Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. -21 h

    Pourquoi trouve-t-on des oranges toute l'année?

    Les agrumes murissant en hiver, les productions des deux hémisphères, principalement en Espagne et en Afrique du Sud, permettent d'alimenter le marché européen en continu. Mais même en été, les Européens trouvent des oranges espagnoles, conservées dans des frigos géants.  L’orange est un agrume, originaire d’Asie comme tous les agrumes, et les agrumes ont cette particularité de donner des fruits en hiver. Et pourtant, dans les supermarchés français par exemple, on trouve tout le temps des oranges, cueillies pour la plupart soit en Espagne, soit en Afrique du sud. « Pour alimenter le marché 12 mois sur 12, les spécialistes de l'agrume viennent travailler sur des origines de l'hémisphère nord et des origines de l'hémisphère sud, explique d’Eric Imbert,  agroéconomiste au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Les agrumes étant des fruits solides, il est possible, évidemment, de les conserver en frigos comme on le fait pour les pommes, par exemple. La récolte de pommes a lieu à l'automne et on trouve encore des pommes françaises sur le marché au mois de mai. » Le froid ralentit la respiration C’est ainsi que des oranges achetées ces dernières semaines en France et récoltées en Espagne sortent du frigo. L’Espagne produit des oranges d’octobre à juin, grâce à des variétés précoces et d’autres tardives, issues de mutations spontanés (l’histoire des agrumes est d’ailleurs une vaste histoire de croisements dans la nature, que l’homme a repérés et exploités). Mais au mois de juin, une partie de la production est stockée dans des frigos XXL – le froid conserve. « De toutes façons, poursuit le spécialiste des marchés des agrumes, à partir du moment où le fruit a été cueilli, vous avez besoin de ralentir sa respiration le plus rapidement possible pour pouvoir optimiser sa durée de consommation ainsi que ses qualités organoleptiques », c’est-à-dire sa couleur, son goût ou son parfum. À lire aussiAgrumes: l'Afrique du Sud détrône l'Espagne et devient le premier exportateur mondial Il est toujours mieux manger des fruits de saison, mais si on ne peut vraiment pas se passer d’oranges l’été en Europe, les fruits d’Afrique du Sud sont disponibles dans les étals. Et même si elles sont aussi transportées dans des frigos, ces oranges ont paradoxalement un meilleur bilan carbone, malgré la distance. « Des frigos consomment de l'énergie et il y a effectivement parfois des calculs qui sont un peu surprenants entre, par exemple, faire venir une orange de l'hémisphère sud par bateau ou conserver une orange méditerranéenne pendant un temps relativement long. Pour certains produits horticoles, la balance penchait plutôt pour la production de l'hémisphère sud », résume Eric Imbert. Coups de chaleur  Les frigos émettent du CO2, et l’orange est victime du changement climatique. Ces dernières années ont été particulièrement compliquées pour l’orange espagnole. « Il y a un franc recul de la production espagnole du fait du changement climatique, confirme Eric Imbert. On a eu des problématiques très fortes à la fois de sécheresse et de température, dans la mesure où on a souvent des épisodes précoces de coups de chaleur qui sont extrêmement dommageables quand l'arbre est en fleur ou que les fruits commencent à nouer », quand la fleur fécondée commence à se transformer en fruit. Evidement, ces phénomènes risquent de s’aggraver, et pas seulement pour les oranges. Une autre menace pèse sur les oranges et les orangers : la maladie du dragon jaune, véhiculée par un insecte. Elle est originaire d’Asie et a décimé à partir des années 2000 les vergers de Floride aux Etats-Unis, jusqu’au Brésil, le premier producteur mondial d’orange à jus. « La mondialisation des échanges, c’est aussi la mondialisation des maladies, souligne Eric Imbert, du Cirad. En l'occurrence, il s'agirait d'un pied d'arbre contaminé qui a été apporté par un touriste américain qui revenait de Chine. Si cette maladie rentrait dans le bassin méditerranéen, ce serait un véritable coup de tonnerre puisqu'on pourrait imaginer une mortalité des arbres peut-être comparable à celle que l'on a vue et qui a été dramatique au niveau de la Floride. » Comme un retour aux origines : une maladie asiatique pour un fruit originaire d’Asie. À lire aussiL'orange est orange (mais pas partout)

  2. -2 j

    Mondial de l'Auto: les constructeurs de voitures jouent-ils le jeu de l'électrification?

