Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 18 hr ago

    À midi, on mange quoi: à Kinshasa, les malewa, ces restaurants de rue qui nourrissent la ville [2/5]

    En République démocratique du Congo, les malewa sont des petits restaurants de rue, prisés des Kinois pour la pause déjeuner. On y mange des plats locaux, populaires et surtout bon marché. De notre correspondante à Kinshasa, Bienvenue chez maman Mireille, la gérante d'un malewa, ces petits restaurants à ciel ouvert qui s'installent chaque midi sur les trottoirs de Kinshasa, la capitale de la RDC. Sur une table en bois brinquebalante sont disposées plusieurs casseroles, qui contiennent les plats du jour. « Pour le repas, nous avons aujourd'hui du porc, du gombo, de la courge, du poisson, des haricots et du poulet », explique-t-elle. Cela fait six ans que Mireille gère son malewa. Tous les matins, elle part au marché acheter ses produits et les cuisine directement sur place, avec du simple charbon de bois. « J'ai appris à cuisiner avec ma tante. Je partais avec elle à son malewa et je l'aidais à cuisiner. Je ne gagne pas beaucoup d'argent, mais au moins, j'ai un petit travail, sinon je n'ai rien. Je suis très fière quand les clients disent que c'est bon chez moi. C'est le bouche-à-oreille qui amène les clients », confie-t-elle. À lire aussiLes délices du continent [1/10]: en RDC, le poulet mayo, plat emblématique de Kinshasa Devant elle, les clients font la queue et, chacun leur tour, soulèvent les couvercles des casseroles pour faire leurs choix. Chaque plat a son prix pour s'adapter aux budgets les plus serrés. Pour Alphonse, chauffeur de bus, aller au malewa lui permet de manger un repas complet à moindre coût. « Par manque de moyens, j'ai mangé des boules de foufou et les feuilles de manioc et pour pas cher, avec 5 000 francs CFA [1,90 euros, NDLR]. J'ai bien mangé, c'est bien pour le ventre », témoigne-t-il. À ses côtés, Ange, une fonctionnaire qui travaille dans le quartier, est une habituée des lieux. « Elle prépare vraiment très bien. Elle met des épices comme on prépare à la maison à Kinshasa », assure-t-elle. Dans cette capitale tentaculaire, rares sont ceux qui ont le temps de rentrer chez eux pour le déjeuner. Le malewa est donc une solution pratique pour Christopher. « J'habite loin du centre-ville, et je quitte la maison très tôt le matin sans manger. À midi, j'ai faim, je mange quelque chose chez Mireille, c'est juste à côté du travail et ça me permet d'avoir de l'énergie pour le reste de la journée », explique-t-il. À 16 heures, les casseroles de Mireille sont généralement vides. Elle les range sous sa petite table en bois, prêtes à être utiliser. Chaque jour, Mireille cuisine pour une centaine de clients. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

