistrée début août, chez moi, avec l’auteur Victor Jestin, qui écrit des livres brefs et corrosifs, à la fois ramassés et ardents. Des petits royaumes de solitude où les narrateurs et narratrices cultivent à la fois un écart vis à vis du monde et une envie de rejoindre ce monde. Ils ne sont pas toujours isolés socialement, mais disons que personne ne parle tout à fait leur langue. Cette langue leur vient de l’enfance, un territoire dont ils ont le sentiment d’avoir été exfiltrés brutalement. Les deux premiers romans de Victor étaient La chaleur (Flammarion 2019, Prix Femina des lycéens) et L’homme qui danse (Flammarion, 2022). Son troisième livre, La mauvaise joueuse (Flammarion, 2025) raconte l’histoire de Maude, une jeune femme addicte aux jeux de toutes sortes et qui, en voiture, une nuit, heurte quelque chose ou quelqu’un. Suite à ça, brutalement, elle fugue. Allant de jeux en jeux comme on chercherait à fuir les autres, à se fuir soi tout à la fois. « Je n’espérais rien, et un bowling est apparu. J’ai su que c’était un bon bowling. Je l’ai su à la façon dont BOWLING était écrit, en lettres violet néon. Ça ne clignotait pas. Les mauvais bowlings clignotent. Ils aguichent. Celui-ci ne cherchait pas à plaire. Il était tranquille, souverain dans la nuit, au bord de la nationale. Les voitures passaient devant en sifflant sur le bitume mouillé, et chacune semblait rater sa chance, foncer vers sa perte. » Ce qui m’a plu dans ce livre c’est l’ambiguïté entre un goût des règles et un désir de sédition. Plus ou moins de règles ? Plus ou moins de normes ? Que cherche Maude ? Que cherche Victor ? Que cherche-t-on ? Et que peut l’écriture pour cette traque profonde de vivre une vie qui serait un peu plus que la vie ? « De cette vision datait peut-être ma plus vieille intuition de ce qu’était un jeu : un autre monde tout à la fois proche et lointain, dont il me fallait comprendre les lois afin d’y pénétrer, un monde possiblement supérieur à celui que j’habitais, si j’en croyais l’ombre jetée tout autour de lui, sur les meubles, sur les couleurs et même sur les gens, un monde qui m’inspirait. » Ce sont les questions qu’on va se poser, en vrac, et dans une atmosphère à la fois amicale et inquiète, pendant une heure. Bonne écoute. Mon passage de la discussion préféré : "Je pense que la tension entre l’aspiration à l’ordre et goût du désordre est fondamentale dans le livre. Quand je tiens, comme ça, une contradiction insondable, je suis très content. J’ai l’impression que la vérité est là, que le point est là, qu’on ne doit pas trancher (…) Si on rentre dans le détail entre aspiration à l’ordre et au désordre, je suis frappé, par exemple, par le fait que ma sympathie immédiate dans l’espace social, dans l’espace politique, va a ce qui va essayer de contester, de bousculer, l’ordre en place. Des choses qu’on peut trouver dans la gauche radicale. Mais esthétiquement j’ai un immense goût pour l’ordre. J’adore quand y’a rien qui dépasse, ou quand ça dépasse bien comme il faut, au bon endroit, j’adore le classicisme en littérature, j’aime beaucoup Pascal, La Fontaine - je pourrais presque les citer comme mes écrivains préférés - et aussi évidemment la musique, le classicisme en musique. Une personne entièrement requise par la politique pourrait presque me reprocher mes goûts, elle pourrait les trouver suspects. C’est intéressant. C’est là que cohabite en moi la contradiction (…) Et je pense que le geste fondamental du jeu est un geste de sédition - de rejet de l’ordre -, mais très vite après ça, il y a évidemment le besoin, l’envie, d’instaurer un nouvel ordre… C’est un peu l’histoire de l’anarchisme. D’un grand « non » imposé à l’ordre, va-t-on, en fait, reproduire un nouvel ordre ? C’est séculaire comme question, c’est une des grandes questions de l’humanité. » Livres évoqués : Stallone d’Emmanuèle Bernheim, ed. Gallimard 2002Le Joueur d'échecs, Stefan Zweig, original 1943, trad. Jean Torrent, Payot-Rivages 2013Film évoqué :Good Time des frères Safdie, avec Robert Pattinson Article cité : Le grand bluff à l’irakienne, Courrier International août 2025, citant The AtlanticGénérique : Le temps libre de Maison PierōPhoto sur le visuel : AFP / Joël Saget Intérieur nuit est jeune et indépendant. Pour l’encourager, vous pouvez vous y abonner : Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe

    57 min

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