Afrique économie

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

  1. 20h ago

    Gabon: la montée de l'État français au capital de la multinationale Eramet vue depuis Libreville

    Le 12 octobre, le groupe français Eramet a confirmé l'augmentation de son capital d’ici la fin de l’année. L'État français pourrait injecter jusqu’à 330 millions d'euros, et deviendrait ainsi le premier actionnaire du groupe avec 49% des parts. La Comilog est l'une des filiales majeures du groupe Eramet. Elle exploite l'un des plus gros gisements de manganèse au monde, au Gabon à Moanda. Un changement différemment apprécié. Du côté de Jocelyn Lebama, le secrétaire général des travailleurs des industries minières et métallurgiques du Gabon, l'accueil est plutôt mitigé : « Côté travailleurs, cela ne suscite pour l'instant aucune réaction. » Pour lui, cette augmentation de la participation de l'État français ne change rien à la Comilog. « Le gouvernement français accède à 49% d'actionnariat dans le groupe Eramet, mais le gouvernement français a 0% sur la terre gabonaise. La mine de Moanda est au Gabon, elle appartient aux Gabonais sous la conduite de M. Oligui Nguema, le président de la République gabonaise », insiste Jocelyn Lebama. « Cela n'empêche pas Comilog de fonctionner de façon normale, parce que Comilog est une entreprise de droit gabonais. Maintenant, si la discussion doit se faire avec le gouvernement français, le gouvernement gabonais avisera », pointe-t-il encore. Au Gabon, la Comilog représente 2 000 emplois directs (jusqu'à 10 000 indirects), des recettes fiscales et des projets d'infrastructures. Cet été, un protocole d'accord a été signé pour transformer le manganèse au Gabon d'ici 2031. « L'augmentation de la présence de l'État français au capital d'Eramet va peut-être permettre d'avoir une autre discussion sur les infrastructures, sur la prise en compte d'un certain nombre d'éléments, notamment la RSE de l'entreprise », projette Ike Ngouoni, à la tête du cabinet de conseil stratégique Aïla. Autre sujet central : celui du ferroviaire au Gabon, note encore l'analyste. « On peut peut-être discuter de la modernisation du chemin de fer. C'est vraiment un élément important dans le nœud logistique, à la fois pour y mettre mais aussi pour le Gabon », développe-t-il. Sécuriser des approvisionnements stratégiques Avec des cours mondiaux défavorables, des matières premières défavorables et des difficultés sur certains de ses projets – notamment au Sénégal –, Eramet a essuyé une perte nette de 195 millions d'euros au premier semestre. L'arrivée de l'actionnaire étatique devrait détendre les finances de l'entreprise. Pour le spécialiste des marchés des matières premières et fondateur du cercle CyclOpe, Philippe Chalmin, il s'agit avant tout pour la France de sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques. « C'est, à mon avis, la seule décision logique qui pouvait être prise. Eramet est presque le seul grand mineur indépendant européen », souligne l'expert. « Une décision stratégique de l'État […] en ligne avec ses objectifs en matière de sécurisation des approvisionnements en métaux critiques », indique le communiqué d'Eramet. Il s'agissait d'accompagner, dans une certaine mesure, la sortie de la famille Duval, qui était jusque-là l'actionnaire de référence, rappelle l'expert, et plusieurs prétendants, dont un fonds américain et un émirien, avaient manifesté leur intérêt. « Il n'était pas question de laisser Eramet partir, je ne dirais pas à l'étranger, mais partir quand même sous un contrôle qui allait lui donner d'autres logiques », note Philippe Chalmin. Une nouvelle qui n'a cependant pas réjoui les milieux boursiers. L'action d'Eramet a chuté de plus de 14% après l'annonce du groupe. À lire aussiGabon: malgré l'ultimatum de la Cour des comptes, des justiciables devant 2,59 milliards d'euros pas inquiétés

