Afrique économie

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

  1. 1H AGO

    Au Sénégal, les vertus du gombo se retrouvent dans des produits cosmétiques produits localement

    Le gombo, que l'on retrouve d'ordinaire dans l'assiette des Sénégalais en soupe kandia, commence à se faire une place dans leurs salles de bain. Ce légume gluant, riche en antioxydants, possède des vertus hydratantes et anti-âge qui séduisent désormais les marques de cosmétiques locales. Reportage dans une entreprise dakaroise qui mise sur ce nouvel or vert. (Rediffusion) Avec notre correspondante à Dakar, Dans le laboratoire de la marque Trésors d'Afrique, à Dakar, on s'affaire autour des préparations. En blouse blanche, les employées ont des allures de scientifiques. « Ici, c'est pour la recherche et développement. Il nous arrive ici, au laboratoire, de changer un produit, ou bien de créer un nouveau produit », explique Ndeye Thiaba Diouf, la directrice des opérations, qui nous fait la visite guidée. Ici, avec la gamme « Chouette mama », priorité aux produits locaux : aloe vera, bissap, karité, mais aussi le gombo, ce petit légume vert et gluant qu'on connaît surtout en cuisine. Ndeye Ndiapaly Diouf, responsable du laboratoire émulsion, en extrait le jus. « Ici, on fait des crèmes, des laits et des sérums. Le lait de gombo, on le fabrique à base de gombo naturel frais qu'on achète au marché, et toujours avec de l'eau déminéralisée. On met de l'eau et on laisse macérer jusqu'au lendemain », détaille-t-elle. 27 000 produits Trésors d'Afrique vendus Ce mucilage, un jus épais issu du gombo, est intégré à plusieurs produits : shampoings, crèmes pour le visage ou pour le corps... Très hydratant, le légume se révèle aussi un puissant anti-âge. « De la même manière que le baobab traite l'acné et la peau grasse, le gombo, son travail, c'est l'anti-âge. À partir de 25 ans, on commence à ne plus avoir le collagène dont on en a besoin pour avoir une peau lisse et tout ce qui va avec. Donc le gombo est là pour compléter cela », promeut-elle. Ce secret est encore méconnu au Sénégal, où le gombo reste surtout associé à la soupe kandia. Seules quelques femmes l'utilisent déjà pour nourrir leurs cheveux. Chaque année, 27 000 produits Trésors d'Afrique sont vendus dans plusieurs points de vente au Sénégal, mais également en ligne vers l'étranger. « D'après les études qu'on a fait, ce sont les étrangers, les expatriés et même les Sénégalais qui viennent de l'extérieur qui achètent plus nos produits. La marque, malheureusement, est connue plus à l'étranger qu'au Sénégal », note Ndeye Ndiapaly Diouf. À lire aussiPensez à consommer du Gombo ! Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom Pour les producteurs, c'est une nouvelle filière pleine de promesses. À Thiès, Mamour Gueye, producteur de gombos qui exporte une partie de sa production vers la France, y voit un débouché local bienvenu. « C'est plus avantageux de vendre sur le marché local que de faire de l'export », assure l'agriculteur. « Sur le marché local, il n'y a pas de contrainte. Par contre, quand tu envoies ton gombo, deux jours après, on te fait des réclamations sur le noircissement du produit. Tout ne peut pas aller à l'exportation. Donc s'il y a de la transformation, c'est vraiment une bonne chose », poursuit Mamour Gueye. Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom. Il devrait passer de 3,87 milliards de dollars en 2024 à plus de 7 milliards en 2033. À lire aussiEntre modernité et tradition : les routines beauté qui marchent

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  2. 3D AGO

    RDC: comment l'EGC tente d'assainir l'exploitation artisanale du cobalt à Kolwezi

