Si loin si proche

Le rendez-vous des voyages de RFI produit par Céline Develay-Mazurelle et réalisé par Laure Allary. Récits radiophoniques et reportages au long cours, pour se faire la malle et voir le monde avec les oreilles. *** Diffusions le dimanche à 02h10 TU et à 13h10 TU vers toutes cibles.

  1. 1 DAY AGO

    Kwe! Au Québec autochtone, chez les Wendat #1

    Kwe signifie « bonjour » dans de nombreuses langues autochtones et c’est sur le principe de la rencontre, fertile, respectueuse, que les communautés autochtones se présentent et accueillent les visiteurs de passage. Première étape : à deux pas de la ville de Québec, dans la communauté de Wendake jadis désignée comme « le village huron », un lieu qui fait office de porte d’entrée dans ce monde qui, bien sûr, n’était pas nouveau. Celui ou celle qui pose le pied au Québec, connaît certainement le roman de la Nouvelle France, terre de pionniers et de colons francophones en Amérique. Une terre qui, jadis, avant l’arrivée de Jacques Cartier ou Samuel de Champlain, se vivait depuis des millénaires en partage et en mouvement par des hommes et des femmes parmi les lacs, les rivières et la forêt boréale. Des peuples autochtones, à qui l’on doit -notamment- le nom du Canada, « Kanata » signifiant village en langue iroquoienne ou wendat, ou Québec qui désigne « là où le fleuve se rétrécit » en langue algonquienne. Des peuples qui, pour la plupart, s’appellent, se désignent dans leurs langues simplement « humains ». C’est donc aux sources de cette humanité en Amérique que l’on vous propose de vous emmener pour une série en 3 épisodes, au Québec autochtone, à la rencontre de communautés que l’on connaît trop mal, à commencer par leurs noms. Petit rappel : au Québec, il existe 11 nations autochtones, les Inuit et dix Premières Nations parmi lesquels les Wendat, les Innu, les Anishinaabeg, les Atikamekw, les Mi'kmaq, les Kanien’kehá:ka, les Naskapi, les Eeyouch, les Wolastoqiyik et les W8banakiak. Leurs communautés se déploient à travers tout le Québec et sont encore placées sous le régime des dites « réserves indiennes », des territoires non cédés par les autochtones mais appartenant à la Couronne, réservés à l’usage d’une « bande indienne » ou d’une communauté autochtone. Longtemps perçus par les allochtones ou non autochtones, comme des lieux clos, interdits, ces communautés sont en fait des lieux de vie ouverts à tous et toutes, des espaces de transmissions et de cultures passionnants. Là-bas, des musées, des sites culturels mais aussi les paysages de rivières, de lacs ou de forêts racontent l’histoire et la grandeur de ces premiers peuples. Le Québec autochtone est un territoire immense -le Québec est 3 fois plus grand que la France- et les réalités comme les histoires de chaque Nation et à l’intérieur, de chaque communauté, sont multiples voire infinies. Même si elles ont toutes en commun d’avoir été malmenées par la colonisation et la sédentarisation forcée. Mais les autochtones sont toujours là, bel et bien là ; et aujourd’hui, tous et toutes ont à cœur de reprendre la main et le narratif sur qui ils sont et d’où ils viennent.  Wendake est une toute petite terre de « réserve » -un terme présent dans la « Loi sur les Indiens de 1876 » encore en vigueur- située tout proche de la ville de Québec. Par sa proximité avec la ville et le rôle de son peuple, les Wendat, dans l’histoire des premiers contacts avec les colons français, cette communauté représente une passerelle, un bon point de départ pour qui voudrait voyager en terre autochtone.  