Si loin si proche

Le rendez-vous des voyages de RFI produit par Céline Develay-Mazurelle et réalisé par Laure Allary. Récits radiophoniques et reportages au long cours, pour se faire la malle et voir le monde avec les oreilles. *** Diffusions le dimanche à 02h10 TU et à 13h10 TU vers toutes cibles.

  1. 18 oct.

    Pierre Ducrozet, écrivain voyageant

    Depuis Le Grand Bivouac, festival international du livre et du documentaire d'Albertville, rencontre avec un auteur qui a du vent dans les semelles et dans les mots.  En un peu plus de 15 ans, Pierre Ducrozet a construit une œuvre et une démarche à la fois réfléchie et fulgurante, émaillée de romans aux allures de cavalcades qui, en même temps, cherchent à imprimer et faire résonner les défis et les tourments de notre siècle. Auteur de L’Invention des corps, Le grand vertige ou Partir léger, l’écrivain français a la bougeotte, tout en se gardant bien d’être étiqueté « écrivain voyageur ». Son territoire à lui, sur lequel il se tient debout, c’est la fiction, pour dire l’urgence climatique, la quête d’identité(s) d’une jeunesse en colère, le besoin criant de solutions, d’utopies tangibles, de mondes possibles.  Pour son dernier roman Eden, où l’on suit un gamin partir malgré lui, en cargo, chercher sa mère à l’autre bout du monde, il a embarqué sur un porte-conteneurs, afin d'être au plus près du quotidien des marins sur ces navires amiraux de la mondialisation et témoigner de ces vies à part.  Disciple de Cendrars, Kerouac ou Nicolas Bouvier, Pierre Ducrozet est lui-même parti pour un tour du monde à l’âge de 20 ans et depuis, dans beaucoup de ses livres, on retrouve le départ, le fait de rompre pour mieux être traversé ensuite par le monde, nouveau, inconnu et qui sait, meilleur.   Eden, c'est donc un roman initiatique, d'apprentissage, où l'on largue les amarres en quête de refuge(s) et d'ailleurs, qui vient poser des questions essentielles, sans jamais indiquer le chemin : où allons-nous ? Et comment allons-nous vivre et habiter le monde demain ? Doit-on s’inventer des refuges pour rêver et lutter ensemble ?  À lire - En savoir plus : Eden de Pierre Ducrozet. Éditions Actes Sud. 2026 Le grand vertige de P. Ducrozet. Éditions Actes Sud. 2020  Partir léger de P. Ducrozet. Éditions Actes Sud. 2020 L’invention des corps de P. Ducrozet. Éditions Actes Sud. 2017 Sur ​​​​​​​Le Grand Bivouac, festival international du film documentaire et du livre qui s’est tenu à Albertville du 12 au 18 octobre 2026.  ​​​​​​​

  2. 10 oct.