  2. 1 day ago

    À midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    Au Sénégal, on connaît bien sûr les plats emblématiques comme le thiéboudiène. Mais la street food nourrit aussi des millions de personnes au quotidien. En tête : le sandwich dakarois, une demi-baguette farcie de tout ce que le cuisinier peut imaginer, du poisson aux spaghettis. Il se prépare et se déguste dans les tanganas, ces petites cantines de rue qui ouvrent à l'aube dans tous les quartiers de la capitale. De notre correspondante à Dakar, Le tangana d'Omar Diop, alias Omzo, ne désemplit pas. Derrière ses grandes marmites et ses plaques à gaz, il prépare et réchauffe depuis l'aube les garnitures du jour. Travailleurs et étudiants du centre-ville viennent prendre leur petit-déjeuner avant le boulot. Chacun a son préféré. Du plus classique comme le pain thon, une pâte de sardine pimentée, au plus surprenant, comme le sandwich petit pois ou spaghettis... Tout est possible. C'est le fast-food à la sénégalaise, bien mijoté, accompagné d'un café touba aux épices ou d'un thé sucré. Habib, commerçant, fait une petite pause : « C'est propre et c'est bon. Il le prépare comme on l'aime. Et tu es à l'aise, tu t'installes, tu manges vite fait. Après tu vas retourner au travail. » Chacun agrémente le sien de ses condiments : piment, ketchup-mayo, ou la fameuse sauce oignons qu'Omar prépare chaque matin. « Des oignons, du vinaigre avec un peu de sel pour mélanger avec de la moutarde, un peu de piment », énumère-t-il. Les assaisonnements, c'est le secret d'un bon sandwich et c'est ce qui différencie les cuisiniers pour Cheikh, conseiller commercial : « Ici chez Omar, le goût qu'on peut avoir peut être totalement différent du goût que l'on peut avoir chez une dame à côté. Cela a l'air simple, mais ce n'est pas si simple parce que tout dépend aussi du dosage. Si c'était simple, on irait nous-mêmes en préparer tous les jours chez nous. » Emballé dans sa feuille de journal, le sandwich se vend entre 200 et 800 francs CFA [0,30€ et 1,20€, NDLR] selon la garniture et la taille. De quoi expliquer son succès. L'art du chef de tangana, comme Omzo, c'est de plaire à tous les goûts. Ils innovent pour répondre aux différents modes : tacos, burgers... Le chef et consultant Tamsir Ndir, qui a dirigé plusieurs restaurants, observe le phénomène avec attention : « Les gens vont inventer les recettes en fonction du pouvoir d'achat des clients. Il y a quelques années, ils ont sorti le burger local. On va avoir tout ce qu'il y a dans l'hamburger sauf le steak haché. J'ai pour souvenir qu'il le vendait à 500 francs CFA à l'époque. On va faire une omelette, les oignons, les frites, la petite sauce qui va avec... » Omar a commencé par vendre simplement du thé et du café. Il tient aujourd'hui deux tanganas et rêve d'un grand restaurant en dur. À lire aussiAu Sénégal, une première obligation financière pour la transition et l'autosuffisance alimentaire

  3. 2 days ago

    Campus de légende: au Nigeria, le hub d'innovation «AI Unipod» de l'université de Lagos [6/6]

    Et si le futur de l'intelligence artificielle (IA) africaine se préparait à Lagos ? C'est le pari du programme de l'ONU pour le développement (PNUD), du gouvernement fédéral nigérian et du Tetfund, une agence nigériane chargée de promouvoir la recherche et l'innovation dans les établissements publics d'enseignement supérieur, avec le lancement en avril 2026 de l'AI Unipod. Cette première unité servira de modèle pour cinq autres pôles répartis à travers le pays, et notamment spécialisés dans l'agriculture, l'économie bleue ou encore l'industrie des minerais. De notre correspondante à Lagos, Au cœur du campus de l'université de Lagos, au sein de l'AI Unipod, on ne retrouve pas de salles de classes classiques, ni d'amphithéâtres, mais plutôt un univers qui rappelle celui des start-up avec un open space sur deux niveaux et du mobilier coloré, ainsi que plusieurs ateliers pour l'impression 3D, la robotique ou la simulation de réalité virtuelle. Un environnement propice aux échanges et à la création, comme l'explique la professeure Chika Yinka-Bajo, directrice de l'AI Unipod. « Nous voulons créer une infrastructure de recherche sur l'IA pour l'Afrique de l'Ouest. Donc, si vous pensez à "Je veux faire de l'IA, où puis-je aller ?", si vous avez un problème à résoudre "Où puis-je aller ?", c'est la réponse que nous voulons que cet endroit soit », affirme-t-elle. L'espace accueille aussi bien des professionnels que d'anciens ou actuels étudiants pour concrétiser des projets qui nécessitent l'intelligence artificielle (IA). Entre ces murs, Kenneth Silva-Eboagwu, 22 ans, étudiant en physique de l'électronique, a conçu le prototype d'un robot détecteur de mouvement pour la vidéosurveillance. « L'accès à l'équipement, aux espaces de travail, aux personnes partageant les mêmes idées, des personnes avec lesquelles on peut collaborer et construire... Unipod essaie de combler cet écart en fournissant tout cela. Nous ne laissons pas les idées rester des idées, mais nous les transformons en vrais produits », détaille-t-il. À l'étage, dans l'AI Lab, John Hicks, étudiant en science des données, travaille lui aussi sur une technologie de vidéosurveillance capable d'identifier des objets, des comportements spécifiques au Nigeria et plus largement à l'Afrique. « À l'ère de l'IA, les choses évoluent rapidement et l'Afrique est exclue du jeu parce que nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à former des modèles. Nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à mener des recherches afro-centrées ou des choses qui sont propres à l'Afrique », rappelle-t-il. Solarin Akintunde, en dernière année d'ingénierie électronique, a fondé son agence de formation pour répondre aux besoins des professionnels nigérians qui souhaitent évoluer vers un business intelligent. « Une de mes étudiantes vend des vêtements, des tissus et tout ça. Elle attirait la plupart de son public par le bouche-à-oreille. Elle voulait faire évoluer sa plateforme vers le digital avec un site internet. Je lui ai appris la création de contenu, l'automatisation et même un peu de développement web avec l'IA et elle a été capable d'avoir son propre site internet, son propre chatbot », raconte-t-il. À lire aussiCampus de légende: à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