    Entre greenwashing et lobbying intense, l'industrie automobile européenne se mobilise pour retarder l'interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 en Europe. La pression de la réglementation, et la hausse du prix de l'essence, permettent d'encourager la fabrication de modèles électriques et la transition automobile.  Il date du XIXe siècle, quand la voiture n'en était qu'à ses balbutiements. Le Mondial de l'Auto, le plus ancien salon de l'automobile, s'ouvre aujourd'hui à Paris, et toute la semaine les organisateurs et les constructeurs vont mettre l'accent sur l'innovation et la décarbonation, même si les industriels européens restent attachés au modèle du XXe siècle, le moteur thermique.  Une publicité du constructeur allemand Volkswagen, en 2009, mettait ainsi en scène de manière très caricaturale une communauté voulant réduire son empreinte carbone : « Nous avons renoncé aux énergies fossiles, refusé tout produit manufacturé, banni tout ce qui venait de l'extérieur à cause du transport et même cessé de faire du feu ». Le film montre des gens sales, qui utilisent des feuilles d'arbres comme papier toilette et finissent grelottant dans une cabane sans lumière. « Et là, nous avons atteint notre idéal : zéro CO2 rejeté. – Oui, mais quand vous me parlez, vous rejetez du CO2, pourtant, non ? On ne peut pas vivre sans rejeter de CO2. Tâchons déjà d'en rejeter un peu moins », conclut la publicité. Le poids des SUV « Un peu moins » de CO2, voilà qui résume les ambitions. Parce que le but de l'industrie automobile est d'abord de faire des profits. « Il faut bien comprendre qui sont les constructeurs. Ce sont des acteurs qui ont un objectif de rentabilité à trois ans. Et donc, a priori, ils n'ont pas d'intérêt à investir dans l'électrique, puisque ce sont des investissements qui grèvent leur rentabilité », estime Diane Strauss, la directrice du bureau français de l'ONG Transports et Environnement, en faveur de la décarbonation des transports Pour être encore plus rentable, l'industrie automobile s'est mise à construire des voitures encore plus grosses, plus lourdes et plus chères – parce qu'il faut plus de matériaux pour les fabriquer et plus d'essence pour les faire rouler. Ce sont les fameux SUV, qui représentent aujourd'hui plus de la moitié des voitures neuves vendues en Europe. Ce qui n'est pas sans conséquence. « Les SUV thermiques, c'est la raison pour laquelle on n'a pas baissé nos émissions de CO2 sur le transport en Europe, puisque avec l'électrification on aurait dû voir une décroissance des émissions de CO2. Mais comme les véhicules thermiques sont devenus plus lourds, plus gros et plus consommateurs, finalement les émissions de CO2 ont stagné », explique Diane Strauss. Lobbying  Le pied sur le frein, l'industrie automobile européenne fait tout pour retarder sa transition et l'interdiction des moteurs thermiques. Et parfois le lobbying fonctionne auprès de la Commission européenne et des pays membres de l'UE. « Les objectifs d'électrification des constructeurs fixaient à l'origine une date de fin de vente des véhicules thermiques en 2035, ce qui leur donnait une trajectoire pour électrifier. Cette trajectoire a déjà été assouplie et elle est encore en renégociation. Elle pourrait donc être encore assouplie », relève la directrice de Transports et Environnement. Certes, les constructeurs se sont bien mis à l'électrique, mais sous la pression de la réglementation européenne. Les véhicules hybrides illustrent bien le double discours des fabricants de voitures. « Pour le moment, les hybrides rechargeables ont un très gros moteur thermique et un petit moteur électrique. Ce qui signifie que si vous appuyez sur la pédale d'accélérateur, par exemple en sortant d'un rond-point, le moteur thermique va se déclencher et émettre des émissions de CO2. Et donc quand on fait le bilan, on se rend compte que les hybrides rechargeables émettent presque cinq fois ce qui est annoncé au moment de la vente », souligne Diane Strauss.  Greenwashing Il s'agit bien d'une forme de greenwashing, d'écoblanchiment comme on dit en français. Une autre publicité automobile, pour un SUV de Renault en 2022, se terminait d'ailleurs par une forme d'aveu : « Moins d'émissions de CO2, moins de consommation de carburant. Mais c'est quand même bien de ne pas s'en servir tout le temps. » Pour éviter les émissions de CO2, rien ne vaut la marche à pied, mais on n'a pas toujours le choix .  Pour la première fois en France, le mois dernier, il s'est vendu plus de voitures électriques que de voitures à essence. Ce n'est pas forcément grâce aux constructeurs mais à cause de l'explosion du prix des carburants provoquée par la guerre dans le détroit d'Ormuz. À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques

  3. -6 j

    Après trois ans de guerre israélienne, y a-t-il de l'eau potable à Gaza?

