Invité politique

Du lundi au jeudi, Véronique Rigolet reçoit une personnalité politique pour commenter l'actualité française et internationale, et chaque vendredi une figure de la société pour éclairer les débats qui agitent la France.  Diffusion : du lundi au vendredi à 11h15 TU.

  1. 6 oct.

    «Il est essentiel de sécuriser les lycéens», pour Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance

    Alors que les mobilisations lycéennes se multiplient et que la répression violente des forces de l'ordre s'intensifie, Agnès Pannier-Runacher – députée Renaissance du Pas-de-Calais et co-responsable du programme de la campagne de Gabriel Attal – appelle au retour au calme. « On ne devrait pas exposer des lycéens à ce type de violence ». L'ancienne ministre reconnaît aussi que « personne n’est au-dessus de la loi », tout en affirmant que les violences policières feront l’objet d’enquêtes. Sur le fond, elle dit vouloir répondre aux revendications des jeunes, notamment sur le manque de professeurs, les inégalités entre établissements et l’avenir face à l’intelligence artificielle et au dérèglement climatique. Elle plaide enfin pour « une loi de programmation de l’éducation nationale » à partir de 2027 et pour un effort budgétaire « juste » et « le mieux réparti ». RFI : Les blocages et les manifestations se multiplient en France pour la journée de mobilisation lycéenne. Un adolescent a perdu une main à Lens, un autre a perdu un œil, il y a eu aussi des mâchoires fracturées, et tous sont des mineurs. Comment peut-on en arriver là dans un pays démocratique lors d'une mobilisation lycéenne ? Agnès Pannier-Runacher : Vous savez, moi je suis une mère de trois enfants, plus un quatrième qui est aujourd'hui en sixième, qui est celui de mon compagnon. Et la première chose que cela m'inspire, c'est de la désolation et de la tristesse, parce qu'on ne devrait pas exposer des lycéens à ce type de violence. Et j'appelle tous les adultes, parce que nous avons une responsabilité, à faire en sorte de revenir au calme et de ne pas mettre en danger, de s'assurer que ces lycéens ne se mettent pas en danger dans le cadre de leur mobilisation. Et je ne suis pas dupe effectivement qu'il y a des éléments extérieurs qui soufflent sur les braises, des black blocks, qui mettent dans la main des lycéens des mortiers d'artifice, et tout ça est très dangereux, et donc il faut effectivement recadrer ça. Mais quand on a 5 060 gardes à vue en deux semaines, dont 4 400 mineurs, est-ce que vous trouvez ce chiffre normal pour une mobilisation lycéenne ? Non, je ne trouve pas ce chiffre normal. Vous savez, j'ai manifesté lorsque j'étais lycéenne, et on avait déjà des black blocks infiltrés. Et effectivement, il est essentiel de sécuriser les lycéens. Et c'est une responsabilité de parent, c'est une responsabilité d'adulte. Et j'appelle aussi tous ceux qui soufflent sur les braises à arrêter de mettre les lycéens dans cette situation. Personne n'est au-dessus de la loi, pas plus ceux qui sont en train de violences sur les violences policières que les policiers. Et vous savez qu'il y a des enquêtes de l'IGPN qui ont été lancées, et qu'elles seront strictement faites, parce que c'est une question de confiance entre nos lycéens et, je dirais, les représentants de l'État. Mais il ne faut pas que ces violences occultent le fond du sujet. Il faut qu'on parle des revendications des lycéens. Parce que moi, c'est ce qui m'inquiète aussi, c'est qu'il faut parler des revendications des lycéens. Ces revendications pour avoir un avenir et une éducation qui soient à la hauteur de leur ambition. On entend les notions d'inégalité entre établissements. Votre reportage le montrait à l'instant. On