Afrique économie

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

  1. 4h ago

    Le Sénégal peine à attirer les investissements étrangers malgré son potentiel économique

    Après quatre années florissantes, où ils ont atteint en moyenne trois milliards de dollars par an, les investissements étrangers au Sénégal (IDE) ont chuté à 37 millions de dollars en 2025, comme le pointe le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). S'agit-il de la fin d'un cycle massif d'investissements, ou d'une frilosité vis-à-vis du gouvernement et de sa politique financière ? L'effondrement des investissements est avant tout conjoncturel : les grands projets pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue ont entraîné un afflux de financements ces dernières années, mais le gros de ces investissements est terminé. L'heure est maintenant à la production. Le Sénégal aurait pu cependant recevoir beaucoup plus que les 37 millions de dollars comptabilisés en 2025, estime Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature, aujourd'hui consultant : « Le Sénégal peut, de manière structurelle, maintenir trois à cinq milliards de dollars par an [d'investissements], mais cela suppose une promotion active de l'économie. Or, le pays n'a pas de réseau de promotion des investissements à l'étranger, contrairement à d'autres pays. On fait des roadshows mais ça ne suffit pas. On ne peut pas se limiter à attendre, il faut être proactif, on sait le faire pour l'investissement en portefeuille dans les titres d'État ou les bons du Trésor ou les obligations, mais on ne sait pas le faire pour les investissements directs et c'est cet aggiornamento qu'il faut faire. » Manque de visibilité L'endettement colossal du Sénégal – dette évaluée à 132% du PIB fin 2024 par le FMI – pourrait, sur le papier, agir comme un repoussoir. Mais dans les faits, il n'y a pas de raison qu'elle pèse sur les investisseurs privés, selon l'expert sénégalais. Justin Maria, directeur France d'Access Bank, confirme que la dette n'est pas un argument. Il cite à titre d'exemple la France, qui attire des investisseurs privés malgré sa dette publique de 3 500 milliards d'euros. Pour lui, c'est l'absence de visibilité qui peut inquiéter : « Le Sénégal est devenu un pays à risque. Pas tant sur les fondamentaux à long terme, car personne n'a de boule de cristal ; par contre, à court terme, on n'a pas de vision sur l'état des finances publiques, l'état des liquidités, c'est ce qui bloque les investisseurs. » « On peut redresser la barre l'année prochaine » Moubarak Lo réfute le qualificatif de pays à risque et pense que le Sénégal a les moyens de retrouver très vite son attractivité, même si le Fonds monétaire international, qui a suspendu son programme fin 2024, est toujours en discussion avec Dakar.   « Aujourd'hui, le pays a une vingtaine ou une trentaine de projets d'envergure. Il faut prendre chaque projet, aller voir les cinq ou six entreprises clés au niveau mondial et convaincre l'une d'elles d'investir dans le pays. On peut redresser la barre dès cette année, ou plus certainement en 2027, le Sénégal », assure l'économiste. Contrairement au Sénégal, d'autres pays ont vu leurs investissements directs augmenter l'année dernière. La Guinée arrive en tête, avec plus de 7 700 millions de dollars reçus en 2025, selon le rapport de la Cnuced.   À lire aussiSénégal: pourquoi les investissements directs étrangers s'effondrent-ils?

  2. 1d ago

    En RDC, les sociétés minières vont-elles céder 10% de leur capital aux nationaux?