    Boire de l'eau, c'est vital, mais c'est aussi dangereux dans la bande de Gaza. Aux pollutions agricoles et à la salinisation de la nappe phréatique sont venues s'ajouter la pollution chimique des bombes de l'armée israélienne et la destruction des infrastructures hydrauliques.  À Gaza, on peut mourir sous les bombes israéliennes, mais on peut aussi être victime d’un geste aussi anodin que vital : boire de l’eau. « Si l’eau potable est une eau qui ne met pas votre santé en danger, alors, à ma connaissance, il n'y a pas d'eau potable pour l'instant à Gaza, parce que l'eau à laquelle la population a accès est très contaminée », estime Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS, qui travaille sur les enjeux politiques et environnementaux de l’eau, en particulier en Palestine. Plusieurs sources de contaminations rendent l’eau de Gaza impropre à la consommation, et certaines existaient déjà avant la guerre déclenchée par Israël après les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023. D’abord, l’unique nappe phréatique de Gaza est surexploitée. « De longue date, on a pompé trop d'eau du sous-sol gazaoui, constate Julie Trottier. On a ainsi créé une sous-pression, ce qui a engendré une infiltration d'eau de mer dans l'eau souterraine. C’est pour cela qu'on dit qu'on boit la mer à Gaza ». Des décennies de pollution Il y a aussi une pollution agricole, venue d’Israël. Dans les exploitations agricoles situées le long de la bande de Gaza, on n’est pas dans la culture bio. « Ils utilisent énormément de biocides et d'engrais chimiques qui pénètrent dans le sol et qui contaminent l'eau souterraine à Gaza. Ils utilisent là-bas chaque jour 122 produits chimiques qui sont totalement interdits dans l'Union européenne. C'est vous donner une idée du cocktail qui arrive dans cette nappe », relève la chercheuse. À cette double contamination est venu s’ajouter l’effet désastreux de la guerre, les tapis de bombes et de missiles israéliens presque continus qui polluent les sols et donc l’eau depuis trois ans. « Quand un missile explose, c'est comme si vous aviez un blender géant qui envoie énormément de poussière dans tous les sens, dioxine, retardant de flamme, métaux lourds, des produits qui sont cancérigènes. Et comme c'est un sol sablonneux, cette pollution va atteindre très lentement la nappe, parce qu'à chaque fois qu'il pleut cela fait pénétrer toutes ces poussières dans le sol. Donc à supposer qu'on arrête tous les bombardements aujourd'hui, cela prendrait plus d’une dizaine d'années, et même plusieurs décennies, pour voir le pic de pollution arriver dans la nappe ». Réseau d'eau hors-service Face à cette pollution durable, les habitants de Gaza peuvent faire bouillir l’eau, ce qui « va tuer la pollution biologique : les virus et les bactéries ne vont pas survivre mais cela va laisser intacts le sel et la pollution chimique. » Dès le premier jour de la guerre, Israël a coupé l'électricité à Gaza et les stations d'épurations n'ont pu fonctionner. Les bombes israéliennes ont aussi détruit les infrastructures hydrauliques : des dizaines de kilomètres de canalisations et d’égouts hors service. Cibler des infrastructures civiles est un crime de guerre, mais Israël assure qu’il ne s’agit que de dommages collatéraux ou que l’armée ciblait des combattants. « C’est la raison pour laquelle l’avis juridique de la Cour Internationale de Justice sera si important », estime Julie Trottier. 70% des stations de pompage étaient aussi hors service le mois dernier, selon les Nations unies. 150 millions de litres d’eaux usées finissent ainsi chaque jour dans la nature, dans les rues, dans les sols et dans la mer. Arroseur arrosé En Méditerranée, ces eaux sales ont provoqué le mois dernier une explosion d’algues qui a entraîné des conséquences sur l’approvisionnement en eau d’Israël. « Pour moi, c’est l'effet boomerang, relève Julie Trottier, du CNRS. Toutes ces eaux usées non traitées équivalent à de la nourriture pour des algues – c'est comme du fumier. Le courant marin a continué à les porter vers le nord et les Israéliens ont été obligés d'arrêter cinq des six usines de dessalement d'eau de mer qui fournissent 90% de l'eau utilisée en Israël, parce que ces algues détruisaient les filtres. Ils s'en sont sortis dans l'urgence en pompant à nouveau à partir de leurs forages en Cisjordanie. Et là, ils pompent beaucoup trop, à un rythme qui n'est pas renouvelable ». Israël, arroseur arrosé, est aussi en train d’épuiser l’eau de Cisjordanie.

