Afrique économie

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

  1. 4H AGO

    Avec la crise au Moyen-Orient, le secteur touristique malgache s'attend à une saison maussade

    À Madagascar, le secteur du tourisme se prépare à une saison morose à cause de la crise au Moyen-Orient. L'augmentation du prix des billets d'avion et la réticence des Européens – principaux touristes étrangers à Madagascar – à partir loin de chez eux sont à l'origine d'une forte baisse des réservations sur la Grande-Île. Déjà lourdement affectés par la crise politique de septembre et octobre 2025, les hôteliers comme les tour-opérateurs anticipent une rude concurrence à l'échelle nationale et avec les îles voisines de Maurice et des Seychelles pour capter des touristes moins nombreux qu'à l’accoutumée. Avec notre correspondant à Antananarivo, Les plages aux eaux cristallines des environs de Tuléar sont presque vides, témoigne Odilon Ranaivoson. Il possède deux hôtels et un bar culturel dans cette région du sud-ouest de Madagascar. Habituellement, à cette période de l'année, les premiers touristes sont déjà là et les réservations vont bon train pour juillet-août. « On devrait déjà être à 50% de notre occupation pour la période d'été, donc les vacances en Europe. Mais là, c'est des balbutiements de réservations que nous avons. On en est qu'à 15 ou 20% », explique-t-il. Cette forte baisse fait vaciller certains opérateurs selon cet entrepreneur, jusqu'à récemment président de l'office du tourisme de la région de Tuléar. « Comment arriver à garder la tête hors de l'eau ? Parce que les charges sont énormes en termes d'énergie ou de personnel. Je crains aussi la diminution de la qualité des services. Est-ce qu'on investit pour améliorer le produit en préparation de la saison qui arrive ? Parce qu'on ne sent pas les perspectives positives dans un futur proche », s'inquiète encore Odilon Ranaivoson. Johann Pless, vice-président de la Confédération du tourisme de Madagascar, écarte le risque d'une saison blanche sans aucun touriste. Mais le conflit au Moyen-Orient n'en est pas moins un nouveau coup dur après la crise politique de 2025, à l'origine d'une perte de chiffre d'affaires estimée à 100 millions de dollars pour le secteur. « Il y a un ressenti et une sorte de crainte des marchés émetteurs de voyager loin. On parle principalement des marchés européens. Le prix du billet augmente. Il peut prendre de 30% à plus de 50% actuellement, causés par l'impact de la guerre en Iran sur le prix du carburant aérien », assure l'expert du secteur. En plus, pendant plusieurs semaines, « la compagnie aérienne Émirates a arrêté ses vols sur Madagascar, ça [a] fait des milliers de sièges en moins. ». S'ajoute à cela la baisse du pouvoir d'achat des pays émetteurs de touristes, également touchés par la crise des carburants. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés » « Pour les douze prochains mois ​​​​​​​–​​​​​​​ on ne parle pas seulement de deux ou trois mois ​​​​​​​–, il faudra donc s'adapter à notre clientèle qui aura un pouvoir d'achat moindre et adapter nos marges en fonction de l'inflation et du prix du carburant à la pompe », pointe encore Johann Pless. Jusqu'à présent plafonné par les autorités malgaches moyennant un lourd endettement public, ce prix à la pompe demeure la grande inconnue des prochains mois. En cas d'augmentation brutale, l'association des tour-opérateurs de Madagascar, qui réunit 80 membres, espère une juste répartition des surcoûts. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés, que les clients ne subissent pas tout à eux seuls, mais que tous ceux qui interviennent dans le voyage prennent une petite marge de participation, pointe Sylvia Rajaonalimanana, la directrice exécutive. Il y a les loueurs de voitures, les distributeurs de carburant, les tour-opérateurs, les partenaires à l'étranger qui prospectent les clients. Nous souhaitons que tous les acteurs du tourisme prennent conscience que le secteur est fragile et que tout le monde se soutienne. » Passée la crise au Moyen-Orient, le secteur touristique malgache s'est fixé pour objectif d'atteindre 1 milliard de dollars de chiffres d'affaires annuel, contre 700 millions de dollars aujourd'hui. La filière attend pour cela une meilleure desserte aérienne, notamment vers les villes de province, et une rénovation des routes nationales.