Aujourd’hui, environ 1 500 Wendat, sur les 5 000 recensés, vivent à Wendake, issus d’un peuple survivant, venu des Grands Lacs qui, à la fin du XVIIe siècle, va trouver refuge au bord de la rivière Saint Charles ou « Akiawenhrahk » soit « la rivière à la truite » en wendat. Depuis, les Wendat ont résisté à l’urbanisation et à l’assimilation coloniale et défendent fièrement leur territoire ancestral, le Nionwentsïo, leur passé millénaire comme leur présent moderne, ouvert sur le monde. Rencontre avec des acteurs culturels : directeur de musée, guides, écrivain, éditeur, juriste, conteurs ou musiciens, tous et toutes membres de la communauté wendat. Une série en 3 épisodes de Laure Allary et Céline Develay-Mazurelle.  Avec :  - Stéphane Picard, directeur général du Musée Huron-Wendat, situé au sein de l’Hôtel-Musée Premières Nations et chef familial de la Nation Wendat - Isabelle Sioui, conteuse musicienne, artisane et conférencière wendat - Alexane Picard, artisane et juriste wendat spécialisée en droit autochtone - Dominic Ste Marie, conteur de mythes et légendes, ancien guide interprète et coordinateur à Tourisme Wendake - Daniel Sioui, écrivain et éditeur, fondateur des Éditions Hannenorak et de la librairie du même nom située à Wendake - Steeve Gros-Louis, danseur traditionnel et propriétaire des restaurants Sagamité situés à Wendake et dans le vieux Québec - Jason Picard-Binet, artisan wendat qui a repris l’atelier de mocassins Bastien, un héritage vieux de plus d’un siècle - Andawa Laveau, artiste wendat, musicien, acteur et guide  - Diane Picard, musicienne gardienne du Tambour Chef-Sacré et fondatrice du groupe des Femmes au Tambour de Wendake « Andicha N’de Wendat ».    Pour préparer votre voyage à Wendake : - Le site de Tourisme Autochtone Québec regorge de ressources et d’idées - La présentation des 11 Nations du Québec par Tourisme Autochtone Québec et un guide Aashukan très utile sur comment voyager en pays autochtone - Le site de la communauté de Wendake  - L'Hôtel Musée Premières Nations abrite le Musée Huron Wendat et son exposition récemment renouvelée Wendat Endi’ soit « Nous, les Wendat ». Une maison longue Ekionkiestha' est adossée au musée et à l'hôtel.  - Découvrez le parcours lumineux et immersif Onhwa Lumina qui se vit de nuit à la rencontre de la culture wendat.  - Les Éditions Hannenorak, seule maison d’édition autochtone au Québec, sont situées comme sa librairie à Wendake. Daniel Sioui, son fondateur, a également initié avec d’autres le foisonnant Salon du livre des Premières Nations Kwahiatonhk!   - Bastien, artisan autochtone situé à Wendake - Le site d’Andicha N’de Wendat, groupe de femmes Tambour à Wendake - Dans la ville de Québec, le musée de la civilisation propose un riche parcours muséal sur l’histoire autochtone et coloniale.   À lire et écouter : - « Indien stoïque » de Daniel Sioui, Éditions Hannenorak. 2021 - « Indienne de ville » d’Isabelle Picard, Éditions Flammarion Québec. 2025 - « Yändata’ / L’éternité au bout de ma rue » de Jean Sioui, Éditions Hannenorak. 2021 - « Frétillant et agile », de Jocelyn Sioui, Éditions Hannenorak. 2022 - Le passionnant balado produit par Radio Canada « Laissez-nous raconter : L’histoire crochie » avec Marie-Andrée Gill, autour de 10 mots clés à décoloniser.  - La musique des Wendat Gilles Sioui et Christian Laveau ou celle d’Andawa Laveau.