  4. 7 oct.

    Faut-il avoir peur du virus du Nil occidental?

    La France a enregistré trois décès provoqués par ce virus transmis aux humains par des moustiques contaminés par des oiseaux. Le réchauffement climatique va favoriser en Europe la prolifération de ce genre de maladies tropicales.  Record battu. Jamais la France n’avait enregistré autant de cas de virus du Nil occidental, une maladie transmise à l’homme par les moustiques et découverte au début du XXe siècle sur les rives du Nil occidental, en Ouganda. Le dernier bilan, provisoire, publié par les autorités sanitaires françaises fait état de 145 cas et 3 morts. Dans 80% des cas, la maladie passe inaperçue, sans symptômes. Mais dans de très rares cas, le virus peut atteindre le cerveau et devenir mortel. Impasse parasitaire À la différence du paludisme ou de la dengue, il n'y a pas de transmission entre humains (à part en cas de transfusion sanguine ou de greffe, ce qui n'arrive pas tous les jours...). Ce sont seulement les oiseaux qui sont porteurs du virus et qui le transmettent aux moustiques lorsqu'ils se font piquer – nous ne sommes pas les seules victimes des moustiques ; les femelles moustiques piquent tout ce qui a du sang. « Les oiseaux sont des porteurs sains, mais ces oiseaux peuvent être la source de contamination du moustique, qui peut piquer l'homme ainsi que les chevaux. L'homme est un hôte accidentel, donc il ne développe pas beaucoup le virus. L'homme, comme le cheval, sont ce qu'on appelle dans notre jargon des impasses parasitaires. L'homme ne pourrait pas être la source de contamination d'un moustique qui viendrait le piquer. Cela ne peut pas se faire », assure, et rassure, Anna-Bella Failloux, entomologiste médicale (spécialiste des insectes qui nous donnent des maladies) à l'Institut Pasteur.   Une seule espèce de moustique transmet le virus du Nil occidental, Culex pipiens, qu’on appelle aussi en France « le moustique commun », puisqu’il a toujours été présent en Europe, à la différence par exemple du moustique tigre (qui transmet la dengue ou le chikungunya), une espèce invasive qui a commencé à coloniser la France en 2004. En revanche, le virus du Nil occidental a bien été importé, d'Afrique, par des oiseaux migrateurs. On l'a repéré pour la première fois dans le sud de la France, dans les années 60, en Camargue, un paradis pour les oiseaux et pour les moustiques parce qu'il y a de l'eau. Le virus est devenu endémique, circulant « à bas bruit », faisant de rares victimes. Le réchauffement climatique, allié des moustiques La forte augmentation des cas cette année s'explique par le réchauffement climatique. D’abord, la sécheresse historique de cet été a favorisé les rencontres entre moustiques et oiseaux, concentrés sur de rares points d’eau. « Les moustiques vont se développer dans des mares à proximité des oiseaux qu'ils piquent. Et cette année, comme il y a eu des épisodes de canicule, il y a eu moins d'étendues d'eau. C'est là que les oiseaux venaient prendre de l'eau. Et c'est là aussi que les moustiques se développaient le plus », explique Anna-Bella Failloux. Le réchauffement climatique favorise aussi l'expansion géographique des moustiques. Avec la chaleur, le cycle de développement des moustiques devient plus court, donc il y en a plus. « À 25 °C, il faut 8 à 10 jours entre l'œuf et l'adulte. Si on augmente la température, à 30 ou 35°C, il ne faut plus que 6 à 7 jours. Donc forcément, en augmentant la température, on aura des adultes beaucoup plus tôt et donc on augmentera la densité de moustiques. En même temps, il y aura de plus en plus d'endroits qui vont être adaptés à son développement. Aujourd'hui, il y a des cas de West Nile par exemple en Allemagne (à Berlin) et aux Pays-Bas, qui ne sont pas vraiment des pays tropicaux », souligne Anna-Bella Failloux, de l'Institut Pasteur. En Europe, on n'est pas sous les tropiques, mais il y aura de plus en plus de maladies tropicales.

