« En Afrique, malgré la fermeture du détroit d'Ormuz, la croissance est résiliente », affirme le nouveau directeur Afrique du FMI, le Mauritanien Zeine Zeidane, qui assiste actuellement à l'assemblée annuelle du FMI à Bangkok, en Thaïlande. La preuve ? Les pays africains qui ne produisent pas de pétrole vont quand même enregistrer cette année un taux de croissance de 6 %. Où en sont des pays comme la RDC, le Niger ou le Sénégal ? Le patron du FMI pour l'Afrique, qui a été aussi le Premier ministre de la Mauritanie, répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, le prix du pétrole est en forte hausse. Est-ce que cela fait grimper le taux de croissance des pays africains producteurs de pétrole, ou pas ? Zeine Zeidane : Légèrement. Les pays exportateurs de pétrole, leur croissance va augmenter légèrement. Leur situation budgétaire extérieure aussi va s'améliorer significativement, mais l'inflation va augmenter partout. Est-ce que les autres pays africains qui sont riches en ressources naturelles comme le cuivre, l'or, le cobalt, profitent aussi de la conjoncture actuelle ? Ceux-là aussi profitent de l'augmentation des prix de ces matières premières qu'ils exportent. Est-ce que ces pays font à vos yeux un bon emploi de leurs nouvelles recettes ou est-ce qu'ils pourraient faire mieux ? En général, le constat c'est qu'ils peuvent faire mieux. En particulier, pour des dépenses de développement et aussi en même temps en utilisant une partie des recettes supplémentaires dans certains pays pour réduire les arriérés intérieurs, pour retirer la dette qui coûte cher pour certains d'entre eux. Donc cela peut être aussi des usages de recettes supplémentaires. Prenons un exemple, ce sont les pays producteurs de pétrole dans la zone Cemac en Afrique centrale. Quels sont les postes sur lesquels ils pourraient mieux exploiter les recettes nouvelles qu'ils ont ? En général, il est important pour ces pays-là, qui sont dans une union monétaire, de faire tout pour maintenir la stabilité extérieure de l'union monétaire. Et ça, ça veut dire en particulier qu'il faut qu'il y ait des déficits budgétaires qui soient contrôlés, en général. Ils ont tous des critères de convergence pour la région. C'est important d'aligner les déficits budgétaires en général à ce niveau-là. Ils ne sont pas tous dans la même situation. Mais en général, ce qui est important, c'est qu'ils maintiennent la stabilité budgétaire, qu’ils réduisent en particulier le recours aux marchés de financement intérieur qui est maintenant assez limité, et les possibilités sont assez limitées. Donc, ce sont des usages possibles des recettes additionnelles. Et pour la République démocratique du Congo ? C'est très bien que vous me posiez cette question-là, parce que la République démocratique du Congo fait face aussi à différentes crises, en particulier la crise Ebola. Notre recommandation pour eux, c'est d'accommoder les besoins des dépenses de santé qui sont nécessaires pour cela. Et, de notre côté, nous avons, comme vous le savez, un programme avec la République démocratique du Congo. Nous leur apportons du financement dans le cadre de notre facilité de crédit élargi, mais aussi de notre facilité pour la résilience. Et notre facilité pour la résilience a aussi une fenêtre pour maîtriser les pandémies et actuellement, nous considérons utiliser cette fenêtre-là pour soutenir les efforts de la République démocratique du Congo pour résoudre la crise sanitaire à laquelle ils font face. Et pour le Niger, par exemple, qui est producteur de pétrole maintenant, est-ce que vous pensez qu'ils emploient bien ces nouvelles recettes additionnelles ? Oui, en général, avec le Niger, nous avons aussi un programme qui se termine. Nous négocions un nouveau programme. Nous considérons que la politique budgétaire qu'ils mènent est une politique budgétaire qui est prudente, et l'utilisation des ressources nous semble raisonnable. Alors, cette hausse du prix du pétrole depuis le début de l'année, quel est son impact à présent sur les taux de croissance des pays africains qui n'ont pas la chance de produire du pétrole ? Comme vous l'avez peut-être vu dans notre note, parmi les pays qui ne sont pas exportateurs de pétrole, il y a le groupe que vous venez de mentionner avant, qui sont les exportateurs d'autres ressources minières. Ils ont une croissance stable cette année et l'année prochaine - les pays les plus affectés, ce sont ceux qui n'ont pas de ressources minières ou d'hydrocarbures. Évidemment, ces pays-là, ces groupes de pays-là, vont avoir une croissance révisée significativement à la baisse de 6,4 % à 6 %. Cela dit, c'est un niveau de croissance qui est élevé. Et d'ailleurs l'histoire en général de l'Afrique, c'est que la croissance a été résiliente. L'année dernière, on a connu la croissance la plus rapide