    49 min
  2. 10 MAY

    Esclavage à Nantes, nos héritages

    À l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions du 10 mai, on part dans la cité des Ducs, premier port esclavagiste de France. À la rencontre d’un singulier duo nantais qui œuvre pour la justice réparatrice : Pierre Guillon de Princé, descendant d’armateurs négriers, et Dieudonné Boutrin, infatigable militant d’origine martiniquaise et descendant d’esclavisés. Depuis le 18 avril 2026, s’élève à Nantes le Mât de la fraternité et de la mémoire, un monument fort de symboles, hissé, porté par Pierre Guillon de Princé et Dieudonné Boutrin. C’est au pied de ce mât que Pierre a présenté des excuses officielles, pour les actes de ses ancêtres esclavagistes à Saint-Domingue, devant l’ambassadeur d’Haïti notamment.  Par ses mots, accompagnés d’un geste symbolique de réparation financière, Pierre a brisé un silence qui pèse depuis des décennies, des siècles sur la ville et le pays. Une démarche rare, unique dit-on en France, qui s’inscrit dans un long processus de réconciliation et de réparation mené par Pierre et Dieudonné. Depuis leur rencontre, cet épatant duo a mené des visites à deux voix du Mémorial de l’Abolition de l’esclavage situé sur le quai de la Fosse à Nantes. Ce qui les a amenés ensuite à se rapprocher d’autres « héritiers » de l’esclavage, des descendants d’esclavagistes anglais notamment, parmi lesquels la famille Trevelyan, première famille du Royaume-Uni à avoir présenté des excuses officielles dans les Caraïbes, pour faire avancer une cause qui leur tient, à tous et toutes, à cœur : la réconciliation mais surtout la justice réparatrice. Car, 25 ans après le vote en France de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme « crime contre l’humanité », qui incluait initialement un volet sur les réparations, des voix s’élèvent, notamment au sein de l’Union africaine ou de la CARICOM dans les Caraïbes. En mars 2026, l’ONU a adopté une résolution présentée par le Ghana pour reconnaitre l’esclavage comme « le plus grave crime contre l’humanité », une résolution qui s’empare également du sujet des réparations.    À 86 ans, Pierre et Dieudonné, 61 ans, fourmillent de projets au sein de l’association La Coque Nomade Fraternité et de la Fédération internationale des héritiers de l’esclavage qu’ils viennent d’initier, avec différents acteurs de la société civile des Caraïbes, d’Angleterre ou du monde lusophone. L’objectif : rendre toujours plus visible cette mémoire et les héritages, les blessures que 400 ans d'esclavage ont laissées derrière eux dans les consciences, les identités et nos sociétés. Un projet de Mât de la fraternité est en cours à Bristol et dans d’autres villes du monde. Et des familles nantaises descendantes d'armateurs, sur l'exemple de Pierre, envisagent désormais de parler et de briser ce silence…  Un reportage de Céline Develay-Mazurelle à Nantes avec Dieudonné Boutrin, Pierre Guillon de Princé, l'historien Bernard Michon, Laura Trevelyan et John Dower, cofondateurs de l'organisation Heirs of slavery, Marie-Annick Gournet, vice-présidente associée de l'université de Bristol spécialisée dans la justice réparatrice, et Aïssata Seck, directrice de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.  En savoir plus : – Sur l’association La Coque Nomade Fraternité basée à Nantes et fondée par Dieudonné Boutrin – Sur le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage situé à Nantes sur le quai de la Fosse – Sur l’organisation Heirs of Slavery fondée par Laura Trevelyan et John Dower, descendants d’esclavagistes britanniques à la Grenade – Sur les travaux du projet Repairs de l'Agence nationale de la recherche, coordonné notamment par Magalie Bessone, Myriam Cottias et Elisabeth Cunin, avec Jessica Balguy – Sur la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et tous les évènements prévus pour les 25 ans du vote de la loi Taubira – Sur la base de données Esclavage Indemnités qui rassemble les données sur les indemnités versées aux familles esclavagistes françaises à l’abolition de l’esclavage en 1849 et en 1825 à Haïti par le projet Repairs  – Sur la conférence Reimagining Higher Education as Accountable Partners in Repair and Transformation organisée le 19 mai 2026 à Bristol par Marie-Annick Gournet, vice-présidente associée de l'université de Bristol, en charge de la justice réparatrice – Sur notre précédent voyage en 2019 à Nantes, sur les traces de la mémoire de l’esclavage colonial. Un reportage d'Inès Edel-Garcia. À écouter aussiDes lieux qui regardent l’esclavage en face

