Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 14 HR AGO

    Soudan du Sud: l'hôpital de MSF de Lankien, ouvert dans les années 1990, a été quasiment détruit [1/2]

    Au Soudan du Sud, le conflit dans le nord de l'État du Jonglei a fait plus de 300 000 déplacés depuis début 2026. Ce conflit oppose les signataires de l'accord de paix de 2018, c'est-à-dire les forces du président Salva Kiir et celles de Riek Machar, vice-président aujourd'hui détenu et en procès à Juba. RFI a pu se rendre à Lankien, à 400 kilomètres au nord-est de la capitale. Cette ville du Nord a été complètement ravagée par le conflit, et l'hôpital de l'ONG Médecins sans frontières (MSF), qui existait là-bas depuis plus de 30 ans, n'a pas été épargné. Cette structure, vitale pour 250 000 personnes, a été entièrement détruite en février 2026. Une équipe de MSF est retournée sur le site de l'hôpital pour la première fois, en avril. Notre correspondante l'a accompagnée. « Comment dire... C'est une destruction généralisée », lâche Ben Greenacre, chargé des affaires humanitaires pour Médecins sans frontières au Soudan du Sud. Avec quatre collègues, il découvre avec stupéfaction l'étendue des dégâts à l'hôpital MSF de Lankien, dans le Jonglei : « Le matériel médical a été réduit en détritus. Toutes sortes de matériaux ont été jetés par terre. C'est clairement le résultat du pillage de l'hôpital. » Évacué le 3 février 2026, l'hôpital a été bombardé le soir-même par l'aviation sud-soudanaise. Il a été complètement saccagé, après que l'armée gouvernementale a pris la ville de Lankien, jusque-là bastion de l'opposition : « Nous sommes au Soudan du Sud depuis plus de 40 ans, et ici, à Lankien, depuis 33 ans. Des générations entières sont nées, ont été soignées et ont travaillé à l'hôpital MSF. Aujourd'hui, la destruction est quasi-totale. » Déambulant d'un pavillon à l'autre, l'équipe observe que tous les lits, tous les meubles de l'hôpital ont disparu. Tout ce qui ne pouvait pas être volé a été cassé, brûlé, jeté dehors. Des milliers de documents et de registres tapissent le sol des allées extérieures. Un employé local de MSF, présent le jour du bombardement, témoigne de façon anonyme : « Nous avions 48 patients, dont 26 soignés pour des blessures par balle. Nous les avons tous fait sortir et avons fermé l'hôpital le 3 février. Et, puis le soir-même, nous avons entendu quand un avion a lâché une bombe sur notre pharmacie. Trois jours plus tard, la ville a été capturée par l'armée gouvernementale et ses milices alliées. » À lire aussiLe Soudan, pays brisé par une guerre sans fin « Il y a un cratère au milieu de l'hôpital » Les 20 000 habitants de Lankien ont fui. C'est dans les jours suivant l'arrivée des troupes gouvernementales que la destruction de l'hôpital et de la ville a eu lieu. Les responsables du pillage n'ont pas été clairement identifiés par MSF, dont les employés ont fui la ville eux aussi. Mais tout indique que ce sont les forces pro-gouvernementales qui ont voulu priver Lankien d'hôpital, comme pour punir la communauté pour son soutien supposé au mouvement de Riek Machar. Yashovardhan, chef de mission MSF, n'en croit pas ses yeux : « Je n'ai jamais rien vu de tel. Il y a un cratère au milieu de l'hôpital à cause du bombardement aérien. Et tout le complexe autour a été saccagé. Vous pouvez voir que cela a été fait de façon intentionnelle, pour que MSF n'ait pas d'autre choix que de fermer cet hôpital. » L'hôpital de Lankien est le quatrième hôpital fermé par MSF au Soudan du Sud depuis la reprise des combats début 2025. À lire aussiSoudan du Sud: l'insécurité humanitaire grandit pour les réfugiés soudanais faute de financement