  2. 1d ago

    En Afrique du Sud, les zones économiques spéciales cherchent encore leur modèle

    Elles sont plus de 230 sur le continent, dont 12 en Afrique du Sud : ce sont les zones économiques spéciales (ZES). Elles sont désormais un modèle bien implanté, censé attirer les investissements et stimuler la création d'emplois et l'industrialisation. Celle de Coega, tout au sud du pays, à l'extérieur de la ville de Port-Elizabeth, est la plus ancienne, établie au début des années 2000, et la plus vaste. Et son bilan est contrasté. De notre envoyée spéciale à Port Elizabeth, Sur les tapis, les fruits défilent et finissent dans des cartons, acheminés par des convoyeurs aériens. Ce ballet impressionnant permet à l'entreprise Coega Packing et à son directeur Russell Stead de conditionner les récoltes sud-africaines avant de les exporter : « Nous traitons entre 1 000 et 1 500 cartons par heure. Nous réceptionnons les fruits, nous les nettoyons, puis nous les emballons afin de les envoyer vers les marchés du monde entier. » Le choix de s'implanter au sein de la zone économique spéciale de Coega faisait sens pour la compagnie, qui opère sur place depuis trois ans. « Premièrement, elle est bien positionnée. Deuxièmement, il y a un port à proximité. Et puis, il y a un travail fait sur les infrastructures, ce qui a, évidemment, une grande importance pour nos activités », détaille Russell Stead. Un port au potentiel partiellement exploité Coega comprend plus de 9 000 hectares et a également attiré des investissements étrangers, avec notamment l'implantation d'usines chinoises d'assemblages de véhicules BAIC et de camions FAW. Et afin de faciliter les exportations, le port en eaux profondes de Ngqura est intégré à la zone. Angélique Swartbooi représente l'autorité publique Transnet qui en a la gestion : « Ce que vous avez devant vous, c'est le terminal à conteneurs. Il a une capacité potentielle de deux millions d'EVP, mais on peut utiliser pour l'instant 1,2 million d'EVP. Et de l'autre côté, là-bas, se trouve notre terminal dédié au manganèse. » En 2025, quelque 11 000 personnes étaient employées à Coega. Cependant, de très grandes parcelles sont pour l'instant toujours vides, avec des projets non concrétisés. Et les avantages fiscaux existants sont peu attractifs. Des coûts élevés, des incitations limitées Pour Anthony Black, professeur émérite d'économie à l'université du Cap (UCT), ce type de zone n'a pas encore fait ses preuves dans le pays : « Ce genre de programmes n'a pas rencontré un grand succès dans sa capacité à attirer des volumes importants d'investissements. Par ailleurs, les coûts liés aux infrastructures et aux autres mesures de soutien ont été relativement élevés. Et les incitations proposées restent assez limitées. » Finalement, certains investissements réalisés dans les zones économiques spéciales auraient tout aussi bien pu voir le jour en dehors de ces zones, selon l'économiste. « ​​​​​​​Il est donc difficile de déterminer dans quelle mesure elles ont réellement permis de générer des investissements supplémentaires qui n'auraient pas eu lieu autrement », conclut-il. Un récent rapport de la Banque mondiale montre que sur l'ensemble des zones économiques spéciales sud-africaines, entre 2016 et 2024, les pouvoirs publics ont investi plus d'un milliard d'euros. Pour la première fois en 2024, les recettes ont fini par dépasser les dépenses, mais sans avoir encore atteint les ambitions du pays. À lire aussiAfrique du Sud: les exportations chinoises mettent en péril le secteur de l'industrie

