Lancée le 26 août par le médiatique expert de la transition énergétique, elle réunit à partir de ce 19 septembre 150 citoyens à Paris et ouvre une plateforme en ligne. Elle compte bien peser dans la campagne électorale pour remettre au centre de l'agenda les grands enjeux socio-environnementaux. Elle s’inspire, sur la forme, de la Convention citoyenne pour le climat de 2020. Quel est ce projet et que peut-il en sortir ? Ils sont 150, hommes et femmes, venus de toute la France. Ils ont été tirés au sort parmi 200 000 numéros appelés au hasard, qui n’avaient aucune connaissance du projet avant d’être appelés. Puis ils ont été sélectionnés selon la règle des quotas : âge, catégorie socio-professionnelle, niveau de diplôme, lieu de vie, etc., en théorie représentatifs de la diversité de la population française. Enseignante et chercheuse à l’université de Bordeaux, la sociologue Sandrine Rui nuance la capacité de ces panels à refléter cette diversité : « En dépit du tirage au sort, les citoyens et citoyennes qui s’engagent dans ce type d’assemblée sont des volontaires qui n’ont pas de contraintes pour participer. Il y a souvent une surreprésentation de gens plus diplômés que la moyenne. Ils ont souvent plus conscience de l’enjeu que ça représente pour eux et ils s’autorisent surtout à prendre leur part de ce type d’expérience. » Ceux qui le souhaitent et le peuvent prendront place ce samedi 19 et dimanche 20 septembre dans l’auditorium du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ils reviendront cinq autres week-ends. Les participants sont pris en charge et défrayés, selon le montant journalier d’un juré d’assises (une centaine d’euros), par un financement participatif. Le montant n’est pas connu, mais la cagnotte, qui démarre à « 1 euro symbolique », dépasse ce 17 septembre les 326 000 contributions – pour près de 175 000 contributeurs – dont la moitié dans les 24 premières heures. En amont, le soutien est aussi venu de quelques personnalités et de particuliers. Une première levée de fonds qui a réuni d’emblée deux millions d’euros sur un budget prévisionnel initial de trois millions, indique à RFI Audrey Cerdan, du comité de pilotage : « On met en place les meilleures conditions possibles pour que 150 Français puissent se réunir et réfléchir aux sujets importants du moment et qu’on entende la voix citoyenne pendant la campagne présidentielle. » Une initiative inédite à cette échelle nationale durant cette période-clé, et qui se revendique apartisane. « Se mettre d’accord » Les deux premiers week-ends seront consacrés à des auditions de scientifiques et d’experts, « avec une approche factuelle », précise Un commun accord. Les deux week-ends suivants, place au débat et à la réflexion en sous-groupe ou en assemblée, une animation confiée au cabinet Res publica. Les deux derniers jours, les 6 et 7 février, viseront à arbitrer les propositions et surtout à décider ce qu’il faut en faire… Objectif fixé par le concepteur du projet, Jean-Marc Jancovici : « se mettre d’accord », explique-t-il dans le clip du projet, « sur quelques grands dilemmes de notre époque, nés du fait que nous commençons à toucher les limites de notre planète ». « On sait que [le climat] est un sujet important pour les Français, complète Audrey Cerdan. Mais pour s’attaquer aux enjeux climatiques, il faut aussi parler d’économie, des enjeux de souveraineté, de santé, des conflits d’usages, sur l’eau par exemple, des préférences sociétales. » L’été qui s’achève en France a été le plus chaud jamais enregistré, avec cinq vagues de chaleur dont trois canicules, une sécheresse agricole violente et des incendies ravageurs. Environ 8 100 morts de plus que la moyenne ont été enregistrés, selon un bilan officiel encore provisoire communiqué mercredi 16 septembre. Les quatre derniers mois ont prouvé, s’il le faut encore, que nos villes et nos modes de vie ne sont pas adaptés au changement du climat, aux températures élevées comme à des manières de se déplacer plus durables. Le fonctionnement de nos sociétés et de nos économies repose quasi-exclusivement sur les énergies fossiles, ressources non seulement polluantes mais finies, et qu’aucune alternative aussi abondante et qualitative ne peut remplacer, vouant nos sociétés à la décroissance. C’est la thèse que soutient depuis longtemps l'ingénieur et expert de la transition écologique Jean-Marc Jancovici. Personnalité médiatique en France, le fondateur de l’association The Shift Project est à l’origine de nombreuses études sur la manière de mener la transition dans différents secteurs. Nous entrons, explique-t-il dans une vidéo à la tonalité dramatique, « dans un monde nouveau, un monde déstabilisé pour lequel nous ne sommes à l’évidence