    Brezhoneg : breton, langue vivante

    Voyager en Bretagne, de Brest, Pouldergat, Pontivy ou Ploemel à l’île de Groix, c’est d’abord voyager dans sa langue, socle identitaire puissant, résistant et encore très vivant…  Cette semaine, on va parler et écouter le breton, langue celtique spécifique à la Bretagne, une région située à l’extrême ouest de la France, de vallons et de reliefs escarpés qui finissent dans l’océan Atlantique. Là-bas, le nom des rivières, des villages ou des collines nous parlent en breton: Menez Are, Aber Wrac'h ou Trébeurden.  Parlée depuis 1 500 ans, cette langue, plus ancienne que le français ou la République, fait entendre la voix d’un peuple et d’une terre, rattachée en 1532 au royaume de France. Après quoi, au XIXè siècle, une vaste entreprise de francisation à marche forcée va se mettre en place. Le breton sera alors frappé d’interdiction et de répression par l’État français, bien déterminé à combattre les régionalismes et les langues qui vont avec. Ainsi, des affiches placardées dans les écoles interdisaient les élèves « de parler breton et cracher à terre », et ceux qui osaient parler leur langue maternelle s’exposaient aux punitions et à l'humiliation publique. Aujourd’hui, selon une étude sociolinguistique menée en 2024 par la région Bretagne, on dénombre 107 000 locuteurs bretons, soit deux fois moins qu'il y a six ans ! Et l'Unesco a classé le breton comme une langue « sérieusement en danger » d'extinction. Cependant, après d'âpres décennies de luttes pour défendre la langue et l'identité bretonne, des écoles Diwan ou bilingues, des causeries en breton, des artistes bretonnants ou des radios continuent de transmettre et partager la langue comme l'amour de la langue. Dans le paysage, l'espace public, elle se lit un peu partout, afin de nous rappeler que la Bretagne est une terre mais aussi une langue. Un voyage sonore de Jeanne Lacaille.   Avec : - Morvan Provost, enseignant à l'école publique du Groez Ven à Ploemel et les enfants de sa classe bilingue breton-français - Katell Chantreau, chercheuse et autrice de la thèse « Transmettre une langue minoritaire autochtone à ses enfants : le cas du breton » - Aodren Trehin, journaliste à Radio Bro Gwened. Présente le journal Keleier ar Vro en breton - Maïlys Princé, enseignante, créatrice de contenu et autrice avec Bernard Le Béhérec du Petit dictionnaire du breton de Groix illustré par Anna Michalak et publié aux éditions Goater. - Brieg Guerveno, musicien. Sur Instagram et Spotify - Armel Le Malabar, créateur de contenu et musicien. Sur Instagram et Youtube.     Liens utiles : - L'Office public de la langue bretonne  - Dastum, fonds d'archives dédié à la mémoire orale de Bretagne - Radio Bro Gwened, radio associative fondée en 1983 qui émet en partie en breton - L'étude sociolinguistique publiée en janvier 2025 par la région Bretagne.

  3. 4 oct.

    Matera, la ville qui renaît de ses pierres

    Qualifié jadis de « honte nationale », la cité méridionale, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, attire désormais le monde et incarne la fierté populaire du Mezzogiorno. Chaque année, le 02 juillet, tout au sud de l’Italie, au creux de la Botte, dans la région de la Basilicate, à la lisière des Pouilles, la ville de Matera célèbre en grande pompe sa sainte patronne la « Madonna della Bruna »…  À l’écoute de cette foule en liesse, où s’expriment toute la dignité et la dévotion du peuple méridional, on a du mal à reconnaître les mots de Carlo Levi, l’écrivain et peintre italien antifasciste, envoyé en exil par Mussolini au fin fond du vieux sud italien, qui comparait Matera à « l’enfer de Dante », dans un pays privé de la grâce de Dieu.  Son livre Le Christ s’est arrêté à Eboli a mis en lumière la condition paysanne des gens du sud, courageux mais damnés, oubliés de Dieu et de l'État, décrivant une « terre sombre, sans péché, et sans rédemption, où le mal n'est pas un fait moral, mais une douleur terrestre, qui existe toujours dans les choses mêmes, [où] le Christ n'est jamais descendu. Le Christ s'est arrêté à Eboli ». Ce livre, publié en 1945, a servi de révélateur, suscitant une prise de conscience politique nationale. En 1952, les Sassi, ces maisons troglodytiques où les habitants vivaient dans le plus grand dénuement sans eau ni électricité, vont être évacués. Et les Sassi vont être délaissés, abandonnées jusqu’à un vaste et récent projet de restauration des Sassi et de la ville peuplée de 60 000 habitants.  Aujourd’hui, marcher dans ses ruelles escarpées en étages fait l’effet d’un songe, d’une grâce justement, dans une cité labyrinthe, accrochée à flanc de roche et truffée d’églises rupestres et des « Sassi » qui font désormais le charme et la force de Matera. Après Alep et Jéricho, Matera compte parmi les cités habitées les plus anciennes au monde. On la surnomme l’autre Bethléem…  Désignée capitale européenne de la culture pour 2019, la cité historique de Matera accueille désormais des voyageurs du monde entier, jusqu’à 200 000 chaque année. Un décor biblique et calcaire, des escaliers par milliers et une foule en fête nous attendent donc à Matera, qui tel le Phœnix renaît de ses cendres ou plutôt de ses pierres, « sassi » en italien…  Un voyage sonore de Viola Berlanda.   À lire et à voir : - Le Christ s'est arrêté à Eboli, de Carlo Levi. Un livre publié en 1945 - « Les Années rugissantes », un film de Luigi Zampa, sorti en 1962 - « L'évangile selon Saint Matthieu », de Pier Paolo Pasolini. Un film tourné dans le Mezzogiorno et sorti en 1964.

