La fabrique du monde

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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    À Bruxelles, Volodymyr Zelensky à la recherche de soutien

    Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est à Bruxelles depuis jeudi. Au programme, des rencontres avec les dirigeants de l’Otan, de l’Union européenne et des rencontres bilatérales avec des chefs d’États et de gouvernement. Pour une raison simple, Volodymyr Zelensky cherche des soutiens en Europe, car il n’a plus beaucoup d’amis ailleurs.     Les derniers jours lui ont montré que les États-Unis sont redevenus pratiquement aussi ouvertement hostiles qu’ils l’ont déjà été avec lui. C’est l’accord avec la Russie et la levée des sanctions pour la fourniture de gasoil russe. C’est l’appel de Donald Trump à remplacer le président ukrainien. C’est toujours Donald Trump qui annonce, apparemment un peu vite, un cessez-le-feu énergétique. Un accord qui peine à se concrétiser, comme souvent avec les annonces du président américain. C’est surtout le tarissement du renseignement américain qui omet de prévenir de l’imminence de frappes russes. C'est le ralentissement apparemment décidé à la Maison Blanche de Starshield, version militaire du système de communication Starlink d’Elon Musk dont l’Ukraine a besoin pour se défendre et piloter des drones. Ce sont enfin les menaces de Donald Trump sur le programme PURL qui permettent, depuis que les États-Unis ont cessé de fournir directement l’Ukraine, aux membres européens de l’Otan d’acheter des armes américaines, pour les fournir à Kiev.  Budget pluriannuel Volodymyr Zelensky est à Bruxelles dans un contexte budgétaire très particulier. Le Conseil européen qui se déroule depuis hier est consacré aux discussions sur le budget pluriannuel de l’Union. Et ce sont en général des discussions difficiles où chaque pays défend les programmes dont il bénéficie. Il y a quelques années, le président de la commission conseillait aux participants d’apporter plusieurs chemises. Bref, c'est le moment où on compte ses sous et la guerre en Ukraine coûte cher. Par exemple, la France s’est engagée à plus de 25 milliards d’euros en aide directe ou indirecte via l’Union depuis 2022. Et le niveau de la dette française, 119 % du PIB, devient très préoccupant. C’est pareil pour les autres pays et pour l’Union, partagée entre pays attachés à l’orthodoxie budgétaire et ceux qui essuient les reproches des premiers. Prix, durée de l’aide, c’est ce qui explique que, tout en affirmant leur soutien à l’Ukraine, de nombreux pays disent aussi leur soutien à un cessez-le-feu énergétique. Car si l’envolée des prix à la pompe a surtout été déclenchée par la guerre en Iran, toute forme de répit financier est bonne à prendre, en raison aussi d'un coût politique.   Série d'élections clés Il y a le contexte économique et donc aussi le contexte politique. L’Europe fait face à une série d’élections clés : Espagne, France, Italie, Pologne, pour lesquelles différents partis illibéraux ou d’extrême droite ont le vent en poupe. Cela pourrait faire basculer ou même bloquer l’Union. C'est pour cela que certains pays aimeraient en finir rapidement avec le budget pluriannuel. C’est pour cela que Volodymyr Zelensky est là. Il aimerait sécuriser l’aide européenne pour plusieurs années avant ces échéances électorales très importantes. La preuve, la veille de son arrivée, Marine Le Pen, favorite des sondages de la présidentielle en France, et qui change souvent d’avis sur le sujet au gré des circonstances et des interlocuteurs, a annoncé à Bruxelles que sous sa présidence, l’aide française à l’Ukraine serait stoppée au bout de six mois.    À lire aussiLe Conseil européen se réunit pour décider des futures orientations budgétaires de l'UE

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    Avec ses aides sur l'épidémie d'Ebola, la Chine étend son influence sur les instances de santé