  4. 3 days ago

    Campus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

    Dans la région de Rabat au Maroc, l'université Mohammed VI Polytechnique s’est dotée depuis 2021 d’un pôle de recherche sur l’intelligence artificielle qui participe à l’effervescence en Afrique autour de cette révolution technologique.  De notre envoyé spécial de retour de Rabat, C’est en voiturette de golf que l’on transporte les visiteurs sur le campus. Au loin apparaît un bâtiment rectangulaire surmonté d’un dôme. Cette architecture de temple futuriste abrite le centre international d’intelligence artificielle du Maroc, Ai Movement. Btissam El Khamlichi est la directrice générale d’Ai Movement : « En fait, ici, on a des espaces, je dirais, d'apprentissage. D'apprentissage et de conférences aussi. On a deux amphis. » Ai Movement se veut comme un hub régional capable de développer des technologies pour le royaume, mais aussi le continent dans son ensemble. « Ce qui va nous permettre, sur le continent africain, d'adopter l'IA, de la développer en local, pour développer des technologies qui vont répondre à des problématiques locales, qui ne portent pas vraiment d'intérêt financier global, mais il faudra que ça soit développé en local. » Des recherches tournées vers l’impact social Sept enseignants-chercheurs et 34 doctorants sont rattachés au centre et planchent sur des solutions à des problématiques très diverses : inégalité, villes durables, préservation du patrimoine : « Par exemple, on a une application qui s'appelle TarjWomen. Ça a été développé justement pour des femmes qui ne peuvent pas lire et écrire et où la dame, par exemple, pourra prendre son téléphone, scanner un document et elle va avoir une interprétation audible du document. Ce n’est vraiment pas une lecture du document, mais une explication du document, c'est-à-dire que si, par exemple, c'était un ticket de train, lui dire "Madame, vous devez par exemple partir du point A au point B pour pouvoir être à temps". » Si les entreprises sollicitent le centre pour co-développer des solutions en intelligence artificielle, elles sont aussi intéressées par son programme de formation. Reda El Marhouch est doctorant. Il explique comment, à l’aide d’un petit robot, les principes de l’IA peuvent être enseignés de manière très ludique, notamment aux enfants. C’est également l’une des cibles du centre à travers son master junior : « Si vous mettez un obstacle ici, voilà, vous changez de direction. En fait, ici, c'est le cerveau et après on a des capteurs de proximité. On apprend un peu avec les enfants, on leur fait comprendre comment ils peuvent personnaliser leur programme. » Ai Movement a bénéficié en 2023 d’un budget de 3,5 millions d’euros, financé pour un tiers environ par le groupe OCP, le géant marocain des engrais. À écouter aussiCampus de légende : à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

  5. 4 days ago

    Femmes de la terre: au Sénégal, Mariama Sonko redonne le pouvoir aux femmes [5/5]

