Choses à Savoir HISTOIRE

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  1. 1h ago

    Pourquoi une coupe de cheveux était interdite dans la Rome antique ?

    À Rome, il y a environ 1 600 ans, une coiffure aujourd’hui parfaitement banale pouvait vous attirer des ennuis avec les autorités : les cheveux longs. Nous sommes en 416 après Jésus-Christ. L’Empire romain d’Occident traverse une période particulièrement difficile. Six ans plus tôt, en 410, Rome a été prise et pillée par les Wisigoths d’Alaric. L’événement a profondément traumatisé les Romains : la Ville éternelle, qui n’avait pas été prise par un ennemi étranger depuis des siècles, s’est révélée vulnérable. C’est dans ce contexte que les empereurs Honorius et Théodose II promulguent une loi interdisant le port des cheveux longs dans Rome. Le texte parle de maiores crines, littéralement de « cheveux plus longs ». Il interdit également certaines tenues faites de peaux animales. Même les esclaves sont concernés. Mais pourquoi l’État romain se préoccupait-il de la longueur des cheveux ? Parce qu’à l’époque, l’apparence est aussi une manière d’afficher son identité. Les cheveux longs sont notamment associés à certaines populations germaniques installées dans l’Empire ou employées dans l’armée romaine. Des guerriers et dignitaires d’origine germanique apparaissent d’ailleurs dans l’iconographie avec de longues chevelures. Après le sac de Rome, voir des Romains adopter ce type de coiffure pouvait donc être perçu comme une imitation de ceux que les élites romaines considéraient comme des peuples étrangers, les externae gentes. Une étude récente consacrée à cette loi suggère précisément que l’objectif était probablement moins d’interdire aux « barbares » d’entrer dans Rome que d’empêcher les Romains eux-mêmes d’adopter leurs modes. Il faut cependant nuancer : les historiens débattent des motivations exactes. L’interdiction s’inscrit aussi dans un ensemble de règles destinées à préserver les codes vestimentaires et les hiérarchies sociales de la capitale. Rome avait déjà réglementé certaines tenues, notamment les pantalons, jugés trop éloignés de l’apparence traditionnelle romaine. La coiffure devient donc une affaire politique. Dans une Rome fragilisée, conserver une apparence « romaine » revient symboliquement à défendre l’identité de l’Empire. Et quelques années seulement après le passage des Wisigoths, porter les cheveux longs pouvait être vu non comme une simple fantaisie esthétique, mais comme le signe inquiétant que les coutumes de ceux qui avaient vaincu Rome étaient en train de séduire les Romains eux-mêmes. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  2. 1d ago

    Pourquoi certains Juifs ont-ils reçu le titre "d'aryen d'honneur" ?

    Le régime nazi prétendait fonder sa politique sur une distinction rigide entre les « Aryens » et les Juifs. Pourtant, dans la pratique, il lui arriva de contourner ses propres règles et d’accorder à certaines personnes d’origine juive un statut exceptionnel. On les qualifiait alors parfois d’« Aryens d’honneur ». Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux lois de Nuremberg de 1935. Elles classaient les habitants en fonction de l’origine de leurs grands-parents. Certaines personnes étaient considérées comme juives, tandis que d’autres, ayant une ascendance juive partielle, étaient classées comme « Mischlinge », c’est-à-dire métisses selon la terminologie raciale nazie. Mais ces classifications pouvaient poser problème au régime lui-même. Certains hommes ayant des origines juives étaient des militaires importants, des scientifiques réputés, des industriels utiles ou encore d’anciens proches du parti nazi. Plutôt que de renoncer à son idéologie raciale, le pouvoir créa donc des exceptions. L’expression « Aryen d’honneur », ou Ehrenarier en allemand, désignait ainsi couramment quelqu’un qui aurait dû subir certaines discriminations raciales, mais que les autorités décidaient de traiter, totalement ou partiellement, comme un « Aryen ». Il ne s’agissait cependant pas d’une catégorie juridique clairement définie : les exemptions pouvaient prendre différentes formes et dépendaient largement du bon vouloir des dirigeants nazis. Un cas célèbre est celui d’Emil Maurice, l’un des premiers compagnons d’Hitler et membre de la SS. Lorsque ses origines juives furent découvertes, Hitler intervint personnellement pour lui permettre de rester dans l’organisation. Le général de la Luftwaffe Erhard Milch bénéficia lui aussi d’un traitement particulier lorsque des interrogations apparurent sur son ascendance. Ces exceptions révèlent surtout le caractère arbitraire du système nazi : les prétendues règles biologiques pouvaient être modifiées lorsque les intérêts politiques, militaires ou personnels du régime l’exigeaient. On retrouve des situations comparables dans la France occupée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif et révoqué de l’université par le régime de Vichy, se vit notamment proposer une forme d’« aryanisation ». Il refusa, estimant qu’il n’avait pas à demander pardon pour une origine dont il n’avait évidemment pas à avoir honte. L’existence des « Aryens d’honneur » montre donc une contradiction fondamentale du nazisme : une idéologie prétendument fondée sur des lois raciales absolues pouvait elle-même suspendre ces lois lorsqu’une personne devenait suffisamment utile au régime. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  3. 2d ago