    En RDC, dès le 1ᵉʳ août 2026, les sociétés minières sont censées céder 10 % de leur capital social aux nationaux, selon les révisions du Code minier de 2018. Cette réforme vise à renforcer l’actionnariat congolais dans le secteur minier considéré comme le plus stratégique, car il contribue à près de 50 % aux recettes de l'État. Le moratoire du ministère des Mines a expiré le 31 juillet. Cependant, cette réforme soulève des interrogations. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Désormais, 5 % du capital social des sociétés minières doivent revenir à des personnes physiques congolaises et 5 % aux travailleurs des entreprises. Le Code minier impose que les nationaux détiennent au total 10 % du capital social. Et les sociétés avaient jusqu’à la fin du mois de juillet pour se conformer à la loi. « Cette disposition est l’une des mesures phares de la révision du Code minier de 2018. Le problème, c'est son application. Il faut reconnaître que dans le contexte de corruption généralisée comme on le connaît aujourd’hui, comment appliquer une telle mesure ? », s’interroge Léonide Mupepe, chercheur spécialiste du secteur minier. Parmi les bénéficiaires de cette réforme, il y a des employés des sociétés minières. Cependant, les mécanismes d’application ne sont pas encore connus, s’inquiètent les organisations syndicales. « Notre préoccupation, c'est de savoir comment cela pourra être appliqué et quelles sont les dispositions pratiques qui peuvent être prises en cas de rupture de contrat ? Doit-on distribuer à chaque agent une part sociale qui lui reviendra de droit même s'il quitte l'entreprise ? », questionne de son côté Kapenga Kandolo, le secrétaire général adjoint du syndicat Conscience des travailleurs et paysans du Congo (CTC). À lire aussiRDC: révision du code minier en cours Assurer la transparence de la répartition des parts Le coût des actions suscite aussi des inquiétudes. Jean-Pierre Okenda, un acteur de la société civile basé à Kinshasa, craint que l’ouverture du capital ne profite qu’aux personnes politiquement influentes. « Le capital minimum d'une société minière aujourd'hui représente quand même 40 % du coût du projet », rappelle l’expert. 10 % de cette somme représentent donc un montant particulièrement important. « C’est ce qui, pour moi, logiquement va bloquer. Les parts réservées aux Congolais peuvent être accaparées par l’élite politique ou l'élite proche du pouvoir », alerte-t-il. D’autres acteurs de la société civile exigent de l’État congolais plus de transparence en mettant en place un registre des propriétaires effectifs des sociétés minières et en prévenant ainsi le recours aux sociétés écran. « Si 10 % du capital doivent être détenus par des Congolais, le registre permettra justement de vérifier qui en sont les véritables bénéficiaires, d'éviter les prête-noms et de renforcer la transparence », met en avant Murielle Mwambay, membre de l’ONG La sentinelle des ressources naturelles. Au ministère des Mines, un projet de décret portant sur les mécanismes d’application de l’actionnariat congolais est en cours d’élaboration. À lire aussiRDC: le nouveau code minier bouscule le secteur

  3. 2d ago

    Cameroun: un premier financement pour la réalisation du corridor routier Douala-Bangui

    Une première phase de financement pour les 800 km de route entre Douala, au Cameroun, et Bangui, en République centrafricaine. Elle vient d'être annoncée par la Banque mondiale et se monte à 425 millions de USD. Le début des travaux sur ce tronçon communément appelé corridor économique Douala-Bangui est fixé pour l’an prochain. 80 % des produits vers la RCA, et 70 % vers le Tchad transitent par cet axe aujourd'hui en mauvais état. De notre correspondant à Yaoundé, L’aménagement du corridor économique Douala-Bangui est censé moderniser et automatiser les opérations de pesage et aussi réduire les délais de transport des marchandises entre les deux pays. « Il y aura un dispositif de présélection installé sur la voie et ce sont les véhicules qui sont soupçonnés d’être en surcharge qui vont se faire peser à la station, et de manière automatique. Les amendes, s’il y en a, vont être enregistrées et le reçu directement imprimé », explique Donnat Takueté, directeur général des études au ministère des Travaux publics. À lire aussiLe patronat camerounais s'inquiète de l'impact de l'état des routes sur les entreprises Il faut aujourd'hui compter de 9 à 12 jours pour parcourir 1400 km entre Douala au Cameroun et Bangui en RCA. Le mauvais état de la route y est pour beaucoup. Les tracasseries administratives aussi en raison notamment des 17 postes de contrôle informels, selon la Banque mondiale. L’institution va donc concentrer les premiers financements sur le Cameroun. « Pour la première phase de financement, le Cameroun va bénéficier d’un montant de 425 millions de dollars, il va aussi bénéficier à la Centrafrique pour un montant de 90 millions de dollars et à la Cemac, via un appui régional pour préparer les phases ultérieures de ce projet », détaille Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division région Afrique de l’Ouest et du Centre de la Banque mondiale. À lire aussiCameroun: polémiques autour du chantier de l'autoroute Yaoundé-Douala   Un projet de plusieurs années   Côté Cameroun, il est question de reconstruire des routes et d'en réhabiliter d’autres pour fluidifier le trafic entre Douala et la RCA. Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics, énumère les tronçons concernés : « Reconstruction de la route Yaoundé-Douala de 215 km, réhabilitation de la section Yaoundé-Bonis-Ayos de 332 km et réhabilitation de la section Bonis-Bertoua, soit un programme de mise à niveau de 800 km de routes, un programme conçu pour croiser les attentes de l’économie ». L’aménagement du corridor économique Douala-Bangui s’étendra sur plusieurs années et devrait créer 2 000 à 4 000 emplois directs et indirects. À lire aussiCameroun: fluidifier le trafic des marchandises reste un casse-tête