    À Niaguis, petite localité de la Casamance, Mariama Sonko milite pour l’autonomie financière des femmes via l’agriculture et l’agroécologie depuis plus de 30 ans. Fille de paysanne, elle est la présidente du mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui rassemble plus de 800 associations membres à travers huit pays d’Afrique de l’Ouest. De notre correspondante à Dakar,  Mariama Sonko, comme lors de cette interview donnée il y a quelques mois à une chaîne de télévision africaine, n’a de cesse de le répéter : si l’on veut la souveraineté alimentaire, il faut s’appuyer sur les femmes rurales et leur savoir. En jeu : l’accès aux semences de qualité sans dépendance aux multinationales. « Si on ne s’organise pas, si on ne s’engage pas, demain on sera des étrangers, même chez nous, martèle Mariama Sonko. Donc, le travail que nous faisons, c’est comment reconstituer ce capital semencier qui est important pour la vie ou la souveraineté africaine. » En chemise large et pantalon, du haut de ses 59 ans, Mariama met en pratique cet engagement depuis plus de 20 ans. Petite-fille de paysan, elle grandit avec l’obsession de planter, inspirée par cette injustice de départ : la quasi-impossibilité pour les femmes de posséder de la terre, même si la loi leur en donne le droit. « Quand j’ai grandi, j’ai vu beaucoup de pression sur la femme et ça, ça me révoltait », confie-t-elle. À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] Ne pas baisser les bras Vient la deuxième injustice, le décès de son père. Mariama assiste, impuissante, aux difficultés de sa mère pour nourrir ses 10 enfants. « C’est ce qui a fait qu’à un moment, quand j’étais en première, j’ai arrêté mes études. Mes oncles m’ont obligée à me marier pour dire que la place de la femme, c’est au foyer, se rappelle-t-elle. Mais ça ne m’a pas fait baisser les bras. » Du haut de ses 19 ans, Mariama continue de se battre. Elle obtient le droit de cultiver un lopin de terre avec d’autres femmes. Trois ans plus tard, elles sont expulsées. Mariama décide de tout faire pour réussir à devenir propriétaire. Il y a 10 ans, elle y parvient : 3 hectares d’une ferme expérimentale tout près de Ziguinchor. Pas de pesticide et seulement des semences locales. Trente femmes y travaillent. « Aujourd’hui, plus de 100 femmes ont un compte en banque individuel et elles épargnent. À partir de leurs recettes, elles font d’autres activités secondaires pour augmenter leurs revenus, et ça, ça me rend fière », se réjouit-elle. Désormais, Mariama promène son bâton de pèlerin en Afrique de l’Ouest. Huit cents associations sont membres du mouvement Nous sommes la solution, qui prône l’agroécologie et la préservation des semences locales, dans 10 pays. Deux cent mille femmes, analphabètes pour la plupart, en font partie. « Je suis très fière, quand je suis avec les femmes, je suis fière car je vois beaucoup de progrès », sourit la cinquantenaire. À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

  6. 5 days ago

    Femmes de la terre: en Centrafrique, Josiane Tambassoua contribue à la sécurité alimentaire [4/5]