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  2. 1D AGO

    Une cartographie mondiale haute résolution du café pour tracer chaque plantation

    D'où vient précisément le café qu'on boit ? Comment être sûr qu'il ne pousse pas sur des terrains déboisés ? Pour répondre à ces questions, de grands industriels et négociants internationaux lancent une cartographie mondiale des parcelles de café pour aider les pays producteurs à répondre aux nouvelles normes européennes. En effet, les pays producteurs doivent prouver que le café ne provient pas de zone de déforestation et mettre en place une traçabilité stricte des grains de café. Grâce à des images satellites de très haute résolution, il est maintenant possible d'identifier chaque caféier qui pousse entre les arbres, parcelle par parcelle. Sept des plus grands groupes mondiaux du café se sont associés à Airbus pour cartographier toutes les plantations du monde et s'assurer qu'elles n'entraînent pas de déforestation.  Acteur du projet, Laurent Sagarra, directeur « Engagement » de la multinationale du café JDE Peet's, détaille le fonctionnement de l'outil : « Airbus a développé un outil d'intelligence artificielle qui analyse des milliards de photos satellite. Cet outil est entraîné sur la base de toutes les données que tous les acteurs du secteur qui font partie du projet ont récupérées. Et donc, on entraîne, on éduque un outil à analyser ces milliards de photos pour pouvoir ''mapper'' toutes les placettes de café sur la planète. On arrive ainsi à faire un travail qui nous mettrait des années et des années si on devait le faire à la main. » L'enjeu est important surtout en Afrique de l'Est où les exploitations de café sont très morcelées. Rien qu'en Éthiopie, plus de cinq millions d'agriculteurs possèdent en moyenne un demi-hectare de terres. Identifier toutes les parcelles est donc un vrai défi pour ne pas faire d'erreur. « Si on n'a pas les meilleures données, on risque d'exclure une parcelle, exclure dix parcelles, exclure 1 000 parcelles... C'est exclure des agriculteurs. C'est dire à ces agriculteurs : "Vous ne pouvez plus vendre sur le marché européen." Pour eux, en termes d'impact sur leur vie, c'est énorme », souligne Laurent Sagarra.  À lire aussiAu Kenya, le secteur du café en pleines réformes mis en difficulté Des millions de petites exploitations à identifier La cartographie, appelée « Projet Canopée », sera mise à jour tous les un ou deux ans, et mise à disposition gratuitement sur une plateforme géospatiale ouverte et transparente, accessible aux producteurs et aux gouvernements, dès maintenant pour l'Afrique de l'Est. Une initiative bien accueillie par les acteurs du secteur en Éthiopie, à l'image d'Abdi Itana, conseiller en développement durable dans le secteur du café : « Aujourd'hui, nous utilisons la carte mondiale Global Forest Watch, mais elle ne montre pas l'évolution dynamique au niveau de chaque exploitation agricole. On ne fait pas bien la différence entre l'exploitation et la forêt. » Selon lui, ces données complèteront le système de traçabilité numérique mis en place par le premier pays producteur de café d'Afrique : « Tout sera enregistré, et un identifiant numérique sera attribué à l'agriculteur, incluant la superficie et le périmètre de sa parcelle. Ainsi, quand les agriculteurs vendront leurs produits à un collecteur ou à un acheteur, la quantité sera enregistrée sur leur carte d'identité, et on saura qui achète quoi et combien. Au final, chaque mouvement de café en Éthiopie sera enregistré dans ce système. » Des outils essentiels à moins d'un an de l'entrée en vigueur des nouvelles règles européennes sur la déforestation, prévue en décembre 2026 pour les gros producteurs et en juin 2027 pour les plus petits. À lire aussiPourquoi l'arabica est le café le plus bu (et pourquoi ça ne durera peut-être pas)

