Accusés d'avoir économisé sur les moyens dédiés aux sapeurs-pompiers, le gouvernement français et Emmanuel Macron, sur la défensive, peuvent aussi être mis en cause pour ne pas traiter suffisamment la raison principale des feux de forêt à répétition : le réchauffement climatique. Huit jours déjà. L’incendie qui a détruit plus de 42 000 hectares de végétation en Gironde, près de Bordeaux dans le sud-ouest de la France, n’est toujours pas fixé. À l’échelle du territoire national, depuis le début de l’année, près de 120 000 hectares ont brûlé. Du jamais vu. La crise des incendies provoque de nombreuses polémiques, en particulier sur la responsabilité des politiques – responsables mais pas coupables, comme disait l’autre ? Une chose est sûre, notre forêt brûle et nous regardons le feu, comme ces deux touristes allongés sur leurs transats, sur une plage du bassin d’Arcachon, avec pour horizon les flammes et la fumée noire. Une scène de vacances devenue ordinaire, immortalisée par une photo de l’Agence France-Presse (AFP) qui restera sans doute comme l’un des symboles de cet été où les Français ont approché l’enfer. Le feu et les larmes Le feu, et les larmes de ceux qui ont tout perdu : leur maison, la forêt de leur enfance. « Ça va être dur pour beaucoup. C’est toute une vie. C’est de génération en génération que ces gens vivaient là. Ça va être terrible », lâchait dans un sanglot, en début de semaine, Alain Deyres, ancien maire du Porge, en Gironde, où la bataille du feu fait rage, au micro de l’envoyé spécial de RFI Nicolas Rocca. Les incendies, qui se sont multipliés en même temps que les canicules, sont exceptionnels, à tel point que l’AFP qualifie l’incendie de Gironde de « mégafeu ». Leur ampleur est « historique », et c’est la ligne de défense du gouvernement depuis le début de l’été, et du président. « 116 000 hectares [ont brûlé] depuis le début de cette saison de feu, ce qui est inédit et un record depuis la Deuxième guerre mondiale et un feu particulièrement virulent ici en Gironde », déclarait Emmanuel Macron lundi lors d’un déplacement à Bordeaux auprès des sapeurs-pompiers. À lire aussiIncendies en France: au Porge, ravagée par les flammes, le sentiment d'avoir été «sacrifiés» Inédits mais sans surprise Ces incendies sont peut-être inédits mais ils ne sont pourtant pas une surprise. Les scientifiques le disent et alertent depuis des années : le réchauffement climatique provoque beaucoup plus d’incendies beaucoup plus dévastateurs. C’est écrit dans les rapports du Giec (les experts internationaux du climat), et c’est aussi ce qu’on pouvait entendre ces jours-ci au Parc des expositions de Bordeaux, transformé en camp de déplacés – oui, c’est le terme. « On voit très bien qu’on subit de plus en plus les effets climatiques, constatait Mona Cadet, une sinistrée de Gironde, rencontrée par Nicolas Rocca. On a l’impression que c’est seulement maintenant que les gouvernements successifs commencent à prendre en compte l’ampleur des dégâts ». Critiqué, mis en cause, le pouvoir est sur la défensive. Depuis une semaine, le gouvernement affronte les critiques sur le manque de moyens disponibles contre les incendies, les commandes de Canadair annulées, les pompiers sous-payés… « Je me félicite de ne pas avoir attendu ces feux et d’avoir dès 2017-2018 pris les premières décisions. Et donc on n’a jamais attendu, on a été en avance, on a investi. On a anticipé collectivement. Un très gros travail a été fait, la Nation a réinvesti dans tous les domaines civil et militaire », affirmait lundi Emmanuel Macron. À lire aussiLes conditions climatiques sont plus importantes que l'origine des incendies, rappellent les scientifiques Responsabilité climatique Mais la responsabilité politique se situe peut-être à un autre niveau. Car au-delà des moyens, il faut s’interroger sur la cause des incendies. Et on ne parle pas ici des incendiaires, des pyromanes, des inconscients qui organisent un barbecue en pleine forêt – on en a vu. La vraie raison, c’est le réchauffement climatique qui provoque en France quatre canicules en deux mois, qui assèche les forêts et les rend hautement inflammables. Un feu de forêt, ce n’est pas un fait divers désormais, c’est un fait de civilisation. Mais parce qu'est plutôt fort en termes d’écran de fumée, les écologistes sont aussi pris pour cible, accusés de s’opposer au débroussaillage pour préserver la biodiversité. Ce sont pourtant les écolos qui alertent, depuis 50 ans, sur le réchauffement climatique, avec les scientifiques, les climatologues, les ONG… Tous crient dans le désert que deviendra la planète Terre si on continue comme avant. Des cris ignorés, parfois niés ou moqués. On sait pourtant ce qu’il faut faire, et on sait que l’inaction a un prix. Les dirigeants politiques ont leurs responsabilités, sans oublier les citoyens, qui votent, ou ne votent pas, aux élections.