  3. 4d ago

    Coton africain: la congestion record du port d’Abidjan menace toute la filière

    Une nouvelle campagne cotonnière commence en Afrique de l'Ouest. Malgré une commercialisation qui a mis du temps à démarrer, l'ancienne récolte a globalement pu être vendue, mais vendue ne veut pas dire expédiée ! Des tonnes de coton sont bloquées à Abidjan, un des gros points de sortie de la production ouest-africaine. En cause, une importante congestion portuaire. « Des navires restés en rade pendant trois semaines, des escales annulées, reportées, des conteneurs vides qui ne sont pas disponibles, des conteneurs pleins de partout, des fenêtres d'accostage très courtes, des camions qui n'arrivent pas à entrer dans le terminal », c'est la description faite par Johanna Adotevi, directrice commerciale d'Ivoire Coton et de Faso Coton, pour raconter le quotidien de ces derniers mois autour du port d'Abidjan. Ce « chaos » qui dure encore aujourd'hui, pour reprendre ses mots, a débuté à la fin du mois de mai « après la reprise des exportations consécutives à la vague de commande de coton du Bangladesh ». Quelle que soit la compagnie maritime, explique-t-elle, « le port d'Abidjan a connu une congestion inédite depuis 15 ans ». En conséquence, « des délais records, jusqu'à trois mois d'attente alors qu'il faut normalement trois semaines ». Pour Ivoire Coton, cette situation représente à peu près 30 milliards de francs CFA (environ 45,7 millions d'euros) pour 3 000 tonnes qui sont bloquées, en tenant compte des subventions impayées, « parce que tant qu'on n'embarque pas, on n'est pas payé et si on n'est pas payé, on ne peut pas encaisser », résume Johanna Adotevi. À lire aussiQuelles perspectives de marché pour le coton produit en Afrique ? Du producteur au négociant, personne n'est épargné Ce parcours du combattant a aussi un impact sur les producteurs, selon Kassoum Koné, directeur commercial de la compagnie ivoirienne de coton et président actuel de l'Association cotonnière africaine. « Quand il y a un goulot d'étranglement, toute la chaîne en amont est bloquée, souligne-t-il. Il y a un problème notamment pour les cotonculteurs qui attendent que les conteneurs soient exportés pour être payés, et qui ne comprennent pas ce qui se passe, mais qui ressentent le manque d'argent. » D'autres acteurs de la filière s'impatientent aussi, c'est le cas des négociants. Pour eux, chaque conteneur représente un risque financier. Un conteneur bloqué au port, c'est toujours un handicap, explique Thierry Devilder, président de la maison de négoce Devcot et président de l'Association française cotonnière : « Quand on a des cotons qui sont au port, on est pris en otage par les compagnies maritimes, on a des frais de stationnement de conteneurs à quai qui renchérissent le prix », déplore-t-il. Un coton livré en retard, c'est un client mécontent et le risque d'être soumis à d'éventuelles taxes, ajoute le négociant. La taxe redoutée aujourd'hui est celle de l'Inde, un grand acheteur de coton africain, qui avait levé il y a quelques mois ses droits de douane à l'importation de coton, mais les rétablira à compter du 1ᵉʳ novembre. À lire aussiLes acteurs de la filière coton oscillent entre euphorie et inquiétude Un retard qui déprécie l'origine africaine L'autre crainte, c'est que cette situation joue contre la réputation du coton africain. « Quand on est en compétition avec un coton brésilien qui est disponible tout de suite, dans le même marché, et que le nôtre met trois mois à arriver, on se tire une balle dans le pied », résume Johanna Adotevi. « Quand on viendra sur le marché, on va nous offrir moins, parce qu'on devient une origine à problèmes et parce qu'on n'arrive pas à livrer à temps », ajoute la directrice commerciale d'Ivoire Coton. Si les effets négatifs ne se font pas encore sentir, elle craint qu'ils se fassent sentir sur les prix l'année prochaine. À lire aussiAprès le Bangladesh, le coton africain regarde vers le marché indien

