Le Sénégal a entamé mercredi 21 octobre trois journées de mobilisation sociale à l’appel du Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT). « Ce mouvement, relève le site Xalima, intervient dans un climat de tensions autour du pouvoir d’achat, de l’emploi, de la protection sociale et du respect des engagements pris par l’État. Plusieurs organisations syndicales se sont jointes au mouvement, notamment dans les secteurs de l’enseignement, de la santé, de la justice et des transports. » D’après le FSDT, rapporte Dakar Actu, « la première journée de grève a été massivement suivie, à 90 % sur l’ensemble du territoire national. Le FSDT qui dénonce des réquisitions illégales des autorités des régions ; des intimidations et des menaces de certaines directions ainsi que des tentatives de division entre syndicats. Enfin le Front syndical appelle l’ensemble des travailleurs à “se mobiliser davantage“ pour la poursuite de la grève aujourd’hui et demain. Il conclut son message par ces mots : “la lutte continue !“ » Certains journaux tempèrent ce bel enthousiasme : « grève générale, impact variable », nuance Walf Quotidien. « Un mouvement en demi-teinte », relève Le Soleil. En tout cas, constate Le Quotidien, « hôpitaux au ralenti, démarches administratives bloquées et tensions sur le réseau énergétique : la répétition des débrayages généraux plonge le Sénégal dans une crise d’une gravité inédite. Entre perte de productivité, recul des recettes fiscales et menace sur le climat des affaires, cette nouvelle vague de contestations met à rude épreuve la résilience de l’économie. » Le bras de fer Faye-Sonko Ce mouvement social intervient dans un contexte tendu entre le gouvernement et les parlementaires à propos du budget. « Le groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes, rapporte Seneplus, indique que, “malgré quelques compromis notés“, un “consensus global et solide“ n’a pas pu être trouvé avec le gouvernement sur le projet de loi de finances rectificative. À la demande du gouvernement, les parlementaires ont décidé de se retrouver ce jeudi pour poursuivre les travaux de la commission. » Et le désaccord est profond entre l’exécutif dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye et le Pastef de son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Walf Quotidien explique : « Ce n’est pas seulement une éventuelle hausse des prix des denrées alimentaires sous les diktats du FMI qui pousse le parti d’Ousmane Sonko à menacer de ne pas voter le projet de loi de finances rectificative. Le coordonnateur national des cadres de Pastef, Amadou Babo Ba, affirme que ce projet révèle une “dégradation préoccupante“ des finances publiques du Sénégal. Mais le plus inquiétant encore, selon lui, ce sont 555 milliards de francs CFA de crédits d’investissement qui sont réduits, alors que les besoins en infrastructures, en santé, en éducation et en emploi restent considérables. » Tendre la main aux syndicats ? Pour Le Pays au Burkina, « Bassirou Diomaye Faye a tout intérêt à circonscrire l’incendie au risque de le voir prendre des proportions insoupçonnées. Pour ce faire, il faudra, plutôt que de se contenter de bander les muscles, tendre la main aux syndicats afin que soient trouvées des solutions durables à leurs revendications. Surtout que ces derniers accusent le duo Faye-Sonko de n’avoir pas tenu sa promesse alors même qu’il avait promis le ciel et la terre à ses compatriotes. Aujourd’hui, le constat est tout autre, pointe le quotidien ouagalais. Car, non seulement Faye et Sonko ne parlent plus le même langage au point qu’ils ne veulent plus se voir en peinture, pire, les conditions de vie et de travail des Sénégalais se sont fortement détériorées (…). » La rupture n’est pas celle à laquelle s’attendaient les Sénégalais Enfin, le site d’information Senego s’agace de ce bras de fer : « Lundi, les obligations du Sénégal ont plongé à New York, leur pire chute depuis début septembre. La raison est simple : Ousmane Sonko menace de bloquer le budget de Bassirou Diomaye Faye. Quand les deux hommes qui dirigent le pays ne se parlent plus que par menaces, les investisseurs font leurs valises. Ils nous avaient promis la rupture. Ils l’ont eue, s’exclame Senego, entre eux d’abord, puis avec ceux qui nous prêtent de l’argent. Résultat : un programme du FMI toujours en attente, une dette qui étouffe, des notes dégradées, une croissance tombée à 2,2 %. Le pays prend l’eau, et eux se disputent la barre. Mais qui paie au final ? Pas eux, s’insurge encore le site sénégalais. Ce sont les mamans qui comptent chaque franc au marché, les jeunes diplômés qui attendent un emploi, les malades qui attendent un lit. Chaque pourcentage d’intérêts en plus, c’est de l’hôpital et de l’école en moins. »