  4. 20 sept.

    Dans le sillage du Leusden au Suriname

    Bateau négrier naufragé, englouti en 1738 dans les eaux atlantiques, le Leusden est à l’image de la mémoire de l’esclavage au Suriname. Enfoui, tombé dans l’oubli mais hantant les esprits…   Sur cette terre d’Amérique du Sud située au cœur du plateau des Guyanes, l’histoire complexe et son peuple particulièrement métissé ont été à jamais façonnés, marqués par l’esclavage, crime contre l’humanité.  Longtemps placé sous le joug néerlandais, le Suriname a obtenu son indépendance en 1975. Et aujourd’hui, des voix s’élèvent pour faire reconnaître et réparer ce passé esclavagiste et colonial, émaillé de résistances, de marronnages mais aussi de drames.   Parmi ces drames, il y a le naufrage du Leusden : un bateau négrier hollandais qui, en janvier 1738, va échouer dans l’estuaire du fleuve Maroni, côté Guyane française, avec 664 captifs enfermés dans la cale, abandonnés à leur sort, tous noyés. Alors que le bateau sombrait, les rives du fleuve Maroni étaient toutes proches, il aurait donc été possible de les sauver… Fin 2021, la journaliste Laetitia Fernandez avait suivi une équipe de scientifiques français et néerlandais qui cherchaient à retrouver l’épave du Leusden. Comme une manière d’exhumer cette histoire tragique et plus largement celle de l’esclavage, longtemps tue, passée sous silence au Suriname.  Pour Si loin si proche, elle a alors décidé de poursuivre le voyage jusqu’au Suriname, à un moment bien particulier : celui des 50 ans de l’indépendance du pays, et alors que le roi Willem Alexander des Pays-Bas était venu sur place pour la première fois, afin de délivrer un message historique de demande de pardon.  2 décembre 2025. En face du roi, symbole d’une monarchie qui, pendant près de 300 ans, va bâtir sa fortune sur la traite en Asie mais aussi la déportation via la Compagnie des Indes Néerlandaises de 600 000 Africains en Amérique, des représentants des communautés autochtones et des descendants d’esclaves qui ont su accorder leur pardon.  Au XVIIè siècle, appelé « l’âge d’or hollandais », mais surtout au XVIIIè siècle, on dénombrait jusqu’à 500 plantations au Suriname. Un chiffre qui peine à dire la réalité des violences à cette époque et la force des résistances marronnes qui s’y sont opposées. On estime que 75 000 esclaves seraient morts sur les navires néerlandais. Parmi eux, les naufragés du Leusden, la plus grande tragédie maritime négrière jusqu'à ce jour recensée, mais dont personne ne parle ou si peu… Rencontre à Paramaribo et dans les anciennes plantations du pays avec des acteurs de cette cérémonie de pardon : chef religieux ou grand man bushinenge, des écrivains et militants de la mémoire de l'esclavage et des réparations.  Un reportage entre le Suriname et la Guyane de Laetitia Fernandez.    En savoir plus : - Sur les fouilles archéologiques du Leusden menées en 2021, l’article de Laetitia Fernandez pour le Journal Le Monde  - Sur le travail de l’historien Léo Balai sur le Leusden. En anglais - Sur Cynthia Mac Leod, écrivaine surinamaise et autrice de Tutuba, un récit librement inspiré de la vie d’une des survivantes du Leusden - Sur les sociétés marronnes du Suriname, un Grand reportage d’Hélène Ferrarini en 2022 pour RFI  - Sur le dossier des réparations au Suriname : le plan en 10 points de la CARICOM, le travail pour évaluer les réparations d’Armand Zunder, président de la commission nationale des réparations du Suriname, la demande de pardon formulée en 2025 par le Roi des Pays-Bas et le fonds de conscientisation - Sur le travail Beyond the national narrative mené par les chercheurs Henriette Louwerse et Duco van Oostrum à l’Université de Sheffield, pour appréhender l’histoire du Suriname sans reconduire la perspective du colonisateur.