  5. 5 oct.

    Qu'est-ce qui freine la pratique du vélo en Afrique?

    La bicyclette est le moyen de transport le plus écologique, mais sur le continent africain, elle se heurte au manque d'infrastructures et de pistes cyclables, alors que c'est en Afrique que la mortalité des cyclistes est la plus élevée au monde. C'est le moyen de transport le moins polluant : le vélo n'utilise que nos muscles pour avancer, bien qu'ils soient parfois assistés par un moteur électrique. Face à la crise climatique, la bicyclette a donc de plus en plus d'adeptes, notamment en Europe, mais beaucoup moins en Afrique. Il existe pourtant une culture du vélo sur le continent africain, selon les pays. Quand on dit vélo, on pense tout de suite au Burkina Faso. C'est là que les premiers vélos auraient été introduits en Afrique, à l'époque de la Haute-Volta, au début du XXe siècle. Le Burkina a accueilli la première course cycliste africaine en 1955, et pendant des décennies une usine fabriquait des vélos Peugeot à Ouagadougou. À lire aussiLe vélo électrique est-il vraiment écologique? Poulet-bicyclette Parmi les pays cyclophiles, on peut aussi citer le Kenya, ou le Rwanda et son célèbre tour cycliste. Et on peut aussi évoquer les fameux « poulets-bicyclettes », ceux qu'on voit gambader en plein air et qui ont des cuisses aussi musclées que celles des cyclistes. Le poulet-bicyclette est d'ailleurs souvent transporté vers les marchés à vélo, accroché par les pattes. Pour en revenir aux humains, l'intérêt du vélo, à part avoir de belles cuisses, est multiple. Le vélo est bon pour la santé, la nôtre et celle de la planète. « Je milite pour le vélo parce que j'estime que le vélo est par excellence un moyen de transport non polluant, explique l'Ivoirien Andy Costa, à la tête de la My Dream for Africa Foundation. Pour moi, le vélo est un levier d'impact positif sur notre santé, qui est notre premier capital. Notre continent, l'Afrique, gagnerait à faire beaucoup de vélo parce que nous souffrons beaucoup de maladies cardiovasculaires », avance l'éco surnommé « l'ambassadeur du vélo », éco-entrepreneur, Mortalité routière Mais le développement du vélo rencontre quelques obstacles en Afrique. On n'a pas forcément envie de pédaler au milieu des gaz des pots d'échappement, alors que les carburants et les voitures ne sont pas toujours aux meilleures normes. Il y a parfois aussi un élément socio-culturel : le vélo est vu comme réservé à ceux qui ne pourraient pas s'acheter une voiture. Mais le principal frein au vélo, c'est la sécurité. Selon l'Unep, le programme de l'ONU pour l'environnement, 18 cyclistes sont tués chaque jour en Afrique ; un chiffre qui en Europe est de « seulement » 5. Selon l'Irap, une ONG impliquée dans la sécurité routière, 98 % des routes africaines ne sont pas adaptées à la pratique du vélo. Mais il y a une solution : la construction de pistes cyclables. « Les gens ne se sentent pas forcément à l'aise avec le déplacement à vélo, confirme Andy Costa. Et surtout, les usagers ne se sentent pas en sécurité à cause du fait qu'il n'y a pas assez de pistes cyclables. » À Abidjan, où vit l'ambassadeur du vélo, on ne compte qu'une piste cyclable, 8 kilomètres le long du littoral, sur la promenade de Grand-Bassam. Un projet de 15 nouveaux kilomètres a aussi été lancé. Le Sénégal, lui, prévoit la construction de 175 kilomètres de pistes d'ici 2035. Incitation cyclable Tout dépend donc des pouvoirs publics. Convaincre son gouvernement que la création de pistes cyclables va susciter des vocations, c'est ce que fait Andy Costa en Côte d'Ivoire : « Peut-être que l'État se pose la question de savoir : "Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes qui souhaiteraient se déplacer à vélo ?" Parce que l'État ne va pas investir dans les pistes cyclables s'il n'y a personne pour pédaler. Donc on encourage l'usage du vélo et en même temps, on fait du plaidoyer politique pour qu'il y ait une prise en compte des pistes cyclables. » En l'occurrence, c'est bien l'offre qui provoque la demande, comme on l'a vu à Paris, en 2020, pendant le Covid-19 : le vélo a explosé avec la mise en place de ce qu'on avait appelé les « coronapistes », des pistes alors provisoires, devenues durables, pour des déplacements durables.  À lire aussiTour du monde: le vélo, ça bouge?

