Choses à Savoir HISTOIRE

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  1. 8H AGO

    Quelles sont les différences entre orthodoxes, protestants et catholiques?

    Deux milliards et demi de chrétiens dans le monde. Mais sous ce chiffre titanesque se cachent trois grandes familles qui ne prient pas tout à fait de la même façon, ne reconnaissent pas les mêmes autorités, et n'ont pas vécu la même histoire. Catholiques, orthodoxes, protestants — même Dieu, même Christ, trois chemins radicalement différents. Retour sur les grandes fractures du christianisme. Le Grand Schisme de 1054 — la première rupture Pendant un millénaire, l'Église chrétienne est théoriquement unie. Mais dès ses premiers siècles, une tension sourde grandit entre Rome et Constantinople — entre l'Occident latin et l'Orient grec. D'un côté, le Pape de Rome revendique une autorité suprême sur l'ensemble de la chrétienté. De l'autre, le Patriarche de Constantinople refuse cette primauté absolue. En 1054, la rupture devient officielle : c'est le Grand Schisme. L'Église catholique romaine d'un côté, l'Église orthodoxe de l'autre. Les orthodoxes rejettent l'autorité universelle du pape et fonctionnent selon un modèle collégial — chaque Église nationale, grecque, russe, serbe, éthiopienne, est autonome, gouvernée par son propre patriarche. Ils conservent une liturgie en grec ancien, des icônes omniprésentes, et une théologie qui met davantage l'accent sur la déification de l'homme — la theosis — que sur la rédemption des péchés. La Réforme protestante de 1517 — la deuxième fracture Cinq siècles plus tard, un moine allemand nommé Martin Luther cloue ses 95 thèses sur la porte d'une église de Wittenberg. Il dénonce la corruption de Rome, la vente des indulgences, l'intermédiaire clérical entre l'homme et Dieu. Son message central : le salut s'obtient par la foi seule, sola fide, et non par les œuvres ou les sacrements. L'autorité suprême n'est plus le pape — c'est la Bible seule, sola scriptura. Le protestantisme naît, se fragmente rapidement en luthéranisme, calvinisme, anglicanisme, et des centaines de dénominations qui existent encore aujourd'hui. Pas de pape, peu de hiérarchie, des offices sobres, une place centrale accordée à la prédication et à la lecture personnelle des Écritures. Ce qui les distingue en profondeur Trois points cristallisent les différences. L'autorité, d'abord : le pape pour les catholiques, les patriarches collégiaux pour les orthodoxes, la Bible seule pour les protestants. Les sacrements ensuite : sept pour les catholiques et les orthodoxes, deux seulement pour la plupart des protestants — le baptême et la Cène. Et enfin Marie : vénérée et centrale chez les catholiques et orthodoxes, beaucoup plus effacée dans la tradition protestante. Trois branches, une même source. Et des siècles de guerres, de réconciliations, et de dialogue théologique pour tenter, encore aujourd'hui, de renouer les fils d'un tissu déchiré. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    3 min
  2. 1D AGO

    Une “race de géants” a-t-elle existé ?

    Des guerriers de deux mètres et demi, aux visages féroces, cachés dans les cols de montagne du Canaan. Cette description ne vient pas d'un roman fantastique. Elle est gravée sur un papyrus vieux de 3 300 ans, conservé aujourd'hui au British Museum de Londres. Et depuis quelques mois, elle enflamme Internet. Alors — vérité historique ou fantasme antique ? Démêlons tout ça. Le Papyrus Anastasi I Le document s'appelle le Papyrus Anastasi I. Il date du XIIIe siècle avant notre ère, sous le règne de Ramsès II, en pleine XIXe dynastie égyptienne. Il a été acquis par le British Museum en 1839 auprès du collectionneur Giovanni Anastasi. Ce n'est donc pas une découverte récente — les égyptologues le connaissent depuis près de deux siècles. Dans ce texte, un scribe militaire nommé Hori écrit à son confrère Amenemope pour le ridiculiser sur sa méconnaissance de la géographie militaire du Levant. Il décrit les dangers d'un col de montagne en Canaan, et mentionne un peuple appelé les Shosu, des nomades semi-guerriers du sud du Levant. La phrase qui a mis le feu aux poudres est celle-ci : ces guerriers mesurent "de quatre à cinq coudées, du pied à la tête, avec des visages féroces et un cœur sans pitié." Une coudée royale égyptienne valant environ 50 centimètres, cela donne des hommes de 2 à 2,5 mètres. Pour les Égyptiens de l'époque, dont la taille moyenne oscillait autour d'1,55 mètre — c'était effectivement colossal. Le lien avec la Bible L'Association for Biblical Research, basée en Pennsylvanie, a relancé l'affaire en voyant dans ce texte une confirmation externe des géants de l'Ancien Testament — les Nephilim, les Réfaïm, les Anakim. Le rapprochement est tentant : même époque, même région géographique, même démesure physique. Ce que disent vraiment les chercheurs Mais les égyptologues sont formels : le Papyrus Anastasi I est avant tout une lettre satirique et pédagogique. Hori ne rédige pas un rapport militaire objectif — il exagère, dramatise, théâtralise pour impressionner son lecteur et démontrer la dangerosité du terrain. C'est de la rhétorique, pas du journalisme. Et surtout — aucun squelette de taille démesurée, aucune structure architecturale adaptée à de tels corps n'a jamais été mis au jour dans toute la région du Levant. Des hommes de grande stature ont bien existé — certaines populations du Proche-Orient ancien pouvaient atteindre 1,90 mètre, ce qui suffisait à impressionner des contemporains plus petits. Mais une race de géants ? Non. Ce que ce papyrus documente, c'est quelque chose de plus précieux encore : la façon dont les anciens transformaient la peur en légende — et dont nous faisons exactement la même chose, 3 300 ans plus tard. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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  3. 2D AGO