    Alors que les minerais critiques de la RDC sont l'objet de toutes les convoitises, l'Entreprise générale du Cobalt (EGC) renforce sa mission d'assainir la filière artisanale du minerai bleu. En novembre 2025, elle a exporté 1 000 tonnes de cobalt qualifié de « propre » provenant du secteur artisanal. De l'extraction à la commercialisation, l'entreprise applique un processus de traçabilité et de contrôle, mais se heurte à plusieurs défis.  Avec notre envoyée spéciale à Kolwezi, Denise Maheho Il y a sept ans, la République démocratique du Congo lançait l'Entreprise générale du cobalt, l'EGC. L'objectif était clair : remettre de l'ordre dans l'exploitation artisanale de ce minerai stratégique, indispensable aux batteries et à la transition énergétique. Depuis l'an dernier, l'EGC s'approvisionne auprès de deux coopératives minières, installées sur les sites artisanaux agréés de Kamilombe et de « Menuiserie », à Kolwezi. Pour les autres, la porte n'est pas fermée, mais le passage est strictement encadré. « Il faut d'abord qu'on fasse une conformité administrative pour s'assurer que cette coopérative est en règle avec l'État, explique Raphael Mbaya, consultant assistant à la direction de conformité de l'EGC. Il faut aussi que l'on s'assure que la coopérative travaille sur un site protégé, qui lui est octroyé par l'État à travers le service de Saemape (Service d'assistance et d'encadrement des exploitants miniers artisanaux, NDLR) qui lui délivre un avis technique. Et puis, en menant une enquête, on s'assure qu'il n'y a pas de travail des enfants, ni de présence de militaires sur le site. » À lire aussiMinerais stratégiques : l'Afrique face au défi des contrats équitables Absence des zones d'exploitation artisanale L'EGC veut tracer, sécuriser et moraliser toute la chaîne. À Kolwezi, la coopérative Comakat est justement en discussion avec l'entreprise publique. Pour ses responsables, un partenariat avec l'EGC pourrait changer la donne. « Ce que nous avons toujours déploré, regrette Michel Bizimungu, le directeur général adjoint de la Comakat, c'est la minoration de la teneur de nos produits. Nous croyons qu'avec l'EGC, la situation va s'améliorer. » Ces dernières années, les mineurs artisanaux sont souvent accusés de voler des minerais dans les concessions des entreprises minières. « À ce stade, on ne peut pas parler de l'assainissement de l'exploitation tant qu'il n'y a pas de zones octroyées aux mineurs artisanaux », explique Josué Kashal, directeur du centre d'aide juridico-judiciaire à Kolwezi. En 2024, la Gécamines a officiellement cédé cinq carrés miniers à l'EGC. Mais ces sites nécessitent des travaux de sondage et de découverture. À écouter aussiLes quotas congolais maintiennent le marché du cobalt sous tension

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  3. 4D AGO

    Crise de la dette africaine: «Pour briser le cycle, il faut investir»

    Une trentaine de pays africains sont à l'orée d'une crise de la dette. Malgré une croissance dynamique, la dette augmente très vite, et même trop vite. Gabon, Sénégal, Ghana… Au total, l'Afrique va devoir payer plus de 11 milliards de dollars de dette qui arrive à échéance cette année. Pour briser le cycle, il faut investir et transformer localement les différentes ressources. Un pays est considéré en crise de la dette lorsque son endettement devient insoutenable. Depuis le choc pétrolier de 1973, ce type de crise semble se répéter environ tous les dix ans. Celle provoquée par la pandémie de Covid-19 a laissé de nombreux pays africains englués dans des niveaux de dette élevés, malgré la bonne croissance et les instruments financiers mis en place pour amortir le choc.  « La réalité, c'est une insuffisance de transformation qui nous maintient dans, on va dire, un positionnement très bas dans les chaînes de valeurs internationales, analyse l'économiste Hugues Mbadinga Madiya, ancien ministre gabonais. Donc, il faut aller de l'avant, il faut transformer un peu plus nos matières premières. Dans des pays comme le Botswana, des initiatives très importantes ont été menées en termes de transformation. Vous avez suivi aussi au Gabon, dans le secteur du bois, la valeur ajoutée du secteur bois a été multipliée par trois. » Le Sénégal, lui, doit payer à ses créanciers 485 millions de dollars, qui arrivent à échéance dans les prochaines semaines. Les pays africains paient une prime de risque élevée sur les marchés financiers. Selon l'économiste Abdoulaye Ndiaye, pour espérer s'en sortir, Dakar doit investir massivement dans certains secteurs pour réduire les dépenses : « Il y a des dépenses, qui sont des subventions énergétiques, qui sont des subventions de consommation, qui sont nécessaires. La solution, ce n'est pas uniquement de les couper, mais de voir comment, par exemple, on peut faire des investissements pour être plus productifs, pour faire des investissements pour l'électricité et l'énergie moins chers. » Des ajustements nécessaires pour l'économiste : « Et je pense que sinon, là, on a une crise de la dette au Sénégal. On en aura peut-être une aussi en 2039-2040 ». À lire aussiSénégal: «Restructurer aujourd’hui la dette, ce serait décrédibiliser les efforts fournis» Une diversification limitée mais approfondie Pour briser ces cycles de crise de la dette, la condition nécessaire, selon Hugues Mbadinga Madiya, c'est d'aller au-delà du simple équilibre des comptes publics. « Un budget bien géré, une monnaie crédible, des réserves bien gérées, c'est important, mais ce n'est pas une condition suffisante, estime l'ancien ministre gabonais. L'histoire économique mondiale nous a appris parfois que quelques pays se sont développés avec deux ou trois produits. Il faut aller justement vers une diversification avec quelques produits, mais une transformation poussée. » Le Botswana a réussi sa diversification dite verticale. Plutôt que de multiplier les secteurs, le pays a approfondi la transformation locale du diamant, secteur aujourd'hui en crise mais qui représente encore près de 80 % de ses recettes d’exportation. À lire aussiCrise de la dette: l’Afrique face à un cycle sans fin?