    En Centrafrique, Josiane Tambassoua incarne une génération de femmes engagées qui, à travers leur travail quotidien, participent activement à la sécurité alimentaire et à la dynamisation de l’économie locale. En valorisant le travail de la terre, elle démontre que l’agriculture peut être une activité rentable et porteuse d’avenir. Pour les jeunes générations, son parcours constitue une véritable source d’inspiration.  De notre correspondant à Bangui, Ce matin, une légère brume flotte au-dessus de la plantation. Les chants d’oiseaux accompagnent les agriculteurs déjà à l’œuvre. Au milieu des rangées verdoyantes de cultures, Josiane Tambassoua supervise les activités agricoles, organise les travaux et veille au bon développement des cultures. Ici, les plants de manioc s’étendent à perte de vue. Plus loin, des parcelles de maïs et d’arachides témoignent de la diversité des productions. Josiane a compris que la terre représente bien plus qu’un simple moyen de subsistance. « Depuis plusieurs années, je travaille la terre avec passion. Je suis convaincue que l’agriculture est l’un des moyens les plus efficaces pour nourrir nos familles et lutter contre l’insécurité alimentaire, souligne Josiane Tambassoua. Après les crises politico-sécuritaires, la RCA fait face à un important défi humanitaire. Nous nous battons pour lutter contre l’insécurité alimentaire qui touche la population de mon pays. » Chaque jour, les tâches sont nombreuses : désherbage, entretien des plantations, surveillance des cultures et préparation des futures semences rythment son quotidien. « Je suis fière de contribuer à la sécurité alimentaire de ma communauté. Lorsque je vois les produits de ma plantation sur les marchés ou dans les assiettes des familles, je ressens une grande satisfaction, se réjouit l'agricultrice. Cela me motive à produire davantage et à encourager d’autres femmes à s’investir dans l’agriculture. Chaque récolte représente une source d’espoir et de stabilité pour les populations. » À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5] « C’est une femme inspirante » Sous la chaleur de midi, les ouvriers poursuivent leurs activités entre les rangées de cultures. Le bruit des outils se mêle aux échanges entre les travailleurs. Malgré la fatigue, Romaric Ndotoloum, l’un des ouvriers, garde les yeux tournés vers la prochaine récolte, avec l’espoir d’une production abondante. « C’est une femme inspirante. Depuis des années, elle porte le flambeau de l’agriculture et nourrit un grand nombre de Centrafricains, explique-t-il. Une grande partie de nos productions est vendue sur les marchés locaux. Les revenus tirés de la vente des récoltes permettent de soutenir les dépenses familiales et d’améliorer les conditions de vie des ménages. » Josiane partage régulièrement son expérience avec d’autres femmes centrafricaines et étrangères, les encourageant à investir dans l’agriculture comme moyen d’autonomisation économique. Aujourd’hui, son plus grand projet est d’exporter ses produits dans la sous-région. Elle ambitionne également de créer un centre de formation destiné aux femmes afin de leur apprendre à produire, transformer et commercialiser leurs récoltes. À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

  7. 6 days ago

    Femmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

    Wissal Ben Moussa a cofondé Sand to Green en 2022, une start-up qui s’appuie sur des technologies de pointe et s’inspire de la nature pour proposer aux paysans des solutions plus durables et mieux adaptées au changement climatique. Des pratiques qui permettent de régénérer les sols quand l’agriculture conventionnelle les appauvrit.  De notre envoyé spécial de retour de Guelmim, Une ferme à la végétation luxuriante, c'est l’exploitation familiale de Wissal Ben Moussa à Guelmim, dans le sud du Maroc, à la lisière du désert. « Je suis de formation ingénieure en agroalimentaire. Je bossais dans une multinationale, raconte-t-elle, j'étais responsable R&D, on formulait des cubes de bouillon et on devait utiliser des colorants, etc., que tout le monde jugeait assez toxiques. » Son attirance pour le vivant et la recherche d’un travail qui a du sens vont la conduire à changer de voie. « Donc, grosse prise de conscience écologique personnelle et d'une manière tout à fait automatique, je me suis dit que si j'avais un impact à faire quelque part, c'était vraiment au tout début de la filière, sur la partie agro, précise Wissal Ben Moussa, sauf que j'avais zéro connaissance en agro. » À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] « On a vraiment démarré du terrain » Elle commence par un petit potager de 200 mètres carrés et découvre la permaculture et l’agroécologie. Sa ferme est un véritable jardin d’Éden. Pourtant, Wissal Ben Moussa est partie d’une terre aride, inhospitalière en apparence. Elle est parvenue à y semer de nouveau la vie. C’est ici qu’elle mène des expérimentations pour la start-up Sand to Green. « L'agriculture de régénération est la solution à la crise que l'agriculture est en train de vivre aujourd'hui face au changement climatique. C'est de là que l'idée de créer Sand to Green est née, explique l'ingénieure. L'idée de créer une expertise, une solution qui soit ancrée dans la terre. On n'a pas démarré dans des laboratoires, on a vraiment démarré du terrain. » Toutes les données du sol et des cultures sont collectées pour alimenter une plateforme qui permettra une standardisation des bonnes pratiques. Les agriculteurs du monde entier pourront ensuite les appliquer. « Il y a un mot en anglais que j'adore pour décrire un fermier, ils vont dire "land steward", du mot "stewardship", précise-t-elle. En tant qu'agriculteur, tu es juste là pour prendre soin de ce terrain-là. Tu fais partie de tout cet écosystème. » Aujourd’hui, la start-up Sand to Green accompagne des milliers d’agriculteurs à travers tout le continent, en Côte d’Ivoire, en Tanzanie ou encore en RDC.  À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

