Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

  1. -2 j

    En Chine, l'approvisionnement en charbon thermique inquiète les marchés

    Le prix du charbon thermique, en Chine, celui qui fait tourner les centrales électriques, a augmenté d'un quart depuis le mois de juillet et dépasse les 1 000 yuans la tonne, soit environ 150 dollars, selon l'Association chinoise du transport et de la distribution du charbon. La Chine, premier acheteur mondial de charbon, premier producteur aussi, cumule les difficultés d'approvisionnement, face à une demande qui se maintient.   Plusieurs raisons, internes et externes au pays, expliquent cette hausse des prix. Premièrement, la production nationale a baissé de plus de 3 % sur l'année écoulée. Après un accident mortel dans la principale région minière du pays, au mois de mai, dans la province du Shanxi, les mesures de sécurité ont été renforcées et le redémarrage des mines a pris du retard. À cette situation, il faut ajouter des travaux de maintenance sur le principal corridor ferroviaire qui transporte du charbon en Chine, qui ont retardé les approvisionnements.  En parallèle, les exportations d'Indonésie, le principal fournisseur de la Chine, ont chuté de 25 % : Jakarta a décidé de limiter drastiquement les quotas d'extraction minière en début d'année et l'impact de cette règlementation a été accentué par une météo trop sèche, qui a fait baisser les niveaux d'eau sur les principaux cours d'eau navigables, ce qui a entraîné un retard commercial supplémentaire.  Un contexte haussier Cette hausse des prix chinois devrait se maintenir, puisqu'on entre dans les mois d'hiver, période de plus forte consommation. Le risque est qu'elle engendre une baisse des marges des centrales électriques et provoque une augmentation des coûts de l'électricité. C'est sans doute ce qui explique l'appel lancé par les autorités chinoises courant septembre aux entreprises minières et aux régions concernées pour qu'elles accélèrent la réouverture des mines. Objectif, stabiliser la production, faire en sorte que l'approvisionnement soit suffisant, à un coût accessible. Une demande chinoise stable À moyen terme, les prévisions sont plus hasardeuses car les prix réagissent généralement à une combinaison de paramètres. La Chine reste le principal moteur de la demande mondiale. Sa consommation augmente encore en valeur absolue, même si la part du charbon dans la production d'électricité ne fait que baisser depuis 15 ans, au profit des énergies renouvelables, et qu'elle est aujourd'hui d'environ 50 %, un peu moins, selon les données de l'Administration nationale de l'énergie de Chine, relatives à la période de janvier à juin. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit, dans ses prévisions révisées publiées le 10 septembre, qu'en 2027 la baisse de la demande chinoise en charbon sera marginale et que celle-ci se maintiendra autour de 5 milliards de tonnes. À lire aussiOù en est la transition énergique en Chine?