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  4. 5D AGO

    En Côte d'Ivoire, HEC Challenge + tente de faire émerger des start-up africaines

    Il y aurait environ 300 start-up actives en Côte d'Ivoire selon les estimations du gouvernement. Pour lancer leur activité, certains entrepreneurs cherchent à suivre des formations jugées prestigieuses. C’est le cas de Challenge + Afrique, un programme de la célèbre école de commerce française HEC Paris. Dans la salle de classe, une vingtaine de participants, hommes et femmes, suivent leur premier cours. L'idée ? Comprendre comment leur petite entreprise peut gagner de la valeur. Mariama Kaba vient du Sénégal. Cette spécialiste de la validation des acquis de l’expérience se lance dans l’entrepreneuriat. Son idée : faire certifier les compétences des travailleurs du secteur informel : « J’ai déjà participé à des projets d’entreprise, mais je restais toujours derrière. Là, c’est l’occasion de me concentrer sur mon propre projet, d’acquérir des compétences… parce que la finance, c’est un "gros mot" [pour moi]. Là, ce matin, on avait un cours sur les fondamentaux de la start-up, j’écoute, je note tous les mots-clefs pour faire une fiche après. Ce que j’attends ? Y a le réseau également, toutes les personnes qui sont là, elles sont inspirantes… Là, ça fait deux jours, quand je rentre chez moi, je parle de tout le monde, je parle de mes collègues à mes amis, à ma famille. Je suis là où je dois être pour sortir de ma zone de confort. » Dans la promotion de Mariama, les projets sont divers : accès au logement, solutions techniques d’économie d’énergie… Prendre du recul pour changer d’échelle Les participants ont payé 5 000 euros (environ 3 millions de francs CFA) pour bénéficier des conseils de formateurs comme Etienne Krieger. Cet expert de la finance entrepreneuriale veut partager ses « bonnes recettes » avec les participants : « Nous on est là pour leur faire prendre conscience des ingrédients qui vont faire qu’ils vont crédibiliser les projets, identifier des besoins réels, pas ou mal satisfaits par les offres existantes, les vendre, être suffisamment crédibles pour attirer des bonnes fées qui vont se pencher sur leurs berceaux pour passer d’une activité artisanale à quelque chose "d’industriel" ». Parmi les réussites du programme, il y a Leya. La start-up abidjanaise aide les guichets de mobile money à ne jamais manquer d’argent liquide. Son cofondateur Thibaut Cathenoz résume l’apport de la formation : « On a pu prendre énormément de recul, affiner notre pitch, affiner notre proposition de valeur, comprendre comment fonctionne une levée de fonds. Ça nous a beaucoup servi pour la suite parce qu’on a levé des fonds. Et, franchement, ça nous a été d’une grande aide. »  En cinq ans, Challenge + Afrique a accompagné près de 120 start-up, à Abidjan et Dakar.

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  5. 6D AGO

    Du sous-sol d'un musée belge aux mines congolaises: l’enjeu des archives géologiques de la RDC

