Les REC — Rencontres de l'Esprit Critique

Les REC

Le podcast des Rencontres de l'Esprit Critique (REC). Retrouvez toutes les conférences, tables rondes et débats du festival annuel gratuit dédié à la pensée critique, la science et la culture.

  1. 2 juil.

    REC26 | D'où vient DIEU ? — Thomas Durand

    La conférence aborde la question de l'origine de la croyance en Dieu, constatant sa large diffusion à travers le monde. L'intervenant souligne d'emblée qu'il ne s'agit pas d'une attaque contre les croyants, mais d'une analyse critique des croyances elles-mêmes. Il insiste sur la distinction entre la personne et sa croyance, affirmant que critiquer une croyance est une marque de respect envers la capacité du croyant à entendre un avis contraire. Il réfute les explications simplistes de la croyance, telles que la folie, la bêtise, la lâcheté ou le simple prosélytisme, arguant que ces facteurs, bien que parfois présents, ne suffisent pas à expliquer l'ampleur du phénomène. L'orateur déconstruit ensuite plusieurs "mauvaises raisons" de croire, souvent rencontrées dans les débats. Celles-ci incluent des arguments basés sur le sentiment personnel ("je sens en moi que c'est vrai"), la popularité de la croyance ("beaucoup y croient"), son ancienneté, l'intelligence de certains croyants, la peur de l'inexistence de Dieu ou le besoin d'une morale absolue. Il critique également l'argument d'ignorance (argument ad ignorantiam), qui consiste à conclure à l'existence de Dieu parce que la science ne peut pas encore expliquer l'origine de l'univers, de la vie ou de la conscience. Pour lui, "je ne sais pas" ne doit pas être transformé en "je sais". Enfin, l'intervenant examine ce qui est souvent présenté comme des "preuves" de l'existence de Dieu (cosmologique, téléologique, ontologique, morale, historique, mystique, scripturaire, pari de Pascal). Il les qualifie plutôt d'arguments anciens et souligne qu'une véritable "preuve", selon la définition de l'anthropologue Dan Sperber, est un énoncé qui, une fois compris, emporte l'adhésion. Si ces arguments étaient de réelles preuves, il suffirait de les comprendre pour être convaincu, ce qui n'est manifestement pas le cas. Il introduit alors de "vraies raisons" et "vraies causes" aux croyances, qu'il développera, en commençant par la pensée essentialiste et le dualisme inhérents à la cognition humaine. Intervenants : Thomas Durand Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ZY6jdtLzJDw

    REC26 | D'où vient DIEU ? — Thomas Durand
  2. 30 juin

    REC26 | Esprit critique et espaces de légitimité : Savoirs, croyances, croyances religieuses, opinions — Intervenant

    La conférence explore la légitimité des discours au sein de la société, en se concentrant spécifiquement sur le rôle du savoir. L'orateur souligne que la légitimité du savoir, notamment dans l'espace scolaire et public en France, est une décision politique historiquement datée, héritée du projet scolaire de la Première République française (1791). Ce projet a fait de la raison et du savoir des outils d'émancipation, considérant le savoir comme le socle commun nécessaire au vivre-ensemble dans une démocratie républicaine. Cette approche contraste avec d'autres systèmes éducatifs où l'adhésion à des textes sacrés peut primer, comme en témoigne la difficulté d'enseigner l'évolution biologique dans certains pays. L'intervenant insiste sur le fait que, dans l'espace scolaire français, la contestation motivée des savoirs scientifiques, basée sur des opinions ou croyances personnelles, n'est pas recevable. Il s'oppose à l'idée d'adapter l'enseignement scientifique au respect des croyances individuelles, arguant que cela reviendrait à céder du terrain aux représentations métaphysiques personnelles des élèves. Cette position, bien que potentiellement choquante aujourd'hui dans une culture de "cherry picking" des connaissances, vise à protéger l'intégrité du savoir scientifique face aux dogmes et aux nouveaux scepticismes organisés, ainsi qu'aux formes de relativisme issues du postmodernisme. Le conférencier distingue clairement le savoir des opinions et des croyances religieuses en proposant deux critères didactiques. Premièrement, le savoir, en particulier scientifique, est assumé collectivement, tandis que les opinions et croyances sont personnelles. Deuxièmement, le savoir doit être justifié rationnellement par la personne qui l'énonce, ou par la communauté scientifique qui l'a établi et validé. Contrairement aux croyances qui s'appuient sur une autorité externe, le savoir scientifique est collectivement justifié et stabilisé par la corroboration des résultats par de multiples équipes de recherche. Cette validation collective est essentielle et distingue le savoir d'une simple découverte individuelle. Enfin, l'orateur défend le savoir fondamental comme un bien public, financé par les impôts, et dont la production ne doit pas être entravée par la crainte de ses potentielles récupérations sociales ou politiques. Il cite l'exemple de Darwin, dont les travaux auraient pu être censurés s'il avait dû se préoccuper de leurs conséquences. Les espaces du laboratoire et de l'école sont présentés comme des lieux où une laïcité "passivement active" permet la libre recherche et la transmission du savoir sans compromis avec les croyances individuelles, car la critique doit porter sur les idées et non sur les personnes. Intervenants : Intervenant Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=_fPtjGuEpqM

    REC26 | Esprit critique et espaces de légitimité : Savoirs, croyances, croyances religieuses, opinions — Intervenant
  3. 10 juin

    REC26 | Femmes de science — Karine Lacombe, Julie Batut, Magali Lavielle Guida, Margot Brunet — Karine Lacombe, Julie Batut, Magali Lavielle Guida, Margot Brunet