  4. 5d ago

    Face à l'épidemie d'Ebola, l'économie congolaise marque le pas

    Cinq mois que la RDC est frappée par la 17ᵉ épidémie d’Ebola de son histoire. Si les conséquences sont bien évidemment d’abord humaines, la barre des 4 000 décès a été franchie et les structures et personnels de santé mis à rude épreuve, cette épidémie entrave aussi l'économie.  L'épidémie pourrait coûter jusqu'à 2% du PIB du pays si la crise durait plus d'un an, selon les scenarii de la Banque mondiale. Un coût lié d'abord aux restrictions de déplacements, que ce soit vers l'Amérique du Nord notamment, mais aussi et sans doute surtout avec la fermeture de la frontière à l'Est avec l'Ouganda. « Nous avons presque 800 millions d'échanges commerciaux chaque année entre la RDC et l'Ouganda », rappelle Julien Paluku, le ministre du Commerce extérieur congolais et ancien gouverneur du Nord-Kivu. « C'est tout à fait normal qu’avec la fermeture des frontières, ces activités aient pu ralentir. Mais je note aussi qu’entre la RDC et l'Ouganda, même si le trafic des personnes est interdit, le trafic des marchandises n'est pas totalement interdit. Et donc ça permet quand même à ce que l'activité commerciale, bien que n'étant pas celle que nous voulions, puisse continuer petit à petit », souligne le ministre. Une baisse d'activité clairement identifiée par les experts de la Banque mondiale. « À travers les données satellitaires, nous voyons des signes de ralentissement économique dans les zones touchées. Dans les provinces de l'Est où Ebola continue de sévir, nous voyons cette baisse d'intensité lumineuse nocturne qui traduit généralement une réduction de la mobilité, une baisse des activités, des échanges commerciaux », détaille Albert Zeufack, le directeur pays de la Banque mondiale en RDC. Ce qui, précise-t-il, « se traduit a posteriori par une baisse de l'output et aussi des recettes fiscales, mais on n'a pas encore chiffré cela ». À lire aussiEn RDC, l’épidémie d’Ebola pénalise fortement l'économie Résilience et solidarité internationale S'ensuit un effet boule de neige, décrypte Albert Zeufack : « Les perturbations dans l'économie se propagent à travers les réseaux de transport, à travers le commerce, les chaînes d'approvisionnement et surtout la confiance des investisseurs qui retardent leur investissement. Et cela a un impact énorme sur l'emploi. »  Malgré ces difficultés, le ministre du Commerce promeut la résilience des acteurs économiques. « Lorsque l'activité commerciale est affectée entre les pays voisins, notamment l'Ouganda, avec lesquels les populations font leurs activités commerciales, les gens s'orientent vers le commerce interprovincial, par exemple entre le Nord-Kivu et le Tshopo, Kisangani, l’Ituri et le reste du pays », décrit Julien Paluku, rappelant que le pays affronte sa 17ᵉ épidémie. « On a réussi à faire face aux seize premières épidémies et donc celle-ci aussi ne sera pas une catastrophe, surtout qu'il y a une mobilisation générale », rassure-t-il. Dans la lutte contre cette épidémie, la Banque mondiale s'est engagée sur un montant de près de 430 millions de dollars depuis le mois de mai. Les autoritéscongolaises réfléchissent également déjà à l'après, avec de possibles allégements fiscaux pour les opérateurs économiques qui auront été les plus durement touchés. À écouter dans Priorité santéÉpidémie d'Ebola en RDC: comment s'organise la riposte?