  6. 1 oct.

    Va-t-on manquer de cuivre, le métal le plus utilisé dans la transition énergétique?

    Métal phare de l'électrification, le cuivre atteint des prix records. Le risque de pénurie est-il réel ? Les mines peuvent-elles répondre à l'explosion de la demande ? Que ferait-on sans cuivre ? Le métal couleur rouge-orange est une matière première indispensable à la transition énergétique. Certains font même le parallèle avec le rôle qu'a eu le pétrole au XXe siècle. Aujourd'hui, le cuivre est partout, en raison de ses grandes qualités. « Le cuivre est très utile dans toute la transition énergétique, évidemment, parce que c'est un bon conducteur de chaleur et d'électricité. Donc on le trouve dans les pompes à chaleur, dans les échangeurs thermiques, dans les moteurs électriques, dans les transformateurs, dans les réseaux, on le trouve dans les panneaux photovoltaïques, dans les éoliennes… on le trouve absolument partout dans la transition », souligne Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Vols de cuivre Mais ses qualités se paient. En raison de la forte demande, sans parler des phénomènes spéculatifs et des stocks gigantesques que font les États-Unis, le prix du cuivre a augmenté de 36 % en un an. Ce qui suscite d'ailleurs des convoitises. En France, il n'y a pas une semaine, voire un jour, sans qu'on évoque un vol de cuivre : des câbles de la SNCF, du réseau électrique, de l'éclairage public... Déjà en 2014, le journal de France 2 évoquait « le nouveau terrain de prédilection des voleurs de métaux : les éoliennes », un des symboles de la transition énergétique. « Quelques minutes ont suffi aux malfrats pour faire disjoncter l'éolienne et pour sectionner le long des parois 910 mètres de câble, une tonne de cuivre. » Le risque de pénurie est ainsi régulièrement évoqué par des analystes et des experts. Mais « le cuivre n'est pas le métal le plus en tension, estime Cédric Philbert, de l'Ifri. C'est le plus important du point de vue de la transition par son volume. On prévoit toujours à cinq ans ou dix ans qu'on ne va pas avoir assez de ressources. Et en fait, quand on arrive au moment dit, on s'aperçoit qu'on a assez de ressources. Parce que quand les prix montent, on trouve des alternatives [comme l’aluminium, plus léger mais moins bon conducteur], on apprend des façons d'économiser le cuivre, on trouve des astuces. Si on regarde ce qui s'est passé, on s’aperçoit qu’on a toujours répondu à la demande de cuivre ». Près de 15 000 dollars la tonne Certes, des usages et des besoins disparaissent, comme les fils du téléphone, remplacés par la fibre optique, mais la consommation de cuivre est en forte hausse. Pour un véhicule électrique, il faut quatre fois plus de cuivre que pour une voiture thermique. La Chine absorbe la moitié de la consommation mondiale de cuivre. Il y a aussi l'explosion récente de l'intelligence artificielle, qui a besoin de cuivre – mais là on n'est plus dans la transition énergétique, avec l'IA on est juste dans la surconsommation énergétique. Il arrive que les mines de cuivre soient sous tension, comme la semaine dernière, dans la plus grande mine de cuivre au monde, la mine à ciel ouvert d'Escondida, au Chili, dans le désert d'Atacama. Après la mort d'un ouvrier, l'extraction a été interrompue, ce qui a immédiatement entraîné une flambée du cours du cuivre, qui a frôlé les 15 000 dollars la tonne. Mais pour l'essentiel, les mines de cuivre sont capables de répondre à la grosse demande. « On nous dit : "On ne va pas y arriver parce qu'il faudrait ouvrir des tas de mines nouvelles et ça prend 15 ans pour une mine". Je lis ça tous les jours sur les réseaux sociaux. La réalité, c'est que les mines procèdent par extension, soit en profondeur, soit latérale, et donc produisent plus si nécessaire en fonction de la demande et de la rentabilité. » Le cuivre est aussi 100 % recyclable. Il ne devrait donc pas menacer la transition énergétique, même si elle risque de coûter cher. À lire aussiPrix du cuivre: les stocks américains bouleversent le marché mondial

  7. 30 sept.