    Pourquoi Raoul Minot photographiait-il les nazis en secret ?

    Pendant l’Occupation, certains résistants transportaient des messages, d’autres sabotaient des voies ferrées ou recueillaient des renseignements. Raoul Minot, lui, choisit une arme beaucoup plus discrète : un appareil photo. Né en 1893 à Montluçon, Raoul Minot est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Dans les années 1940, il travaille au grand magasin du Printemps, à Paris. Passionné de photographie, il décide, après l’entrée des Allemands dans la capitale en juin 1940, de documenter ce qu’il voit autour de lui. Son appareil est modeste : un petit Kodak Brownie, facile à dissimuler. Mais son geste est risqué. Les autorités allemandes interdisent rapidement de photographier librement les installations militaires, les soldats ou certains lieux publics. Être surpris en train de prendre des clichés peut entraîner une arrestation. Malgré cela, Raoul Minot photographie Paris pendant plusieurs années. Il saisit les soldats allemands dans les rues, les véhicules militaires, les affiches de propagande, les bâtiments réquisitionnés, mais aussi la vie quotidienne des Parisiens sous l’Occupation. Son travail ne se limite pas à prendre des images. Minot note souvent avec précision le lieu, la date et parfois l’heure de ses photographies. Il ajoute également des commentaires ironiques ou hostiles à l’occupant. Ses clichés constituent donc à la fois un témoignage historique et potentiellement une source de renseignements. Grâce au laboratoire photographique du Printemps, il peut faire développer ses pellicules. Certaines images circulent ensuite par l’intermédiaire de connaissances liées à la Résistance. Mais cette activité clandestine finit par attirer l’attention. Raoul Minot est dénoncé. Arrêté en 1943, il est emprisonné à Fresnes, puis interné au camp de Compiègne avant d’être déporté en Allemagne. Il passe notamment par le camp de concentration de Mauthausen puis par celui de Buchenwald, où il est soumis au travail forcé. En avril 1945, alors que le régime nazi s’effondre, Raoul Minot est finalement libéré par les forces américaines. Mais il est extrêmement affaibli par la déportation. Il meurt quelques jours plus tard, le 28 avril 1945. Pendant des décennies, son nom reste largement oublié. Ce n’est que bien plus tard que son rôle est redécouvert et que ses photographies peuvent être attribuées avec certitude. Raoul Minot laisse ainsi un témoignage exceptionnel : celui d’un homme ordinaire qui, au risque de sa vie, décida de conserver des preuves visuelles du Paris occupé. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  4. 3d ago

    Quel roi aveugle a participé à une bataille ?