    Cinq mois après le début de la 17e épidémie de virus Ebola en République démocratique du Congo. Une épidémie et son traitement qui illustrent le poids grandissant d’un pays dans les instances mondiales de la santé. Ce pays, c’est la Chine.     En Afrique, la Chine ne se contente pas de construire des infrastructures industrielles et de transports, d’investir dans ses nouvelles routes de la soie. Elle est aussi de plus en plus active en matière de santé avec des aides d’urgence, en particulier en RDC depuis le début de l’épidémie, avec des moyens financiers, mais aussi du personnel médical. La diplomatie chinoise s’est engagée à continuer à soutenir les pays africains qui en ont besoin à lutter contre l’épidémie. Ce n’est pas la première fois que le pays s’engage et il l’a déjà fait dans d’autres pays, toujours pour Ebola mais par exemple en envoyant du matériel quand un cas s’était déclaré au Sénégal en 2014. Ces aides, elles font partie intégrante de la stratégie de soft power chinois un peu partout dans le monde et particulièrement en Afrique. Le soft power, c’est une stratégie d’influence qui passe non par la contrainte, mais par l’influence sur les esprits. Et d’ailleurs ça marche. Des études internationales montrent que la Chine est désormais plus populaire que les États-Unis dans le monde.   À lire aussiLa popularité de la Chine dépasse celle des États-Unis dans le monde Influence chinoise Il faut dire que sur son image en matière de santé, la Chine revient de loin. C’est un mauvais souvenir pour tout le monde, mais il faut bien revenir à l’épidémie de Covid-19, venue de Wuhan, en Chine. A l’époque, on se demandait comment était né le virus, une question à laquelle on n’a d’ailleurs toujours pas de réponse. Donald Trump appelait ça le « virus chinois ». Et l’Organisation mondiale de la santé demandait aux autorités de Pékin davantage de transparence alors que ce n’est pas toujours la qualité première. À leur décharge, dans des circonstances pareilles, personne n’aime admettre une forme de responsabilité. Et puis les choses se sont peu à peu retournées, la coopération s’est améliorée avec le patron de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. À tel point que les autorités américaines ont dénoncé l’influence chinoise sur l’organisation. C’est l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont quitté l’organisation au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.   Qui paye, commande Et c’est bien connu, la nature a horreur du vide. Avec les États-Unis, c’est le premier contributeur public de l’OMS qui est parti. Et la Chine les a automatiquement remplacés à cette place. Et qui paye commande, c'est le monde dans lequel on vit. Aujourd’hui, elle propose une candidature pour prendre la tête de l’organisation qu’elle a d’ailleurs déjà dirigée par le passé. À Pékin, on dit que c’est pour défendre le multilatéralisme. C’est une autre stratégie d’influence chinoise de placer des représentants dans les institutions internationales. C'est le cas à la FAO ou à l'Organisation de l'aviation civile internationale. C’est là que ses aides bilatérales, sur Ebola et d’autres maladies, viennent aussi compenser le désengagement américain dans de nombreux pays. Et c’est là que sa stratégie de soft power, même si on ne peut prédire le résultat, pourrait l’aider à remporter la direction générale de l’OMS.  À lire aussiLa Chine propose la candidature du docteur Song Li à la tête de l'OMS