  5. 6d ago

    Le yuan gagne du terrain en Afrique dans le commerce avec la Chine

    Passée presque inaperçue en juin dernier, l’ouverture par la Chine d’une chambre de compensation en Afrique du Sud marque une étape importante dans la yuanisation de l’Afrique. Ce dispositif permet de régler directement en yuans les transactions entre la Chine et 19 pays africains, sans passer par le dollar. Un gain de temps et d’argent pour les entreprises et les États qui commercent avec la Chine : convertir une monnaie en dollars, puis les dollars en yuans, et inversement, représente un important manque à gagner. Pour XN Iraki, économiste et enseignant à l’université de Nairobi, il était urgent de s’en affranchir grâce à la Renminbi Clearing Bank of Africa. Cette chambre de compensation est opérée par la banque sud-africaine Standard Bank et la banque chinoise ICBC. « Avec ce mécanisme de compensation, les pertes sont réduites et les transactions commerciales deviennent plus fluides, souligne l'économiste. Il était temps de mettre en place un tel système pour faciliter les échanges entre la Chine et l’Afrique. C'est plus facile de payer les exportations, les importations, et l’ensemble du système bancaire devient également plus simple. Les opérations de compensation prennent moins de temps et, surtout, vous êtes moins exposé aux fluctuations et aux coûts de change. » À lire aussiYuan chinois: pourquoi la monnaie de Pékin gagne du terrain face au dollar? En RDC, une alternative au dollar Jusqu’ici, ces paiements internationaux reposaient souvent sur des banques correspondantes et sur le réseau Swift, qui permet aux établissements financiers d’échanger des instructions de paiement. La nouvelle chambre de compensation doit faciliter les règlements directs en yuans et limiter le recours au dollar. Parmi les 19 pays africains concernés figure la République démocratique du Congo (RDC), dont les échanges commerciaux avec la Chine ont dépassé 19,2 milliards de dollars sur les sept premiers mois de l’année. Que signifie cette chambre de compensation pour le pays ? Al Kitenge, analyste économique basé à Kinshasa, y voit une possibilité de diversifier les moyens de paiement : « On aura le choix de payer en dollars ou en yuans selon nos besoins. Tout ça amènera à une possibilité de concurrence, analyse-t-il. Et qui dit concurrence, dit réduction des coûts, dit également compétitivité et souplesse. La yuanisation n'est pas l'équivalent de la dollarisation qui était un monopole, une exclusivité. Et aujourd'hui, il n'y a aucun pays qui acceptera encore une fois une forme quelconque de monopole ou d'exclusivité. » Une yuanisation qui profite à la Chine Le mouvement dépasse les seuls paiements commerciaux. Le Kenya a récemment converti en yuans trois prêts initialement libellés en dollars, contractés auprès de la banque publique chinoise Exim Bank pour financer la ligne ferroviaire reliant Mombasa à Nairobi. Selon XN Iraki, la Chine reste la grande gagnante de ce dispositif. « Si l’on regarde les échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains, la Chine est toujours excédentaire. Elle exporte davantage vers l’Afrique qu’elle n’importe depuis l’Afrique, regrette-t-il. Donc, à long terme, oui, c’est avantageux pour la Chine. Mais j’espère qu’avec le temps, l’Afrique pourra davantage en bénéficier en augmentant ses exportations vers la Chine, notamment grâce à la réduction des droits de douane. » Le Ghana a récemment mis en place son propre mécanisme pour accéder au système chinois de paiements transfrontaliers en yuans. Cette infrastructure bancaire doit permettre aux importateurs ghanéens et aux autres clients éligibles de régler certaines transactions directement en monnaie chinoise. À lire aussiLa Chine continue l'accélération historique de ses exportations vers l’Afrique

  6. Oct 13

    Maurice: la saturation du marché local oblige les entreprises mauriciennes à s'exporter

    Les grands groupes mauriciens regardent au-delà des frontières de l'île. Leurs activités internationales représentent désormais une part importante de leurs revenus et de leurs investissements. Du Kenya à Madagascar, en passant par l'Afrique de l'Est et l'océan Indien, les implantations se multiplient, car le marché mauricien est saturé. Une stratégie d'expansion qui permet aux entreprises mauriciennes de diversifier leurs revenus tout en s'appuyant sur leur connaissance des marchés africains. De notre correspondant à Port-Louis, Les derniers rapports annuels, publiés récemment, démontrent que l'activité internationale pèse désormais lourd dans les résultats des conglomérats mauriciens. Cette expansion répond à la contrainte d'un marché intérieur de petite taille. Mais elle traduit aussi une ambition : profiter de la croissance de marchés africains où les opportunités sont grandes. « L'Afrique représente un marché important, avec une population jeune, des villes qui se développent, et beaucoup de besoins dans la finance, l'économie, l'immobilier, la technologie ou encore la distribution. C'est pour ça que les entreprises mauriciennes veulent diversifier leurs activités et ne pas dépendre uniquement de l'économie mauricienne », explique Tahir Wahab, analyste économique. Pour ces groupes, l'enjeu est donc de trouver des marchés suffisamment vastes, tout en capitalisant sur une expérience acquise à Maurice. L'Afrique de l'Est constitue l'un des principaux terrains d'expansion. C'est le cas du groupe familial CIEL qui accélère sa présence sur le continent, avec des activités dans le textile, les services financiers, l'industrie sucrière et la santé. « L'Afrique de l'Est fait partie de notre trajectoire de croissance depuis plusieurs décennies, avec Madagascar dès les années 90 et puis l'Afrique de l'Est à partir des années 2000. Aujourd'hui, près de 60% de nos revenus sont générés en dehors de Maurice, principalement l'Afrique de l'Est et le reste provenant de l'Asie », explique Guillaume Dalais, directeur général de CIEL. IBL suit une trajectoire comparable. Le groupe est notamment présent au Kenya dans la grande distribution avec Naivas, dont il a pris le contrôle en 2023, et qui compte aujourd'hui 114 supermarchés. Mais sa stratégie ne consiste pas uniquement à accumuler les participations, explique Michel Pilot, directeur des opérations d'IBL East Africa : « On n'est pas en train de délaisser notre cœur mauricien, loin de là, mais il faut aussi constater que notre stratégie Beyond Border fait qu'aujourd'hui, sur 124 milliards de roupies (2,33 milliards d'euros, NDLR), on a plus de la moitié de notre chiffre d'affaires qui est généré à l'étranger. La prochaine étape pour nous, c'est de mieux connecter ces investissements entre eux afin de créer une plateforme régionale qui partage nos savoir-faire et nos expertises. » Cette implantation progressive donne aux groupes mauriciens une dimension nouvelle. Leur avantage ne repose pas seulement sur leurs capacités financières, mais aussi sur leur connaissance des marchés régionaux et leur aptitude à travailler avec des partenaires locaux. À lire aussiMaurice: face aux difficultés économiques, de plus en plus de jeunes cherchent à émigrer