    Pourquoi Tolkien s'est-il obsédé pour un anneau maudit ?

    Un anneau d'or. Un vol. Une malédiction gravée dans le plomb. Et au bout du fil, un certain J.R.R. Tolkien. L'histoire de l'Anneau de Silvianus est l'une des plus fascinantes que l'archéologie nous ait jamais livrée — parce qu'elle se situe exactement à la frontière entre la réalité romaine et la fantasy du XXe siècle. Le vol et la malédiction Au IVe siècle après Jésus-Christ, un Romain du nom de Silvianus visite le temple celtique dédié au dieu guérisseur Nodens, sur les rives de la Severn dans le Gloucestershire, en Angleterre. Pendant sa visite — vraisemblablement pendant qu'il se baignait dans les thermes du temple — son anneau d'or lui est dérobé. Silvianus ne reste pas sans réagir. Il se rend au temple et grave sur une plaque de plomb — ce que les Romains appellent une defixio, une tablette de malédiction — une inscription en latin : "Au dieu Nodens. Silvianus a perdu son anneau et en a donné la moitié à Nodens. Parmi ceux qui se nomment Senicianus, ne permets aucune bonne santé jusqu'à ce qu'il soit rendu au temple de Nodens." Un homme qui vole un anneau, et une malédiction divine lancée sur le coupable. Le scénario vous rappelle quelque chose ? L'anneau retrouvé L'anneau lui-même est découvert en 1785 dans un champ près de Silchester, en Angleterre. Il est grand — 25 mm de diamètre, 12 grammes — peut-être conçu pour être porté sur un gant ou au pouce. Il porte dix facettes et un chaton carré gravé à l'effigie de la déesse Vénus, avec l'inscription : "Senicianus, vis en Dieu." La tablette de malédiction et l'anneau ne seront reliés l'un à l'autre qu'en 1929, par l'archéologue Sir Mortimer Wheeler. Tolkien entre en scène C'est là que tout bascule. Wheeler contacte son ami et collègue J.R.R. Tolkien, alors professeur de vieil anglais à Oxford, pour l'aider à identifier le nom du dieu Nodens mentionné sur la tablette. À plusieurs reprises, Tolkien se rend en personne au temple de Nodens pour enquêter sur le mystère. À cette époque, il commence à écrire Le Hobbit, publié en 1937. Inspiration réelle ou mythe tenace ? Les similitudes sont troublantes. Les deux anneaux sont en or et disparaissent mystérieusement. Silvianus sait qui lui a volé son bien et le maudit nommément — tout comme Gollum hurle "Voleur ! Voleur !" après Bilbo. Pourtant, le National Trust, gardien de l'anneau, précise que le lien avec Tolkien a souvent été présenté à tort comme une inspiration certaine — et qu'aucune preuve directe n'existe. La vérité est peut-être dans cet entre-deux : un anneau maudit, un professeur curieux, une imagination débordante. Parfois, l'Histoire n'a pas besoin de preuves pour faire naître des légendes. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

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  4. 3D AGO

    Qui a inventé l'encyclopédie ?