  3. -4 j

    La grande Allemagne rêvée du militant d'extrême droite de l'AfD

    C'est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques jours. Il s’agit des vues de certains membres du parti allemand d’extrême droite AfD sur ce que devraient être les frontières de l’Allemagne. Au départ, il y a la publication d’une carte qui a fait réagir.    C’est un responsable bavarois de la branche des jeunes du parti qui l’a publiée le 3 octobre à l’occasion de la fête nationale allemande pour l’anniversaire de la réunification. Et il explique que la réunification aura vraiment lieu quand un seul état rassemblera l’ensemble du peuple allemand. Et dans cette carte, à l’intérieur des frontières de cette Allemagne, et même de cette grande Allemagne rêvée, on trouve des lieux où il y a des populations considérées comme germanophones. Alors il n'y a rien vers l'Est et vers la Russie que soutient l'AfD. En revanche il y a donc toute l’Autriche, annexée par les nazis en 1938, une grande partie de la Suisse, ce qu'Hitler n'a jamais osé envisager, un petit bout du nord de l’Italie, le Luxembourg, l’Est de la Belgique et évidemment, pour faire bonne mesure, l’Alsace et la Moselle.   À lire aussiAllemagne: l'AfD veut relancer son mouvement de jeunesse, loin des polémiques Deux guerres mondiales Et cela a fait réagir en France. Logiquement. Parce que les deux départements alsaciens et la Moselle ont été annexés par l’Allemagne en 1871, posant les bases du conflit franco-allemand donc d’une grande partie de la première guerre mondiale dont le règlement a directement conduit à la deuxième. C’est donc assez normal que cela fasse un peu parler. D’autant que ce n’est pas la première fois. Quelques semaines plus tôt un autre proche du mouvement de jeunesse de l’AfD se faisait remarquer par des publications provocantes sur l’Alsace et la Moselle. Vérification faite sur son profil X, ce jeune homme, qui est autrichien, se présente aussi comme un masculiniste toxique. Il a manifestement besoin d’attention. Il a surtout besoin de soins, de prise en charge thérapeutique de niveau professionnel, si possible en équipe pour que ces soignants puissent se reposer, car lui ne se repose apparemment jamais.   Dissimulation Cela ressemble à de la provocation, mais si on la relève c'est d'abord parce que si la carte de la discorde a été retirée depuis, l’AfD a réagi assez mollement. Sa cheffe Alice Weidel s’est abstenue de tout commentaire. Aucune sanction, aucune exclusion n’a été prononcée. Cela ressemble fort à une opération de dissimulation dont sont coutumiers les partis d’extrême droite qui veulent se présenter sous un jour respectable. Ensuite parce que l’AfD ce n’est pas rien. C’est le parti qui est arrivé largement en tête des deux dernières élections régionales en Allemagne. Le parti qui se voit bien succéder un jour à la CDU de Friedrich Merz, en grande difficulté depuis ces élections régionales. C’est aussi un parti qui bénéficie de soutiens internationaux puissants, parfaitement clairs et sans ambiguïté. Par exemple le vice-président américain JD Vance ou l’homme le plus riche et parmi les plus influents du monde, Elon Musk. Cela signifie que ces idées, ouvertement racistes et volontiers antisémites pourraient un jour revenir au pouvoir et qu’il faut informer, c‘est notre devoir, sur les conséquences qu’elles ont déjà eues par le passé avant de leur donner une deuxième chance. Enfin parce qu'il est encore permis d’en douter, permis au sens d' « autorisé ». Pour l’instant.

