Le riz est au cœur de l’alimentation de milliards de personnes mais aussi des grands équilibres agricoles et commerciaux mondiaux. Alors que sa production est concentrée en Asie, plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance aux importations. De l’Inde à Madagascar et à la Côte d’Ivoire, Eco d'ici Eco d'ailleurs analyse avec ses invités l’enjeu est de produire davantage, malgré le changement climatique, la pression sur l’eau et le coût des intrants. Nos invités : - Matthieu Brun, directeur scientifique à la Fondation FARM - Ny Hasinambinintsoa Masezamanan, secrétaire exécutif de la Plateforme de Concertation sur le Système Rizicole à Madagascar - Mariam Touré, PDG de la Société ivoirienne de riz (SIRIZ). Découvrez l'entretien en vidéo ici - Abdoolah Earally et Guilhem Fabry, correspondants de RFI en Inde et à Madagascar UN MARCHÉ MONDIAL SOUS INFLUENCE La production mondiale de riz est extrêmement concentrée, principalement en Asie. Cette configuration rend le marché particulièrement sensible aux décisions des grands producteurs et exportateurs. Une fermeture des frontières, un déstockage ou une mauvaise récolte peuvent rapidement avoir des conséquences sur les prix mondiaux. 🎤 Matthieu Brun : « Le riz est un marché très étroit, qui peut être très vite verrouillé. » L’INDE, GÉANT DU RIZ ET ARBITRE DES PRIX Premier exportateur mondial, l’Inde joue un rôle déterminant sur le marché international du riz. Ses politiques agricoles associent soutien aux producteurs, irrigation, prix minimums garantis et contrôle des échanges. Ses décisions sur les stocks et les exportations peuvent donc se répercuter sur les consommateurs africains. CLIMAT, EAU ET RENDEMENTS : LE NOUVEAU DÉFI Sécheresses, inondations, variations de pluviométrie et raréfaction de l’eau compliquent la production de riz. En Asie comme en Afrique, l’irrigation et les infrastructures hydrauliques deviennent déterminantes. L’enjeu est aussi d’améliorer les rendements pour produire davantage avec des ressources limitées. MADAGASCAR, PRODUIRE PLUS POUR IMPORTER MOINS À Madagascar, le riz est un aliment de base mais les rendements restent insuffisants. La filière repose largement sur de petites exploitations familiales et des circuits de transformation artisanaux. L’investissement, la formation des producteurs et l’amélioration des infrastructures apparaissent essentiels pour renforcer la production locale. 🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « La production nationale n'arrive pas à couvrir tous les besoins. « On n'utilise pas encore des semences performantes. La question foncière bloque les investissements. » SOUVERAINETÉ : FAUT-IL RÉDUIRE LES IMPORTATIONS ? Renforcer la production nationale ne signifie pas nécessairement fermer les frontières. Les importations jouent aussi un rôle dans l’approvisionnement et la stabilisation des prix. Pour les producteurs, la priorité est surtout de disposer de règles commerciales prévisibles afin de pouvoir investir et anticiper leurs revenus. 🎤 Matthieu Brun : « Aucun pays ne s’est construit en autarcie en termes de production de riz. » INNOVER POUR S’ADAPTER : L’EXEMPLE DU RIZ HYBRIDE À Madagascar, la recherche travaille sur le croisement de variétés locales et asiatiques. L’objectif est notamment d’améliorer les rendements et de mieux répondre aux contraintes climatiques. Mais l’innovation doit être accompagnée par des semences accessibles, des intrants adaptés et un débouché commercial. 🎤 Matthieu Brun : « C’est un processus d’innovation, ça prend du temps. » 🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « Les producteurs sont divisés sur le riz hybride. Le bilan n'a pas encore été fait. » IRRIGATION ET SOLS : LES PRIORITÉS DES PRODUCTEURS AFRICAINS Au Sénégal comme en Côte d’Ivoire, l’accès à l’eau est devenu une question centrale. Mariam Touré défend notamment l’idée d’un « plan Marshall » de l’irrigation. La gestion des sols, leur fertilité et la valorisation des coproduits du riz sont également essentielles à la durabilité de la filière. 🎤 Mariam Touré : « Il faut un plan Marshall de l’irrigation en Côte d'Ivoire. » ENGRAIS ET GÉOPOLITIQUE La production de riz dépend aussi d’intrants dont l’approvisionnement est vulnérable aux crises géopolitiques. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz peuvent ainsi affecter les engrais et, en cascade, les prochaines récoltes. 🎤 Matthieu Brun : « Un détroit qui se ferme, c’est en cascade : des conséquences pour les producteurs, pour leur accès aux engrais. » 💻 Réalisation : Steven Helsly 🎵 Choix musical : Mari Froes - Rio Lua