    Avant Google, avant Wikipédia, avant les 28 volumes de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert — il y avait un homme. Un Romain. Un général, administrateur, naturaliste et curieux compulsif. Son nom : Pline l'Ancien. Et il y a près de 2 000 ans, il a réalisé quelque chose d'absolument insensé : rassembler tout le savoir humain en un seul ouvrage. L'œuvre titanesque L'Historia Naturalis — l'Histoire naturelle — est achevée vers 77 après Jésus-Christ et dédiée à l'empereur Titus. C'est la première encyclopédie de l'Histoire. Elle compte 37 livres, couvre plus de 20 000 faits référencés, et mobilise les travaux de près de 500 auteurs différents — grecs, romains, orientaux. Pline lui-même revendique avoir lu plus de 2 000 ouvrages pour la composer. Un travail colossal, réalisé sans ordinateur, sans bibliothèque nationale, sans moteur de recherche. Juste une curiosité absolument dévorante et une discipline de fer. Ce qu'elle contient L'ambition est totale. Pline veut tout embrasser : la cosmologie et les astres, la géographie du monde connu, les animaux terrestres et marins, les végétaux, les minéraux, les remèdes, les arts, les techniques. Il décrit des éléphants capables de comprendre le latin, des pieuvres géantes attaquant des entrepôts de poissons, des arbres dont la sève guérit la cécité. Certaines descriptions sont rigoureuses, d'autres franchement légendaires — mais peu importe. Ce qui compte, c'est la démarche : observer, collecter, classer, transmettre. L'homme derrière l'œuvre Pline l'Ancien est un personnage hors norme. Il travaille la nuit, se fait lire à table, dicte ses notes en voiture pour ne pas perdre une seconde. Son neveu, Pline le Jeune, raconte qu'il dormait peu et lisait en permanence. Il finira d'ailleurs en martyr de la connaissance : en 79 après Jésus-Christ, lors de l'éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi, il s'approche trop près des côtes pour observer le phénomène et secourir des survivants. Il meurt asphyxié par les fumées volcaniques, stylet à la main. Un héritage indestructible L'Historia Naturalis traversera le Moyen Âge comme une bible du savoir antique. Des centaines de manuscrits en sont copiés à travers l'Europe. Elle sera l'un des premiers livres imprimés après la Bible, en 1469 à Venise. Pline voulait que rien ne se perde. Il a réussi. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    3 min
  5. 5D AGO

    Pourquoi le “Mouse Paradise” a-t-il tourné au cauchemar ?

    Le “Mouse Paradise”, souvent appelé “Universe 25”, est une célèbre expérience menée dans les années 1960-1970 par l’éthologiste américain John B. Calhoun. Son objectif était d’observer comment une population animale se comporte lorsqu’elle vit dans un environnement idéal, sans manque de nourriture ni de prédateurs. Le principe de l’expérience Calhoun construit un immense enclos parfaitement contrôlé pour des souris. Tout y est pensé pour créer une utopie pour rongeurs : nourriture et eau disponibles en permanence température stable absence de maladies et de prédateurs nombreux espaces pour nicher L’idée est simple : si les ressources sont illimitées, la population devrait croître jusqu’à atteindre un équilibre naturel. Une croissance spectaculaire… puis un effondrement L’expérience débute en 1968 avec seulement 8 souris. Pendant les premières phases, tout se passe comme prévu : la population augmente rapidement. Les souris se reproduisent et occupent progressivement l’espace. Mais lorsque la population devient très dense — environ plusieurs centaines d’individus — le comportement des animaux change radicalement. Calhoun observe alors ce qu’il appelle un “behavioral sink” (un effondrement comportemental). Les comportements observés Dans la colonie surpeuplée apparaissent des phénomènes inattendus : agressivité extrême entre individus abandon ou cannibalisme des petits incapacité à former des couples stables retrait social de certains individus Certains mâles deviennent ce que Calhoun appelle les “beautiful ones” : ils cessent toute interaction sociale, passent leur temps à manger, dormir et se toiletter. L’extinction de la colonie La reproduction finit par chuter. La population cesse d’augmenter puis décline progressivement. Malgré l’abondance de nourriture et d’espace encore disponible, la colonie finit par s’éteindre totalement. Pourquoi cette expérience est célèbre L’expérience Universe 25 a marqué les esprits parce qu’elle suggère que la surpopulation peut provoquer une désorganisation sociale profonde, même en l’absence de pénurie matérielle. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    2 min
  6. 6D AGO

    Comment l'empire romain a créé la première hyperinflation ?