a besoin de mettre plus de professeurs, de remplacer les professeurs et de rendre la carrière plus attractive pour les professeurs dans des lycées qui sont de la périphérie, qui sont moins recherchés aujourd'hui par les professeurs. Et c'est ce que nous portons avec Gabriel Attal. Il y a aussi toute la notion de locaux dignes, c'est-à-dire, ça c'est une responsabilité, vous le savez, des régions. Et je salue les présidents de régions qui sont mobilisés pour améliorer les locaux, qui ont pris la mesure de ces difficultés. Et il y a les inquiétudes par rapport à l'avenir de nos jeunes face à l'intelligence artificielle. Et nous avons des propositions sur ça, face au dérèglement climatique, parce qu'il y a ça aussi dans l'inquiétude des lycéens. À lire aussiBlocage des lycées en France: la LDH dénonce une «dérive globale par rapport à l'État de droit» de la police Toutes ces revendications des lycéens, elles ne datent pas de la semaine dernière : la génération des lycéens qui est en ce moment dans les rues, ce sont ceux qui sont nés en 2010, lors du pic démographique, dont la scolarité dans le secondaire a été marquée par des milliers de suppressions de postes, décidées justement par Emmanuel Macron. Alors, qu'est-ce que vous voulez répondre à ces jeunes qui disent qu'ils n'ont pas les moyens ? Est-ce que ça n'a pas été fait bien trop tard, cette feuille de route avec ces chantiers prioritaires ? Alors, je rappelle que Gabriel Attal est le Premier ministre qui a le plus augmenté les moyens de l'éducation nationale en 2024 de ces 15 dernières années. Il faut remettre les chiffres en perspective. Et ce dont nous parlent les lycéens, c'est un problème de remplacement, c'est-à-dire que ce sont des professeurs dont le budget existe, mais qui ne sont pas face aux élèves, parce que les établissements qui les emploient ne sont pas suffisamment attractifs pour retenir ces professeurs. Il faut nommer la réalité des sujets.  Car leur salaire n'est pas attractif... Mais c'est ce que je vous dis. Là aussi, c'est Gabriel Attal qui a augmenté les salaires en démarrage de carrière. Ça n'était pas arrivé depuis des années. Vous saviez qu'il y avait le gel du point d'indice. En redonnant de l'attractivité au début de carrière, mais il faut continuer. Et aujourd'hui, un métier de professeur est un métier qui est sous-payé par rapport à la moyenne européenne. Il faut profiter du fait que nous avons une baisse de la démographie de nos élèves, pas pour faire des économies sur leur dos, mais justement pour réinjecter de l'argent, notamment dans la baisse du nombre d'élèves par classe et dans la revalorisation des salaires. Mais dans le secondaire public, on a quand même moins d'enseignants qu'en 2008, alors qu'on a 250 000 élèves de plus. Puisqu'on parle de budget, est-ce que vous, vous êtes favorable à sanctuariser le budget de l'éducation nationale, même si ça signifie trouver des économies ailleurs ? Moi, je suis surtout favorable à ce qu'à partir de 2027, on ait une loi de programmation de l'éducation nationale, avec le nombre d'enseignants, la trajectoire et les primes pour les enseignants pour qu'ils puissent aller dans les établissements qui ne sont pas les plus faciles, où on a besoin de professeurs expérimentés et qui restent dans la durée, et qu'on revalorise cette profession des professeurs. C'est une profession qui est essentielle pour notre pays, pour l'avenir des jeunes, et c'est ça aussi qui permettra de rétablir du respect de l'autorité dans les écoles et dans les lycées et les collèges, et qui permettra d'augmenter le niveau. Une des principales critiques de ce budget, ce sont ces efforts qui sont demandés aux gens qui sont les plus fragiles, aux