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  3. 2D AGO

    L'activité économique sierra-léonaise à l'épreuve du conflit au Moyen-Orient

    La crise au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz ont de gros impacts sur le commerce mondial. La Sierra Leone ne fait pas exception. Freetown cherche à développer l'agro-industrie afin d'être moins dépendant des importations, mais ce nouveau choc vient affecter ses entreprises et industries.  Avec notre envoyée spéciale à Freetown, Mohamed Sowe est à la tête de Jolaks, une entreprise qui raffine l'huile de palme pour la consommation. Elle produit également du savon. Lorsque l'on demande à Mohamed Sowe s'il est touché par la crise au Moyen-Orient, il ne dit pas un mot et se frappe le front. Car ici, le prix de la matière première pour fabriquer les bidons augmente, les coûts de logistique aussi, mais le principal problème vient des générateurs qui font tourner l'usine. « Le coût du diesel a augmenté de près de 70%. Il s'agit d'une très forte hausse, mais nous n'avons pas augmenté nos prix d'autant. Nous devons en absorber la majeure partie. Nous espérons que cela ne va pas durer sur le long terme, que l'incertitude globale va décroître et que les prix se normaliseront très bientôt », explique Mohamed Sowe. Un camion de Global Logistics Services (GLS) est venu faire une livraison de parfum pour la savonnerie de Jolaks ce jour-là. « L'un de nos principaux coûts est celui du carburant pour nos camions », pointe Max Kanu, le patron à la tête de cette entreprise spécialiste de la logistique. De l'importation par cargo à la livraison finale, GLS est très touchée par les retards d'expédition. « Cela échappe à notre contrôle. Nous essayons juste de gérer les effets », reconnaît-il. Des retards à la fois pour la livraison de ses clients, mais qui touchent également ses propres activités. « Personnellement, nous investissons dans un parc logistique. Nous construisons des entrepôts pour nos clients. Nous avons environ 20 conteneurs en provenance d'Inde qui ont déjà été retardés d'environ cinq semaines. Cela a un impact considérable, car ces retards affectent nos engagements envers les clients. Cela impacte le travail de construction que nous faisons avec les entrepreneurs, cela affecte notre planification, etc. », détaille-t-il. Une augmentation des prix que tentent de juguler les autorités. Alpha Ibrahim Sesay, le ministre de l'Industrie de Sierra Leone, cherche des solutions : « Depuis le début de la guerre, l'inflation a augmenté ainsi que les prix de nombreux produits de base. Cela nous affecte fortement. Mais en tant que gouvernement, nous sommes très proactifs. Nous avons commencé à subventionner les produits pétroliers parce que nous ne pouvons pas vendre aux prix actuels à la pompe. Le gouvernement doit subventionner pour réduire les souffrances qui en découlent. » Les autorités réévaluent actuellement leurs budgets et échangent avec leurs partenaires financiers pour financer ces subventions. À lire aussiSierra Leone: quelles attentes économiques avec le «zéro droit de douane» chinois?