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  2. 1 DAY AGO

    Madagascar: les déjeuners militants du Zoma Maninona par Carine Ratovonarivo

    C'est un concept qui vient de fêter ses cinq ans. Dans la Haute Ville d'Antananarivo, deux vendredis par mois, l'éco-designeuse Carine Ratovonarivo organise des Zoma Maninona, littéralement, des « vendredis, ça va bien ». Des déjeuners éco-responsables où l'artiste passe derrière les fourneaux pour faire dialoguer cuisine, patrimoine et écologie. Immersion dans le jardin d'Andohalo. « Bonjour à tous, bienvenue au Zoma Maninona, merci d'être là pour cet événement dédié à l'écologie » : ce vendredi-là, Carine Ratovonarivo accueille ses trois invités du jour. Depuis cinq ans, l'artiste tananarivienne propose, pour 10 000 ariary – environ deux euros –, un voyage culinaire à travers les régions de Madagascar. Au pied des petits pavillons d'Andohalo, premier jardin historique de la capitale, elle invite ses hôtes à prendre place sur les nattes et poufs, puis présente le menu : « Aujourd'hui, je vais vous servir mes fameux cakes verts. C'est ma signature, puisque je fais pousser mon petit potager ici, dans la Haute Ville. C'est important pour moi de parler de tout ce qui est localement sourcé et de saison. À côté, vous avez aussi des achards, qui répondent à des héritages culinaires traditionnels. C'est un mélange de recettes tananariviennes et Betsimisaraka. C'est mon interprétation familiale sur deux territoires donnés. Aujourd'hui, nous avons un rhum exceptionnel de fleurs de capucine comestibles qui poussent à deux pas d'ici et qui a un peu plus d'un an d'âge. » Carine cuisine tout. Elle tient aussi à perpétuer certaines traditions : « Tout rituel à Madagascar, de fête de la naissance jusqu'à la mort, c'est avec du rhum d'abord, donc je t'invite à prendre un peu de rhum, à en verser d'abord aux ancêtres (tradition qui consiste à verser du rhum au sol, en honneur aux ancêtres disparus, NDLR). » « Je dédie ce déjeuner aux rois et reines, aux Razambe (grands ancêtres, NDLR) », lance Onja, l'un des invités. « Et merci à Carine de nous avoir accueillis ici », poursuit-il. Rencontrer des personnes engagées Autour des plats, les discussions s'enchaînent. Politique, création, développement du pays, écologie du quotidien... « J'aime rencontrer les personnes qui viennent au Zoma Maninona. C'est l'occasion pour moi de rencontrer plusieurs personnes de différents milieux, qui sont souvent aussi très engagées pour le développement de Madagascar. C'est le seul événement, je pense, où on peut vraiment échanger, partager des idées et s'inspirer aussi de ce que Carine propose, parce que c'est vraiment de la recherche », reprend Onja. Une démarche écologique jusque dans les détails du service. « Je vais maintenant démouler les cakes et les servir dans des coco-bols. J'utilise toujours des objets recyclés, pour lutter contre l'usage unique et aussi pour pouvoir lutter contre la profusion de la vaisselle plastique », explique Carine Ratovonarivo. Au Zoma Maninona, le repas devient un espace de réflexion sur nos manières de consommer, mais également de se rencontrer. Un déjeuner transformé, par une artiste, en geste à la fois culturel, politique et profondément écologique.   À lire aussiComment restituer l'Histoire de Madagascar?

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  3. 2 DAYS AGO

    Sénégal: le musée de la culture diola à Mlomp, gardien des traditions de Casamance