  2. -3 j

    L'intérêt pour l'étain dopé par le secteur de l'intelligence artificielle

    Le prix minimum pour une tonne d'étain est fixé à 50 000 dollars depuis le mois de juin 2026. Les prix de ce métal qui entre dans la fabrication des boites de conserves, des drones ou encore des serveurs informatiques, ont plus que doublé ces trois dernières années et n'ont pas l'air de vouloir redescendre. Des prix qui ne se justifient pas par d'importantes inquiétudes sur la production.  Du coté de l'offre, les nouvelles sont meilleures. La mine géante d'étain de Man Maw en Birmanie, qui avait brutalement interrompu ses opérations en 2023, sous l'impulsion de la faction armée qui contrôle la région de l'État Wa, a repris son activité en septembre 2026, selon un rapport de l'ONG International Crisis Group. Les niveaux exportés restent en-deçà de ceux en vigueur avant la suspension, mais la reprise effective est de nature à rassurer le marché. Les exportations indonésiennes ont fortement rebondi au troisième trimestre, après la reprise de l'activité de plusieurs fonderies, qui avaient vu leur fonctionnement perturbé au second semestre, selon l'International Tin Association. L'étain reste donc produit par un nombre très limité de pays. L'offre reste fragile, mais elle s'améliore. La tension sur le marché est plutôt à chercher du coté de la demande, même si la croissance des besoins reste modérée, relève l'International Tin Association. Nouveaux usages de l'étain Cette demande est entretenue par les nouveaux usages de l'étain. Les usages traditionnels eux sont en chute : les boîtes de conserve, et plus largement tous les emballages en fer blanc, ne représentent qu'un peu plus de 10% du marché. Les soudures ont pris le dessus et constituent plus de la moitié de la demande mondiale. Le secteur dans lequel les besoins s'accélèrent, c'est celui de la construction de centres de données : plus leur puissance de calcul est grande, plus ils nécessitent des semi-conducteurs et donc de l'étain, le métal blanc argenté étant utilisé pour fixer les micro-processeurs aux circuits imprimés et relier entre eux les composants électroniques de l'infrastructure. Un serveur dédié à l'intelligence artificielle, en nécessite jusqu'à quatre tonnes contre 500 kilos pour un serveur informatique traditionnel. La bourse aux métaux de Shanghai estime, dans une étude, que chaque gigawatt de capacité installé dans les centres de données pour l'IA nécessite environ 1 200 à 1 500 tonnes d'étain. Et il ne faut pas oublier les véhicules électriques qui contiennent plus de câblages que les modèles thermiques et donc plus d'étain également. À lire aussiLes semi-conducteurs, enjeu géopolitique mondial, enjeu existentiel local Les prix de l'étain « en zone inédite » Tous ces facteurs mis bout à bout expliquent pourquoi les prix se sont installés dans une fourchette haute et sont entrés dans « une zone inédite, un territoire littéralement inexploré jusqu'à cette année », écrit Andy Home, analyste matières premières de l'agence Reuters. Il ne faut pas s'étonner par ailleurs de voir de plus en plus les cours de l'étain évoluer au gré du développement de l'IA. En septembre, la crainte de voir ce secteur se développer moins vite que prévu a provoqué l'inquiétude d'investisseurs et la vente en masse d'actions de fabricants de semi-conducteurs. Par ricochet, les cours de l'étain ont baissé d'environ 3%, sans pour autant s'effondrer. Cette contraction des prix est aussi un résultat de la reprise des hostilités au Moyen-Orient qui pèsent sur le moral des marchés et qui ont entraîné un repli de la plupart des métaux de base, courant septembre. À lire aussiPorté par l'engouement pour les métaux, l'étain bat de nouveaux records

  3. -6 j

    L'huile de tournesol d'Ukraine en difficulté sur le marché export

    C'est un des impacts de la guerre en Ukraine. Le pays, qui était le plus grand exportateur mondial d'huile de tournesol et qui dominait les marchés d'Asie du Sud-Est et d'Europe, a perdu sa place au profit de la Russie. La production russe, disponible et moins chère, attire des acheteurs qui se fournissaient auparavant en Ukraine.  L'huile de tournesol russe coûte 10 à 15 dollars de moins par tonne, et cela fait la différence pour un importateur qui en commande des dizaines de milliers de tonnes. Ces derniers mois, l'Ukraine avait peu de graines et d'huile de tournesol à vendre, en raison d'une faible récolte en 2025. Les importateurs turcs, égyptiens ou encore indiens ont donc logiquement privilégié la production russe, plus disponible et moins chère, au détriment de celle de l'Ukraine. La récolte ukrainienne qui est en cours s'annonce bien meilleure que la précédente. Elle devrait atteindre son plus haut niveau depuis 2021, précise Maxence Devillers, analyste marché pour Argus Media France. L'Ukraine aurait donc les moyens d'exporter plus. Une accélération des exportations sera-t-elle possible ? Pour l'instant, les volumes qui quittent le territoire sont plus faibles qu'il y a un an à la même période. Or, « aussi grande soit la production ukrainienne, elle n'aura de la valeur que si elle est exportée », rappelle notre interlocuteur. Freins logistiques Ce qui pénalise l'Ukraine, c'est le blocage des infrastructures portuaires de la mer Noire : l'huile ukrainienne ne peut plus sortir du port d'Odessa. Seulement des volumes restreints transitent par le port de Constanza en Roumanie. Globalement, les coûts d'exportation des récoltes ukrainiennes ont augmenté de plus de 50 dollars par tonne depuis fin juillet, et les délais de livraison se sont allongés. Ils ont par exemple plus que doublé vers l'Égypte. Cela suffit à rendre l'huile de tournesol de son grand voisin plus compétitive. La force de la Russie, c'est aussi de pouvoir atteindre les pays d'Asie centrale par voie terrestre. Maintenir la cadence des exportations est capital pour les exportateurs russes : la nouvelle production s'annonce très bonne cette année. L'approvisionnement de l'Inde en question Le géant russe doit tout de même faire face à des difficultés d'exportation. Les contraintes logistiques ont récemment affecté, selon des sources commerciales citées par l'agence Reuters, l'acheminement de 60 000 tonnes d'huile de tournesol. Une autre cargaison de 20 000 tonnes vient d'être annulée faute de pouvoir être livrée à temps, selon l'International Sunflower Oil Association.  Ces volumes russes étaient destinés à l'Inde, le premier acheteur d'huile végétale du monde, qui importe mensuellement environ 250 000 tonnes. Le manque de disponibilité d'huile de tournesol sur le marché fait le bonheur des exportateurs d'huile de soja, au Brésil et en Argentine, et d'huile de palme en Malaisie. L'Inde vient ainsi de commander 150 000 tonnes d'huile de palme en trois jours, afin de sécuriser des livraisons d'ici fin décembre.  À lire aussiLa demande croissante de biocarburants et les risques liés à El Niño font grimper les prix de l'huile de palme