  4. -5 j

    Le roi d'Espagne en visite sensible à Ceuta après la crise migratoire

    Le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne sont attendus à Ceuta aujourd'hui avant un passage à Melilla demain. Les deux enclaves espagnoles sont toujours revendiquées par le Maroc. Cette visite intervient un peu plus de deux mois après la crise migratoire qui a vu plus de 70 000 marocains arriver à Ceuta. Une crise migratoire avec des conséquences en cascade et notamment un risque sur les relations bilatérales entre les deux pays.     La dernière fois qu'un roi d'Espagne était venu à Ceuta, c'était en 2007 et c'était le roi Juan Carlos. Cela avait entraîné une vive réaction marocaine. Le roi Mohammed VI avait à l'époque rappelé son ambassadeur à Madrid. Cette fois-ci, pour l'instant, rien de tout ça. Pas de commentaire officiel en provenance de Rabat sur une éventuelle communication entre les deux palais pour préparer la visite, même si le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré que le roi Felipe VI n'avait besoin de l'accord de personne pour se rendre à Ceuta.  Sahara occidental Il y a plusieurs explications à cette mesure remarquable. La première, c'est que malgré des fuites de rapports la police espagnole, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a bien pris soin de ne pas incriminer les autorités marocaines dans la crise de la fin du mois de juillet. Cela a sans doute été apprécié à Rabat. Il y a aussi le soutien espagnol depuis 2022 au plan marocain d'autonomie du Sahara occidental qualifié de « base la plus sérieuse crédible et réaliste » pour résoudre le conflit. La question du Sahara occidental, autrefois sous tutelle espagnole est l'alpha et l'omega de la politique étrangère marocaine. Enfin, les deux pays ont des relations et des dossiers en commun à gérer, comme par exemple la co-organisation de la coupe du monde football en 2030.   À lire aussiAprès la crise migratoire, le roi d'Espagne effectue une visite sous haute tension à Ceuta Limites du modèle actuel D'ailleurs le roi du Maroc n'a pas dit autre chose. Dans un discours pour l'ouverture de la première session du nouveau Parlement issu des dernières législatives, le roi n'a pas remis en cause pour l'instant le partenariat avec l'Espagne et il a admis que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites. Il reconnait donc des dysfonctionnements et annonce une vision stratégique et une orientation nouvelle.   Thème de campagne électorale En revanche, Mohammed VI a dénoncé l'exploitation politique de la crise. Il a bien remarqué que la crise migratoire est bien partie pour être l'un des thèmes majeurs de la campagne des élections anticipées du 29 novembre en Espagne. Le président du parti populaire, en tête des sondages, est venu lancer sa campagne à Ceuta. Le président du parti d'extrême droite Vox a fait la même chose hier. Il était accompagné du président du Rassemblement national français, Jordan Bardella. En essayant d'oublier les accusations d'antisémitisme dont il fait l'objet en France et qu'il conteste, il a prévenu que ce qui s'est passé à Ceuta pourrait être le destin de l'Europe. Il a par ailleurs salué la décision de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni de mettre en place des contrôles aux frontières avec l'Espagne. C'est peut-être aussi l'une des raisons du calme affiché par les autorités marocaines. Elles savent qu'une importante série d'élections arrive en Europe. Et elles n'ont peut-être pas envie d'alimenter une crise qui a le potentiel de s'étendre aux plus importants pays du continent européen.   À lire aussiLa visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au delà des clivages politiques»

  5. -6 j

    Pressé d'en finir en Ukraine avant ses élections, Donald Trump sème la confusion

    C'était un week-end de confusion dans le dossier ukrainien. D'abord avec l'annonce d'un accord de fourniture de diesel russe pour les marchés américains et mondiaux, à la grande colère des autorités ukrainiennes. Donald Trump a ensuite appelé au remplacement de Volodymyr Zelensky. Et enfin l'annonce par le président américain d'un accord de cessez-le-feu énergétique entre les deux belligérants.   C'est une annonce qui a surpris tout le monde. Elle est comme souvent venue d'une publication de Donald Trump sur les réseaux sociaux. Et elle a surpris le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui se dit prêt à l'accepter si la Russie en fait de même. On attend toujours la réponse officielle de Moscou. Elle est venue par le bombardement d'installations électriques ukrainiennes après l'annonce de Donald Trump, ce qui doit signifier que l'accord n'est pas tout à fait finalisé.  Soutien des puissances occidentales Cela fait quelques temps qu'il en est question. La guerre fait mal aux deux camps. Les frappes de drones ukrainiennes réduisent capacités de raffinage, de production et de financement de la Russie. Moscou tente à nouveau, pour le cinquième hiver d'affilée, de plonger l'Ukraine dans le noir et dans le froid. C'est pour cela qu'il est question de ce cessez-le-feu énergétique au moins depuis l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. Avec le soutien des puissances occidentales, en particulier la France et le Canada.  Pression sur l'Ukraine Si Donald Trump fait cela, c'est aux dépens de l'Ukraine et de Volodymyr Zelensky et donc au bénéfice de la Russie. Là aussi, ce n'est pas une surprise. Il faut se souvenir du guet-apens tendu au président ukrainien dans le bureau ovale en février 2025 avant qu'il soit chassé de la Maison Blanche, puis du plan de paix américain de novembre dernier qui reprenait quasiment intégralement les conditions russes, puis le tarissement de l'aide militaire américaine, sans compter les invitations à des responsables russes lors des différentes instances du G20 organisé par les États-Unis, jusqu'à inviter Vladimir Poutine au sommet et à ce coup de fil entre les deux présidents russes et américains vendredi. Il est assez clair que Donald Trump fait pression sur l'Ukraine pour mettre fin à la guerre.   Attendre le verdict des urnes C'est vrai que bientôt cinq ans, c'est long. Et depuis qu'il est de retour à la Maison Blanche, cette guerre est un problème pour ce que Donald Trump estime être son image de fin négociateur. Il a lui-même déclenché une guerre en Iran qui déstabilise l'ensemble du Moyen-Orient et pèse sur les prix du carburant et dont il ne sait comment sortir. C'est donc une solution de facilité de s'en prendre à Volodymyr Zelensky à moins d'un mois des élections de mi-mandat. C'est l'horizon actuel du président américain. Tout le monde le sait. Y compris les Européens. Ils savent qu'il ne faut pas le critiquer en public et qu'avec lui, c'est souvent le dernier qui lui a parlé qui a raison. Et le dernier qui lui a parlé, c'est Vladimir Poutine, vendredi. Pour l'instant, il n'y a pas d'autre choix que d'attendre le verdict des urnes aux États-Unis et de reprendre le dialogue ensuite. À lire aussiTrump assure que la Russie et l'Ukraine ont conclu un «cessez-le-feu énergétique», Zelensky tempère

