Le pape Léon XIV entame sa première visite apostolique en France, le vendredi 25 septembre pour 4 jours, 18 ans après la dernière visite officielle de Benoît XIV. Il sera à Paris, à Saint-Denis, à l’Unesco, à Lourdes et à Metz, dans un pays sécularisé où la religion catholique n’est plus dominante depuis 50 ans. Qu’est-ce qui a changé depuis 18 ans ? Dans quelle France arrive le pape ? Quels sont les enjeux de cette visite ? Quel accueil lui est préparé ? Invités : Yann Raison du Cleuziou, sociologue, spécialiste du catholicisme contemporain, professeur de science politique à l’Université de Bordeaux, et membre de l’Institut de recherche Montesquieu. Il a publié plusieurs articles et ouvrages dont Vers une Église sans peuple, en 2025, aux éditions du Cerf ; À la droite du Père, les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, paru en 2022 aux éditions du Seuil Christine Pedotti, directrice de « Témoignage Chrétien », un magazine fondé en 1941 par des résistants chrétiens, une publication libre et engagée, affiliée à aucune Église ni institution religieuse. Reportage en Seine-saint-Denis et rencontre avec l’évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet. Reportage à l’église Sainte-Hélène (Paris XVIIIè) auprès du curé Georges Ouensavi. Visite apostolique et visite d'État de Léon XIV en France La dernière visite officielle d’un souverain pontife remonte à 2008, lorsque le pape Benoît XVI s’était rendu à Paris et à Lourdes. Depuis, le pape François était allé à Strasbourg (2014), à Marseille (2023) et en Corse (2025) mais en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une visite d’État en France. Lors de l’inauguration de Notre-Dame de Paris en décembre 2024, restaurée de l’incendie qui l’avait ravagée, François avait décliné l’invitation. Cette fois, Léon XIV entame une visite d’État protocolaire, comme chef d’État du Vatican et surtout en tant que chef de l’Église catholique: à Paris, il sera accueilli par le président Emmanuel Macron, il rencontrera les autorités et la société civile et se rendra à la cathédrale Notre-Dame de Paris restaurée, symbole national. À l’Unesco : une adresse au monde pour soutenir le multilatéralisme Son discours à l’Unesco lors de la journée consacrée aux relations entre le Vatican et l’Unesco, organisme multilatéral fragilisé notamment par le retrait américain annoncé pour décembre 2026, sera consacré aux défis de l’IA dans les mondes de l’éducation et de la culture. Une adresse au monde, au multilatéralisme nécessaire dans les temps actuels, prononcé depuis le siège de cette instance qui se situe à Paris. Le pape au Stade de France auprès des jeunes Vendredi soir (25 septembre 2026), Léon XIV est attendu comme une star pour une veillée au Stade de France (qui habituellement reçoit des matchs de foot ou des concerts géants). Il sera accueilli par 80 000 jeunes entre 17 et 35 ans, parmi lesquels de nouveaux catéchumènes et de jeunes adultes récemment baptisés. Le pape Jean-Paul II avait célébré une messe en 1980 dans la basilique de Saint-Denis pour le monde des travailleurs. Cette fois, alors que le monde a subi de profondes transformations, le pape veut s’immerger auprès de la jeunesse qui viendra de toute la France, accueillie dans le 93, le département de Seine Saint-Denis, le plus pauvre de France, le plus jeune et celui qui présente la plus grande diversité religieuse. Le renouveau mis en avant par l’Église catholique de France intrigue le pape Léon XIV, alors que le catholicisme n’est plus majoritaire en France depuis plus de 50 ans. Ce temps partagé avec les jeunes se déroulera dans le département de Seine-Saint-Denis au nord de Paris où vivent des populations très diverses, dont beaucoup issues des diasporas et des migrations, près de 170 nationalités y sont représentées, où se côtoient toutes les religions. Une diversité qui contribuerait au dynamisme de l’Église en France. Messe géante à la Concorde Samedi (26 septembre 2026) marquera l’événement le plus attendu : une messe géante place de la Concorde à Paris, tout un symbole, face aux Champs-Élysées où il défilera en papamobile. Quelque 600 000 personnes sont attendues, avec un dispositif de sécurité élargi et renforcé de plus de 25 000 forces de l’ordre. La devise du voyage de Léon XIV en France : « Pour que le monde ait la vie », se réfère au Christ « source de vie », avec une invocation de l’Esprit Saint, mais aussi un rameau d’olivier qui symbolise la paix. Un appel aux catholiques pour qu’ils soient davantage missionnaires. Une devise qui a aussi une résonnance politique dans le débat qui a eu lieu concernant la loi sur la fin de vie en France, entrée en vigueur le 18 août 2026, ou encore dans le droit à l’interruption volontaire de grossesse intégrée dans la Constitution, deux textes que rejette l’Église catholique. Visite de la Maison Bakhita : une attention aux exilés Dans son attachement à la doctrine sociale de l’Église et l’attachement aux plus démunis, le pape Léon XIV a tenu à intégrer dans sa visite apostolique en France une étape auprès des personnes en situation de précarité. Ce sera à la Maison Bakhita, une association du diocèse de Paris qui œuvre depuis 5 ans à l’accueil et à l’intégration des personnes exilées, dont le nom s’inspire de Joséphine Bakhita, une ancienne esclave soudanaise du XIXè-XXè siècle devenue religieuse, puis canonisée par le pape Jean-Paul II. Il rencontrera aussi des associations partenaires, « À Bras Ouverts » auprès de personnes handicapées et « Aux captifs la libération » qui accompagne les personnes sans domicile et des parcours de sortie de prostitution. Lourdes : pèlerinage et rencontre privée avec des victimes d’abus sexuels L’étape de Léon XIV à Lourdes sera plus classique, comme ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, dans ce lieu de pèlerinage marial qui rassemblera des milliers de pèlerins. Et c’est à Lourdes que le pape Léon XIV rencontrera en privé 7 personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église, sélectionnées par la Conférence des Évêques de France, (ce qui a suscité de nombreuses réactions de collectifs qui ne sont pas représentés), alors que la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) évoquait dans son rapport en 2021 potentiellement 330 000 cas, et qualifiait ces abus sexuels de « systémiques ». Metz, symbole des terres ravagées par les guerres : un message de paix aux Européens Dernière étape de ce voyage apostolique du pape Léon XIV : la ville de Metz, en Moselle, région qui a subi de plein fouet la Première et la Seconde Guerre Mondiale, deux annexions : Léon XIV assistera à une rencontre interreligieuse, puis il s’adressera aux Européens depuis le Centre Robert Schuman (un des pères fondateurs de l’Union européenne, fait vénérable par le pape François), un discours très attendu sur « les racines de l’Europe pour la paix et l’unité », dans le contexte de tensions et de guerre en Ukraine, aux confins de l’Europe, avant de clôturer son voyage apostolique par une messe à la cathédrale de Metz.