  4. 7 oct.

    En Argentine, une explosion de l'exploitation du lithium qui pose des questions environnementales

    En Argentine, le lithium connait un véritable boum. La production de ce minerai critique dans le secteur de la transition énergétique a augmenté de 62 % en un an et pourrait presque quintupler d'ici 2035, selon des chiffres officiels. Cette explosion s'explique par un besoin croissant en lithium, notamment pour les véhicules électriques, mais aussi par la mise en place d'une politique fiscale avantageuse de la part de l'Argentine.  Le sous-sol argentin regorge de matières premières, dont du lithium en quantité, mais jusqu'à présent, les groupes internationaux se montraient frileux à l'idée de s'y aventurer. Les choses ont changé depuis l'arrivée au pouvoir de Javier Milei : le président argentin a fait la promotion de son pays la semaine dernière à Paris, il veut attirer les investisseurs étrangers et pour cela, il a sorti les grands moyens. La loi de « régime d'incitation pour les grands investissements » permet aux entreprises voulant investir plus de 200 millions de dollars dans le pays de bénéficier de plusieurs avantages fiscaux, notamment un impôt sur les sociétés abaissé à 25 % et cela pendant une durée de 30 ans. S'y ajoute la possibilité d'importer des biens d'équipement et d'exporter la production sans taxe douanière. À lire aussiLe lithium congolais bientôt sur le marché mondial Des incitations qui ont porté leurs fruits Aujourd'hui, selon le journal argentin Clarín, le pays compte sept projets d'extraction de lithium en production, ainsi que 16 en phase avancée et plus de 40 en prospection et en exploration. Parmi ces projets, celui du groupe minier et métallurgique français Eramet qui veut étendre son site d'extraction de lithium de Centenario-Ratones, situé dans la province de Salta, pour 350 millions de dollars. Parmi les multinationales présentes, ce sont les Chinois qui se taillent la part du lion avec le colosse Ganfeng Lithium. La Chine est la première destinataire des exportations de lithium argentin, le pays raffine entre 70 % et 80 % du lithium mondial pour les batteries de véhicules. Pour maintenir cette domination industrielle, ses usines ont un besoin insatiable de matière brute. Les prix du lithium, eux, ont bondi de 70 % en un an, ce qui ne fait qu'aiguiser les appétits.  De graves conséquences sur l'environnement Selon la Fédération internationale pour les droits humains, le processus d’extraction du lithium, qui demande une grande quantité d'eau, a compromis des ressources vitales dans des zones extrêmement arides et particulièrement exposées au changement climatique, notamment dans la région de la Puna, au nord-ouest de l'Argentine. Des ressources hydriques dont les communautés locales ont besoin pour l’agriculture et leur subsistance. Face à cette situation, des mobilisations ont eu lieu qui ont permis de geler ou freiner certains permis d'exploitation alors que de nouvelles méthodes d'extraction directe sont déjà expérimentées, notamment sur le site d'Eramet.  À lire aussiChili: comment l'extraction du lithium provoque l'affaissement du désert de sel de l'Atacama?

  5. 6 oct.

    Quelles perspectives de marché pour le coton produit en Afrique ?