  6. 9 oct.

    Pourquoi continuer à attribuer le prix Nobel de la paix

    Le très prestigieux prix Nobel de la paix est remis aujourd'hui à Oslo. C'est une tradition bien établie depuis 1901, mais ces dernières années, l'attribution du prix a été soumise à polémique dans un monde plus en plus anxiogène, et dans un climat de plus en plus tendu.  Évidemment, dès qu'il y a polémique internationale, il y a un nom qui revient souvent ces dernières années. C'est celui de Donald Trump. Il ne devrait pas l'avoir cette année après avoir attaqué le Venezuela et l'Iran. Et d'ailleurs, il fait moins campagne pour l'obtenir que l'an dernier quand il affirmait avoir mis fin à huit guerres en huit mois. Il n'avait pas réussi à convaincre le comité Nobel, qui lui avait préféré l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado. Elle n'avait pas échappé à l'ombre de Donald Trump et avait finalement remis sa médaille au président américain. Cela ne lui a pas servi à grand-chose, puisque depuis Donald Trump qui a fait déposer et enlever Nicolas Maduro n'a pas de mots assez aimables pour Delcy Rodriguez, issue du régime qui refuse toujours l'entrée du pays à Maria Corina Machado.   Déceptions Donald Trump n'est pas la seule origine des soucis du comité Nobel. Il y a aussi des choix effectués par le passé et qui ont déçu par la suite. Les exemples sont nombreux. Citons l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, lauréate en 1991 pour sa lutte non violente pour la démocratie et les droits humains. Devenue présidente de son pays son attitude au moment des exactions de l'armée birmane contre les musulmans rohingya lui a été reprochée. Désigné quelques mois après son élection en 2009, Barack Obama deviendra le président américain qui fera un usage immodéré des drones en Afghanistan et détournera le regard des lignes rouges qu'il avait lui-même fixé à Bachar el-Assad au début de la guerre en Syrie. Enfin, encore plus récemment, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été récompensé en 2019 pour ses efforts pour la paix entre son pays et l'Érythrée. Il s'est lancé l'année suivante dans une guerre contre les rebelles du Tigré qui a tué plus de 600 000 morts, l'une des guerres les plus épouvantables de ces dernières années et qui est au bord de reprendre.   Montrer l'exemple  Alors il y a plusieurs solutions. Certaines ont été testées, comme davantage donner le prix à des organisations ou à des causes plutôt qu'à des personnalités politiques susceptibles de décevoir. Il y a aussi la solution de ne pas attribuer le prix, tout simplement. Cela existe. Exemple le prix Mo Ibrahim, du nom d'un milliardaire anglo-soudanais, pour la bonne gouvernance en Afrique. Faute d'ancien dirigeant satisfaisant aux critères, il n'a pas été attribué depuis cinq ans. Et puis le climat général n'est pas forcément à la paix, mais plutôt au retour de la loi du plus fort et de la guerre dans les relations internationales. Mais il faut dire que les seules fois où le prix Nobel de la paix n'a pas été attribué, c'était pendant les deux Guerres mondiales. Ce serait un symbole un peu trop fort et en ces temps troublés, il est peut-être encore temps de montrer l'exemple de ceux qui défendent la paix.