  5. 13 sept.

    Sur la piste du rhinocéros et du gang des voleurs de cornes

    Dans son premier récit paru aux Éditions Marchialy, le journaliste Hugo Nazarenko Sas retrace avec brio l’histoire rocambolesque d’un vaste réseau de voleurs de cornes de rhinocéros, qui a sévi un temps en Europe et au-delà. Une histoire savoureuse et tragique à la fois. C’est un récit qui commence tel un polar, par une découverte terrifiante au milieu d’un champ de tournesols du Loiret, en France. Là, au beau milieu de ce champ, un agriculteur découvre avec stupeur, au sol, la tête mutilée d’un animal jamais vu dans ces contrées, les deux cornes coupées : une tête de rhinocéros. À partir de là, se déploie une toile et une histoire parfaitement vraie, captivante, qui nous emmène de zoos en petits muséums d’histoire naturelle français, chez des taxidermistes américains aux douanes françaises jusqu’en Irlande, en passant par le Vietnam, les grands parcs nationaux africains ou la Chine.  Et c’est bien cette ampleur internationale, ce réseau hallucinant, progressivement mis à jour par le journaliste français spécialisé dans les crimes environnementaux dans Le Gang des voleurs de Cornes, qui fait le sel et le grain de son livre…  Car il nous révèle ou rappelle des routes insoupçonnées : celles du trafic d’animaux sauvages, quatrième marché illicite le plus lucratif au monde ; un trafic mondialisé et sans scrupules, à l’image de notre monde, qui vient aussi puiser ses racines dans la colonisation et un certain rapport à l’Afrique, perçue comme un terrain de chasse et de prédation.  Au fil de son livre, il nous embarque aussi à la rencontre de la communauté des « Travellers », des nomades indigènes d’Irlande, dont certains membres ont parcouru l’Europe, à partir de 2010, en quête de cornes et de trophées de chasses coloniaux dans les musées ou châteaux d’Europe et constitué ce fameux gang de voleurs. Parce qu’un temps, la corne de rhinocéros, constituée de kératine, comme un ongle, mais très prisée au Vietnam et en Chine, valait plus cher que la cocaïne !  Avec Hugo Nazarenko Sas, voyage aux 4 coins du monde, sur la piste d’un animal mythique, symbole de force et de sagesse, aujourd’hui pourchassé et en danger.    À lire. À voir - Le gang des voleurs de cornes, Hugo Nazarenko Sas. 2026 - Éditions Marchialy - Rhino Dollars, un documentaire édifiant d’Olivia Mokiejewski qui a infiltré la mafia des cornes. A voir en VOD sur Arte - Une enquête en Afrique du Sud de Bryan Christy sur les éleveurs de rhinocéros dans le contexte du braconnage. Pour le National Géographic. Publié en 2016 - Un reportage RFI de Joséphine Kloeckner sur les parades utilisées par les rangers sud-africains contre le braconnage, comme introduire des isotopes radioactifs.