    Les rencontres de l’Association française cotonnière (Afcot), se sont déroulées les 5 et 6 octobre à Lille, dans le nord de la France, avec, comme chaque année, une large participation de représentants africains du secteur. Parmi les thèmes débattus, les perspectives de marché pour l’or blanc du continent. La nouvelle récolte débute, avec un premier constat : il reste encore du coton de l’ancienne récolte dans les pays exportateurs africains. Il y en a notamment chez certains producteurs de l’AES tels que le Mali, qui fait face à des difficultés d’approvisionnement en carburant, et peine à acheminer son coton en camion jusqu’à un port d’exportation. Il y a aussi dans certains ports du coton prêt à être embarqué mais toujours immobilisé. Le Cameroun a eu des stocks bloqués, mais la situation est en train de revenir à la normale. En Côte d’Ivoire, en revanche, le problème est toujours d’actualité. Des négociants décrivent une situation cauchemardesque au port d'Abidjan où des centaines de conteneurs, toutes matières premières confondues, s’accumulent. Le coton se retrouve parfois bloqué deux, voire trois mois, qu’il soit d'origine malienne, burkinabè ou ivoirienne. Cette congestion portuaire affecte tous les maillons de la filière, les producteurs, les égreneurs, les négociants, certains confient avoir déjà reçu des annulations de contrat de la part d’acheteurs indiens. À écouter dans Un jour au villageTransformation locale du coton dans les villages Concurrence brésilienne toujours d'actualité Ces retards tombent mal, car le coton africain doit tout faire pour soigner son image, face à son plus gros concurrent, le Brésil. « Les prix pratiqués par le Brésil font des ravages, même si partout, c’est la qualité du coton africain ou américain qui est préférée », résume un participant à l'Afcot. Le Brésil a encore accru sa présence au Bangladesh la saison dernière, le coton de la zone franc a vu en revanche sa part de marché baisser de 40 % à 28 %. Cette année encore la production brésilienne sera importante. Mais la production est de moins bonne qualité et moins de volumes ont été certifiés BCI (Better Cotton Initiative), une norme que certains acheteurs exigent. Il y a donc peut-être une fenêtre de tir à ne pas rater pour le coton africain, suggère Antonia Prescott, directrice de la revue Cotton Outlook. Une occasion pour les producteurs de reconquérir des parts de marché perdues, à condition que les temps de transport se normalisent. La demande à venir, clé des futurs prix Ces six derniers mois, la consommation de coton a repris, en grande partie grâce aux importations chinoises, et a joué un rôle important dans l’évolution des prix, explique Antonia Prescott. Aujourd’hui, il y a un risque de voir la demande s’essouffler, en raison de la hausse du coût de la vie dans les grands pays consommateurs de textile. Les acteurs de la filière regardent donc de très près les données relatives à la consommation, mais surveillent également les importations chinoises qui pourraient ne pas être aussi bonnes que ces derniers mois. Autant de facteurs qui auront un impact sur les prix et donc sur la facilité ou non pour l’Afrique de vendre son coton. Seules certitudes à ce jour, pour Thierry Devilder, président de l'Afcot : « Un climat mondial perturbé par un puissant El Niño, une inflation persistante, un endettement mondial au plus haut, des taux d’intérêt élevés, le tout dans un contexte géopolitique mondial tendu », et un marché actuel qui semble plutôt indiquer des prix en léger repli sur 2027. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements?

  6. 5 oct.