  7. 8 oct.

    Marco Rubio en Grèce pour secouer des Européens pris en étau

    Le secrétaire d'État américain Marco Rubio était à Athènes mercredi 7 octobre. Au programme, une rencontre avec les dirigeants conservateurs grecs, mais surtout un discours pour réveiller, pour secouer l'Europe, dans un lieu historique et symbolique. La colline athénienne de la Pnyx présente l'avantage d'offrir une vue imprenable sur celle de l'Acropole et le Parthénon et d'offrir de superbes images depuis des siècles. Emmanuel Macron avait parlé d'Europe au même endroit en 2017. Pour Marco Rubio, l'objectif était double. Un : placer les États-Unis de Donald Trump dans la lignée de la Grèce antique, sans oublier de passer par l'étape du christianisme, en faire leur héritier direct sur le plan architectural, politique, dans le côté pionnier, explorateur et même militaire. Par exemple, il a parlé à la fois de la guerre contre l'Iran et de la bataille des Thermopyles où 300 spartiates s'étaient sacrifiés face à l'armée perse, ancêtre de l'Iran. Une histoire reprise par Hollywood dans un film à voir quand on est amateur de péplum et d'amitiés viriles. Deux : appeler l'Europe à sortir de sa torpeur et à assumer elle aussi ses racines et rejoindre ce mouvement, de choisir la puissance nationale plutôt que d'en avoir honte.   Redresser la trajectoire Ce discours n'est pas nouveau. C'est celui que l'on retrouve dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée par la Maison Blanche et où il est expliqué que l'Europe s'est perdue en chemin et qu'il est nécessaire de redresser sa trajectoire idéologique. Il est répété inlassablement depuis la campagne Trump 2024 de manière plus ou moins virulente. Plutôt plus quand il s'agit du vice-président J.D. Vance à la conférence sur la sécurité de Munich en 2025 ou quand on confie la mission au secrétaire à la guerre Pete Hegseth de demander à ses homologues de l'Otan de faire plus pour la défense de l'Europe. C'est dit de manière un peu plus agréable, un peu plus diplomatique, enrobé dans des références historiques et philosophiques quand c'est Marco Rubio, un républicain à l'origine un peu plus traditionnel.   Déchristianisation Il y a un autre pays qui a un discours un peu similaire, c'est la Russie. C'est un peu la même chose quand Moscou parle de déclin de l'Europe en citant la responsabilité de l'immigration, comme à Washington, ou le rôle des minorités LGBT. Même discours sur la déchristianisation de l'Europe qui oublie ses propres racines. Il est intéressant d'ailleurs de noter que ce discours religieux est aussi en lien avec la Grèce, via l'autre branche du christianisme, le christianisme orthodoxe.   Mettre l'Europe au pas Le discours se présente sous des aspects philosophiques, mais le but est très prosaïque. Il s'agit de mettre l'Europe au pas, tout simplement. Côté américain en la plaçant en position de suiveuse des États-Unis. Objectif réel : permettre aux entreprises américaines de s'y déployer sans entraves réglementaires, notamment les géants du numérique. Côté russe, l'idée est clairement de l'affaiblir pour arrêter le soutien à l'Ukraine et reprendre pied dans ce que le Kremlin considère comme les marches de sa zone d'influence historique et sur laquelle il entend reprendre le contrôle. Contrôle perdu depuis que les pays de l'Est ont rejoint une Europe désormais prise en tenaille entre deux empires.    À lire aussiGrèce: des manifestants dans le centre d'Athènes pour protester contre la visite de Marco Rubio

  8. 7 oct.