    49 min
  3. 19 APR

    Wwoofing: le vivant en partage

    Derrière ce drôle d’acronyme, se trouve un réseau mondial d’échanges qui permet d’apprendre et vivre dans des fermes bio et paysannes partout dans le monde, une autre façon de voyager et partager… Wwoofing signifie en anglais «World Wide Opportunies on Organic Farms», mais à force, l’acronyme est devenu un mot, une pratique à part entière. On dit qu’on wwoofe ou fait du wwoofing en Nouvelle-Zélande ou au Japon… Né au début des années 70 en Angleterre sous la forme de petites annonces, ce réseau compte aujourd’hui 100 000 wwoofeurs à travers le monde et met en relation des candidats à une expérience à la ferme avec des petites exploitations agricoles qui les accueillent, le temps d’un mois maximum.  Le principe est simple : les bénévoles wwoofeurs identifient une ferme membre du réseau dans le pays où ils veulent aller, et peuvent être accueillis, logés, nourris gratuitement contre cinq demi-journées par semaine d’entraide aux activités agricoles. Mais plutôt que de voyage pas cher ou de travail à la ferme, il convient de parler, à propos du wwoofing, d’échanges et de partages autour du vivant, dans l’intérêt et la défense d’une agriculture biologique et d’une paysannerie à taille humaine… En près de 50 ans, le wwoofing s’est développé au point de devenir un phénomène mondial, qui ajoute un vrai supplément d’âme au voyage, déclenche parfois des transformations de vie et répond certainement à une quête de sens et de changement parmi une jeunesse en mal de repères et de liens avec la nature, face à des modèles hyperconsuméristes et hyperconnectés aux écrans.  Aujourd’hui, le wwoofing est l’un des premiers programmes d’échange éducatif et culturel au monde, présent dans plus de 132 pays, dont la France, les États-Unis, le Mexique, le Bénin, la Chine, l’Australie ou encore le Sénégal. Les wwoofeurs sont surtout des jeunes âgés de 18 à 35 ans et celles et ceux qui le pratiquent deviennent souvent des adeptes convaincus, les membres d’une grande famille bottes aux pieds et mains dans la terre… Immersion en France dans une ferme de Saône-et-Loire et à la rencontre de wwoofeurs et de wwoofeuses. Un voyage sonore de Viola Berlanda initialement diffusé en octobre 2025.   En savoir plus : - Sur le réseau international Wwoofing - Sur l’association Wwoof France - Sur l’histoire du mouvement avec Sue Coppard, la femme à l’origine de ce mouvement devenu mondial. Une conférence TEDx - Sur la loi Duplomb sur l’agriculture promulguée le 11 août 2025 et la pétition sans précédent contre cette loi qui a recueilli plus de 2 millions de signatures.