depuis plus d'une décennie en Afrique, 4,5 %. On a révisé maintenant la croissance. C'est à ce même niveau 4,5 %. On prévoit la croissance à 4,5 % l'année prochaine. Donc, c'est un continent qui est résilient et c'est aussi notre deuxième message. C'est un continent qui a beaucoup de perspectives économiques intéressantes. Nous avons fait une analyse au mois d'avril qui dit que c'est un continent qui est en mouvement. Et donc, s'ils font les réformes structurelles en termes de gouvernance, en termes d'environnement des affaires, en termes d'intégration à l'économie mondiale, ils peuvent augmenter leur croissance économique de plus de 20 % sur les cinq, dix prochaines années. Donc, c'est un continent qui a beaucoup de potentiel, et nous encourageons les autorités à faire ces réformes structurelles là pour tirer les dividendes de leur croissance démographique. Donc, ce que vous dites, monsieur le directeur, c'est que cette année, vous prévoyez pour l'Afrique un taux de croissance de 4,5 % et l'an prochain, pour les pays qui ne produisent pas de pétrole ou d'autres ressources naturelles, vous prévoyez un taux de croissance de 6 %. C'est ça ? C'est ça. Pour cette année, ce sera 6 % pour ces pays-là, pour ce groupe de pays, comparativement à 6,4 % l'année dernière. Et l'année prochaine, ce sera aussi le même niveau, 6 % de croissance. Alors, pour éviter les tensions sociales, plusieurs gouvernements comme celui des Comores ne répercutent pas la hausse du prix du baril sur le prix de vente dans les stations-services. Est-ce que c'est la bonne politique à vos yeux ? Évidemment notre conseil a besoin d'être regardé pays par pays. Quelles sont les situations économiques et sociales dans ces pays ? Mais notre conseil en général, c'est qu'il est mieux de subventionner des populations nécessiteuses que de subventionner des produits. Et donc d'ailleurs, dans notre note, si vous la regardez très bien, vous voyez que si on soutenait 40 % des plus pauvres, des plus vulnérables dans la société, le coût serait dix fois moindre à peu près que le coût d'une subvention de produit. Donc, en général, notre conseil est : subventionnez la population, ne subventionnez pas les produits. Parce que le soutien des produits, toutes les analyses montrent qu'en réalité une grande partie de la subvention va aux composantes les plus riches de la société. Si vous pensez aux hydrocarbures, ceux qui roulent dans les grosses voitures, ce ne sont pas les populations les plus pauvres. L'autre grave problème de cette année, monsieur le directeur, c'est la hausse du prix des engrais et des intrants. Alors, quelle solution pour les agriculteurs africains ? C'est une très, très bonne question à laquelle j'ajouterai la préoccupation à propos d’El Niño qui va aussi arriver. Il va en particulier affecter l'Afrique australe, probablement avec des situations de sécheresse, peut-être dans d'autres parties de l'Afrique de l'Est et probablement l'Afrique de l'Ouest, avec des inondations. Tout cela peut affecter la production agricole. Le Fonds monétaire international a déjà apporté une aide pour quelques pays qui avaient besoin d'importation d'engrais. Le Fonds monétaire a apporté des financements additionnels. On a fait ça par exemple pour la Gambie, on a fait ça pour le Burkina Faso. Donc, il est important d'assurer que les pays ont les ressources nécessaires pour importer ces produits-là. Mais il est clair qu'il va y avoir un impact sur la production agricole. D'une part, comme vous le dites, à cause de la disponibilité des engrais au bon moment, mais aussi peut-être à cause de ces chocs climatiques. Et donc ça, ça va affecter les prix des produits alimentaires, ça va affecter l'inflation, ça va affecter probablement les populations les plus vulnérables en Afrique. On a fait une étude au mois d'avril précédent qui montrait que, si les produits alimentaires augmentaient de 20 %, ça se traduirait par un accroissement de la population en insécurité alimentaire de plus de 20 millions de personnes. Et je peux vous assurer que le Fonds monétaire se tient disponible pour aider les pays africains à faire face à une augmentation des prix des produits alimentaires et à leur impact sur les positions budgétaires extérieures de ces pays. Depuis 18 mois, l'aide publique des États-Unis est en chute libre. L’aide publique des grands pays européens a diminué d'un tiers. Est-ce que cela a un impact sur le taux de croissance des pays africains et est-ce que vous avez pu le chiffrer ? Dans la note, on note en particulier la diminution de l'aide au développement, pour la région, d'environ 34 % sur les deux dernières années, qui est un chiffre important. Cela affecte en particulier les pays les plus vulnérables en Afrique subsaharienne, ceux qui n'ont pas accès aux marchés internationaux, en particulier