  8. 20 Jul

    Femmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5]

    Focus sur les femmes plongées au cœur de l'agriculture. Direction le sud de la Côte d'Ivoire, à Divo, zone de production du cacao, à la rencontre d’Agathe Vanié. Cette femme de 62 ans milite depuis plusieurs années pour une agriculture sans pesticides et préside la société coopérative et l'Association de café-cacao dans sa région.  De notre envoyée spéciale à Divo, À l'origine, Agathe Vanié gère un maquis à Divo, au sud de la Côte d'Ivoire. En 2004, cette restauratrice décide de monter une association pour aider les femmes de sa région à commercialiser le cacao. Mais elle se heurte rapidement à une barrière sociologique : dans sa communauté, les femmes n'ont pas accès à la terre. Agathe Vanié se lance alors dans un premier combat. « J'ai sensibilisé les paysans pour que la femme ait accès à la terre. Cela a été difficile. Ils m'ont refusé, ils ont dit qu'ils ne peuvent pas accepter cette loi. J'ai dit "si, si". J'ai installé une femme présidente [de l'association] dans chaque village. Chaque fois, je discute avec eux. Ma mère est décédée parce qu'elle n'avait pas de revenus. Je me bats pour que la femme soit autonome. Il faut que la femme ait son champ de cacao », explique-t-elle. Depuis, Agathe Vanié cultive le manioc, l'igname, la banane et le cacao, avec un souci constant : éviter l'usage de pesticides. « J'ai dit aux gens de laisser la forêt telle quelle. Il ne faut pas traiter [avec des produits chimiques]. J'ai vu dedans, il y a des vers qui manquent. Là où on traite le sol, et là où on ne traite pas, ce n'est pas le même goût », souligne-t-elle. Les femmes de son organisation travaillent en groupe. Armées d'une petite pioche, elles nettoient les champs de manioc. Madame Gondo, l'une d'entre elles, trouve cette méthode particulièrement avantageuse : « C'est le travail en groupe qui est bien. On doit aller au champ, à 15 ou à 20 [personnes]. Et demain, on va chez l'autre. Il n'y a pas à pomper [des pesticides]. Ça va vite. Et puis, on est content. On est ensemble. Et le champ évolue », témoigne-t-elle. Même enthousiasme chez Florence, une autre productrice : « On travaille avec les dix doigts. On fait ce qu'on peut. Pour le manioc, ça donne bien. » Cependant, tous les producteurs ne suivent pas ces conseils. Agathe Vanié en a bien conscience : les paysans sont souvent réticents à adopter ces pratiques culturales, qui leur demandent plus d'efforts. « Tu leur parles, tu fais les réunions, tu tournes... C'est difficile pour qu'ils écoutent [les conseils]. Eux, ils vont te dire : ''Pourquoi voulez-vous qu'on applique ? Il n'y a plus de travailleurs !'' Comme ils ne veulent pas avoir de mauvaises herbes, ils répandent encore du produit », déplore-t-elle. Pour surmonter ces difficultés logistiques, de plus en plus de producteurs se forment désormais à l'agroécologie. Une démarche qui leur permet de mieux s'organiser et de mieux maîtriser les pratiques culturales. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Yamoussoukro, le boom de l'immobilier ravit les investisseurs, inquiète les agriculteurs

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