    49 min
  4. 12 APR

    À Lorient, berceau de la Compagnie des Indes

    La cité portuaire bretonne porte en elle l’histoire de cette grande aventure du commerce du lointain, vers l’Asie, aux XVIIè et XVIIIè siècles. Une aventure commerciale, maritime, politique, coloniale et esclavagiste.  En 1664, quand l’intendant de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert décide de la création de la Compagnie des Indes orientales, la France arrive en retard dans la compétition commerciale à laquelle se livrent déjà les grandes puissances européennes du XVIIè siècle. Les Portugais qui ont franchi le Cap de Bonne Espérance en 1488 ont ouvert la voie des Indes par la mer et, dix ans plus tard, Vasco de Gama rejoint Calicut en 1498. Dans leur sillage, arrivent ensuite les vaisseaux britanniques ou néerlandais qui fonderont ensuite, au début du XVIIè siècle, de puissantes compagnies de commerce. Car eux aussi cherchaient à s’affranchir des voies terrestres sur les routes de la soie, afin d’établir des comptoirs et développer ce négoce, le « plus riche commerce du monde », disait-on. L’Orient, l’Asie, les Indes sont alors des terres qui fascinent, perçues comme des contrées lointaines d’abondance, de pierreries, d’étoffes ou d’épices. En France, la première Compagnie des Indes (il y en aura trois successives) sera donc royale et bénéficie de multiples privilèges : monopole du commerce avec l'Orient, droit de propriété des terres occupées, droit de justice souveraine, d’armer des bateaux de guerre ou droit d’esclavage, etc. Son siège sera établi à Lorient, en Bretagne, une ville qui va naître et se développer avec la Compagnie jusqu’à devenir la porte vers l’Orient, auquel elle doit d’ailleurs son nom. Aujourd’hui, face à la mer, sur le site magnifique de la Citadelle de Port-Louis, le musée de la Compagnie des Indes, ouvert en 1984, retrace cette histoire complexe, mais fondatrice. Dans ce musée truffé d’étoffes, de cartes anciennes, de maquettes de bateaux ou de porcelaines, on raconte donc les épopées maritimes à bord des gros navires de la Compagnie des Indes, les marchandises convoitées et l’économie Monde déjà très concurrentielle au XVIIè siècle. Mais derrière ces longs voyages aux parfums d’aventure et d’exotisme, se dessinent des logiques de compétition et de prédation telles que l’homme deviendra une marchandise comme les autres. Le système esclavagiste et plantationnaire, notamment dans les Mascareignes soit l’île de La Réunion, Rodrigues et Maurice, faisait, en effet, partie intégrante du fonctionnement de la Compagnie fondée par Colbert, par ailleurs à l’origine du Code noir. Lorient sera donc un port négrier, le premier de France même, pendant une courte période de monopole… Déployées sur tous les continents, les compagnies européennes de commerce vont semer les graines de la mondialisation, ouvrant la voie à une société de consommation où les produits sont fabriqués aux quatre coins du monde, à commencer par la Chine, aujourd’hui justement en guerre commerciale avec les États-Unis… Un reportage de Céline Develay-Mazurelle avec Laure Allary, initialement diffusé en mai 2025.   En savoir plus Sur la destination Lorient Bretagne Sud et préparer votre voyage Sur le musée de la Compagnie des Indes de Lorient Sur l’ouvrage de référence Les compagnies des Indes de Gérard Le Bouëdec et Philippe Haudrère, réédition augmentée, Rennes, Éditions Ouest-France-Edilarge, mai 2024 Sur Lorient, la compagnie des Indes et l’esclavage, un article de Jacques Chérel, 2018 Sur la Compagnie des Indes et l’île Bourbon- La Réunion, un article de Philippe Haudrère Sur les indiennes de traite, un article de Krystel Galdé, 2018 Sur Le café, plaisir au goût d’amertume, une exposition au musée de la Compagnie des Indes, 2022.