    C'est l'histoire d'un tout petit musée, situé dans le village de Mlomp, en Casamance, dans le sud du Sénégal. En 1992, un homme a commencé à rassembler des objets traditionnels de son village, pour les exposer : des outils pour cultiver le riz, pêcher le poisson, mais également des fétiches, ou encore le tambour téléphone qui servait à passer des messages aux voisins. De ce projet est né le musée de la culture diola, le plus ancien lieu d'exposition dans la zone de Ziguinchor. De notre correspondante de retour de Mlomp, « Ici, vous avez la marmite », désigne Laurent Sambou, guide du musée de Mlomp. « Le Diola n'avait pas de frigo, mais il pouvait garder ses poissons une ou deux semaines », confie-t-il. Sous un toit de chaume percé au centre pour laisser entrer la lumière et l'eau de pluie, Laurent guide quelques touristes à travers cette case traditionnelle à impluvium. Bienvenue au musée de la culture diola. D'une jarre en terre cuite aux boucliers en carapace de tortue utilisés pour les combats contre le colonisateur en passant par un piège à poisson en feuilles de palme tressée, Binta, venue de Dakar pour les vacances, n'a jamais vu ça : « C'est exceptionnel parce que nous, nous sommes Sérères et Lébous, et ça fait du bien de découvrir cette autre partie du Sénégal et sa culture. » Une cinquantaine d'objets du quotidien racontent le mode de vie et les croyances diola vieilles de plus d'un siècle. À l'origine de ce musée, il y a plus de 30 ans, un habitant de Mlomp : « Je m'appelle Jules Sambou. J'ai créé le musée avec des feuilles de palmier rônier. Grâce à une collecte, j'ai pu construire une case à impluvium. » À l'époque, en 1992, le Sénégal accueille la Coupe d'Afrique des nations. Jules Sambou veut en profiter pour créer un lieu spécial, et tenter de faire venir des touristes, alors que la Casamance travers une période de conflit armé intense entre l’armée sénégalaise et le Mouvement indépendantiste du MFDC : « J'ai simplement exposé quelques pièces traditionnelles du quotidien et des objets fétiches. Au début, la recherche d'objets était difficile, mais aujourd'hui, une quarantaine sont présentés : des objets usuels déjà utilisés du temps de nos ancêtres, il y a plus de 100 ans. » En 2016, la Case à impluvium subit une tempête et se dégrade. Jusqu'à ce que la Fondation de la Banque de l'habitat du Sénégal décide de rénover le bâtiment en 2023 et de revoir la mise en valeur des objets exposés par les familles du village. Alyssa Barry, architecte spécialiste du patrimoine, se souvient : « Les objets étaient posés à même le sol, ils prenaient la poussière, il n'y avait aucune explication sur ce que ces objets représentaient. Notre travail a donc été de repenser la scénographie. » Désormais des panneaux expliquent l'usage et à quelle famille les lances ou tenues exposées appartiennent. Ces objets ont été regroupés par thème : instruments de musique, outils agricoles, armes, ou encore objets spirituels. Depuis la rénovation, un livre d'or de 400 pages a déjà été rempli, trace du passage de milliers de touristes dans cette case traditionnelle située sur la place publique royale du village, sous les fromagers géants. À lire aussiCasamance, itinéraire historique d'une idée d'autonomie

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  4. 3 DAYS AGO

    L'île de Tiwai, joyau de biodiversité et atout touristique de la Sierra Leone

    La Sierra Leone cherche à faire valoir ses atouts pour développer le tourisme. L'un de ses joyaux se situe dans l'est du pays, sur le fleuve Moa : l'île Tiwai. Cette île intérieure regorge d'une biodiversité exceptionnelle, et notamment une grande variété de primates, ce qui lui a valu d’être classée au patrimoine mondial de l'Unesco, en 2025. Les gestionnaires misent sur l'augmentation des revenus touristiques pour renforcer la protection du parc, et soutenir la recherche scientifique. De notre correspondant de retour de l'île Tiwai, Au cœur de la forêt luxuriante, c'est avec un large sourire qu'Amadou Youssouf accueille les visiteurs. Il est le responsable de la conservation dans le sanctuaire que constitue l'île Tiwai, en Sierra Leone. Gravement menacé à cause de la guerre civile, il y a une vingtaine d'années, ce sanctuaire de biodiversité se porte aujourd'hui mieux que jamais, grâce à la bonne gestion de l'ONG Environmental Foundation for Africa, qui est parvenue à le faire classer au patrimoine mondial de l'Unesco : « Le parc a été sélectionné en 2023. Après avoir soumis nos dossiers, on a reçu la visite des examinateurs de l'Unesco, et finalement, le parc a été classé en 2025. C'est un grand succès pour nous ! On remarque déjà un effet sur la fréquentation du parc, le nombre de visiteurs a augmenté depuis l'an dernier. Cela nous donne plus de ressources pour protéger le parc et sa biodiversité exceptionnelle. » À lire aussiSierra Leone: l'île de Tiwai classée par l'Unesco pour sa biodiversité exceptionnelle Un centre de recherche scientifique Les visiteurs peuvent y admirer la grande variété de primates. À peine entré dans la forêt, on peut les voir sauter de branche en branche. Kinawa Kuruma est le guide forestier : « Il y a ici 11 espèces de primates ici, et notamment des cercopithèques diane. Ils sont très nombreux ici. On les reconnaît facilement, ils sont noirs et blancs, avec une teinture rouge dans le dos. Il y a aussi une grande variété d'oiseaux, comme des martins-pêcheurs à tête rousse. Les touristes adorent les prendre en photo quand on fait le tour de l'île en bateau. Nos visiteurs viennent de partout pour voir toutes ces espèces : on a des Américains, des Suisses, des Norvégiens... » L'île Tiwai n'est pas qu'une attraction touristique. Elle accueille aussi un centre de recherche scientifique, en partenariat avec l'université Njala de la ville de Bo, explique Amadou Youssouf : « Des chercheurs du département de biologie de l'université Njala viennent ici avec leurs étudiants. Ils mènent des recherches aussi bien sur la faune que sur la flore : les différents types de chimpanzés et d'oiseaux et la végétation, qui est aussi très riche. En ce moment, on accueille un doctorant. Il fait sa thèse sur le comportement des chimpanzés. Il a posé des caméras dans la forêt pour les observer. » Le succès du parc bénéficie aussi aux populations locales. C'était l'une des exigences de l'Unesco. Une partie des revenus issus du tourisme finance des projets de développement dans les villages voisins, notamment en soutenant l'agriculture.