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  4. 5D AGO

    Le Maroc en route vers l'agroécologie

    De plus en plus d’agriculteurs, sensibilisés par un réseau d’ONG mais aussi désormais par l’État, entament leur transition agroécologique. Objectif : réduire l’utilisation d’intrants chimiques, réduire les frais, mais aussi augmenter la productivité. De notre envoyé spécial à Meknès, Dans les larges allées du salon de l'agriculture, la conférence sur le développement de l'agroécologie au Maroc connaît un franc succès. Sur le stand Icarda, un centre de recherche pour l’innovation en agroécologie, Filippo Bassi, chercheur, rappelle les différences entre conventionnel, agroécologie et biologique : « L'agroécologie pour nous, chercheurs, est l'élément parfait qui se positionne de façon très simple entre l'agriculture conventionnelle, qui essaie de produire plus, et les cultures bio, qui ne produisent pas beaucoup et surtout à des prix un peu élevés. » Et de poursuivre sa présentation : « Donc, l'agroécologie essaie de maximiser la productivité, de maximiser les profits pour les agriculteurs. On parle beaucoup de filière courte, de ce type de choses, mais surtout de respecter l'environnement. » Étudiants comme petits producteurs s’intéressent de plus en plus aux façons de produire mieux, plus et dans le respect de l’environnement. « Le Maroc a pris conscience de l'importance de développer l'agroécologie actuellement. Et ça, on le voit dans la volonté politique, dans les stratégies de l'État. Il y a des orientations maintenant vers l'agroécologie », détaille Rachida Mehdioui, présidente du Réseau des initiatives agroécologiques au Maroc. À écouter dans Un jour au villageMaroc, redonner sa splendeur d’antan à l’élevage « On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver » Une transition toutefois complexe, qui demande parfois plus de travail manuel pour éviter l’utilisation des herbicides par exemple. « On ne sait pas comment s'y prendre et l'État devrait soutenir un peu l'agroécologie pour qu'on puisse vraiment la développer, notamment pour la commercialisation des produits agroécologiques », appelle de ses vœux Rachida Mehdioui. Malgré ces efforts auprès des communautés villageoises, les grands groupes de l’agro-industrie, eux, ne suivent pas toujours ces préceptes, sauf quand les réglementations internationales les y obligent. « Le courant conventionnel reste dominant. On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver », rassure Ghizlane Echchgadda, enseignante-chercheuse à l’université de Meknès. Tout tend à mener vers l’agroécologie selon elle : les ressources se raréfient et les aspirations des consommateurs. « C'est le consommateur en fait qui décide du développement d'une chaîne de valeur par rapport à une autre. Et donc il a un rôle vraiment de décideur pour cette transition agroécologique », souligne-t-elle. Si les données statistiques officielles sur l’agroécologie manquent au Maroc, le pays s’est fixé comme objectif d’atteindre les 100 000 hectares de bio d’ici 2030 dans le cadre du plan Génération Green, soit moins de 2 % des 8,7 millions d'hectares de terres cultivables. À lire aussiLe Maroc pourrait doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière

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  5. 6D AGO

    Le Maroc pourrait doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière

    Au Maroc, l'hiver 2025-2026 a été l'un des plus pluvieux depuis 40 ans : jusqu'à 1 296 mm de pluies pour la région de Tanger. Et les précipitations n'ont pas cessé au printemps. Le taux de remplissage des barrages a quasiment doublé. Malgré quelques dégâts en raison des inondations, l'agriculture marocaine devrait largement profiter de cette pluviométrie extraordinaire. Ainsi, selon les prévisions du ministère de l'Agriculture, le Maroc pourrait plus que doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière. De notre envoyé spécial à Meknès, Depuis le mois de janvier, la campagne marocaine – au centre et au nord du pays – a changé de visage. Les photos satellitaires sont impressionnantes. Vu du ciel, le Maroc est passé d’une teinte ocre à un vert chatoyant. L’heure est plutôt à la fête au salon de l’agriculture. « La plupart des secteurs vont bénéficier de cette pluie abondante cette année. On a vécu six ans de sécheresse d’affilée qui étaient catastrophiques. Après, beaucoup d’eau ne veut pas dire meilleur rendement », décrit Réda Zniber, directeur général délégué des domaines Zniber, l’un des plus grands exploitants agricoles du pays. Certes, pour ses exploitations – d’huile d'olive notamment –, la récolte a été stoppée plusieurs semaines en raison de la boue, empêchant les tracteurs d'opérer dans les champs, ce qui pourrait affecter les arbres à long terme. Il a néanmoins doublé sa production. « Cette année nous avons fait à peu près 1 500 tonnes d'huile. L'année dernière, qui était, on va dire, très moyenne, nous avons fait la moitié. Donc, oui, la pluie a quand même été très bénéfique », se réjouit-il. Le groupe familial produit également des fruits à coques : pêches, nectarines, prunes… Cette fois victimes des épisodes de grêle, mais là encore, malgré tout, les prévisions sont bonnes. « Le bilan reste très positif malgré tout cette année. Maintenant, les répercussions de ce retard de récolte, c'est plutôt l'année prochaine que l'on verra les conséquences, en tout cas sur l'arboriculture et l'olivier », précise encore l’exploitant. À lire aussiMaroc: les agriculteurs applaudissent le retour de la pluie, malgré les inondations Des cultures vulnérables face au changement climatique Même satisfaction pour Damri Abdelali, exploitant agricole et vice-président de la Chambre d’agriculture région Fès-Meknès. Il salue notamment la reconstitution des nappes phréatiques. Il précise néanmoins que certains agriculteurs qui avaient opté pour des semences spéciales, censées résister à la sécheresse, ont, eux, été impactés négativement par ces pluies abondantes. « Des champs inondés avec trop d'eau n'ont pas pu résister. Mais aussi des variétés de semences qui ont été transformées génétiquement pour résister à la sécheresse et n'ont pas pu résister à l'eau », regrette Damri Abdelali. Au stand du pôle digital du ministère de l’Agriculture marocain, en revanche, le ton est plutôt à la prudence. Devant un graphique qui montre les taux de pluviométrie en berne ces 20 dernières années, le chercheur Rachid Hadria rappelle que l’agriculture marocaine va très probablement continuer à souffrir des conséquences du réchauffement climatique. « On voit qu'on a de plus en plus d'années sèches. Cette année, certes, c'est une très bonne année par rapport aux six dernières années, mais on ne peut pas dire que ça y est c'est gagné », conclut-il. À lire aussiMaroc: les précipitations intenses n'écartent pas la menace de la sécheresse