    En 1346, lors de la célèbre bataille de Crécy, un roi presque totalement aveugle décida malgré tout de se jeter au cœur des combats. Cet homme était Jean Ier de Luxembourg, plus connu sous le nom de Jean de Bohême. Né en 1296, Jean devient roi de Bohême en 1310 grâce à son mariage avec Élisabeth de Bohême. Mais contrairement à l’image d’un souverain restant prudemment dans son palais, Jean est avant tout un chevalier. Il participe à de nombreuses campagnes militaires à travers l’Europe et acquiert une réputation de combattant courageux. Avec l’âge, pourtant, sa santé se dégrade. Une maladie des yeux le rend progressivement aveugle, probablement au début des années 1340. Cela ne l’empêche pas de continuer à prendre part aux affaires militaires. Le 26 août 1346, pendant la guerre de Cent Ans, les armées du roi de France Philippe VI affrontent celles du roi anglais Édouard III près de Crécy, dans le nord de la France. Jean de Bohême combat alors aux côtés des Français. Le souverain a environ 50 ans et ne peut plus voir le champ de bataille. Lorsqu’il comprend que les combats font rage, il demande pourtant à ses hommes de le conduire jusqu’à l’ennemi. Selon le récit traditionnel, notamment rapporté par les chroniqueurs médiévaux, plusieurs de ses chevaliers auraient alors attaché leurs chevaux à celui du roi, à l’aide de rênes ou de liens. L’objectif était simple : rester groupés afin que Jean, incapable de voir où il allait, puisse charger avec eux. Le petit groupe s’élance alors vers les lignes anglaises. Aucun n’en revient vivant. Après la bataille, Jean de Bohême est retrouvé mort sur le terrain avec ses compagnons. Son décès devient rapidement l’un des épisodes les plus célèbres de Crécy et un symbole de l’idéal chevaleresque médiéval : celui d’un roi préférant mourir au combat plutôt que rester à l’écart en raison de son handicap. Un autre épisode célèbre est associé à sa mort. Selon une tradition dont l’exactitude historique reste discutée, le fils d’Édouard III, le futur « Prince Noir », aurait ensuite adopté l’emblème de Jean de Bohême, les plumes d’autruche, ainsi que sa devise allemande « Ich Dien », qui signifie « Je sers ». Les trois plumes sont encore aujourd’hui associées au prince de Galles. Ainsi, à Crécy, l’un des épisodes les plus étonnants de la guerre de Cent Ans fut la dernière charge d’un roi qui ne pouvait même plus voir son ennemi. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  5. 5d ago

    Pourquoi un « bal des seins nus » a-t-il eu lieu à Chenonceau ?

    En 1577, le château de Chenonceau est le théâtre de l’une des fêtes les plus étonnantes de la Renaissance française. Catherine de Médicis, veuve d’Henri II et mère du roi Henri III, vient de faire construire sur le pont jeté au-dessus du Cher une immense galerie de 60 mètres de long. Cette nouvelle salle, destinée aux réceptions et aux bals, est inaugurée cette année-là par de somptueuses festivités. L’épisode est resté dans l’histoire sous le nom de « bal des seins nus ». Le chroniqueur Pierre de L’Estoile raconte en effet qu’au cours d’un banquet, les plus belles dames de la cour assurèrent le service « à moitié nues », les cheveux défaits. Attention cependant : les récits modernes ont parfois accentué le caractère orgiaque de la soirée. Le témoignage contemporain parle surtout d’une mise en scène très audacieuse, typique des spectacles de cour de la Renaissance. Pourquoi une telle provocation ? D’abord parce que Catherine de Médicis utilise les fêtes comme de véritables instruments politiques. En 1577, la France sort à peine d’un nouvel épisode des guerres de Religion. Le frère du roi, François, duc d’Anjou, vient notamment de participer à la prise de La Charité-sur-Loire. Banquets, costumes extraordinaires, musique et spectacles servent à célébrer la puissance de la monarchie et à impressionner la noblesse. Mais cette fête s’inscrit aussi dans une période où l’image d’Henri III fait l’objet de violentes critiques. Le roi aime les vêtements raffinés, les bijoux et les cérémonies sophistiquées. Il s’entoure également de jeunes favoris, surnommés les « mignons ». Ses adversaires politiques exploitent ces habitudes pour le présenter comme efféminé et lui prêter des relations sexuelles avec ses favoris. Une interprétation souvent avancée veut donc que Catherine ait exposé les charmes des femmes de la cour pour réaffirmer publiquement l’hétérosexualité de son fils, d’autant qu’Henri III, marié depuis deux ans, n’a toujours pas d’héritier. Mais il faut rester prudent : nous n’avons pas de preuve que ce fut réellement l’objectif de Catherine. Les historiens modernes soulignent aussi que le mot « mignon » désignait avant tout un favori du roi et que les accusations d’homosexualité provenaient largement de ses ennemis. Le fameux « bal érotique » de Chenonceau révèle donc surtout quelque chose de la Renaissance : à la cour, le divertissement était aussi une forme de communication politique. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  6. Sep 25

    Pourquoi les montres étaient-elles autrefois réservées aux femmes ?