  7. Oct 11

    En Afrique australe, le business du charbon relancé par la crise du détroit d'Ormuz

    Afrique du Sud, Mozambique, Zimbabwe mais aussi Tanzanie : les exportations de charbon d'Afrique australe ont bondi ces derniers mois. Du charbon qui permet notamment la production de carburants. Dans le contexte du blocus du détroit d'Ormuz qui entraîne des difficultés d'approvisionnement et des prix en forte hausse, le charbon africain retrouve sa compétitivité. Le charbon d'Afrique australe est de nouveau très attractif. Richard Senkondo, en charge de la campagne No New Coal (« Pas de nouveau charbon ») d'un consortium d'ONG de défense de l'environnement et de la santé, le confirme. « Il est vrai que depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, l'Afrique est devenue la solution rapide à la crise énergétique. Et le charbon est une solution immédiate pour les pays développés », constate-t-il. Une tendance qu'expérimente les courtiers maritimes. Dionisios Tsilioris est analyste chez Ursa Shipbrokers, basé en Grèce. Sur les huit premiers mois de l'année, les exportations de charbons de l'Afrique du Sud et du Mozambique ont dépassé les 60 millions de tonnes métriques. « Une étape historique, selon cet expert. Ce sont les résultats les plus élevés enregistrées sur ces dix dernières années. En ce qui concerne les données de suivi des navires, qui remontent loin dans le temps, on observe actuellement un taux de croissance de 11%. C'est très important et très significatif. Le fait qu'un secteur affiche une croissance de 11% alors que la tendance mondiale est de 3%, c'est considérable. » À lire aussiLes exportations contestées de charbon d'Afrique du Sud vers Israël Des infrastructures en expension, de nouveaux projets miniers Une tendance qui s'explique par différents facteurs, selon sa collègue Ioanna Matsouka : « Je dirais que cela s'explique par la mise en place de quotas d'exportation de charbon par l'Indonésie, qui est le premier exportateur mondial. Et si l'on ajoute à cela le fait que, en raison des perturbations dans le détroit d'Ormuz, il n'y a pas eu d'exportations de GNL pour couvrir la production d'énergie, nous avons assisté à cette forte hausse des exportations d'Afrique du Sud et du Mozambique. » Dans les pays d'Afrique australe, les entreprises productrices de charbon ont enregistré des bénéfices record. En Tanzanie, cette dynamique se traduit – au grand désarroi de Richard Senkondo – par une grosse dynamique du secteur. La construction d'un nouveau terminal charbonnier est en cours. « Nous avons également assisté à une vague d'investissements en Tanzanie », a-t-il pu documenté. « La société Sichuan Hongda est de nouveau présente dans sud de la Tanzanie. Elle a signé un accord d'une valeur de trois milliards de dollars, pour lancer l'exploitation du charbon, dans le cadre d'un tout nouveau projet minier. Cette initiative sape l'engagement du gouvernement dans ces objectifs de décarbonation », regrette-t-il. Une dynamique vers l'extraction fossile polluante donc, alors que le phénomène El Niño s'apprête à durement toucher le continent.