  4. 5d ago

    Tunisie: le lourd coût économique des coupures d'électricité

    Après plus de quinze jours de coupures d'électricité liées au délestage pendant la canicule, les pertes s'accumulent en Tunisie. Restaurants, usines et petits entrepreneurs font face à des dégâts matériels et à des arrêts de production, tandis que le coût économique reste encore difficile à chiffrer. Dans un café de Tunis, Nadia Sassi prend une pause après un rendez-vous à la banque. Cette apicultrice a vu son atelier partir en fumée après des coupures d'électricité à répétition. Elle a perdu l'ensemble de son matériel ainsi que ses stocks de cire d'abeille. « Vous avez l'atelier où je fais le miel et la partie où je fabrique des produits à base de cire, des bougies, etc. Tout est en bois. Avec les coupures qui interviennent 10 à 20 fois par jour, cela a créé une surchauffe sur le circuit électrique. Comme il faisait déjà très chaud, tout a pris feu dans la nuit. J'ai tout perdu », raconte-t-elle. Ancienne vitrine du programme public d'aide aux jeunes entrepreneuses Raidat, Nadia Sassi se retrouve désormais à négocier un report de ses échéances de crédit, faute de pouvoir relancer sa production. « J'ai sept familles qui travaillent avec moi. Je viens à Tunis pour connaître les procédures afin d'obtenir une indemnisation de la STEG, la Société tunisienne de l'électricité et du gaz. Mais l'assurance ne couvre pas tout et, de toute façon, cela va prendre beaucoup de temps. C'est pour cela que j'ai demandé un report du paiement de mon crédit », explique-t-elle. Des pertes dans l'agroalimentaire et l'industrie Nadia Sassi est loin d'être un cas isolé. Selon les organisations professionnelles, près de 13 % de la production nationale de volailles ont été perdus. Certaines boulangeries n'ont pas pu cuire leur pain pendant plusieurs jours. D'après l'UTICA, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, 70 % des restaurants ont été touchés et entre 400 et 500 tonnes de viande ont dû être détruites faute de respect de la chaîne du froid. Dans le textile, les usines ont enregistré jusqu'à 55 heures d'arrêt en une semaine, avec des dommages sur certains équipements. Les autorités n'ont pas encore publié d'estimation globale des pertes économiques. Pour l'expert en énergie Sami Ben Rejeb, les opérations de délestage auraient toutefois pu être mieux anticipées : « La population tunisienne n'est pas habituée à ce genre de coupures. C'est la première fois que cela arrive, donc même les mécanismes de réaction ne sont pas prêts. » En déficit énergétique, la Tunisie importe du gaz algérien pour alimenter une partie de ses centrales électriques. Elle dépend également des importations d'électricité en provenance de l'Algérie, qui couvrent environ 13 % de ses besoins. Une dépendance qui montre aujourd'hui ses limites, selon Sami Ben Rejeb : « S'il n'y avait pas eu cette canicule, nous aurions pu continuer à importer d'Algérie comme d'habitude ou augmenter un peu la production de nos centrales. Mais avec une baisse de 20 % de notre capacité de production, une demande en forte hausse et l'impossibilité d'importer davantage depuis l'Algérie, les coupures étaient inévitables. » L'Algérie a elle aussi été confrontée à une forte vague de chaleur et à un pic historique de consommation électrique. Une importante panne survenue le 12 juillet a affecté une partie de son réseau, également interconnecté avec celui de la Tunisie. À lire aussi«Je m’adapte vu que ça coupe toutes les deux heures»: en Tunisie, des délestages épuisants en pleine canicule