malades, à ceux qui sont en location avec le gel des APL, aux retraités qui ont des revenus modestes. Pourquoi ce n'est pas aux plus hauts patrimoines ou aux plus riches, aux ultra-riches, de faire un effort pour faire des économies ? Écoutez, nous, le budget, on le prend tel qu'il nous est présenté aujourd'hui par le gouvernement. Ce qui ressort de ce budget, c'est que des choix ont été faits. Moi, je pense qu'au moment où les salariés ont une baisse de salaire, il faut effectivement qu'il y ait une contribution. Probablement que les retraités n'aient pas une augmentation automatique de leur retraite quand ils sont à des niveaux de retraite élevés, par exemple. Et je partage votre point de vue. L'effort, il doit être juste, il doit être le mieux réparti. Nous allons rentrer dans l'examen du budget. Il faut qu'on y voie un peu plus clair. Certains disent qu'il y a des augmentations d'impôts de l'ordre de 17 milliards d'euros, y compris qui touchent les plus aisés. D'autres disent le contraire. Donc moi, je veux rentrer vraiment dans la réalité des chiffres et qu'on ne s'envoie pas des fausses informations à la figure, comme malheureusement j'en ai entendu ces derniers jours. Nous, ce que nous voulons, c'est d'abord un budget, parce que c'est une question de stabilité pour la France et de stabilité des taux pour les Français. Lorsque vous voulez acheter un logement, l'augmentation des taux qui touche l'État, ça touche aussi votre crédit logement. Donc vous le voyez tout de suite passer et ça vous rend impossible votre projet d'achat de logement. Et puis, on sait que le budget sera corrigé en 2027 par celui qui gagnera la présidentielle. Donc je crois qu'il ne faut pas non plus surestimer l'importance de ce budget, et qu'il faut se concentrer pour construire une trajectoire à 5 ans et une trajectoire qui permette de remettre plus de justice sociale, mais effectivement d'apporter des réponses à ce qui est devant nous, et notamment sur l'éducation, à mieux investir sur les jeunes, alors qu'on a beaucoup investi sur les plus âgés ces dernières années. À lire aussiMobilisation lycéenne en France: comment la désinformation alimente les tensions

  2. 5 oct.

    «L'union de la gauche est un impératif», alerte la députée écologiste Cyrielle Chatelain

    Cyrielle Chatelain, députée de l'Isère et présidente du groupe Écologiste et social à l'Assemblée nationale, l'assure : le budget 2027 « ne répond en rien à toutes les urgences du moment » – qu'elles soient sociales ou écologiques – en plus d'être « incompatible avec toute volonté d'améliorer les conditions des services publics ». Face à l'extrême droite, la députée, unioniste de la première heure, défend aussi l'alliance de la gauche pour faire réellement avancer l'écologie, « sinon, nous risquons 5 ans de recul écologiste extrêmement violent », alerte-t-elle. RFI : Le ministère de l'Éducation craint un embrasement national. Qu'est-ce que vous dites aux lycéens qui bloquent leur lycée aujourd'hui ? Cyrielle Chatelain : Alors moi, j'étais ce matin à Échirolles, au lycée Marie Curie, avec un certain nombre d'élèves et de professeurs pour échanger sur leurs revendications. Ce qu'ils m'ont dit, c'est vouloir pouvoir manifester pacifiquement, pouvoir effectivement faire entendre leur voix. Parce qu'ils ont des demandes qu'ils portent depuis maintenant des mois, des années, qu'ils ne sont pas entendus. Ce qu'ils veulent, c'est être respectés. En tant qu'élus, le groupe Écologiste et Social sera présent à la manifestation en soutien de la revendication des lycéens. Et aussi parce que plus le mouvement sera d'ampleur, plus finalement il sera pacifiste. Quand le gouvernement répond « dialogue et fermeté », quand Sébastien Lecornu adresse à ses ministres une feuille de route de cinq chantiers prioritaires, est-ce que c'est une réponse adaptée ? On a un gouvernement qui ne respecte pas sa parole, et c'est un problème fondamental. On l'a vu avec les gilets jaunes : après les mobilisations, il y a eu les cahiers de doléances, cahiers de doléances auxquels nous n'avons toujours pas accès plusieurs années après. Nous avons rencontré sur les mouvements lycéens des représentants lycéens, qui nous expliquent par exemple une demande assez simple : vous savez, le mouvement lycéen demande de supprimer Parcoursup, mais avant cela, ils avaient fait remonter des demandes qui sont a minima que dans Parcoursup, il puisse y avoir des informations qui remontent si un élève a connu des difficultés, par exemple s'il a été hospitalisé. Ils le demandent depuis février, et depuis février, il n'y a aucune réponse. Donc en fait, on sait très bien que là, le gouvernement fait semblant d'écouter, mais que malheureusement ça ne bouge pas. Et la preuve est la copie budgétaire qu'ils ont posée le 1ᵉʳ octobre qui continue de couper dans le nombre de postes alloués à l'éducation nationale. C'est là où je voulais en venir. Est-ce que le budget 2027 est compatible avec les revendications des lycéens ? Le budget 2027 est incompatible avec toute volonté d'améliorer les conditions des services publics. Que ce soit la prise en charge des élèves et les conditions d'enseignement à l'école, la prise en charge des patients à l'hôpital ou même, globalement, le soutien à la médecine de ville. C'est un budget qui coupe dans toutes les dépenses qui permettent finalement à l'État de fonctionner, aux services publics de fonctionner. À lire aussiTenir le déficit, faire des économies... l'équation difficile du budget 2027 de la France Ce budget, vous en avez annoncé la censure. Mais précisément, quelle est la mesure qui, pour vous, le rend inacceptable ? C'est une compilation de mesures. Ce sont des mesures qui, par exemple, gèlent les APL, gèlent les allocations familiales, qui mettent à contribution les retraités à partir d'un peu plus de 1 200 euros par mois en ne réindexant pas totalement sur l'inflation. Donc on voit bien que c'est demandé à tout le monde, et surtout à ceux qui n'ont pas beaucoup, et que de l'autre côté, on épargne les très grandes fortunes. Cette injustice au cœur de ce budget fait qu'il est inacceptable. La deuxième chose, ce sont les coupes dans les politiques environnementales. On a connu un été caniculaire et on a un budget qui tourne le dos à toute la politique de lutte contre le réchauffement climatique, qui enlève des moyens à tous ceux qui, finalement, font vivre au quotidien ces politiques, que ce soit l'ONF [l'Office national des forêts, NDLR] ou même Météo-France. En fait, on a un budget qui ne répond en rien à toutes les urgences du moment. Vous le dites, il faut investir massivement pour cette transition écologique. Mais combien ça coûte ? Et surtout, vous trouvez l'argent où ? Alors, l'une des propositions du groupe Écologiste et Social, par exemple, est de taxer les très gros héritages, les méga-héritages, on parle de millions d'euros. C'est-à-dire de mettre un peu plus à contribution ceux qui aujourd'hui savent optimiser et payer très peu quand ils transmettent leur patrimoine. Et ça pourrait aller directement sur la transition écologique. On peut trouver 10 milliards d'euros en mettant à contribution finalement ces méga-héritages, c'est-à-dire des personnes qui ont accumulé énormément de biens tout au cours de leur vie et donc qui vont contribuer au moment de la transition en payant un peu pour participer au budget de l'État. Et ça, c'est de l'argent