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  6. APR 28

    La guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix alimentaires en Afrique

    La hausse des prix ne touche pas seulement le carburant. Elle frappe aussi l’alimentation : céréales, huiles et produits transformés. Particulièrement en Afrique, car le continent est très dépendant des importations alimentaires. En cause : le blocage du détroit d'Ormuz, qui perturbe toute la chaîne agricole. Du prix des engrais pour les agriculteurs au prix du transport : tous explosent et mettent en péril la sécurité alimentaire sur le continent.  Chaque année, l’Afrique importe 100 millions de tonnes de céréales, ce qui correspond à plus de 75 milliards d’euros. Le continent importe aussi massivement des huiles végétales et autres produits alimentaires transformés. Ces approvisionnements sont fragilisés par les tensions au Moyen-Orient : la hausse du carburant renchérit le transport maritime, tandis que les perturbations logistiques menacent l’accès aux engrais, indispensables à la production agricole. « L'Afrique de l'Ouest, c'est le premier pôle d'importation de riz au monde avec près de 20 % de l'importation mondiale, explique Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm). Ça veut dire que 4 grains de riz sur 6, donc 2 grains de riz sur 3, en Afrique de l'Ouest viennent de l'étranger. Ils viennent souvent d'Asie du Sud-Est, donc avec ce risque de voir demain l'Inde, la Thaïlande ou le Vietnam limiter leur marché d'export, ce qui aurait des conséquences importantes pour cette région. » Selon le chercheur, il existe des solutions à court terme pour amortir les prix en forte augmentation pour les consommateurs, comme des subventions qui ciblent les produits sensibles. Autre solution à moyen terme, diversifier les approvisionnements, en particulier pour les engrais : « L'Afrique en général est un petit acheteur sur le marché mondial des engrais. Certains acteurs économiques vont aller au plus offrant, analyse Matthieu Brun, donc on peut essayer à la fois de contourner Ormuz, de trouver d'autres routes commerciales, mais aussi peut-être de s'unir à plusieurs pays pour pouvoir avoir des contrats plus importants et négocier des contrats d'approvisionnement entre États, les grands traders, autour de structures, autour de cultures stratégiques. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique L’aide humanitaire sous pression Si la crise alimentaire s’aggrave, les besoins d’urgence pourraient augmenter à un moment où l’aide humanitaire est déjà fragilisée par la baisse des aides. Pour continuer à acheminer les denrées essentielles, les agences des Nations unies ont des accords avec les armateurs pour faire passer leurs navires en priorité. Mais les délais, eux, ne sont pas garantis. « Le problème qu'on rencontre actuellement, c'est la congestion dans les différents ports d'entrée autour du Golfe, décrit Jean-Cédric Meeus, responsable transport et logistique à l’Unicef. Les armateurs maritimes doivent changer leur route et doivent déposer des conteneurs ici et là, entre Colombo et le Mozambique, pour ensuite les acheminer par voie terrestre. Dès lors, ça chamboule toute la prédictibilité de nos envois. Nous n'avons pas un problème d'accessibilité, mais nous avons un problème de nous assurer que les marchandises arrivent à bon port, avant que le manque crée une autre urgence sur l'urgence qu'on rencontre pour le moment dans le Moyen-Orient. » Tensions autour du canal de Panama, blocage de la mer Rouge, Covid-19, l'Unicef a déjà fait face à de nombreux défis logistiques et a mis en place au fil du temps une chaîne d'approvisionnement capable de s'adapter aux chocs grâce à des engagements commerciaux réciproques, renouvelés tous les ans : « Nous nous engageons à utiliser nos partenaires, que ce soit pour l'achat de biens ou l'achat de services. Eux, ils s'engagent à nous donner certains privilèges vis-à-vis du secteur commercial, détaille Jean-Cédric Meeus. Si nous devons acheter des marchandises qui sont pour nous des marchandises qui sauvent les enfants, on aura la priorité sur les achats, on aura la priorité sur les envois. » Il n'y a pas encore d'urgence alimentaire, mais les prix augmentent sensiblement sur certaines denrées. Selon l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix des huiles ont augmenté de 13 % sur les 3 derniers mois, 7 % pour le sucre et 4 % pour le blé.  À lire aussiD'Ormuz au Darfour, la guerre au Moyen-Orient complique l'aide humanitaire en Afrique

