L’historien Jean-Yves Le Naour (scénario) et Emilio van der Zuiden (dessin) livrent La sorcière qui a changé le monde, un album caustique et jubilatoire sur la première femme Premier ministre britannique, un personnage aussi punk que l’Angleterre de son époque. La sorcière qui a changé le monde est, après Le crétin qui a gagné la guerre froide, le deuxième album de la collection « Le grand cirque du pouvoir ». À la manœuvre, l’historien Jean-Yves Le Naour : ce spécialiste du XXè siècle est aussi un scénariste de BD chevronné. Pour ce deuxième opus, il est accompagné du dessinateur Emilio van der Zuiden, dont le trait expressif – qui oscille entre réalisme, caricature, cartoon et roman photo (oui, oui, tout ça çà la fois !) - souligne le ton acide et comique à la fois du propos. Autoritaire, tranchante, déterminée C’est que Margaret Thatcher est un sacré personnage : autoritaire, tranchante, déterminée, la fille de l’épicier-pasteur de Grantham a su s’imposer au sein du très aristocratique parti conservateur britannique, avant de devenir la première femme Premier ministre du Royaume-Uni. Elle restera plus de 11 années d’affilée à Downing-Street, un record au XXè siècle. Inflexible avec les grévistes et les syndicats, avec les combattants nord-irlandais, avec la dictature militaire argentine pendant la guerre des Malouines. Intraitable aussi dans ses relations avec ses homologues européens : l’album regorge de scènes hilarantes avec les présidents français Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, ou les chanceliers allemand Helmut Schmidt et Helmut Kohl. « Maggie » n’aura pas volé son surnom de « Dame de Fer », donné en 1984 par un journal soviétique. Entourage exclusivement masculin Le récit de Jean-Yves Le Naour et Emilio van der Zuiden alterne rencontres officielles, coulisses du pouvoir et des campagnes électorales, et scènes familiales et intimes. En privé comme en public, l’entourage de Margaret Thatcher apparaît comme exclusivement masculin. Lors de son ascension, son conseiller en communication Gordon Reece -nœud papillon autour du cou- relooke sa patronne, modèle ses déclarations publiques et lui fait adopter les codes du marketing politique de l’époque. Stratégie gagnante, mais dont il ne sera guère récompensé : la nouvelle cheffe du gouvernement le congédiera vite, sans gratitude excessive. Humour très british Autre personnage-clé : Keith Joseph, secrétaire d’État du cabinet fantôme sous le gouvernement travailliste. Libéral convaincu, pourfendeur du keynésianisme et disciple des monétaristes américains, il est l’un des inspirateurs de la politique économique des conservateurs et restera longtemps l’éminence grise du thatchérisme. Impossible d’oublier un troisième homme, encore plus discret, sans poste officiel mais peut-être plus important encore : le mari de Margaret, Denis Thatcher. Toujours à ses côtés, d’une fidélité et d’une loyauté exemplaires, dans les succès comme dans les échecs, il apporte une distance et une touche d’humour très british dans cet album absolument jubilatoire. On attend avec impatience le troisième tome de la série, consacré au dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev ! La sorcière qui a changé le monde, Jean-Yves Le Naour, Emilio van der Zuiden (Grand Angle/Bamboo Éditions).