qu'on peut remettre dans la transition pour permettre finalement de garantir un futur à tout le monde. Mais ça, c'est réaliste ? Ça peut passer ? Alors, c'est réaliste, c'est réalisable. La condition pour passer, c'est que le gouvernement sorte de son dogmatisme. C'est ce dogmatisme-là qui fait qu'en 10 ans, le déficit a explosé sans aucun investissement dans aucune politique publique, ni l'éducation, ni la santé, ni même la politique industrielle. Ce gouvernement a dépensé l'argent des Français sans rien construire. Et donc oui, c'est réaliste de demander à ceux qui ont profité de ces politiques de contribuer un peu à ce qu'on puisse reconstruire ce que le gouvernement a cassé. Cyrielle Chatelain, le dernier débat de la primaire du Parti socialiste et de Place publique a eu lieu hier soir, le 4 octobre. Vous avez défendu une primaire commune pendant des mois, elle n'aura pas lieu. Est-ce que les Écologistes ont perdu du temps ? Écoutez, nous, les Écologistes, défendons, avons défendu l'union de la gauche. Pour nous, c'est un impératif. Je suis élue de la Nupes, du Nouveau Front populaire. J'étais avant ça, déjà dès la présidentielle de 2021, derrière un candidat qui parlait d'unité. Donc je crois profondément à cette unité. C'est pour ça que nous avons proposé cette primaire de la gauche. Le Parti socialiste a décidé le 9 juillet, c'est ses militants qui ont décidé de ne pas y participer. Ils ont fait un autre choix. Nous en avons pris acte et nous avançons maintenant.  À lire aussiVidéo de Raphaël Glucksmann, lycées et LFI: le dernier débat avant la primaire de la gauche sous tension Mais s'il y a une candidature autonome des Écologistes, est-ce que c'est parce que tout le parti n'arrive pas à se mettre d'accord pour cette alliance, dans un sens ou dans un autre ? Alors les écologistes ont aujourd'hui une candidature, Marine Tondelier, qui porte nos idées, mais nous sommes également en réflexion. Vous savez, le 13 décembre, nous aurons un vote pour savoir quel est le choix des militants écologistes dans la période. Il est extrêmement important de porter les idées écologistes, mais nous ne pouvons pas négliger le risque que représente l'extrême droite. Et donc la question, ça sera, dans cette présidentielle particulière, comment est-ce qu'on porte le mieux les idées écologistes ? Est-ce que c'est en ayant une candidature autonome ou est-ce que c'est en rejoignant une dynamique beaucoup plus large, une dynamique qui est capable d'accéder au second tour et puis de gagner ? Parce que l'enjeu, c'est bien sûr de porter ces idées, puis après de les mettre en œuvre. Mais est-ce que votre priorité aujourd'hui, c'est de construire l'union ou de préserver l'autonomie des Écologistes ? Parce que certains disent que l'absence de candidature pourrait même marginaliser le parti. Alors pour moi, la priorité, mais je crois que c'est dans l'ADN des Écologistes, c'est de penser qu'une idée, il faut se battre pour qu'elle existe et il faut se battre pour qu'elle soit mise en œuvre. Et donc pour moi, la priorité, c'est de créer les conditions. Non seulement qu'on fasse exister la question environnementale pendant 5 mois, mais surtout qu'on puisse la faire avancer dans les 5 ans qui viennent. Nous avons des reculs fondamentaux partout et pour ça, je pense que oui, nous devons travailler à construire une unité la plus large à gauche. Ça, moi, c'est ma conviction, c'est que l'écologie, ce n'est pas seulement témoigner pendant une élection, c'est surtout mettre des choses en œuvre pendant 5 ans. Sinon, nous risquons 5 ans de recul écologiste extrêmement violent. À écouter dans C'est pas du ventRéchauffement climatique : on aurait pu tout arrêter

  3. 2 oct.

    Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot: «La soumission chimique n'est ni un cas isolé, ni un fait divers»

    Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot à la tête de l’association #Mendors pas Stop à la soumission chimique entend lutter contre un « fléau de santé publique ». «Toute la difficulté pour les victimes est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu car la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire », alerte celle qui n'a cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public. RFI : Caroline Darian, vous êtes très vite sortie du silence. Un livre d'abord sur le choc de l'arrestation de votre père, puis vous avez décidé d'agir, de prévenir, de militer en créant en 2023 cette association #Mendorspas, qui lance une grande campagne de sensibilisation à la soumission chimique cette semaine. C'est quoi exactement, cette soumission chimique ? Caroline Darian : La soumission chimique, c'est le fait de droguer une personne à son insu ou sous la menace à des fins de crime et majoritairement des fins de crime sexuel. Donc c'est vrai qu'en 2020, quand je découvre que ma famille est frappée par ce fléau, je me jette un peu à corps perdu dans cette croisade pour essayer de comprendre ce mode opératoire qu'a utilisé mon père. Et rapidement, en me renseignant auprès d'experts, notamment le docteur Leïla Chaouachi , je vais me rendre compte que ce n'est absolument pas un cas isolé, ni un fait divers, et que derrière, c'est un véritable enjeu de santé publique. Et c'est la raison pour laquelle j'ai vraiment souhaité d'abord lancer un mouvement de prévention qui est devenu rapidement une association #Mendorspas, Stop à la soumission chimique. Et derrière, on n'a, depuis quatre ans, cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public, mais aussi les professionnels de santé sur ce mode opératoire qui est l'arme, en tout cas l'arsenal privilégié des agresseurs sexuels. Parce que c'est bien ça dont il est question : des agressions invisibles que les victimes ne peuvent pas dénoncer parce qu'elles ne s'en rappellent plus ? En fait, il y a plusieurs cas de figure. Il y a des victimes comme ma mère, qui n'ont aucun souvenir ni réminiscence. Et puis, il y a des victimes, en fonction des substances qui vont leur être administrées, qui vont avoir des flashs ou des souvenirs un peu nébuleux. Mais toute la difficulté pour les victimes, c'est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu, parce que finalement, la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire. Et souvent, le problème des victimes, c'est qu'elles n'arrivent pas à collecter les preuves nécessaires qui vont leur permettre de faire reconnaître aux yeux de la société, ou même aux yeux de la justice, qu'elles ont été abusées, parce que les substances les auront complètement immobilisées d'une certaine façon. Et donc, il y a des signes, des symptômes, des éléments qui doivent interpeller ? Déjà, quand on ne se souvient pas exactement de ce qui s'est produit, ou qu'on se réveille habillée d'une certaine façon. On a quand même des symptômes qui alertent comme le manque de souvenirs. Après, il peut y avoir des traces physiques, des traces physiologiques. Et en fait, nous ce qu'on dit, c'est que si vous avez un doute, il faut investiguer ce doute. Et la seule façon de pouvoir collecter les preuves en temps réel, c'est d'aller faire des analyses d'urines, de sang et de cheveux. C'est vraiment important que les victimes s'autorisent à aller investiguer. Aujourd'hui, il y a une plateforme, un organisme qui s'appelle le Centre de référence des agressions facilité par les substances, qui a été fondé par le docteur Leïla Chaouachi pendant le procès de 2024 – le procès de mon père et de ses 50 autres co-accusés – qui permet justement aux victimes d'être entendues, d'être écoutées et d'être soutenues et de pouvoir bénéficier de ces analyses toxicologiques dans les meilleurs délais. À lire aussiViolences sexuelles: à travers l'emblématique procès des viols de Mazan, l'espoir d'«un sursaut de la société» Vous écrivez : « Aucune enquête n'est en mesure de comptabiliser de manière exhaustive le nombre de victimes en France. » C'est parce que les victimes ne se rappellent plus ou ne déposent pas plainte, à cause de tout ce que vous venez de dire ? En fait, oui, dans la plupart des cas, les victimes ne portent pas plainte parce qu'elles ne s'autorisent pas à le faire, parce qu'elles n'ont pas la