    Après l’extraction, l’Afrique de l’Ouest mise sur le raffinage de l’or

    Lundi 28 septembre, le capitaine Traoré a inauguré la première raffinerie d’or du Burkina Faso. L’ambition : ne plus être un pays seulement extracteur mais « avoir toute la chaîne de valeur sur place », limiter les trafics et faire rentrer dans le marché formel des quantités d’or plus importantes. Une stratégie du Burkina Faso qui dure depuis plusieurs années. Le Burkina Faso a par exemple interdit l’exportation de l’or artisanal il y a deux ans, ce qui a fait grimper les chiffres de production de l’orpaillage. Elle est passée de huit tonnes en 2024 à 40 tonnes en 2025. Autre objectif que se sont fixé les autorités : tirer plus de bénéfice de ses matières premières. Pour cela, le Burkina Faso a créé une réserve d’or nationale… Ainsi qu’un fonds souverain minier. Les autorités souhaitent ainsi préserver une partie des revenus extractifs pour des investissements de long terme. La raffinerie est donc une étape supplémentaire dans cette quête. Pourtant, transformer l’or localement n’est pas forcément synonyme de meilleurs revenus. À la différence d’autres matières premières, les études ont montré que le raffinage rapporte en général moins de 10 % de valeur supplémentaire. La nécessaire certification La valeur des lingots burkinabè dépendra également de la capacité de la raffinerie à les faire certifier. La certification la plus reconnue étant celle de Londres, la LBMA. Elle fait référence sur de nombreuses places mondiales de négoce de l’or. Sans cela, certains marchés peuvent rester fermés. C’est l’expérience que fait le Ghana : ses lingots estampillés localement doivent être retraités dans une fonderie agréée. Pourtant, les pays de la région se dotent tous de raffineries. Ils cherchent ainsi à mieux contrôler les flux de minerais et à les diriger vers la raffinerie nationale, ce qui permet de limiter la contrebande, de mieux taxer l’or et donc d'augmenter les recettes de l’État. Au Burkina Faso par exemple, l’État a déjà instauré que 100 % de l’or artisanal doit passer par la raffinerie nationale, 50% pour l’or issu des mines industrielles. Ces raffineries sont également perçues comme un enjeu de souveraineté nationale : elles permettent la constitution de réserves d’or nationales. Grâce à sa raffinerie, le Ghana a sécurisé environ 30 tonnes d’or valant environ 9 milliards de dollars – l’équivalent de plus de 5 mois d’importations. À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut Des réserves nationales encore limitées Une tendance qui s’est largement développée en Afrique de l’Ouest. Mali, Ghana, Burkina Faso, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire ont déjà ou vont prochainement avoir leur raffinerie. Cependant, les réserves constituées par les États africains – même si elles augmentent, elles sont passées de 663 tonnes en 2022 à 738 tonnes en 2025 – ne devraient pas avoir d’impact majeur sur le prix ou la structure du marché. Les quantités qu’elles représentent sont trop modestes par rapport à la quantité d’or échangée sur les marchés mondiaux : plus de 5 000 tonnes en 2025.   Cette stratégie africaine a en revanche des impacts sur la carte des flux de l’or. Moins de flux de « dorés » – ces lingots d'or brut semi-raffinés, généralement issus d’un premier traitement sur les sites d’extraction – vont partir vers les grandes raffineries à Dubaï ou Zurich. Ce qui pourrait à moyen terme resserrer la disponibilité physique de lingots certifiés et mécaniquement faire grimper leur prix. À lire aussiLa fièvre de l'or raffiné

  7. 4 oct.

    La surproduction mondiale d'acier pèse sur l'Europe et le Brésil

    C’est une mauvaise nouvelle pour l’industrie européenne : la production d’acier atteint des niveaux historiquement bas, et les exportations ont chuté d’un cinquième (20%). Le secteur sidérurgique européen est mal en point, pour des raisons internes et externes à l'UE, telles que la hausse des coûts de l'énergie ou la surproduction mondiale.  Le secteur pâtit notamment du prix du gaz en Europe qui a bondi de plus de 140 % depuis le début de l’année. Le président du conseil d’administration d’ArcelorMittal Europe pointe un niveau de coûts dangereux qui rend les exportations « très problématiques », dit-il dans des propos rapportés par le Financial Times. En moyenne, elles ont chuté de 20 % sur le premier semestre. La baisse des ventes vers les États-Unis a atteint près de 30 %, selon le journal britannique. L'acier européen y est doublement pénalisé parce qu'à son prix, il faut ajouter 50 % de droits de douane imposés par l’administration Trump, rappelle Eurofer, l’organisation européenne de la sidérurgie. Contrairement aux autres leaders asiatiques de l’acier, l’industrie européenne doit aussi faire face à des coûts d’investissement en hausse, pour décarboner son activité et produire de l’acier plus vert. À écouter aussiQuestions d'environnement - Peut-on produire de l'acier propre? La Chine dans le viseur Quand on dit que l’acier européen peine à s’imposer sur le marché mondial, c'est en grande partie à cause de la concurrence redoutable de la Chine. Le pays a littéralement inondé le monde d’acier bon marché ces dernières années. En réaction, l'Europe et d'autres États ont répondu avec des droits anti-dumping pour protéger leur production nationale. Mais cela ne résout pas tout. Ces barrières douanières ont une conséquence indirecte : la production chinoise qui s'écoule moins en Europe est vendue ailleurs, cela fait autant de marchés en moins pour les exportateurs européens d'acier. Cette année la production européenne, qui s'adapte en partie à la demande, devrait se redresser, grâce à des mesures commerciales prises par l’UE, après deux années de baisse, mais les niveaux de production d’il y a dix ans – 155 millions de tonnes en 2015 – appartiennent au passé, selon Eurofer. À écouter aussiChronique des matières premières - Pourquoi la surcapacité de l'acier continue de peser sur les marchés mondiaux La sidérurgie brésilienne inquiète Une partie de la surproduction chinoise se reporte notamment au Brésil, pays qui, comme tous les marchés émergents, est plus enclin à accepter l'acier chinois à bas prix. Les autorités brésiliennes ont mis en place des mesures protectionnistes, qui devraient permettre de faire baisser les importations de 15 % cette année. Ces mesures sont cependant moins restrictives qu'ailleurs et les volumes qui arrivent dans le pays restent deux fois plus élevés qu'avant les années 2020. Les sidérurgistes brésiliens se disent inquiets et demandent au prochain président qui sortira des urnes des mesures commerciales rapides et efficaces, pour contrer l'acier chinois mais aussi pour limiter les volumes d'acier d'Indonésie, de Malaisie, ou encore ceux du Vietnam qui a multiplié par cinq ses exportations au Brésil cette année.  Le Brésil, comme l'Europe, souffre de la surproduction mondiale. Un forum mondial est même dédié à ces surcapacités sidérurgiques : ses 28 membres se sont réunis fin septembre pour adopter un nouveau cadre d'action. Selon l'OCDE, l'excédent de capacité sidérurgique par rapport à la demande devrait encore augmenter ces deux prochaines années et atteindre près de 750 millions de tonnes. À lire aussiÉlections au Brésil: le duel Lula-Bolsonaro, un air de déjà vu