  6. 6 sept.

    Emmanuel Ruben, l’écrivain arpenteur

    Géographe et auteur français, Emmanuel Ruben remonte le cours des fleuves et du temps sur son vélo, en quête d’extase géographique. Né sur les bords du Rhône en 1980, Emmanuel Ruben a très tôt pris la tangente, inventant dès son plus jeune âge un pays imaginaire, la Zintarie, dressant des cartes et imaginant une langue. Puis, son diplôme de géographe en poche, il va vivre en Serbie, en Lettonie ou en Turquie, multipliant les échappées cyclistes en Europe pour interroger ce qui relie et sépare sur le vieux continent, suivant la route des fleuves et des frontières qui l’aimante…  Ainsi, en 2016, il entreprend un long voyage pour remonter le cours du Danube sur près de 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg. Le fiévreux récit de ce périple à vélo entrepris avec son ami Vlad, Sur la route du Danube le démarque, par son style nerveux, rythmé, exalté parfois, où les pensées de l’auteur lui-même, la grande histoire comme la petite et les paysages croisés en chemin se télescopent et s’entremêlent. En 2019, Emmanuel Ruben reçoit le prix Nicolas Bouvier au festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo pour ce livre-fleuve.  Auteur de nombreux ouvrages : récits, romans ou essais, plus d’une quinzaine environ, ce géographe « défroqué » comme il aime à se désigner, chérit particulièrement les traversées à vélo de confins oubliés, mais bien réels du monde qui se révèlent parfois en être le centre.  Adepte d’une géographie humaine et de terrain, chère à Élisée Reclus, grand géographe anarchiste français du XIXe siècle, Emmanuel Ruben a un temps posé ses valises en Anjou pour diriger la Maison de l’écrivain ligérien Julien Gracq. De là, au gré des saisons et des caprices du fleuve, il a vu couler la Loire, majestueux cours d’eau, le plus long de l’hexagone qui charrie l’histoire de France avec ses nobles châteaux, ses écrivains ou ses centrales nucléaires, nombreuses le long de la Loire. Durant quatre étés, avec sa compagne Anne, il va remonter ce fleuve, comme il l’avait fait en 2016 pour le Danube, de l’estuaire en Loire-Atlantique jusqu’à sa source, le mont Gerbier-de-Jonc, située dans l’est du Massif central. Et son récit Sur la route de la Loire est sorti en 2026 aux Éditions Stock. Rencontre avec un homme avide de mouvement, qui a besoin d’aller voir pour écrire et faire géographie, soit littéralement, étymologiquement, décrire la terre.  À lire Sur la route de la Loire. Emmanuel Ruben. 2026. Éditions Stock L’usage du Japon, une traversée de l’archipel à vélo. Emmanuel Ruben. 2025. Editions Stock Malville. Emmanuel Ruben. 2024. Éditions Stock Nouvelles Ukrainiennes. Emmanuel Ruben. 2022. Éditions Points Sur la route du Danube. Emmanuel Ruben. 2019. Éditions Rivages

  7. 26 juil.