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  5. 4 DAYS AGO

    En Éthiopie, les implantations d'entreprises françaises en augmentation

    Le sommet Africa Forward, qui a lieu cette année à Nairobi, témoigne du repositionnement voulu par la France sur le continent. De plus en plus d’entreprises font notamment le choix de s’implanter en Éthiopie, attirées par un marché immense de plus de 120 millions d’habitants, malgré une situation sécuritaire dégradée. De notre correspondante à Addis-Abeba, Ce dimanche matin, les clients sont nombreux devant le comptoir de la boulangerie Hanit Bakery. La boutique fait partie des clients de la société française d’agroalimentaire Lesaffre, qui fabrique notamment de la levure. L’enseigne s’est installée en Éthiopie en 2021, explique sa directrice dans le pays, Marine Durot. « Lesaffre a choisi d'ouvrir une usine en Éthiopie parce que c'est le second pays le plus peuplé d'Afrique. C'est aussi un pays où l'on a remarqué que la population mange de plus en plus de pain, par rapport à l'injira. Pour nous, c'était un marché clé dans lequel on voulait être présent. On est sur une bonne optique et un bon développement de croissance », indique-t-elle. Comme Lesaffre, de plus en plus d’entreprises françaises optent pour l’Éthiopie. Depuis quelques années, le pays cherche à attirer les investisseurs étrangers, affirme Getachew Teklemariam Alemu, économiste au sein de l’Union africaine. « Des pays comme l’Éthiopie ont entamé des réformes pour ouvrir des marchés, libéraliser divers secteurs et inciter des investisseurs à venir placer leur argent dans leur économie. Les principaux obstacles macroéconomiques à l’investissement sont désormais levés grâce à ces réformes », explique-t-il. En témoigne la visite, mi-avril, d’une quinzaine de sociétés venues dans le pays à l’initiative du Medef International. Une démarche qui s’inscrit dans une dynamique plus large, malgré une situation sécuritaire très dégradée. Des conflits déchirent actuellement les régions de l’Amhara et de l’Oromia, tandis que les tensions entre Addis-Abeba et le Tigré restent très fortes, faisant même craindre un nouveau conflit. Mais pour Gérard Wolf, président du Medef International, ce contexte ne doit pas freiner les investisseurs. « Des conflits du type du Tigré existent partout dans le monde. Dans les endroits difficiles, mais où il n'y a pas une intensité de conflit énorme, on ne va pas attendre que tout soit terminé pour s'en occuper. On ne s'interdit pas, par essence, d'aller dans un pays en conflit », souligne-t-il. En janvier 2026, le géant français de l’agroalimentaire Carrefour a annoncé son installation prochaine en Éthiopie. À lire aussiÉthiopie: le chef du parti TPLF élu à la tête du Parlement du Tigré, nouvelle escalade avec Addis-Abeba

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  6. 5 DAYS AGO

    Une chimiste kényane utilise les nanotechnologies pour lutter contre la pollution de l’eau