    Quand des millions de documents se retrouvent au cœur d'un bras de fer entre la RDC, la Belgique et une société américaine. À Tervuren, à quelques kilomètres de Bruxelles, une partie des archives géologiques de la RDC dort dans le sous-sol de l’AfricaMuseum. Kinshasa réclame la numérisation de ces documents, un processus que l'État belge a démarré au début du mois. Mais une société minière américaine souhaite réaliser elle-même ce travail, ce que refuse la Belgique.  C’est un voyage dans le temps qui commence d’abord sous terre. Une fois un dédale d’escaliers et de couloirs traversé, il faut franchir une porte, protégée par un code, pour accéder aux archives de l’AfricaMuseum, ancien Musée royal de l’Afrique centrale. Là, un demi-kilomètre de documents, de dossiers et de photos sont méticuleusement rangés dans de grandes armoires en fer gris. « Cinq cents mètres, ça représente entre trois et quatre millions de documents », glisse François Kervyn, géologue et chef du département des Sciences de la Terre du musée. À Tervuren, à plus de 6 000 km de Kinshasa, ces armoires renferment certaines des archives géologiques de la République démocratique du Congo. « Ces documents sont arrivés chez nous suite à la cessation d’activité de compagnies minières, explique François Kervyn. Ce sont aussi des travaux de géologues partis à la retraite et souhaitant laisser leur patrimoine intellectuel à notre institution. Il y a aussi des travaux de recherche réalisés par des géologues du musée après la période coloniale et d’autres réalisés par des chercheurs congolais ou africains. » Des cartes dessinées à la main, des rapports tapés à la machine à écrire et des milliers de photos qui détaillent soigneusement le contenu du sous-sol congolais. 2 millions d'euros d'investissement Une véritable mine d’or qui intéresse les autorités congolaises. Jusqu’à présent, ces archives étaient disponibles sur commande, « sollicitées de manière épisodique par des chercheurs qui souhaitent travailler sur des zones précises », raconte François Kervyn. « Nous avons ressenti les limites de cette approche, se souvient Bart Ouvry, le directeur de l’AfricaMuseum. On s’est rendu compte que la digitalisation est la manière la plus efficace de partager ces archives, afin que n’importe quel chercheur, où qu’il soit, puisse y avoir accès. » Le service géologique de la RDC a d’ailleurs demandé la numérisation de ces archives, mais compte tenu de leur volume, à l’époque, il était impossible pour le musée de s’exécuter immédiatement. « Nous n’avions pas assez de personnel », explique François Kervyn. Tout a changé lorsque l’AfricaMuseum a obtenu des financements de l’Union européenne : au début du mois de février, quatre géologues ont été recrutés et vont être rejoints le 1er mars par quatre archivistes et un informaticien. Un investissement d’environ deux millions d’euros pour mener à bien, en trois ans, la numérisation des archives, en se concentrant sur des zones prioritaires, définies par les autorités congolaises. Une société américaine veut aller plus vite D’ici 2029, le musée devrait avoir mis sur pied une base de données, après l’inventaire et la numérisation de ces centaines de milliers de documents. Un délai trop long, au goût de certains acteurs. Ainsi, en juillet dernier, le directeur général de la société américaine KoBold Metals en RDC, Benjamin Katabuka, a signé un accord avec Kizito Pakabomba, le ministre congolais des Mines, pour « lancer un programme d’exploration minière à grande échelle » en RDC. Parmi les clauses de cet accord de principe, la société, soutenue entre autres par Bill Gates, s’engage à déployer « une équipe aux archives géologiques de la RDC conservées au Musée royal de l’Afrique centrale pour commencer la numérisation des documents avant le 31 juillet 2025 ». Pour Bart Ouvry, le directeur du musée, il est impensable qu’une société étrangère pénètre dans les archives. « Nous sommes une institution publique qui travaille dans un objectif scientifique. Nous reconnaissons l’intérêt économique pour le Congo et notre but, c’est de transférer des données aux autorités congolaises et pas au bénéfice d’une seule société, quelle que soit sa nationalité. » L’AfricaMuseum est d’ailleurs soutenu dans sa démarche par le gouvernement belge. Citée par nos confrères de la RTBF, Vanessa Matz, la ministre en charge du Numérique et de la Politique scientifique, affirme que « la Belgique ne peut accorder un accès privilégié et exclusif à une société privée étrangère avec laquelle elle n’a aucun lien contractuel […]. La mise à disposition des archives doit s’effectuer selon les règles belges et européennes applicables, dans un cadre scientifique, non exclusif et non privatif. »