    Cette table ronde, animée par Margot Brunet, journaliste à Cerveau et Psycho, a réuni des femmes scientifiques de divers horizons : Magali Lavielle Guida (orthophoniste, psychologue, docteure en psychologie cognitive), Karine Lacombe (enseignante en maladies infectieuses) et Julie Batut (spécialiste du développement embryonnaire, directrice de recherche au CNRS et impliquée dans l'association Femmes et Sciences). La discussion a porté sur la sous-représentation des femmes dans les carrières scientifiques et les obstacles qu'elles rencontrent, tout en rendant hommage à Séverine Hérel, récemment disparue, pour sa contribution à la science et à la psychologie. Un point central de la discussion a été l'explication de l'effet Matilda par Julie Batut. Cet effet, théorisé par l'historienne des sciences Margaret Rossiter en 1993, décrit la minimisation et le déni des travaux de scientifiques femmes au profit de leurs collègues masculins. L'exemple emblématique de Rosalind Franklin et sa contribution non reconnue à la découverte de la double hélice de l'ADN a été cité. Les chiffres actuels montrent que les femmes représentent seulement 34% du personnel de recherche et 30% des chercheurs en France, soulignant la persistance de cette sous-représentation. Les intervenantes ont partagé leurs expériences personnelles pour illustrer ces défis. Karine Lacombe a souligné que, malgré une majorité de femmes en début d'études médicales, un "plafond de verre" persiste aux niveaux hiérarchiques supérieurs, notamment pour les postes de Professeurs des Universités – Praticiens Hospitaliers (PU-PH). Elle a été la première femme chef de service en maladies infectieuses dans un centre hospitalier de l'AP-HP en 2019. Elle a également évoqué la responsabilité des femmes elles-mêmes qui, par auto-censure ou sentiment d'infériorité, ne se valorisent pas toujours à leur juste mesure. Magali Lavielle Guida a raconté comment ses choix de vie familiale ont influencé sa carrière et a donné un exemple récent de l'effet Matilda, où son travail en tant que première auteure d'un article a été attribué à un collègue masculin par des relais sur les réseaux sociaux. Ces témoignages mettent en lumière les difficultés structurelles et psychologiques auxquelles les femmes scientifiques sont confrontées. Intervenants : Karine Lacombe, Julie Batut, Magali Lavielle Guida, Margot Brunet Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=_ZU3tghO0v4

    REC26 | Femmes de science — Karine Lacombe, Julie  Batut, Magali Lavielle Guida, Margot  Brunet — Karine Lacombe, Julie  Batut, Magali Lavielle Guida, Margot  Brunet
  4. 12/04/2025

    REC25 | L'esprit critique dans les prétoires: une arme pour contrer la désinformation au tribunal? — Alice Lacoye Mateus

    Alice Laqu Matthéus, avocate et enseignante, développe un centre de formation au cœur pénaliste pour contrer la désinformation au tribunal, notamment dans les affaires de violence intrafamiliale. Elle souligne que la vérité judiciaire est une construction, un récit élaboré en quelques jours lors d'un procès, qui devient une vérité collectivement acceptée malgré les erreurs potentielles. Cette construction est encadrée par des garanties procédurales, comme l'article 6 de la CEDH, mais elle insiste sur le fait que le droit, bien que logique, n'est pas rationnel. Il s'agit plutôt d'un rituel judiciaire millénaire où se greffent préjugés, mythes, peurs primales, biais cognitifs et inconscient collectif, qui influencent fortement les décisions en salle d'audience. La conférencière met en lumière l'importance cruciale de la crédibilité des témoignages (témoins, victimes, accusés) dans les procès. Face à l'incertitude, le recours aux expertises, notamment psychiatriques ou psychologiques, est fréquent, donnant l'impression d'une décision rationnelle basée sur la science. Cependant, elle alerte sur l'existence de nombreuses expertises s'appuyant sur des pseudosciences ou des théories psychologisantes sans fondement scientifique avéré. Ces approches peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur le plan humain. Un exemple frappant de cette problématique est le Syndrome d'Aliénation Parentale (SAP), qualifié de "pire pseudoscience" par certains scientifiques. Créé dans les années 80 par le psychiatre Richard Gardner, le SAP est apparu dans un contexte où les femmes divorcées accusaient leurs ex-conjoints de violences, notamment sexuelles sur enfants. Gardner, payé par les hommes accusés, affirmait que si une femme ou un enfant accusait un père, c'était par vengeance féminine ou suite à un "lavage de cerveau" de la mère sur l'enfant, sans critères diagnostiques objectifs pour distinguer cette situation d'une violence réelle. Le SAP, bien que dénué de preuves scientifiques et promu par un individu aux idées controversées (il considérait la pédophilie comme "bénéfique" dans certains cas), a malheureusement traversé l'Atlantique. Il a infiltré le discours de la chaîne de protection de l'enfance et de certains magistrats en France et en Europe. Des psychiatres et des membres de l'Institut de Victimologie ont démontré l'absence totale d'études scientifiques validant cette théorie, soulignant que Gardner était auto-édité et sans évaluation par les pairs, et qu'il était rémunéré pour soutenir ces thèses. Intervenants : Alice Lacoye Mateus Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=4Nw_OS-wMCw

    REC25 | L'esprit critique dans les prétoires: une arme pour contrer la désinformation au tribunal? — Alice Lacoye Mateus

Notes et avis

3,8
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