    Voici les liens pour écouter l'épisode Pourquoi le tapis de course a-t-il été un instrument de torture ? Apple Podcasts: https://podcasts.apple.com/fr/podcast/pourquoi-le-tapis-de-course-a-t-il/id1048372492?i=1000756915527 Spotify: https://open.spotify.com/episode/1JZfMJW5Cu88LpK2VQlCSr?si=07106fbff27b41ac --------------------- Au IIIᵉ siècle de notre ère, l’Empire romain traverse une période de crises profondes. Les guerres aux frontières se multiplient, les empereurs se succèdent à un rythme effréné et l’armée devient de plus en plus coûteuse. Pour financer ces dépenses croissantes, l’État romain va recourir à une solution apparemment simple : dévaluer sa monnaie. Depuis longtemps, la pièce principale de l’économie romaine est le denier, une monnaie d’argent introduite au IIIᵉ siècle avant notre ère. Pendant des siècles, sa valeur repose sur la quantité réelle d’argent qu’elle contient. Mais au fil du temps, les empereurs commencent à réduire discrètement cette proportion. Au début du IIIᵉ siècle, les pièces contiennent encore une part importante d’argent. Mais face aux besoins financiers croissants — notamment pour payer les soldats — le pouvoir impérial accélère la dégradation monétaire. On frappe de plus en plus de pièces, tout en diminuant leur teneur en métal précieux. Le phénomène s’emballe rapidement. Vers la fin du IIIᵉ siècle, certaines monnaies ne contiennent plus que quelques pourcents d’argent, parfois moins de 5 %. Le reste est composé de métaux bien moins précieux comme le cuivre. Le problème est que les Romains comprennent vite ce qui se passe. Lorsque les gens réalisent que les nouvelles pièces valent moins que les anciennes, ils adoptent un comportement économique classique : ils gardent les bonnes monnaies et dépensent les mauvaises. Les anciennes pièces riches en argent sont thésaurisées ou fondues. Résultat : la monnaie qui circule est de plus en plus dévaluée. Les prix commencent alors à grimper rapidement. Les marchands exigent davantage de pièces pour compenser la perte de valeur. Dans certaines régions, la monnaie devient si peu fiable que le troc réapparaît dans les échanges quotidiens. Face à cette inflation incontrôlable, l’empereur Diocletian tente une solution radicale. En 301, il publie le célèbre édit sur les prix maximums. Ce texte fixe un plafond pour le prix de centaines de produits et de services, sous peine de sanctions extrêmement sévères, parfois la mort. Mais la mesure se révèle impossible à appliquer. Les commerçants refusent de vendre à perte, les produits disparaissent des marchés et un marché noir se développe rapidement. L’édit est finalement abandonné. Quelques années plus tard, une réforme monétaire plus efficace est menée par Constantine the Great. En 312, il introduit une nouvelle monnaie d’or appelée solidus, pesant environ 4,5 grammes d’or pur. Contrairement aux monnaies précédentes, cette pièce conserve une valeur stable. Le solidus inspire rapidement confiance. Il devient la monnaie de référence de l’Empire et restera utilisé pendant plus de sept siècles dans le monde byzantin. L’histoire de cette crise monétaire romaine illustre un principe économique toujours valable aujourd’hui : lorsque la confiance dans la monnaie disparaît, l’inflation peut rapidement devenir incontrôlable. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    4 min
  7. MAR 25

    Pourquoi la morgue de Paris attirait-elle des foules de curieux au XIXᵉ siècle ?