  8. 1 oct.

    La banane, une success story mondiale menacée?

    La banane, pratique à consommer et moins chère que la plupart des autres fruits, a plein d'atouts. Et les consommateurs le lui rendent bien. Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde, et même en France, pays qui était à la traîne qui mais vient de rattraper la moyenne européenne. Derrière ce succès se cache cependant une filière sur laquelle pèse de plus en plus de menaces. « Le système bananier mondial est à un point de basculement », résume Denis Loeillet, économiste de la filière au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Que l'on parle de la production ou de la commercialisation, l'environnement dans lequel évolue la filière s'est considérablement complexifié ces dernières années, résume de son côté l'AIB, l'interprofession française.  Difficile d'être exhaustif tant la liste des points de tension est longue. Parmi les défis majeurs du secteur figure la diffusion de la TR4, une maladie qui touche désormais 26 pays dont l'Équateur, le premier exportateur mondial. Cent millions de tonnes de bananes sont potentiellement menacées, selon une estimation du Cirad. Le changement climatique, qui se manifeste par une hausse des températures moyennes, perturbe le régime des pluies et a un impact sur les cycles fruitiers ainsi que sur les caractéristiques même des bananes, des fruits qui ont besoin d'une très grande régularité climatique, précise Philippe Pons, président de l' Association interprofessionnelle de la banane.  Logistique sous tension La filière banane est directement affectée par les perturbations logistiques mondiales. Les variations du niveau d'eau du canal de Panama affectent les possibilités de navigation et donc le rythme des exportations. Le conflit en Mer rouge et au Moyen-Orient provoque des congestions portuaires, mobilise les conteneurs sur des routes plus longues et réduit donc leur disponibilité. La planification des trajets est devenue plus compliquée pour les opérateurs. Or, la banane est un fruit périssable, qui a besoin de flux réguliers. Autre facteur d'actualité qui pèse sur le secteur : la flambée des coûts de production. La guerre en Ukraine et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le prix des hydrocarbures, avec des conséquences sur le coût du transport maritime et terrestre mais aussi sur le coût supporté par les murisseries, ces établissements dans lesquels les fruits passent plusieurs jours, à une température très contrôlée. La hausse des coûts de l'énergie a aussi eu un impact sur le prix des engrais et des emballages en carton dans lesquels voyagent les fruits jaunes. La nécessité d'un sursaut collectif L'avenir de la filière est plus ou moins sombre selon les point de vue, mais « transition » et « changements » font désormais partie du vocabulaire des acteurs. Les producteurs ne feront pas l'économie de faire évoluer leurs pratiques, ce qui implique une réflexion sur l'usage des produits phytosanitaires et une accélération de la recherche variétale en amont : tout le monde est conscient que cultiver, dans les plantations commerciales, une variété unique, la Cavendish, est un choix risqué. Avec des coûts de production plus élevés et incompressibles, la rentabilité de la filière est désormais questionnée : il paraît difficile d'aller vers une banane plus durable, tout en gardant un prix aussi attractif qu'aujourd'hui pour les consommateurs. « La durabilité de la filière passe par une responsabilité collective et partagée », explique Philippe Pons.  À lire aussiAu Sénégal, le gel des importations de bananes relance la production locale

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