    49 min
  5. 5 APR

    L'énigmatique docteur Frederick Cook

    De l’Arctique à l’Antarctique jusqu'au plus haut sommet des États-Unis, l’Américain a sillonné les terres extrêmes en quête d’exploits et de premières. Une trajectoire méconnue et controversée à l’épreuve des pôles et de la vérité. Qui a atteint le premier le pôle Nord ? Au début du XXᵉ siècle, cette question affolait les gazettes et faisait l’objet d’une âpre controverse aux États-Unis et dans le monde, entre l’autoritaire officier de marine, Robert Edwin Peary, et l’outsider Frederick Cook qui revendiquait être arrivé au pôle, un an avant lui, en avril 1908. Le Congrès américain finira par trancher au bénéfice de Peary, dont il fera l'unique vainqueur du pôle Nord, au détriment de Cook, oblitérant aussi Matthew Henson, explorateur africain-américain et fidèle compagnon de Peary, ainsi que les Inuits qui les ont guidés.  Pendant longtemps, les terres polaires, arctiques ou antarctiques ont ainsi représenté pour l’homme des « terra incognitae », à atteindre, explorer, conquérir. Au tournant du XXᵉ siècle, les nations s’y bousculaient, les explorateurs occidentaux financés en partie par de riches magnats de la presse ou de l’industrie s’embarquaient, emmantelés de fourrures, pour de périlleuses expéditions en traîneaux à chiens. Au nom de la connaissance, un peu ; du dépassement de soi, aussi ; et de la gloire, beaucoup. Aujourd’hui, à plus d’un siècle de distance, alors que les pôles se retrouvent au cœur de l’urgence climatique, et que ces lieux sont parcourus par des touristes en goguette polaire, on pourrait n’y voir que de vaines entreprises masculines de premières et de conquêtes… Sauf que ces histoires d’explorations polaires disent beaucoup de leur époque, comme de la nôtre. Elles ont façonné les imaginaires et fait émerger des figures historiques, parfois contestables et encore méconnues.  Parmi elles, on retrouve donc le docteur américain Frederick Cook, un curieux personnage que rien ne prédestinait à arpenter les pôles mais qui va se retrouver plongé dans cette furieuse affaire avec Robert Edwin Peary, et ce malgré le soutien sans faille de son ami, vainqueur du pôle Sud, le Norvégien Roald Amundsen… Pire, Cook sera également contesté sur son ascension du mont McKinley, aujourd’hui Denali, plus haut sommet des États-Unis situé en Alaska, et finira par passer de longues années en prison pour une affaire d’escroquerie.  Alors héros ou imposteur ? Gérard Guerrier, auteur de L’énigmatique Docteur Cook paru en France aux Éditions Paulsen, retrace la vie de Cook en tentant de résoudre les énigmes de sa folle et intrépide existence. À lire : - L’énigmatique Docteur Cook de Gérard Guerrier. Editions Paulsen. 2026 - Journal d'un explorateur noir au pôle Nord de Matthew Henson. Préface et traduction de Kamel Boukir. Éditions Zones Sensibles. 2021 - Ultima Thulé de Jean Malaurie. Éditions Plon. Collection Terre humaine Poche. 2008  En images

    49 min
  6. 29 MAR

    Dans la réserve naturelle communautaire du Boundou : «Ici c’est protégé !»

    Au Sénégal Oriental, à plus de 650 km de Dakar, se déploie un écrin de nature pensé et protégé par et pour les populations locales. C’est une aire naturelle protégée comme il en existe un peu partout sur le continent africain, mais elle a cette particularité d’avoir été créée en 2009, par et pour les populations. Ce modèle de réserve naturelle communautaire prend de l’ampleur au Sénégal comme ailleurs, parce qu’il intègre les besoins des communautés. Il vient finalement contrer la vision archaïque, héritée de la colonisation, de l’éden africain vierge et traversé de hordes d'animaux sauvages, qui a guidé à la création des premiers parcs nationaux africains, pensés au départ comme des zones de chasse touristique et excluant le plus souvent les populations qui y vivaient.  Aujourd’hui, cette vision a fait long feu, mais penser l’équilibre entre protection de la biodiversité et amélioration des conditions de vie des habitants demeure un pari audacieux, une promesse nécessaire. Et la réserve du Boundou, située justement sur une ancienne zone d’amodiation, de chasse de plus de 120 000 hectares prouve que c’est possible. Fruit d’une coopération décentralisée Nord-Sud entre le département français de l’Isère et celui de Tambacounda, sans dépendre de l’État, ce projet allie écologie, solidarité et démocratie locale. Parce qu’un jour, les communautés locales se sont rassemblées pour se demander comment habiter leur territoire sans le détruire, comment préserver ce patrimoine naturel et en faire profiter les générations futures ou les visiteurs de passage…  Délimitée par les villages de Koussan au Nord et Talibadji à l’Est ainsi que par la rivière Falémé au Sud-Est, cette réserve mérite le voyage, à la rencontre de communautés qui aiment, connaissent, valorisent et protègent leur territoire. Un territoire de savanes arbustives ponctuées de mares et traversé par une faune discrète mais précieuse de singes patas, d’oiseaux, de hyènes ou de gazelles à front roux, emblème de la réserve.  Un voyage sonore de Raphaëlle Constant.   En savoir plus : Le site de la Réserve Naturelle Communautaire du Boundou  Guide touristique & Dossier de la RNCB  Une vidéo de présentation de la Réserve Sur l’action de l’ONG Tetraktys, présente dans 13 pays, qui intervient depuis 20 ans au Sénégal Oriental. Elle accompagne l’essor d’un tourisme durable dans la région, l’éducation à l’environnement et le développement économique et local Sur le photographe français Julien Masson, auteur des images qui accompagnent ce voyage sonore. En images