  5. 6d ago

    Equity Bank et le Palais des thés, ambassadeurs du thé kenyan haut de gamme

    L'essentiel du thé kenyan se vend en vrac, au gouvernement ou à des multinationales, et finit en sachet. Moins de 5% des feuilles cultivées au Kenya sont exportées comme thé haut de gamme. D'où le projet d'Equity Bank, un groupe financier implanté en Afrique centrale et en Afrique de l'Est, de s'associer à la chaîne française Le Palais des thés pour créer de nouvelles opportunités commerciales. « Le Kenya est le premier exportateur au monde, mais nulle part, vous ne voyez du thé "made in Kenya" », explique François-Xavier Delmas, fondateur du Palais des Thés. Son engagement à commercialiser du thé haut de gamme kényan est donc « un double challenge », explique-t-il, car les fermiers sont habitués à privilégier le volume plutôt que le prix. « Il faut que les gens y croient sur place et il faut ici, en Occident, là où on est présent, faire comprendre aux buveurs de thé qu'au Kenya, on peut trouver des très bons thés », ajoute ce passionné.  Le Palais des Thés a jeté son dévolu sur la ferme de Gatanga. Située à 1 700m d'altitude, elle produit un thé haut de gamme depuis plusieurs années et cherchait de nouveaux partenaires à l'exportation. « Nous avons tellement d'espace, et nous avons tout ce qu'il faut pour nous agrandir, explique Cathryn Karanja, une des fondatrices de Gatanga Industries. Nous attendons juste d'avoir plus de commandes pour justifier une expansion. Nous espérons donc que le Palais des thés augmentera ses achats. Notre thé violet a un gros succès car il est très parfumé. C'est le seul thé que nous proposons d'ailleurs au marché français. Avec un peu de chance, nous arriverons à augmenter bientôt les volumes de ce thé particulier. » Un thé acheté 30 fois plus cher Ce thé de qualité a un avantage : celui d'être acheté 30 à 40 fois plus cher que le prix moyen du thé kényan. De quoi changer la vie des producteurs. C'est ce qui a séduit James Mwangui, président d'Equity Bank. « On a décidé de s'intéresser au thé du Kenya, car c'est une des plus importantes cultures de rente du pays qui concerne 600 000 producteurs, dont la plupart sont des clients de notre banque », explique James Mwangui, lui-même élevé par une mère cultivatrice de thé. « On s'est dit que pour leur rendre la pareille, il fallait les aider à connecter leur thé au marché international et à faire passer ce thé de simple produit d'exportation à un art de vivre, afin qu'il fasse partie des thés haut de gamme du monde entier », ajoute le président d'Equity Bank. Produire du thé haut de gamme, sous forme de feuilles, entières, récoltées à la main, requiert un savoir-faire particulier : flétrissage, roulage, oxydation, séchage... « Chaque étape doit être surveillée comme le lait sur le feu », précise François-Xavier Delmas. C'est aussi un investissement qui n'est pas à la portée de tous. Il a fallu dix ans à la ferme de Gatanga pour construire son usine et obtenir tous les documents nécessaires à l'activité d'exportateur privé. James Mwangui rêve que l'incitation financière « soit assez forte pour convaincre les fermiers de se concentrer sur la qualité, qu'ils cultivent du simple thé noir ou du thé de qualité supérieure ». Cette initiative pourrait aussi aider à transformer la production de café, de noix de macadamia, ou d'autres produits agricoles pour qu'ils passent de statut de produits de base à celui de matières premières « haut de gamme », espère encore le banquier. À lire aussiC'est pas du vent : Thé, du champ à la tasse

  6. Jul 28

    Le corridor gazier entre le Nigeria et le Maroc doit transformer l'Afrique de l'Ouest