  8. Oct 8

    Sénégal: à Dakar, des taxis électriques chinois pour moderniser le parc automobile

    Au Sénégal, après le bus électrique, place aux taxis électriques. Pour ce projet pilote, la Banque pour le commerce et l'industrie vient d'investir dans un premier lot de 100 taxis 100% électriques. L'objectif : en avoir 10 000 d'ici 2030 pour moderniser le transport urbain toujours très polluant à Dakar. De notre correspondante à Dakar, Les 100 véhicules gris flambant neufs de la marque chinoise Geely sont tous garés sous un grand hangar. Un premier lot accueilli en grande pompe et une première étape dans la modernisation du parc automobile sénégalais. C'est ce qu'espère Barra Sow, administrateur du Fonds de développement des transports terrestres : « Cent véhicules, c'est un début. Au Sénégal, le transport est très vétuste. Il y a des véhicules qui datent et créent une pollution qu'on a du mal à gérer. L'introduction progressive de ces véhicules électriques va être une bouffée d'oxygène pour l'environnement et créer des conditions de transport beaucoup plus confortables. » L'idée est de créer un cercle vertueux : un transport plus écologique, avec des chauffeurs soit futurs propriétaires de la voiture avec un système de crédit-bail, soit salariés d'un groupement d'intérêt économique (GIE) ou d'une coopérative de transporteurs, avec contrat et compte en banque obligatoires. Une nouvelle forme d'inclusion financière « Le salaire toutes charges comprises est de 229 000 francs CFA (environ 350 euros, NDLR), avec assurance maladie et prime de retraite. À cela s'ajoute une politique d'épargne qui leur permet d'être éligibles à un autre crédit pour leur propre compte. Les chauffeurs de taxis bénéficient de cette inclusion financière. Et, par ricochet, leurs familles », explique Papa Massal Dièye, directeur général de la Banque pour le commerce et l'industrie (BCI), à l'initiative du projet. Une bancarisation intéressante pour la BCI, qui gère tout l'aspect financier, mais qui donne aussi de nouvelles perspectives aux chauffeurs. Famara Dafe, à la tête d'un GIE de 25 chauffeurs, se réjouit surtout des économies d'essence : « Avant ces véhicules, un taximan pouvait rouler toute la journée et dépenser en gasoil près de 30 000 francs CFA (environ 45 euros, NDLR). Aujourd'hui, on nous amène des véhicules et avec 5 000 francs CFA (environ 7,60 euros, NDLR), tu as 430 kilomètres ! Là, nous disons merci ! » Reste la mise en place des bornes électriques, en cours, promet l'entreprise qui s'en charge. Huit bornes avec charge rapide et fonctionnant sur batterie doivent être installées à Dakar. 10 000 véhicules d'ici 2030 Le coût des 1 000 véhicules est de 20 millions d'euros, selon la BCI. Dix milles doivent être livrés d'ici 2030. Shilu-Jie, responsable du projet chez Geely, confirme l'intérêt de son entreprise pour ce nouveau marché sénégalais : « Ça les intéresse beaucoup, car ici, c'est le début des véhicules électriques et ils vont apporter les services pour les réparations et tout car ils ont l'expertise. » Reste un frein majeur pour devenir propriétaire des voitures électriques : le coût de la mensualité – entre 500 et 600 euros par mois – pour acquérir le véhicule, au bout de quatre ans, risque d'être inaccessible pour la majorité des chauffeurs de taxi. À lire aussi«30 jours pour le juste prix» : quel bilan pour la campagne contre la vie chère au Sénégal?

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