    49 min
  7. 22 MAR

    «Ce que les îles font de nous»

    Partie à 25 ans pour la Polynésie française, pour voyager ensuite d’îles en îles à travers le monde, l’écrivaine Rose Aries a trouvé dans les espaces insulaires une certaine guérison à ses traumas d’enfance et un refuge pour ses rêves. Dans l’imaginaire des hommes et des femmes, depuis la nuit des temps, il existerait sur notre terre, des lieux clos et parfaits, fragments de terre cernés d’eau, bercés de mystères et de promesses : les îles. De l’autre côté du monde et de soi, ces objets géographiques et symboliques signent une rupture avec le temps et l’espace et incarnent le voyage absolu, total, celui qui transforme et bouleverse face à l’immensité océane. « Ce que les îles font de nous », c’est le titre prometteur de l'essai que signe l’autrice et journaliste française Rose Aries pour la toute nouvelle maison d’édition « Les corps conducteurs » et autour duquel on se retrouve aujourd’hui avec Rose. Debout sur une île : la sienne, intérieure et multiple. Reflet de son histoire intime après une enfance meurtrie par l’inceste. Reflet aussi de l’histoire des conquêtes coloniales et des désirs souvent masculins projetés sur les îles et celles-ceux qui y vivent, que Rose Aries interpelle dans un livre truffé de références et de réflexions sur le sens de nos quêtes d’insularité et de liberté. Paradisiaque, merveilleuse ou déserte, les îles abritent les désirs d’ailleurs et d’autrement de ceux qui les peuplent mais surtout de ceux qui en rêvent. Île au trésor, île mystérieuse, île aux pirates ou aux épices, les récits d’aventures insulaires de Robert Louis Stevenson ou Jules Verne ont hanté très tôt l’enfance et les lectures de Rose Aries qui y trouvaient un horizon, une évasion possible.  À 25 ans, elle prend l’avion pour la première fois, direction Tahiti, très loin de sa famille qui, comme elle l’écrit, « protège plus ses secrets que ses enfants ». Là-bas, elle va travailler en tant que journaliste et rencontrer des insulaires aux cultures fascinantes, bien conscients des projections occidentales contre lesquelles ils et elles s’insurgent et se tiennent debout. Au fil de son essai, Rose Aries distille pudiquement son histoire personnelle mais elle entend surtout déconstruire les « mythes insulaires », de l’île déserte de Robinson à l’île matricielle ou féminine, de l’île utopique à l’île carte postale, lagon azur et cocotier dans le cadre. Un chemin de vérité qui lui tient à cœur, car lui aussi guérit. À lire :  - «Ce que les îles font de nous», de Rose Aries. 2026. Éditions Les Corps Conducteurs - «L’île des rêves écrasés», de Chantal Spitz.1991. Éditions Au Vent des îles  - «Mūtismes», de Titaua Peu. 2003. Éditions Au Vent des îles.