    L'art du détour avec Victor Coutard

    Au diable Vauvert et sans GPS, l'écrivain et journaliste français signe un éloge des chemins buissonniers et gourmands à travers la France. Et cela vaut le détour ! Se perdre en France, au hasard des nationales et des petites routes, représente pour Victor Coutard, auteur de L'art du détour, un bonheur inégalé, un acte de libération et de résistance aussi. Quitter la grande route et s'égarer à Chassignolles ou Saint-Antonin-Noble-Val, s'y arrêter pour découvrir des campagnes et des tablées vivantes, loin des cartes postales ou de certains clichés de relégation, produit pour lui, d'emblée, un autre rapport au monde, au temps et à l’espace qui nous entoure… Pour célébrer les vertus du détour, Victor Coutard puise alors dans ses souvenirs d’enfance de voyages interminables pour rejoindre la maison familiale de Bel-Air ou de routes en famille au volant de sa Renault Captur, avec une carte IGN pour seul repère. Le journaliste culinaire convoque aussi son appétit des bonnes auberges qui réenchantent les villages ou des escapades matutinales quand, enfant, il partait à l'aube, sur la pointe des pieds, explorer la forêt voisine. Au détour de ses virées champêtres pour « entrer en résonance avec le monde », le créateur de la réjouissante newsletter « How to get Lost » partage son goût des champignons, du vélo au petit bonheur la chance et des bons vins, dans une France jamais carton-pâte mais un peu sépia parfois. Ce faisant, il fait de nous, lecteurs ou lectrices, les passagers complices de son vagabondage littéraire pour en arriver à un constat qu’il nous livre sans détour cette fois : notre société en ligne droite, assistée, dirigée par les applis et les « GAFAM », ne nous mène certainement nulle part. Parce qu’il est temps de regarder devant soi avec une attention renouvelée et de renoncer à nos illusions de contrôle, empruntons aujourd'hui les petites routes de France, histoire de se perdre et de se trouver, qui sait, en chemin… En savoir plus : - Sur L'art du détour. Du bonheur de se perdre en France de Victor Coutard. 2026. Éditions Arthaud - Sur la newsletter « How to get lost » sur Substack de Victor Coutard. En anglais.

  8. 19 juil.

    À Abidjan, dans la roue de Yasmine Diawara

    Yasmine alias « La Go à vélo » est la première femme d'Afrique subsaharienne à voyager sur le continent à vélo depuis 2021. Rencontre avec une militante africaine au sacré palmarès et coup de pédale… À Abidjan, entre gros échangeurs et embouteillages chroniques, les vélos sont rares, quasiment absents. Mais peut-être un jour, sur les routes de la capitale économique ivoirienne ou ailleurs en Afrique de l’Ouest, vous croiserez une jeune femme à vélo, en combinaison colorée, casque vissé sur la tête ?  Yasmine Diawara alias « La Go à vélo » est un phénomène à sa manière. Car l’Ivoirienne de 35 ans a décidé d’enfourcher son vélo pour arpenter ses contrées africaines, partir à la rencontre de l’autre et plaider pour un certain goût de l’aventure, au moyen d’une mobilité douce, durable, dans un continent où la petite reine demeure encore marginale, voire dédaignée… Le plus souvent en Afrique, ce sont les Occidentaux qui se lancent de tels défis, qui en ont les moyens. Yasmine, elle, se les est donnés, donnant du sens surtout à ses cyclo-voyages. Car voyager à vélo, c'est prendre possession du paysage, célébrer la beauté et l’échange sur la route, cultiver l’effort, à la portée de tous et de toutes.   Après dix ans passés à développer des projets sociaux avec des institutions internationales et des ONG, Yasmine Diawara quitte son travail en 2024 et se lance à 100% dans ses voyages à vélo. Et deux ans plus tard, elle a traversé 8 pays sur près de 5 000 km. Sans jouer les modèles ou les aventurières, Yasmine a su faire du vélo un outil de plaidoyer social et profite de ses échappées pour s’arrêter dans les écoles, rencontrer des entrepreneurs et jeunes leaders afin de leur insuffler confiance et fierté, en apprendre plus sur son pays et son continent, la liberté -et ses mollets- pour seul moteur.   À travers ses voyages et ses milliers de kilomètres avalés, Yasmine plaide par l'exemple pour l'autonomie de la jeunesse africaine et des filles, tout en portant dans sa roue la défense d'une mobilité durable dans des villes africaines saturées par le moteur.  Un reportage de Raphaëlle Constant.   En savoir plus :   - Sur Yasmine Diawara alias La Go à vélo : son Facebook ;  Insta & Tik Tok.

Notes et avis

4,6
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À propos

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