    À quoi ressemblerait un monde sans élevage?

    Le bilan carbone de l'élevage est élevé. Mais sa disparition n'entrainerait pas forcément des gains climatiques incontestables, car l'élevage a aussi des vertus écologiques et environnementales.  Haro sur l’élevage. C’est l’un des secteurs identifiés comme étant fortement émetteurs de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique. L’élevage représentait, en 2023 selon les Nations unies, 12% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre sans doute dépassé aujourd’hui alors que la consommation de viande ne cesse de croître dans le monde. Arrêter l’élevage permettrait-il de faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique ? La réponse n’est pas aussi simpliste. Les vaches en particulier, et leurs rototos, émettent beaucoup de méthane, le gaz le plus polluant à court terme. Mais les prairies où elles broutent sont aussi d'excellents puits de carbone. « Ces prairies, c'est un sol assez intéressant du point de vue de la matière organique qu'il va stocker, du point de vue de son système racinaire, explique Grégory Loucougaray, chercheur en écologie végétale, pour l'INRAE, au Laboratoire Écosystèmes et Sociétés en Montagne de Grenoble. Selon les dernières études qui ont pu être menées, ces prairies permanentes ont des capacités de stockage de carbone dans leur premier mètre de sol qui sont quasiment équivalentes à ce qu'on observe en forêt ». Certains chercheurs pensent même que le bilan carbone de l'élevage pourrait être neutre, voire positif... Engrais naturel L'élevage extensif, en plein air, a d'ailleurs d'autres vertus. L'élevage, c'est de l'engrais naturel et gratuit. « L'élevage, c'est du recyclage de matière organique, souligne Grégory Loucougaray. Les animaux vont manger de la végétation pour faire du lait, faire de la viande, pour leur croissance et leur survie. Ensuite, le reste va être excrété sous forme de bouse chez les vaches, de crottin chez les chevaux, etc. Et cette matière organique a un rôle d'engrais, de fertilisant naturel pour permettre à la prairie de refaire son cycle de végétation ». Et si on cultivait des protéines végétales pour remplacer la viande ? Et si les légumineuses, comme le soja, les pois, le niabé en Afrique, remplaçaient toutes les prairies jusqu'ici destinées à l'élevage ? Le gain climatique ici, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, n'est pas non plus évident. « Si on doit complètement compenser les apports de protéines animales par des apports de protéines végétales, on risque d'avoir besoin de retourner beaucoup de milieux, beaucoup de prairies. Si on laboure les prairies qui stockent du carbone, on libère le carbone. On modifie la matière organique présente dans le sol, qui va se dégrader beaucoup plus vite, ce qui va libérer du carbone dans l'atmosphère. En fait, quand on veut remplacer un système par un autre, ce n'est jamais aussi simple que de dire : "Si j'arrête ça, j'améliore tout d'un côté" ». Le retour des arbres La FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, estime que l'élevage fait vivre 1,3 milliard de personnes. Mais au-delà des questions économiques et alimentaires, le monde serait transformé. Aujourd’hui, le surpâturage peut entrainer de la désertification. La culture du soja, pour nourrir le bétail, provoque de la déforestation. Un monde sans élevage modifierait aussi les paysages. « Des espèces ligneuses, des arbrisseaux, des arbustes, des arbres à terme peuvent s'installer et ce sont des paysages qui se referment. Les paysages que l'on connaît actuellement [en milieu tempéré], les paysages ouverts avec des prairies, disparaîtraient. On aurait une dynamique d'enforestation, de progression de la forêt qui pourrait se mettre en place en fait dans plein d'endroits », prédit Grégory Loucougaray, de l'INRAE. On a parlé ici principalement des vaches, des chèvres et des moutons. Mais en rajoutant la volaille, les porcs et les lapins, on compte 90 milliards d'animaux terrestres élevés sur la planète. C'est presque dix fois plus que les humains. Mais leur espérance de vie est beaucoup plus courte… À lire aussiEnvironnement: l'agriculture pèse lourd dans les émissions de gaz à effet de serre, mais ce n'est pas inéluctable

  8. 29 sept.

    Y a-t-il autant de gaspillage alimentaire dans la nature que chez les humains?