    Vladimir Poutine continue sa fuite en avant et appuie sur l'accélérateur

    C'est l'anniversaire de Vladimir Poutine aujourd'hui. Le président russe a désormais 74 ans. Et dans sa guerre en Ukraine, qu'il a déclenché il y a plus de quatre ans, il ne donne aucun signe changement d'attitude ou d'inflexion stratégique malgré les difficultés.       Les obstacles sont réels. Absence de progression sur la ligne de front. Vulnérabilité aux attaques de drones de l'Ukraine dans la profondeur du territoire russe, avec une ampleur toujours plus importante. Des centaines, parfois plus d'un millier de drones comme le 20 septembre, dernier jour des élections législatives en Russie. À chaque fois, des victimes, et des infrastructures pétrolières visées. Résultat : une diminution des capacités de raffinage, de distribution et d'exportation. Des pénuries et des revenus en moins et donc une pression fiscale et économique accrue sur les Russes.  Davantage de moyens pour la guerre Et la réponse, c'est encore plus de guerre. Malgré les difficultés, le budget de la défense est en hausse et ce n'est pas près de s'arrêter puisque cette hausse est déjà programmée jusqu'à l'horizon 2029. Cela signifie davantage de drones, davantage de missiles et davantage de moyens pour les guerres plus ou moins hybrides. Le message, c'est que le président russe peut continuer comme ça aussi longtemps qu'il le souhaite et aussi longtemps que nécessaire pour atteindre ses objectifs stratégiques de soumission de l'Ukraine. Bien qu'il n'ait pas procédé à la mobilisation générale crainte pour après les élections législatives, il a tout de même augmenté les effectifs de l'armée russe de 50 000 hommes.  Rhétorique menaçante La pression est toujours plus forte sur l'Ukraine et ses partenaires. Les missiles contre lesquels le pays n'a pas suffisamment de moyens antiaériens, continuent de pleuvoir sur les villes et les installations énergétiques, de même que les drones. Les autorités de Kiev doivent mettre en place des mesures de restriction sur l'électricité. Les cibles civiles sont toujours visées. La dernière tactique, c'est l'attaque contre des ponts de Kiev empruntés quotidiennement par des milliers de personnes. Parallèlement, la Russie augmente sa rhétorique menaçante contre les soutiens de l'Ukraine et notamment européens. Le week-end dernier, elle est revenue à sa menace de l'usage de l'arme nucléaire comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. Cette fois si un pays s'en prenait à l'enclave russe de Kaliningrad entre Lituanie et Pologne.   Faire des affaires Pourquoi Vladimir Poutine choisit la fuite en avant ? Parce que c'est son caractère, mais aussi parce qu'il n'est pas seul. Il est loin d'être un pestiféré. Il est aidé par ses partenaires : la Chine, qui malgré les demandes répétées continue à fournir des pièces nécessaires à l'industrie d'armement russe. Le soutien est aussi affiché diplomatiquement, à travers par exemple les bonnes relations montrées lors du dernier sommet de l'organisation de coopération de Shanghaï au Kirghizstan. Mais pas seulement. Vladimir Poutine a reçu une invitation pour le sommet du G20 organisé à la fin de l'année par les États-Unis, où l'entourage du président ne cache pas son impatience de pouvoir faire des affaires et de renforcer ses liens financiers avec la Russie. Ils existent déjà. Un oligarque russe qui affirme avoir été remboursé depuis, a avancé les frais du mariage de Don Jr aux Bahamas. Et des proches de Donald Trump se préparent à acheter des actifs du géant énergétique russe Lukoil, officiellement pour favoriser la paix et faire baisser les prix de l'énergie.

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Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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