    Aujourd’hui, porter une montre au poignet semble parfaitement banal. Pourtant, il y a un peu plus d’un siècle, un homme élégant aurait souvent préféré sortir une montre de sa poche plutôt queAujourd’hui, porter une montre au poignet semble parfaitement banal. Pourtant, il y a un peu plus d’un siècle, un homme élégant aurait souvent préféré sortir une montre de sa poche plutôt que d’en attacher une à son poignet. La montre-bracelet était alors largement considérée comme un accessoire féminin. Pendant une grande partie du XIXe siècle, les hommes utilisent surtout la montre à gousset. Le mot « gousset » désigne la petite poche aménagée dans le gilet pour accueillir cette montre, généralement reliée à une chaîne. Sortir sa montre de sa poche fait même partie des codes vestimentaires masculins de l’époque. Les premières montres portées au poignet suivent une autre histoire. Elles sont souvent conçues comme des bijoux pour femmes : de petites montres délicates intégrées à des bracelets précieux. Aux XVIIIe et XIXe siècles, des femmes de l’aristocratie en portent déjà, puis cette mode se développe davantage à la fin du XIXe siècle. Le problème est qu’à cette époque, le bracelet lui-même est fortement associé à la parure féminine. Beaucoup d’hommes considèrent donc la montre-bracelet comme trop raffinée, voire efféminée. Une « vraie » montre masculine reste une montre de poche. Mais les militaires vont progressivement bouleverser cette perception. Bien avant 1914, certains officiers comprennent qu’une montre de poche est peu pratique lorsqu’on monte à cheval, qu’on pilote un avion ou qu’on participe à des manœuvres. Il faut lâcher ce que l’on tient, fouiller dans une poche, ouvrir parfois le boîtier, puis ranger la montre. Au poignet, en revanche, l’heure est visible en une fraction de seconde. La Première Guerre mondiale accélère brutalement cette évolution. Dans les tranchées, la coordination des opérations devient essentielle. Il faut synchroniser les tirs d’artillerie, les déplacements des soldats ou le déclenchement d’une attaque. Consulter rapidement l’heure devient donc une nécessité militaire. Les officiers portent de plus en plus de montres équipées de bracelets en cuir, parfois appelées « trench watches », les montres de tranchée. En 1917, une revue horlogère britannique remarque même que la montre-bracelet, autrefois peu utilisée par les hommes, est désormais visible au poignet de presque tous les hommes en uniforme. Après la guerre, des millions d’hommes ont vu ou utilisé ce type de montre. Son image change complètement : elle n’est plus seulement un bijou féminin, mais un objet pratique, moderne et même militaire. Ironie de l’histoire : ce qui paraissait autrefois trop féminin pour un homme allait devenir, au cours du XXe siècle, l’un des accessoires masculins les plus classiques au monde. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  7. Sep 24

    Comment Vitellius a-t-il réussi à se faire détester en seulement huit mois ?