    La Cédéao a apporté son soutien au gazoduc Nigeria-Maroc, un projet long de 7 000 kilomètres lancé il y a près de dix ans. Destiné à alimenter 13 pays d'Afrique de l'Ouest en gaz avant d'approvisionner le Maroc et l'Europe, il doit entrer en service à partir de 2031. Reste un défi majeur : réunir les 25 milliards de dollars nécessaires à sa construction. L'une des principales ambitions du gazoduc est de renforcer l'accès à l'énergie en Afrique de l'Ouest. La moitié des volumes transportés, soit environ 15 milliards de m3 de gaz par an, sera destinée aux 13 pays situés sur le tracé. L'autre moitié alimentera le Maroc, avant d'être exportée vers le marché européen. Pour Amina Benkhadra, directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, cette double vocation est au cœur du projet. « Il longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu'au Maroc et sera connecté à l'Europe, à l'Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe, qui est déjà en production aujourd'hui », explique-t-elle. Une infrastructure pensée d'abord pour les besoins africains Au-delà de l'exportation, les promoteurs présentent le gazoduc comme un levier de développement pour les économies de la région. L'objectif est d'offrir une énergie plus stable aux ménages mais aussi aux secteurs industriels, notamment les activités minières, particulièrement consommatrices d'électricité. Pour Amina Benkhadra, cette disponibilité énergétique est un préalable à la croissance : « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores. Parlons par exemple des industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz. Et donc, c'est d'abord une énergie qui va être mise à leur disposition pour assurer le développement et la croissance dans leur pays. » Le soutien affiché par les 13 États concernés s'explique aussi par leurs intérêts économiques. Les futurs producteurs de gaz, comme le Sénégal ou la Mauritanie, pourraient utiliser cette infrastructure pour exporter une partie de leur production. Pour Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS à Paris et chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat, l'accord politique de la Cédéao constitue une étape importante, sans pour autant garantir le succès du projet : « Quand l'idée de ce projet a été lancée par le Maroc et le Nigeria, qui sont les deux promoteurs principaux en 2016, ça pouvait apparaître comme un très beau rêve. La décision importante de la Cédéao ne veut pas dire que c'est gagné. Mais le projet a quand même avancé. Chacun des pays sur ce tracé a intérêt à ce que ce projet marche. C'est une base, ça permet d'avancer. Ce n'est pas une garantie absolue de succès, bien sûr. » Le défi du financement Le principal obstacle reste désormais financier. Construire près de 7 000 kilomètres de gazoduc représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Selon Francis Perrin, le financement devrait associer des institutions internationales, des banques de développement, des agences de crédit à l'exportation et des investisseurs privés. La viabilité économique du projet dépendra avant tout de l'existence d'un marché capable d'absorber le gaz transporté. « Il pourrait y avoir des institutions financières internationales type Banque mondiale qui a déjà commencé à être contacté par le Maroc et le Nigeria, des banques de développement. On peut penser évidemment à la Banque africaine de développement et aux banques européennes. Il y aura aussi des agences de crédit à l'exportation. Des contacts ont commencé avec la US Export Import Bank et évidemment, dernier point, des financeurs privés, c'est vraiment ce couple "marché-financement" qui fonctionne. Il n'y a pas de financement sans marché, et il n'y a pas de marché sans financement. » À ses débuts, le projet avait même suscité l'intérêt du géant russe Gazprom, avant que la guerre en Ukraine ne rebatte les cartes géopolitiques. Les opérateurs nigérians et marocains visent désormais un lancement des travaux d'ici deux ans et les premières livraisons de gaz à partir de 2031. À lire aussiProjet de gazoduc Nigeria-Maroc: «L'accord de la Cédéao marque une étape majeure»

  7. Jul 27

    Madagascar: l'argent des crédits carbone parvient difficilement aux communautés

    À Madagascar, une enquête de journalistes d'investigation révèle que les revenus des crédits carbone atteignent difficilement les communautés locales censées protéger les forêts. Malgré un premier versement d'environ 9 millions de dollars de la Banque mondiale en 2023, les lourdeurs administratives ralentissent les projets et les transferts de fonds. Transformer la protection des forêts en revenus : c'est l'objectif du mécanisme REDD+, pour « Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts ». À Madagascar, il s'applique à 14 aires protégées appartenant à l'État et gérées par des organisations privées. Lynda Andriatsitonta est journaliste d'investigation au sein du réseau Malina : « Sur le plan de partage des bénéfices du programme, 5% des revenus issus des crédits carbone sont alloués aux communautés locales, en récompense de leurs efforts de protection des forêts. Nous avons constaté que malgré le versement d'une première tranche du financement de la Banque mondiale, de nombreuses communautés locales n'ont toujours pas reçu les bénéfices qui leur sont destinés. Certaines ignoraient même l'existence de ces récompenses. » Des communautés locales tenues à l'écart des retombées La moitié des revenus revient aux gestionnaires d'aires protégées, chargés de les réinvestir dans des projets de reboisement, des activités génératrices de revenus ou de nouveaux services de base, en concertation avec les communautés locales, lesquelles doivent formuler leurs besoins par écrit. « Mais sur le terrain, la consultation semble rester lettre morte », affirment les journalistes de Malina, en pointant « des mécanismes de décision opaques ». Lovakanto Ravelomanana, coordinatrice du système REDD+ au sein du ministère de l'Environnement, avance une explication : « Le souci, c'est l'ampleur géographique. Deux millions d'hectares d'aires protégées sont concernés par ce programme. Au niveau des forêts très denses, des zones ne peuvent être accessibles qu'à moto sur des pistes très mauvaises, d'autres accessibles uniquement à pied. Chaque gestionnaire d'aire protégée doit s'adapter pour voir comment toucher le maximum de communautés locales. » Blocages et lenteurs administratives À cet enclavement s'ajoutent des freins administratifs selon Lovakanto Ravelomanana. Les communes, censées percevoir 13% de l'enveloppe, se plaignent de ne pas toutes avoir reçu l'argent deux ans et demi après le premier décaissement : « La machine administrative est très lourde. Dès qu'il y a des erreurs, on revient toujours à la case départ. Un même dossier peut rester pendant des mois au même endroit, au sein d'un même ministère. C'est vrai qu'on tâtonne, tout le monde apprend sur le tas, mais malheureusement la conséquence, ce sont tous ces retards qui s'accumulent. » L'accord signé entre la Banque mondiale et Madagascar prévoit le versement de deux autres tranches de crédits carbone, représentant ensemble 42 millions de dollars supplémentaires environ. À deux conditions toutefois : la réduction effective des émissions de gaz à effet de serre grâce à la protection des forêts. Et la mise en œuvre du plan de partage des revenus. À lire aussiMadagascar: à Antananarivo, les travailleurs informels très exposés aux pics de pollution