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  6. FEB 22

    Minerais stratégiques: l’Afrique face au défi des contrats équitables

    Pour sa transition énergétique, le monde a besoin de minerais présents en masse dans les sols riches du continent africain. Cette course aux minerais stratégiques s’accélère, notamment avec le rapprochement États-Unis-RDC. Mais comment le continent peut-il vraiment tirer profit de la demande mondiale ? Illustration avec deux initiatives : mieux connaître ses sous-sols et réussir à négocier des contrats équitables. Avec notre envoyé spécial au Cap,  On dit souvent que l’Afrique détient 30 % des minerais stratégiques. Mais pour le professeur Glen Nwaila, directeur du Centre africain de recherche sur les systèmes de minerai à l’université de Wits, l’exploration est encore trop peu financée sur le continent pour vraiment avancer des données précises. « Le plan pour l'avenir, afin de mettre à jour ces ressources, consiste donc en premier lieu à consolider les données africaines, souligne-t-il. Si vous recherchez des cartes géologiques et des gisements minéraux en Afrique, vous ne trouverez jamais de carte unique et unifiée. » Pour le chercheur, cette unification est essentielle, « car une fois que l'on dispose de plusieurs couches de preuves géologiques de gisements minéraux, on peut alors utiliser l'intelligence artificielle pour affiner la zone de prospection, puis des algorithmes pour définir les cibles dans différents pays. » D’autant plus qu’un état des lieux plus précis rassure les investisseurs internationaux, rappelle le professeur Nwaila. « Cela leur donne l'assurance que leur achat ou leur investissement générera les rendements escomptés. Et vous, ça vous permet donc de négocier un accord plus avantageux », estime-t-il. À lire aussiMinerais critiques en Afrique: «L'objectif est de devenir un continent où il y a des mines et des raffineries» Mieux négocier les contrats Les négociations représentent une étape cruciale pour que les gouvernements tirent vraiment profit de cette demande presque exponentielle en minéraux stratégiques, estime Olivier Pognon, directeur de l'ALSF – la Facilité africaine de soutien juridique, une organisation hébergée par la Banque africaine de développement et qui conseille les gouvernements du continent. « Ce sont des contrats extrêmement complexes et il y a un principe qui est admis, c'est que la raison pour laquelle un certain nombre de contrats n'ont pas profité aux pays africains, c'est parce que ces contrats étaient déséquilibrés », explique l'avocat.  Ainsi, il tente de former les équipes sur le terrain, « de manière à pouvoir gérer les problématiques contractuelles qui se posent à eux. » Mais Olivier Pognon reste pragmatique : la route est encore longue face à des multinationales très expérimentées. Certains accusent par exemple la RDC de brader son potentiel minier aux États-Unis, ce que le pays réfute. « Ce sont des initiatives qui, à l'échelle d'un continent, prennent du temps. La satisfaction qu'on tire de ce que nous faisons, nous, ALSF, c'est que l'organisation a beaucoup gagné en crédibilité, indique l'avocat. Je pense que c'est un indicateur que la question de la bonne gouvernance dans les contrats, de la transparence, est une considération de plus en plus importante pour nos gouvernements. Il y a encore du chemin à faire. » L’organisation se félicite d’avoir permis aux gouvernements africains d’économiser plusieurs milliards de dollars ces dernières années, grâce à des contrats mieux négociés. À lire aussiRDC: La société civile souhaite une nouvelle liste de minerais stratégiques

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  7. FEB 19

    Du Bénin au Cameroun, des solutions à la cherté de l'alimentation dans l'aviculture traditionnelle

    Soutenir l'aviculture traditionnelle est un enjeu au Bénin, qui dépend toujours des importations malgré la volonté de les interdire. Au Cameroun, qui est au contraire autosuffisant en viande de volaille, l'aviculture traditionnelle est une source de revenus importante. D'où les innovations tentées dans ces deux pays pour améliorer la rentabilité du secteur. Poulets-bicyclette, mais aussi pintades, pigeons et dindons : l'aviculture traditionnelle fournit encore au Bénin les deux tiers de la volaille que produit le pays, toujours dépendant à 40% des importations. Mais un des principaux freins au développement de cette aviculture traditionnelle, c'est le coût de l'alimentation animale, qui est chère et qui entre en compétition avec l'alimentation humaine. « Le Bénin, à l'instar de certains pays de la sous-région, utilise le maïs et le soja, alors qu'au Bénin, le maïs est en concurrence avec l'alimentation humaine, explique Modeste Dayato, président de l'Association nationale des aviculteurs du Bénin. Donc ça crée de la spéculation, et le maïs devient un peu plus cher. C'est pareil pour le soja, qui est une source de protéines pour l'homme, alors que les animaux aussi utilisent le même soja. Donc pour nous, il est important qu'on essaie de trouver quand même des alternatives. » La concurrence de l'alimentation humaine Modeste Dayat s'est donc lancé dans la production d'asticots en installant un élevage de mouches soldat noire. Il espère le soutien des autorités, car il ne compte pas s'arrêter là. « On a commencé avec une petite production, et donc, actuellement, nous sommes en train de mettre en place un bâtiment carrément de 20 mètres sur 10, destiné exclusivement à la production d'asticots. Donc c'est une phase de croissance, une phase d'intensification que nous voulons faire. On a fini le gros œuvre, il ne reste qu'à installer les mouches et à entamer la production d'asticots à l'échelle. » Asticots et pois d'Angole à la place du maïs et du soja Au Cameroun, l'alimentation des volailles est également un défi pour que l'aviculture traditionnelle reste rentable. Car aux côtés de l'aviculture industrielle, ces petits élevages sont un complément de revenu pour les femmes. Hortense Alene coordonne un projet de recherche, Action pour l'élevage agroécologique de poulet local, dans les régions du Centre et de l'Adamaoua : « Pour remplacer par exemple le soja, qui représente pour les femmes une charge de travail supplémentaire, nous avons introduit le pois d'Angole qui, lui, est un arbuste qui donne des produits plusieurs fois avant d'être remplacé, précise-t-elle. Et elles ont apprécié parce que quand tu as mis le pois d'Angole en place, tu peux récolter trois à quatre fois au cours d'une même année. Ça, c'est un exemple de réussite. » Les éleveurs camerounais font aussi baisser le prix des rations pour les volailles en incorporant, aux côtés du maïs très cher, une autre source d'énergie : la peau de manioc – une astuce empruntée cette fois à leurs collègues béninois.