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  7. APR 27

    Gabon: cap sur le gaz naturel liquéfié, un tournant énergétique dès 2028

    Le Gabon souhaite diversifier ses revenus tirés du pétrole. Dès 2028, le pays veut devenir exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Les expéditions seront assurées depuis le terminal pétrolier du Cap Lopez, situé dans la banlieue de Port-Gentil, la capitale économique du pays. Le projet est conduit et financé par le groupe franco-britannique Perenco, premier producteur de pétrole au Gabon avec 100 barils par jour.    Soixante-neuf ans après sa construction par Total Gabon, le terminal pétrolier du cap Lopez, dédié à l'expédition du pétrole brut gabonais sur le marché international, connaît actuellement des grands travaux d'extension pour en faire un hub gazier. Rida Yayaoui, directeur du projet, dépeint : « Vous êtes ici dans la zone qui va accueillir, au Cap Lopez, le projet LNG. On aura la partie process, liquéfaction et stockage ici, et toute la partie traitement de gaz et arrivée gaz sur la droite. » Pour réaliser ce projet, Perenco a prévu une enveloppe très lourde, affirme Nestor Aworet, directeur général adjoint de l'entreprise : « C'est 2 milliards de dollars pour le projet GNL, donc c'est un gros investissement. C'est un projet qui absorbe énormément de fonds. Perenco est heureux de pouvoir porter un tel projet qui va permettre à notre pays de devenir exportateur de gaz naturel. » À lire aussiGabon: discussions autour d'un projet de pipeline pour acheminer du gaz en Afrique centrale « Nous visons les meilleurs marchés » Une partie de la future usine est en cours de montage au Moyen-Orient. Au Gabon, Perenco construit un réseau de 500 kilomètres de pipeline pour collecter le gaz produit à divers endroits du sud du pays. Christophe Blanc, directeur général de Perenco Gabon, est fier d'attaquer le marché international du gaz dès 2028 : « Pour l'export, nous visons les meilleurs marchés, comme pour l'huile. Ce sont des marchés qui sont ouverts aujourd'hui avec un bon nombre de compétiteurs, et nous mettrons en compétition bien évidemment tous ces acheteurs potentiels. Nous vendrons au plus offrant, pour le bien à la fois de Perrenco mais aussi de l'État gabonais, qui a ses revenus associés à ses réserves de gaz. Et pour ça, nous avons développé une usine de liquéfaction adaptée aux réserves de gaz qui sont présentes au Gabon. » Plus d'un siècle après le coup d'envoi de sa production pétrolière, le Gabon n'a jamais valorisé son gaz. Celui-ci a toujours été brûlé par torchage. Le groupe Perenco, souvent accusé d'être un pollueur, est devenu numéro un de la réduction du gaz torché et producteur, depuis 2006, d'un tiers du gaz butane consommé dans le pays. À lire aussiLe Gabon veut troquer le gasoil pour du gaz