    49 min
  8. 15 MAR

    Sur les traces de Simona Kossak, sentinelle de la forêt

    Pour suivre les traces de cette polonaise radicale et passionnée qui a consacré sa vie à la forêt de Białowieża et aux animaux qui la peuplent, il faut s’armer de patience et de poésie…   En forêt, on pratique le pistage : une quête attentive où les sens se doivent d’être en éveil pour déceler ici et là des empreintes dans la neige ou la terre humide, un bruissement d’ailes là-haut dans les arbres, une présence animale qu’on devine mais qui échappe à notre seule vision.  Et en lisant « Le Souffle de la Forêt » paru en France, on se dit c’est un peu ce qu’a dû faire son autrice, l’écrivaine italienne Simonetta Greggio, lorsqu’elle a décidé de partir dans la dernière forêt dite « primaire» d’Europe, Białowieża, sur les traces de Simona Kossak…Ce nom ne vous dit peut-être rien mais en Pologne, son pays, Simona Kossak est une biologiste, zoopsychologue et écrivaine de renom, célèbre pour avoir passé plus de trente ans dans une cabane forestière, sans eau courante ni électricité, au fond des bois, au rythme de la nature et pour la défense du vivant.  Ce qui a valu à Simona, bien sûr, le surnom de « sorcière ». Car dans sa « Dziedzinka », sa cabane, cette petite femme issue de l’aristocratie polonaise a choisi de vivre parmi une épatante famille : Żabka, la femelle sanglier qui dormait dans son lit, Agata un lynx souvent lové sur l’épaule, Korasek, le corbeau chapardeur à qui elle parlait… Adepte de l’éthologie, cette science du comportement des animaux, Simona Kossak va mener des études sur les ongulés (Białowieża concentre 90% des bisons d’Europe) mais aussi de féroces combats pour la défense de la faune sauvage et le respect de cette forêt mythique de Białowieża, située tout au sud de la Pologne, aux confins de la Biélorussie. Aujourd’hui parc national, cette forêt, dont le cœur est désormais une réserve intégrale d’arbres millénaires et de lichens, est depuis 2021 balafrée par une frontière anti-migrants…  Décédée en 2007, Simona Kossak n’a pas connu cette dernière page récente de l’histoire de la forêt mais sur place, elle a marqué durablement les esprits par sa pensée et sa manière de vivre : libre, sauvage, insaisissable. Restent ses chroniques radios, quelques écrits et de stupéfiantes images d’une vie entière passée au contact des animaux.    Dans son livre, Simonetta Greggio nous livre un récit choral où se superposent en collages éléments biographiques, impressions et paroles multiples d’ami.e.s, d’animaux, de familles ou de forestiers qui ont côtoyé Simona Kossak, afin de déceler l’empreinte profonde qu’elle a laissée derrière elle. Celle d’une femme pionnière qui avait compris et vécu dans sa chair, à quel point les frontières entre humains et non humains n’existent pas.   En savoir plus : - Sur « Le Souffle de la forêt » de Simonetta Greggio. Éditions Arthaud. 2026 - Sur les images de Lech Wilczek, photographe animalier polonais qui a partagé la vie de Simona et immortalisé ses instants de vie parmi ses animaux - Sur la forêt de Białowieża, dernière forêt dite primaire d’Europe et aujourd’hui parc national - Sur le film polonais de fiction « Simona Kossak » consacré à la scientifique et sorti en 2024 - Sur notre voyage sonore « Białowieża: il était une forêt », un reportage de Sibylle d’Orgeval en 2024 pour Si loin si proche.

    49 min

About

Le rendez-vous des voyages de RFI produit par Céline Develay-Mazurelle et réalisé par Laure Allary. Récits radiophoniques et reportages au long cours, pour se faire la malle et voir le monde avec les oreilles. *** Diffusions le dimanche à 02h10 TU et à 13h10 TU vers toutes cibles.

More From RFI

You Might Also Like