pas prêts (…) parce que nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord, quelque part, sur une organisation qui permettrait de faire face à ces évènements pas totalement imprévus mais extrêmement déstabilisants (…). » À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: aura-t-on tout oublié cet automne? [4/4] Pour y remédier, il propose sa recette, imaginée bien avant l’été cataclysmique : une assemblée citoyenne sur les enjeux socio-environnementaux « compliqués », « sans solutions évidentes », mais qui dépassent largement la question du climat. En parallèle, Un commun accord déploie aussi une plateforme en ligne, ouverte aux contributions de tout un chacun. Les conventions citoyennes, dispositifs d’échanges et de prises de décisions Jancovici part du constat qu’en campagne présidentielle, les candidats ont tout intérêt, pour se démarquer, à insister sur ce qui divise plutôt que sur ce qui rassemble. Or, en bon scientifique, il estime que c’est du consensus que naissent des solutions constructives. Pour permettre à la société civile de prendre sa place dans cette campagne, il reprend le modèle des conventions citoyennes. Comme celle sur le climat, mise en place par Emmanuel Macron en 2020 dans le cadre du « grand débat national », après la crise des « gilets jaunes ». Celle-ci avait été déclenchée par l’instauration d’une taxe sur les carburants, qui se pensait écologique mais fut perçue comme anti-sociale. « Ce type de dispositif d’écoute de la parole citoyenne vient combler un manque clairement identifié par les Français, puisque 70% soutiennent le principe d’assemblées citoyennes, observe Audrey Cerdan. Dans les commentaires sur la cagnotte, dans les messages qu’on reçoit, on voit un espoir très important, un vrai désir d’espaces, dans un moment comme celui-ci. » Même nombre de participants, même entreprise, Toluna Harris Interactive, spécialisée dans la constitution de panels, même esprit d’ouvrir le champ de la décision politique à l’ensemble de la société. Différence majeure : le projet citoyen n’est pas organisé par le pouvoir en place mais par la société civile pour faire connaitre ses doléances à ceux qui prétendent le prendre. « Ces espaces, décrypte la sociologue Sandrine Rui, permettent à ces personnes de se former et de s'informer par des expertises sous forme de documents ou d’auditions pour nourrir leur réflexion et ensuite de délibérer entre elles pour rendre des avis, des propositions plus éclairées pour alimenter le débat public. » « Des préférences » sur « des choix difficiles » Mais le temps imparti suffit-il pour rendre un avis pertinent sur des « dilemmes » ? « Dans le cas de cette initiative, six week-ends d’informations et d’échanges, cela fait un volume d’heures tout à fait conséquent, répond Sandrine Rui. Par ailleurs, un(e) citoyenn(e) qui s’engage dans une convention fait souvent beaucoup plus que ce qui est au programme. Ils lisent beaucoup, écoutent des podcasts. Cela ne les transforme pas en experts, mais cela les confronte à leurs propres opinions préalables. » Les dilemmes, qui seront définis par les citoyens eux-mêmes, sont un peu des questions de repas de famille. Sur la voiture électrique par exemple : faut-il l’acheter moins chère à l’étranger ou plus chère en France pour soutenir l’emploi ? Faut-il ouvrir des mines de métaux sur le territoire, avec toutes les conséquences, pour réduire notre dépendance à la Chine ? Doit-on encore construire des autoroutes pour désenclaver des territoires et rapprocher les gens, mais au prix de la biodiversité qui s’effondre et des terres qui manquent ? « C’est la raison d’être des conventions citoyennes de se saisir de dilemmes et d’objets qui font controverses, reprend Sandrine Rui. Ce qui permet de ne pas s’éterniser dans des débats sans fin, c’est qu’une convention citoyenne suppose à un moment des votes, c’est-à-dire des prises de positions. Dans le monde, de nombreuses assemblées citoyennes se saisissent de la question climatique qui se prête bien à ce type de délibération. » Les réponses ne seront pas « noires ou blanches », développe de son côté Audrey Cerdan. « La science à elle seule ne peut pas résoudre ces problèmes-là, qui ne peuvent l’être que par la discussion collective. Le dilemme permet d’aller au cœur de ce qui préoccupe aujourd’hui les Français. Il ne s’agit pas de les résoudre entièrement, mais de proposer quelque chose de clair sur leurs préférences. On sait qu’on ne pourra pas tout avoir, et Un commun accord peut apporter des clarifications sur ces choix difficiles. Ces clarifications, une fois arrêtées, donneront des indications au grand public et aux politiques sur la manière dont ils veulent s’organiser pour l’avenir. » Les conventions ci