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  8. APR 26

    Des pistes pour financer et repenser l'agriculture en Afrique de l'Ouest

    Nourrir l'Afrique avec les outils d'hier est devenu impossible. À Nouakchott, la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du 13 au 17 avril, s'est achevée sur un constat : l'aide internationale se tarit. Le continent doit donc réinventer ses modèles de financement. Entre économie bleue, innovation numérique et coopération régionale, plusieurs pistes émergent déjà. De notre correspondant à Nouakchott, Oumar El-Hadj Thiam.  Dans les couloirs du centre de conférence de Nouakchott, théâtre de la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le constat est lucide. Si le potentiel agricole est immense, l'argent, lui, change de main. Les donateurs traditionnels, bousculés par les crises mondiales, se retirent. Mais pour Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO, ce n'est pas une fatalité, mais un appel à l'ingénierie financière : « C'est un moment où certains des financements traditionnels pour l'agriculture ont changé. Certains des donateurs qui ont longtemps soutenu le développement se retirent pour investir dans d'autres priorités. C'est donc un moment où je pense qu'il y a en fait assez de capital dans le monde. Il faut juste que nous l'acheminions aux bons endroits et avec les bons mécanismes. » C'est précisément l'ambition du Sénégal. À Dakar, la transformation des systèmes alimentaires passe par l'Atlantique. Pour Fatou Diouf, ministre sénégalaise des Pêches, la souveraineté alimentaire passe désormais par l'« économie bleue ». Le poisson, consommé à hauteur de 29 kilos par habitant au Sénégal chaque année, est le moteur de la résilience : « Qui parle d'agroalimentaire parle de pêche. Les ressources halieutiques jouent un rôle important dans la fourniture de protéines animales. Nous avons fait aujourd'hui de l'économie bleue le cœur de notre stratégie, en matière de pêche, d'aquaculture et de souveraineté alimentaire. Le Sénégal a déjà montré des gages de transparence avec la publication des listes des navires autorisés. » À lire aussiRapport FAO: l'accès à une alimentation de qualité demeure un défi économique majeur en Afrique Des modèles innovants à l'échelle régionale Au-delà des chiffres, c'est l'innovation sociale qui séduit les bailleurs. Le modèle sénégalais de « cogestion », qui implique directement les pêcheurs artisanaux dans la surveillance des côtes, est cité en exemple. Mais pour que ces efforts locaux portent leurs fruits, ils doivent s'intégrer dans une architecture régionale solide. Une priorité pour Momme Ould Beibat, ministre mauritanien de l'Agriculture : « Le renforcement de la surveillance, des systèmes d'alerte rapide et de la coordination transfrontalière demeure une priorité essentielle. Ces mesures sont non seulement plus efficaces, mais aussi moins coûteuses que la gestion des crises une fois qu'elles se sont déclarées. » Pour la Mauritanie, l'enjeu est désormais de transformer ces plans d'investissement en opportunités concrètes pour les filières prioritaires du pays grâce aux solutions numériques, comme l'analyse connectée des sols ou les plateformes d'accès direct au marché. À lire aussiL'insécurité alimentaire monte en Afrique de l'Ouest et au Sahel, la FAO appelle à l'aide

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