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  8. FEB 18

    Au Kenya, les médecins en grève pour alerter sur un système de santé fragilisé

    Pendant plus d'un mois, le personnel médical dans le comté de Nairobi a fait grève. Le mouvement a été levé temporairement début février 2026, sur ordre de la justice kényane. Les médecins dénonçaient, entre autres, des retards sur les versements des paies et un manque d'augmentation des salaires. C'est la dernière action en date du secteur, qui s'est souvent mobilisé ces dernières années. De notre correspondante à Nairobi, « Rien qu'en 2025, nous avons compté 23 mouvements de grève à travers le pays », lance Davji Bhimji Atellah. Secrétaire général du KMPDU, le principal syndicat des médecins du Kenya, il est sur le front de toutes les batailles. Il énumère les retards de salaires, une absence de revalorisation des rémunérations ou encore des pénuries de médicaments et d'équipements. Autant de conditions qui encouragent, selon lui, une fuite des médecins vers l'étranger, alors même que le pays fait déjà face à un manque crucial de ressources humaines. « Le ratio médecins-patients au Kenya est d'un pour 17 000, explique-t-il, alors que la recommandation de l'OMS d'un pour 1 000. Le pays fait face à une pénurie de médecins sur l'ensemble du territoire. Pourtant, il y a eu un nombre important de diplômés entre 2017 et aujourd'hui, mais plus de 3 000 sont actuellement au chômage. » À lire aussiKenya: la grève de médecins se poursuit et provoque un pic de mortalité Pour 2025-2026, l'enveloppe santé du gouvernement a été augmentée de plus de 8%. Elle ne représente toutefois qu'à peine plus de 3% du budget total, loin des 15% auxquels se sont engagés les pays africains lors de la déclaration d'Abuja en 2001. D'autant que le secteur a été éclaboussé par plusieurs scandales de corruption. Les hôpitaux manquent de fonds insiste Davji Bhimji Atellah : « Nous avons de nombreux comtés, ainsi que des établissements privés, qui se plaignent d'être créanciers auprès de la sécurité sociale. Ils ont fourni des services aux patients mais n'ont pas été payés. Ces hôpitaux se retrouvent donc dans l'incapacité d'offrir des services. » Il est estimé que près de 60% des revenus du gouvernement au Kenya servent à rembourser la dette. Collecter les impôts nécessaires reste un défi, selon l'économiste XN Iraki : « Tout le monde est censé bénéficier d'une assurance de la part du gouvernement, mais très peu la paient : principalement ceux qui sont employés. Les travailleurs indépendants ne la paient pas toujours, alors qu'environ 80% des travailleurs kényans sont dans le secteur informel et n'ont souvent pas les moyens de payer cette assurance. Il y a donc un manque de fonds pour financer les services médicaux. » Pour favoriser l'embauche des médecins kényans, Nairobi a imposé de nouvelles restrictions visant les praticiens étrangers dans le pays. Le ministre de la Santé a annoncé avoir révoqué plus de 200 licences. Une démarche soutenue par le secteur. À lire aussiAu Kenya, l'État coincé entre sa dette et le rejet des nouvelles taxes

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