    Le sommet Africa-Forward s’ouvre ce lundi 11 mai à Nairobi. Prévu sur deux jours, coorganisé par la France et le Kenya, mais ouvert à de nombreux pays du continent, il veut illustrer l'évolution de la politique de la France en Afrique en mettant en valeur les échanges franco-africains et la recherche commune de solutions concrètes. Des partenariats existent déjà, par exemple en matière de recherche. Le CNRS français a notamment ouvert en 2024 un bureau à Nairobi. RFI est allée à la rencontre d'une chercheuse kényane qui a pu faire avancer ses recherches en collaborant avec d'autres chercheurs en France. De notre correspondante à Nairobi, Dans les sous-sols de l’Université de Nairobi, une petite pièce climatisée abrite une partie du laboratoire de Bridget Mutuma, chercheuse en chimie. C’est ici qu’elle mène ses travaux, entourée d’équipements spécialisés. Parmi eux, un analyseur thermogravimétrique, un appareil essentiel pour ses recherches. « Cet appareil s’appelle un analyseur thermogravimétrique. Il est utilisé pour étudier les propriétés thermiques des matériaux, comme la température à laquelle ils se décomposent. C’est très important pour les nanotechnologies sur lesquelles porte mon travail, la science des choses à très petite échelle, comme je l’appelle. J’étudie des dispositifs et des matériaux capables de fonctionner à l’échelle nanométrique », explique-t-elle. Bridget Mutuma a choisi de consacrer ses recherches à la lutte contre deux fléaux environnementaux : les déchets plastiques et la pollution des eaux. L’idée a pris forme pendant la crise du Covid-19. « Ça m'a frappé : comment puis-je utiliser ma science pour résoudre les problèmes environnementaux ? Au Kenya, comme à l’échelle mondiale, les déchets plastiques constituent un problème. Mon travail consiste donc à utiliser ces déchets plastiques pour fabriquer des nanomatériaux, qui sont ensuite utilisés pour traiter l’eau », confie la chercheuse. Collaboration avec le CNRS en France Pour faire avancer ses travaux, Bridget Mutuma a noué une collaboration avec des chercheurs en France. Cette rencontre est née lors d’un colloque en ligne. « Il y a l'expertise que j'ai sur les nanomatériaux et l'expertise que les chercheurs ont sur l'énergie solaire, la photocatalyse. J’ai même pu passer un mois au CNRS d’Orléans. J'ai fait expédier des échantillons là-bas pour les étudier et aussi pouvoir apprendre auprès de la professeure Ania Conchi. J’ai réussi à rencontrer quelqu’un dont le domaine de recherche recoupe le mien. J’ai également pu utiliser certains équipements sur place, rencontrer d’autres chercheurs pour collaborer, et donner des conférences », raconte-t-elle. Lors de son séjour à Orléans, Bridget Mutuma a également apporté sa propre expertise à l’équipe française. « Mon travail est essentiellement axé sur le carbone, je m’intéresse aux carbones creux. Ils avaient déjà travaillé sur des oxydes métalliques creux, mais pas sur du carbone creux. J’ai travaillé avec l’équipe sur place pour en fabriquer, ce qui m’a permis d’également transmettre mon expertise afin que nous puissions être synchronisés », souligne-t-elle. Si les travaux de Bridget Mutuma sont encore en cours de développement, la chercheuse kényane se réjouit déjà des premiers résultats, qu’elle qualifie de prometteurs. À lire aussiAu Kenya, le pari d’une énergie verte

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  7. 6 DAYS AGO

    Le «streetwear afro-diasporique» s'expose au musée du Quai Branly à Paris

    L'exposition Africa Fashion, c'est une occasion pour célébrer et montrer la richesse de la mode africaine, entre autres le « streetwear afro-diasporique ». Une nouvelle génération de la diaspora africaine tente, à travers l'habillement, de réinventer les codes du streetwear classique en alliant tradition africaine et modernité. Un moyen pour eux de se reconnecter et de maintenir le lien avec leurs origines. Un reportage d'Habib Diao.    T-shirt brodé, baskets colorées, un décor assez chargé de symboles occupe la table installée au milieu de cette salle d'exposition du musée du Quai Branly. Ces pièces caractérisent le « streetwear afro-diasporique ». Pour Marina Wilson, surnommée Cheetah, organisatrice de l'exposition, ce style est à la croisée des cultures africaines et du hip-hop. « C'est un streetwear qui est porté par les enfants des diasporas africaines qui sont influencés à la fois par les cultures américaines, dont notamment la culture hip-hop, et qui se servent aussi de leur ancrage dans les cultures africaines pour créer un nouveau langage culturel et esthétique, explique-t-elle. Par des vêtements avec des figures comme Thomas Sankara pour l'Afrique, Malcolm X aux États-Unis, etc., il y a une envie de véhiculer un message, il y a une envie de diffuser une culture, il y a une envie de faire connaître des choses propres aux cultures africaines, qu'on peut aussi raconter par le biais du streetwear et par le biais du vêtement. » Vêtue d'un t-shirt noir à l'effigie de figures africaines, Chimène, d'origine guadeloupéenne, est venue visiter l'exposition. Elle revendique une relation assez particulière avec l'Afrique. « L'énergie, on la porte avec nous. Donc, je m'inspire beaucoup de tout ce qui est traditionnel, confie-t-elle. En Guadeloupe, on a tout ce qui est traditionnel, comme les mikas que je porte. J'adore tout ce qui est coloré. Moi, je porte l'Afrique en moi, et nous, ça nous permet de nous reconnecter, même si on est à 8 000 kilomètres, avec la Terre-Mère, nos racines. » À lire aussiImane Ayissi, le grand couturier amoureux du patrimoine textile africain Modernité et tradition Un peu plus loin, Fatima se distingue par sa coiffure afro qu'elle dit porter fièrement. Créatrice d'une marque de bijoux, elle allie inspirations contemporaines et références héritées de ses origines ivoiriennes. « Pour moi, c'est assez important de pouvoir représenter ses origines. Je pense que c'est possible d'avoir justement toujours ce côté un petit peu, on va dire, moderne et traditionnel, à travers des vêtements, des accessoires, des bijoux, souligne-t-elle. Justement, c'est aussi pour ça que j'ai créé cette marque de bijoux Nafolo. Donc, c'est vraiment ça, c'est l'héritage de ma mère, de mes parents en Côte d'Ivoire, des bijoux à porter au quotidien comme pour les grandes occasions. Et c'est une fierté. » Toujours dans le cadre de l'exposition Africa Fashion, d'autres activités sur les influences de la mode africaine se déroulent au musée du Quai Branly, notamment des activités de création pour enfants. L'exposition Africa Fashion est à voir au musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris jusqu'au 12 juillet prochain. À écouter dans Sur le pont des arts« Africa Fashion » : la mode africaine enfin à l'honneur à Paris