  8. Jul 26

    Corridors ferroviaires africains: une économie politique complexe et des retombées encore limitées

    Lobito, Tazara ou encore Beira et Nacala : les corridors ferroviaires se sont multipliés ces dernières années en Afrique australe. Leur objectif principal : permettre l'exportation et l'évacuation des minerais d'Afrique centrale. Ils sont cependant vantés pour leur capacité à apporter du développement dans les régions qu'ils traversent. Pourtant, ce n'est pas si simple : une étude de l'IFRI pointe des problématiques de gestion, des trajets concurrentiels ou encore des difficultés d'intégration. Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), évoque l'« économie politique complexe » des corridors ferroviaires africains. Ces voies ferrées traversent différents pays et administrations, qui peinent parfois à se coordonner. « Dans la plupart des cas, ces organisations de gestion des corridors sont soit créées très tardivement, soit pas vraiment staffées. Elles ont vraiment des tout petits moyens, et dans certains cas même, elles n'existent pas. Il y a des corridors qui n'ont toujours pas d'organisme de gestion mutuelle », détaille-t-il. Exemple du pont de Kazungula, qui permet le passage du Botswana à la Zambie : c'est l'un des tronçons importants du corridor entre Durban et Lubumbashi. Il a été inauguré en 2021. Les présidents ont créé l'autorité commune de gestion du pont cette année. Ces corridors reçoivent des soutiens financiers de pays en concurrence sur les marchés internationaux des minerais critiques. Et si la multiplication de ces voies de connexion devait être positive pour le commerce africain, l'équation n'est pas si simple, selon l'auteur de l'étude : « Le raisonnement, c'était de dire que le port de Durban était saturé. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que tous les corridors n'ont pas le même prix. Le coût de transport n'est pas le même. Ce seront les corridors les moins chers qui deviendront les plus rentables et qui capteront évidemment l'essentiel du fret. Ce qui veut dire que pour les autres corridors, ce sera une perte financière et qu'ils deviendront beaucoup moins rentables. » Les politiques vantent l'apport économique, notamment pour les régions agricoles, qu'apporteraient ces voies ferroviaires. C'est ce qui a encore été mis en avant récemment dans le cas du corridor de Lobito. Cependant, au Mozambique, les corridors de Beira et Nacala n'ont pas permis l'explosion agro-industrielle tant vantée. Natacha Ribeiro, professeur à l'université Eduardo Mondlane de Maputo, explique : « Il n'y a aucun investissement de la part du gouvernement pour passer d'un niveau de production de subsistance à des niveaux plus commerciaux. Il y a eu des projets par le passé comme le projet d'irrigation de la Banque mondiale.» « Mais cela a été mis en place sans tenir compte des chaînes de valeur. Les communautés ont produit des denrées, mais comme il n'y avait pas de lien avec le marché, il y a eu un goulot d'étranglement. Je dirais donc que nous pourrions faire mieux », poursuit la chercheuse spécialiste des questions agricoles et des communautés rurales. Ces corridors permettent de gagner en prévisibilité et en temps de transport pour les marchandises. Un travail est cependant encore nécessaire pour assurer l'intégration des économies traversées par le rail. À lire aussiUn pont sur le Zambèze désenclave l'Afrique australe

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