    Un tiers de la nourriture est jeté à la poubelle dans les sociétés humaines. Mais chez les plantes et les animaux, le gaspillage finit toujours en recyclage : rien n'est jamais perdu. C’est l’un des fléaux de la société de consommation. Le gaspillage alimentaire se chiffre en milliers de tonnes chaque année. On jette un tiers de la nourriture produite dans le monde, « un drame écologique, constate le biologiste Marc-André Selosse. Si on gaspillait moins, on réduirait d'un tiers les intrants. Le poids écologique de l'agriculture serait trois fois moins important puisque c'est un tiers de la nourriture qui finit à la poubelle dans nos sociétés ». Nos sociétés humaines, parce que dans la nature, le gaspillage n’est pas la règle. Les ressources alimentaires ne sont pas toujours abondantes, ni toujours disponibles – on n’a pas l’épicier du coin ouvert quand tout le reste est fermé. Donc quand on peut manger, on mange, on ne laisse rien, puisqu’on ne sait pas si un tel festin se représentera bientôt. Mais le gaspillage existe bel et bien chez les animaux. Les perroquets, par exemple, peuvent gaspiller jusqu’à 80% de leur nourriture, en laissant tomber au sol les fruits qui ne semblent pas à leur goût (le gaspillage touche surtout les fruits qui ne sont pas assez murs). Les perroquets font la fine bouche, mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : près d’une centaine d’espèces, principalement des oiseaux, se nourrissent de ces « déchets ». Dans la nature, zéro déchet Le même phénomène est observé face au super killing, quand un prédateur tue beaucoup plus de proies qu’il n’en a besoin, comme le loup ou le renard. Non, ils n’ont pas les yeux plus gros que le ventre. Non, ils ne sont pas psychopathes. Leur instinct de prédateurs les pousse en fait à tuer tout animal qui s’enfuit. Mais là encore, la nature est bien faite : ces proies feront le bonheur d’autres animaux, comme les charognards, mammifères, oiseaux, insectes détritivores. « Chaque fois qu'il y avait des restes, cela a sélectionné dans l'évolution des organismes qui allaient les consommer, explique Marc-André Selosse, professeur au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Quand vous n’avez pas mangé toute votre viande, il y a des microbes qui vont les manger ou il y a d'autres animaux qui mangent des déchets de viande avariée. Depuis le temps que cela existe, il y a des mangeurs pour tous les déchets. Le vrai problème aujourd'hui, c'est que dans la nature, on met, nous, des déchets qui sont nouveaux comme des plastiques. Et là, il n’y a personne pour les manger ! » Il peut aussi y avoir dans la nature de la surconsommation, comme dans les sociétés humaines. Certains animaux prélèvent plus qu’il n’en faut pour leur prochain repas et font des stocks : les écureuils, ou des oiseaux comme les geais, vont enterrer des graines. Mais parfois ils les oublient. Est-ce alors une forme de gaspillage ? Pas forcément, parce que ces graines ne sont pas perdues pour autant. Dans la terre, elles vont germer et donner naissance à de nouvelles plantes et de nouveaux arbres. Dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – et ne finit pas à la décharge. Plus bêtes que les bêtes Chez les plantes, comme chez les animaux, le système est bien fait. Prenons l’exemple d’un pommier. Il perd certains fruits au début de l’été parce qu’il sait qu’il n’aura pas assez d’énergie pour leur permettre d’arriver tous à maturité. C’est une forme de gaspillage, sauf que ces mini fruits qui tombent par terre, c’est de la matière organique qui va servir de repas à d’autres organismes. Et c’est la même chose pour les feuilles des arbres. « On peut dire que la plante gaspille du magnésium, de l'azote et du phosphore quand elle perd ses feuilles mortes. Mais celles-ci sont décomposées par des micro-organismes. En décomposent les feuilles mortes, ils relibèrent l'azote, le magnésium et le phosphore sur les racines des plantes pérennes », détaille Marc-André Selosse. Rien ne se perd chez les plantes et les animaux, même si le gaspillage peut exister. Ce qui distingue les humains des autres animaux, c'est notre humanité, et c’est pour cela que nous, nous n’avons aucune excuse face au gaspillage. « Il ne faut pas voir que l'homme est contre-nature dans le gaspillage. Il faut juste voir qu’il gaspille énormément, plus que bien d'autres espèces, parce qu'il en a les moyens. Ensuite, il a la capacité à prendre conscience de cela et de s'organiser pour ne pas le faire. C'est humainement bête de gaspiller », conclut Marc-André Selosse. Nous sommes plus bêtes que les bêtes. À lire aussiDes millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?

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À propos

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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