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  8. 8 MAY

    En Égypte, les Samidat, des footballeuses soudanaises, défient l'exil

    Jouer au football pour se reconstruire et surmonter les traumatismes de la guerre et de l'exil : c’est l’objectif d’une équipe féminine soudanaise composée de joueuses professionnelles ayant fui le conflit pour l’Égypte. À l’initiative, Salma al-Majidi, pionnière du football féminin au Soudan. De notre correspondant au Caire, Au beau milieu des alignements d’immeubles d’un quartier pauvre du Caire, un gazon synthétique usé et, dans les cages, Houda, gardienne de la sélection soudanaise. « Là-bas, le football nous a beaucoup apporté, jusqu’à la guerre. Lors du dernier tournoi qu’on a disputé au Soudan, les bombardements nous ont empêchées de gagner, témoigne-t-elle. Puis la guerre est arrivée et nous avons dû venir en Égypte. » Devant elle, bonnet vissé sur le crâne, Nour, 16 ans, enchaîne les frappes, des rêves plein la tête. « Je veux aller de l’avant, jouer dans les ligues européennes et, si Dieu le veut, un jour faire briller mon pays, confie-t-elle. Je veux aussi rendre fière ma famille, c’est pour ça que je joue au football, et mon rêve, c’est qu’elle me voie au plus haut niveau. » Son regard, trop sévère pour son âge, en dit long. Arrivée seule en Égypte après sept mois d’attente à la frontière, elle vit de petits boulots, loin des bancs de l’école. « Je fais des ménages par-ci par-là, explique Nour. C’est une période difficile. Chaque sou est important, car il faut manger, mais j’économise aussi pour pouvoir envoyer de l’argent au Soudan. » À lire aussiCAN 2025: joueurs exilés, guerre civile... le Soudan rêve d'exploit face au Sénégal « Elles sont des résistantes marquées par la guerre » Derrière le sifflet, Salma al-Majidi, footballeuse emblématique au Soudan, est doublement pionnière. Première sélectionneuse de la première équipe nationale féminine soudanaise, c’est elle qui, en arrivant au Caire, a réuni les joueuses réfugiées en Égypte. « L’équipe ne se contente pas de rassembler les filles et de leur donner une activité. Elle est surtout un soutien essentiel, souligne-t-elle. Beaucoup traversent des difficultés matérielles extrêmes : logement, nourriture, déplacements, maladie. Le club est une lueur au milieu de l’obscurité. » Ce n’est pas un hasard si elles ont choisi pour nom d’équipe les Samidat, les résistantes. « Quand tu t’assois avec chacune des trente-deux joueuses, elles te racontent leur histoire, leur quotidien, les épreuves qu’elles ont traversées, tous les détails, raconte Salma al-Majidi. Le nom Samidat vient de là : de leur endurance et de leur résilience. Elles sont des résistantes marquées par la guerre. » Trois longues années de guerre n’ont pas réussi à éteindre la flamme du football chez ces résistantes.  À lire aussiLe Soudan, pays brisé par une guerre sans fin

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