Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est à Bruxelles depuis jeudi. Au programme, des rencontres avec les dirigeants de l’Otan, de l’Union européenne et des rencontres bilatérales avec des chefs d’États et de gouvernement. Pour une raison simple, Volodymyr Zelensky cherche des soutiens en Europe, car il n’a plus beaucoup d’amis ailleurs. Les derniers jours lui ont montré que les États-Unis sont redevenus pratiquement aussi ouvertement hostiles qu’ils l’ont déjà été avec lui. C’est l’accord avec la Russie et la levée des sanctions pour la fourniture de gasoil russe. C’est l’appel de Donald Trump à remplacer le président ukrainien. C’est toujours Donald Trump qui annonce, apparemment un peu vite, un cessez-le-feu énergétique. Un accord qui peine à se concrétiser, comme souvent avec les annonces du président américain. C’est surtout le tarissement du renseignement américain qui omet de prévenir de l’imminence de frappes russes. C'est le ralentissement apparemment décidé à la Maison Blanche de Starshield, version militaire du système de communication Starlink d’Elon Musk dont l’Ukraine a besoin pour se défendre et piloter des drones. Ce sont enfin les menaces de Donald Trump sur le programme PURL qui permettent, depuis que les États-Unis ont cessé de fournir directement l’Ukraine, aux membres européens de l’Otan d’acheter des armes américaines, pour les fournir à Kiev. Budget pluriannuel Volodymyr Zelensky est à Bruxelles dans un contexte budgétaire très particulier. Le Conseil européen qui se déroule depuis hier est consacré aux discussions sur le budget pluriannuel de l’Union. Et ce sont en général des discussions difficiles où chaque pays défend les programmes dont il bénéficie. Il y a quelques années, le président de la commission conseillait aux participants d’apporter plusieurs chemises. Bref, c'est le moment où on compte ses sous et la guerre en Ukraine coûte cher. Par exemple, la France s’est engagée à plus de 25 milliards d’euros en aide directe ou indirecte via l’Union depuis 2022. Et le niveau de la dette française, 119 % du PIB, devient très préoccupant. C’est pareil pour les autres pays et pour l’Union, partagée entre pays attachés à l’orthodoxie budgétaire et ceux qui essuient les reproches des premiers. Prix, durée de l’aide, c’est ce qui explique que, tout en affirmant leur soutien à l’Ukraine, de nombreux pays disent aussi leur soutien à un cessez-le-feu énergétique. Car si l’envolée des prix à la pompe a surtout été déclenchée par la guerre en Iran, toute forme de répit financier est bonne à prendre, en raison aussi d'un coût politique. Série d'élections clés Il y a le contexte économique et donc aussi le contexte politique. L’Europe fait face à une série d’élections clés : Espagne, France, Italie, Pologne, pour lesquelles différents partis illibéraux ou d’extrême droite ont le vent en poupe. Cela pourrait faire basculer ou même bloquer l’Union. C'est pour cela que certains pays aimeraient en finir rapidement avec le budget pluriannuel. C’est pour cela que Volodymyr Zelensky est là. Il aimerait sécuriser l’aide européenne pour plusieurs années avant ces échéances électorales très importantes. La preuve, la veille de son arrivée, Marine Le Pen, favorite des sondages de la présidentielle en France, et qui change souvent d’avis sur le sujet au gré des circonstances et des interlocuteurs, a annoncé à Bruxelles que sous sa présidence, l’aide française à l’Ukraine serait stoppée au bout de six mois. À lire aussiLe Conseil européen se réunit pour décider des futures orientations budgétaires de l'UE