    Pour découvrir le podcast A la lueur de l'Histoire: Apple Podcast: https://podcasts.apple.com/us/podcast/a-la-lueur-de-lhistoire/id1849342597 Spotify: https://open.spotify.com/show/7HtLCQUQ0EFFS7Hent5mWd ------------------------------------------ Aujourd’hui, l’idée peut sembler macabre. Pourtant, au XIXᵉ siècle, visiter la morgue de Paris était une activité presque banale. Située près de Notre-Dame, sur le quai de l’Archevêché, la morgue est alors l’un des lieux les plus fréquentés de la capitale. Des milliers de Parisiens — et même des touristes — viennent y observer… des cadavres. Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord rappeler le rôle de la morgue à cette époque. La police parisienne y expose les corps de personnes mortes de manière inconnue ou suspecte : noyés repêchés dans la Seine, victimes d’accidents ou de crimes. L’objectif est simple : permettre au public de reconnaître les défunts afin de les identifier. Les corps sont placés derrière une grande vitre, légèrement inclinée, afin que les visiteurs puissent les voir facilement. L’entrée est gratuite, et chacun peut défiler devant les dépouilles. Mais très vite, la fonction utilitaire du lieu se transforme en véritable spectacle. Dans une société où les divertissements populaires sont encore limités — bien avant le cinéma ou la radio — la morgue devient un endroit où l’on vient chercher des frissons et des émotions fortes. Les journaux racontent les affaires criminelles avec force détails, et les Parisiens se rendent à la morgue pour voir de leurs propres yeux les victimes évoquées dans la presse. Le lieu attire parfois des foules impressionnantes. Lorsqu’un crime particulièrement médiatisé survient, on peut compter des dizaines de milliers de visiteurs en quelques jours. La morgue devient ainsi une forme de tourisme macabre. Des vendeurs ambulants s’installent même à proximité pour profiter de l’afflux de curieux. Ce succès s’explique aussi par la fascination du XIXᵉ siècle pour la mort et la criminalité. À cette époque, les exécutions publiques attirent déjà d’immenses rassemblements. Les faits divers sont largement diffusés dans les journaux, qui connaissent alors un essor spectaculaire. Observer les corps exposés permet au public de confronter ces récits à la réalité. Cependant, ce spectacle finit par choquer une partie de l’opinion. À la fin du siècle, médecins et moralistes dénoncent un voyeurisme malsain. On estime que la morgue ne remplit plus vraiment sa fonction d’identification et qu’elle est devenue un lieu de curiosité morbide. En 1907, les autorités parisiennes décident finalement de mettre fin à cette pratique. Les corps ne seront désormais plus exposés au public. Ainsi disparaît une attraction qui, pendant plusieurs décennies, aura transformé un lieu médico-légal en véritable spectacle urbain. Au XIXᵉ siècle, à Paris, la frontière entre information, curiosité et divertissement pouvait parfois être… étonnamment mince. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    6 min
  8. MAR 24

    Pourquoi les samouraïs ont-ils disparu du Japon ?

    Pendant près de sept siècles, les samouraïs ont constitué l’élite guerrière du Japon. Leur image — armure, sabre courbe et code d’honneur strict — incarne encore aujourd’hui une partie de l’identité historique japonaise. Pourtant, à la fin du XIXᵉ siècle, cette classe dominante disparaît presque complètement. Comment un groupe aussi puissant a-t-il pu s’éteindre si rapidement ? Pour comprendre, il faut remonter à la structure politique du Japon féodal. Depuis le XIIᵉ siècle, le pays est gouverné par un système militaire dirigé par un shogun, tandis que l’empereur conserve surtout un rôle symbolique. Les samouraïs sont au cœur de cet ordre : ce sont des guerriers professionnels chargés de protéger leurs seigneurs, les daimyō, et de maintenir l’ordre. Mais à partir du XVIIᵉ siècle, le Japon entre dans une longue période de paix sous le shogunat Tokugawa. Les grandes guerres civiles disparaissent. Les samouraïs restent une élite sociale, mais beaucoup deviennent progressivement administrateurs, fonctionnaires ou lettrés, faute de combats à mener. Le véritable bouleversement survient au milieu du XIXᵉ siècle. En 1853, les navires du commodore américain Matthew C. Perry forcent le Japon à s’ouvrir au commerce international. Cette pression extérieure provoque une crise politique majeure. En 1868, une coalition de seigneurs renverse le shogunat lors de ce que l’on appelle la restauration de Meiji, qui rétablit l’autorité de l’empereur Emperor Meiji. Les nouveaux dirigeants veulent moderniser rapidement le pays pour éviter de subir le sort de nombreuses nations asiatiques dominées par les puissances occidentales. Pour cela, ils entreprennent des réformes radicales. Le système féodal est aboli. Les privilèges héréditaires des samouraïs disparaissent. En 1873, le Japon introduit une armée nationale basée sur la conscription, inspirée des modèles européens. Désormais, tous les citoyens peuvent devenir soldats. Les samouraïs perdent alors leur fonction militaire. En 1876, une autre mesure symbolique est adoptée : le gouvernement interdit le port public du sabre, l’arme emblématique des samouraïs. Cette décision marque la fin officielle de leur statut. Certains anciens guerriers tentent de résister. La plus célèbre rébellion éclate en 1877 sous la direction de Saigo Takamori. Mais les insurgés sont vaincus par l’armée moderne équipée d’armes à feu. En quelques décennies, une classe qui dominait la société japonaise depuis des siècles disparaît. Cependant, l’esprit des samouraïs ne s’éteint pas totalement. Leur code moral, souvent appelé bushidō, continue d’influencer la culture japonaise. Ainsi, les samouraïs n’ont pas disparu à cause d’une défaite unique, mais parce que le Japon s’est transformé. Dans un État moderne doté d’une armée nationale et d’une administration centralisée, une caste de guerriers héréditaires n’avait tout simplement plus sa place. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    3 min

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