capacité psychologique et émotionnelle de le faire, parce qu'elles s'en veulent, parce que dans la plupart des cas, elles vivent avec un sentiment de doute, de honte... Et donc, oui, il y a une enquête nationale qui existe tous les ans, mais qui se base, si vous voulez, sur les cas recensés par les réquisitions judiciaires. On sait bien que la majorité des victimes ne portent pas plainte, ou bien parce qu'elles s'ignorent. Comme ça a été le cas pour ma maman pendant dix ans. Ma maman, si on ne lui montre pas les vidéos et les photos d'elle complètement assommée par ces médicaments, ça aurait pu encore durer des années. Dans cette campagne, il y a votre maman, Gisèle Pellicot, il y a ce spot à la télévision très fort, on voit aussi des affiches dans la rue. Est-ce que ça veut dire qu'on n'a pas assez alerté sur ce phénomène et que l'électrochoc du procès des viols de Mazan n'a pas suffi ? Non, je pense qu'en fait, cette campagne montre ce que peut faire de mieux la communication, c'est-à-dire qu'elle se met au service de l'intérêt général. On a beau alerter dans les médias, on a beau faire des interviews...Vous savez, quand je raconte mon histoire, je raconte celle de ma mère, les gens ont du mal à s'identifier. L'utilité de cette campagne, c'est de montrer la pluralité des profils qui sont concernés par ce mode opératoire. On a des femmes, on a des enfants, on a même des hommes. Bien sûr, c'est une part mineure de ce que représentent les victimes en France, voire même à l'international. Mais en fait, cette campagne, elle vient chercher, elle vient prendre la main des victimes pour leur dire « si ça a pu vous arriver, n'attendez pas pour vous faire prendre en charge ». C'est ça qu'on essaie de faire avec cette campagne. On rentre dans les foyers, on interpelle dans les espaces publics avec ces affichages pour justement dire « attention, ça n'arrive pas qu'aux autres ». Votre combat est né en France, mais il dépasse désormais largement nos frontières. Cette campagne, elle a vocation à être internationale ? J'aimerais bien qu'elle le soit. D'abord, j'aimerais surtout qu'on arrive, en France, à l'institutionnaliser tous les ans. Cette campagne, ça a été quatre ans de travail pour l'association, pour les gens qui ont contribué à la faire naître. Ça représente un investissement colossal. Bien sûr, j'aimerais que ça soit d'abord tous les ans, comme on fait de la prévention sur le dépistage du cancer du sein, le dépistage des cancers tout court. Qu'on arrive à sensibiliser tous les ans sur cette cause d'utilité publique. Bien sûr, si on arrivait à la faire se répliquer à l'international, ce serait magistral. En ce moment même, à l'Assemblée nationale, cette proposition de loi intégrale est débattue pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Il a fallu aussi cet électrochoc pour qu'on agisse sur la loi, la justice ? Oui, ce qu'on fait avec cette loi intégrale, déjà, c'est qu'on milite pour que la prise en charge des victimes de violences sexistes, surtout sexuelles, soit globale, holistique, et qu'on ne prenne pas ces sujets-là de façon dispersée. Les victimes, elles ont besoin d'avoir un accompagnement, une reconnaissance et une protection globale. Et d'ailleurs, dans le cadre de cette loi intégrale, on essaye de faire passer des amendements qui concernent justement les victimes de soumissions chimiques pour mieux les protéger. Au regard de la justice, lorsqu'elles sont agressées, que ce soit des victimes de soumission chimique ou de vulnérabilité chimique, même lorsqu'une victime consomme volontairement des substances, qui peut être de l'alcool ou même des drogues, souvent les agresseurs utilisent leur état de vulnérabilité pour les agresser. Ça ne veut pas dire que parce qu'une victime aura consommé aussi volontairement des substances, qu'elle aura donné son consentement à l'agresseur. Et c'est tout ça qu'on essaye de faire passer dans cette loi aussi, c'est de mieux protéger ces victimes qui seront vulnérables, qui sont vulnérables. De manière générale, de toute façon, les agressions sexuelles, elles sont faites aux femmes et aux enfants. Vous voyez bien que dans la majorité des cas, ce sont quand même des profils qui sont fragilisés. Et c'est ça qu'on essaie de faire, de porter avec cette loi : de mieux les protéger, de mieux faire reconnaître leur statut de victime au regard de la justice. À écouter aussiSoumission chimique : un enjeu de santé publique

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