    En l’an 69 après Jésus-Christ, Rome traverse l’une des périodes les plus chaotiques de son histoire : « l’année des quatre empereurs ». En quelques mois, Galba, Othon, Vitellius puis Vespasien se disputent le pouvoir. Parmi eux, Vitellius va laisser une réputation particulièrement désastreuse. Lorsqu’il devient empereur, Vitellius n’a pas été choisi par le peuple romain ni véritablement par le Sénat. Gouverneur de Germanie inférieure, il est proclamé empereur par ses légions au début de l’année 69. Ses troupes marchent alors sur l’Italie et affrontent celles de l’empereur Othon. Après leur victoire à la première bataille de Bedriacum, Othon se suicide et Vitellius devient maître de Rome. Mais son arrivée commence mal. Les soldats qui l’ont porté au pouvoir sont réputés turbulents et difficiles à contrôler. Vitellius apparaît donc rapidement comme un empereur dépendant de son armée. Il remplace notamment une partie de la garde prétorienne par des hommes qui lui sont fidèles, ce qui alimente les rancœurs. Surtout, les auteurs antiques dressent de lui le portrait d’un homme incroyablement glouton et dépensier. Suétone affirme qu’il pouvait participer à quatre banquets dans une même journée. On lui attribue même un plat gigantesque surnommé le « Bouclier de Minerve », composé de mets extravagants : foies de poissons, cervelles de paons, langues de flamants roses ou encore entrailles de lamproies. Dans un Empire tout juste ravagé par une guerre civile, cette démonstration de luxe fait évidemment mauvais effet. Vitellius est également accusé de cruauté. Suétone raconte qu’il faisait condamner des hommes pour des motifs parfois dérisoires. Là encore, prudence : les historiens qui racontent son règne écrivent après sa défaite, sous une dynastie fondée par son adversaire Vespasien. Son portrait a donc probablement été noirci. Mais Vitellius commet surtout une erreur politique majeure : il ne parvient pas à stabiliser l’Empire. Dès l’été 69, les légions d’Orient proclament Vespasien empereur. Puis les armées du Danube se rallient à lui et marchent sur l’Italie. Vitellius perd progressivement tout contrôle de la situation. En décembre, Rome devient elle-même un champ de bataille. Le Capitole est incendié lors des combats. Les partisans de Vespasien prennent finalement la ville. Vitellius tente de se cacher, mais il est découvert, traîné dans les rues, humilié puis tué. Il n’aura régné qu’environ huit mois. Son destin illustre parfaitement une règle brutale de la Rome impériale : être proclamé empereur par une armée pouvait vous donner le pouvoir très rapidement… mais certainement pas vous garantir de le conserver. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

  8. Sep 23

    Qui étaient les Golden Thirteen ?

    En 1944, près de 100 000 Afro-Américains servent dans la marine américaine. Pourtant, aucun n’est encore officier. La Navy reste alors profondément ségrégée, et une partie de sa hiérarchie doute ouvertement que des marins noirs puissent exercer des fonctions de commandement. C’est dans ce contexte que va naître le groupe surnommé plus tard les Golden Thirteen. En janvier 1944, 16 marins afro-américains sont sélectionnés pour suivre une formation d’officier au centre naval de Great Lakes, près de Chicago. Premier obstacle : alors que la formation habituelle dure environ 16 semaines, ils doivent assimiler le programme en seulement huit semaines. Les candidats ont le sentiment qu’on leur impose volontairement des conditions particulièrement difficiles. Ils décident alors de fonctionner comme une véritable équipe. Après l’extinction des lumières, ils continuent à étudier ensemble, parfois à la lampe torche. Ceux qui maîtrisent mieux certaines matières enseignent aux autres. Le résultat est spectaculaire : les 16 réussissent. Mieux encore, leurs notes sont tellement élevées que certains responsables à Washington soupçonnent une fraude. Une partie des examens leur est donc imposée une seconde fois. Et ils réussissent encore. La promotion obtient finalement une moyenne de 3,89 sur 4, un résultat exceptionnel, supérieur à celui habituellement observé dans les autres promotions d’officiers. Mais l’histoire prend alors une tournure révélatrice. Malgré la réussite des seize hommes, seuls douze deviennent enseignes de vaisseau. Un treizième, Charles B. Lear, est nommé warrant officer, un autre statut d’officier. Les trois derniers retournent dans les rangs des simples marins. Aucune explication officielle claire ne leur est donnée. Certains historiens ont avancé que la Navy ne voulait pas afficher un taux de réussite de 100 % pour cette première promotion noire, supérieur à celui des promotions blanches. Cette interprétation reste discutée, mais elle illustre le climat de l’époque. Ces treize hommes deviendront les Golden Thirteen, les premiers officiers noirs de l’histoire moderne de l’US Navy. Leur réussite représente bien plus qu’un simple succès scolaire. Elle démontre, au sein même d’une institution encore ségrégée, que les préjugés raciaux sur les capacités de commandement ne reposaient sur rien de concret. Quatre ans plus tard, en 1948, le président Harry Truman ordonnera officiellement la déségrégation des forces armées américaines. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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