Chronique des médias

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France, une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre. En partenariat avec le magazine «Stratégies».

  1. 1d ago

    Faut-il croire Mediapart après ses révélations sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella?

    Ce sont des informations fracassantes qui bousculent le début de campagne, à quelques mois de la présidentielle en France. Le journal en ligne Mediapart a été, cette semaine, au centre de révélations sur le passé antisémite de Jordan Bardella. Pourtant, le président du Rassemblement national nie les propos qui lui sont attribués. Jordan Bardella a déclaré qu'il allait porter plainte pour diffamation et pour « faux et usage de faux » après la publication par Mediapart de messages complotistes et antisémites qu'il aurait tenus en 2013 sur la messagerie de Facebook, lorsqu'il avait 17 ou 18 ans. Après avoir attaqué le journal en ligne en l'associant à une « barbouzerie », le président du Rassemblement national (RN) a déclaré, selon ses proposés, « la guerre totale », expression empruntée tant à Léon Daudet, cofondateur de l'Action française, qu'au nazi Joseph Goebbels. La meilleure défense étant sans doute l'attaque, Marine Le Pen a conseillé à Mediapart de revêtir « son costume en kevlar », en voulant faire croire à une tentative de déstabilisation d'extrême gauche. Au RN, le journaliste Edwy Plenel – au passé trotskyste – est cité comme étant le « propriétaire de Mediapart », alors qu'il n'en que le cofondateur, et les preuves avancées sont qualifiées « de faux grossier ». Quelles sont les preuves du journal en ligne ? Mediapart ne publie pas seulement des extraits venant de deux sources différentes. Il explique aussi sa méthode, qui a consisté à demander à l'une de ses sources de solliciter auprès de Facebook – donc Meta – un téléchargement de ses échanges en 2013 avec Jordan Bardella. Puis, cela été authentifié par huissier, prouvant ainsi, selon le journal, que cette conversation n'a pas été modifiée a posteriori. Mediapart s'est aussi assuré qu'il s'agissait bien du bon Jordan Bardella par des éléments biographiques. À lire aussiFrance: Mediapart révèle avoir pu authentifier les messages antisémites attribués à Jordan Bardella Mediapart peut-il être victime d'une manipulation ? C'est très peu probable. D'abord parce que ce journal a l'habitude d'enquêter : il a révélé les principales affaires politico-financières de ces dernières années, des enregistrements de Liliane Bettencourt au compte bancaire suisse de Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget socialiste, en passant par le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi qui a valu à l'ancien président une condamnation en justice et un séjour en prison. Le RN accuse d'ailleurs Mediapart d'avoir publié une fausse note libyenne alors que le journal a bénéficié d'un non-lieu et même reçu un chèque de Sarkozy conservé à la rédaction après sa plainte. Au total, Mediapart précise que sur plus de 300 procédures judiciaires, il n'a eu que cinq condamnations définitives, antérieures à 2013 et jamais sur ses grandes révélations. Enfin, il faut ajouter que ce n'est pas la première fois que Jordan Bardella est mis en cause pour ses échanges passés : il l'avait déjà été en 2024 par l'émission Complément d'enquête sur France 2 pour des messages sur Twitter où il qualifiait l'antisémite Alain Soral de « grand sociologue ». La plainte pour diffamation, annoncée par Bardella, n'est jamais arrivée.

  2. Sep 25

    Un pape Léon XIV proche des journalistes et des médias

    À l'occasion de la visite de Léon XIV en France, qui sera couverte par 2 500 journalistes, nous parlons du rapport que le pape entretient avec les médias et les journalistes.  C'est bien l'image d'un pape moderne, qui sait l'importance d'avoir une prise de parole régulière auprès des médias, d'avoir une communication sincère et transparente, qui se dessine. On le sait, Jean-Paul II était lui-même un pape très médiatique, qui avait fait de l'image télévisée un atout pour toucher les masses lors de ses voyages. Son successeur Benoît XVI a eu une relation plus compliquée aux mass medias en raison de couacs ou d'erreurs de communication qui ont marqué son discours de Ratisbonne, à propos de l'Islam, ou sa levée de l'excommunication de l'évêque négationniste Williamson. Puis, François a été lui-même un grand communicant, accordant plus de 200 entretiens à des journalistes, donnant de véritables conférences de presse dans l'avion, libérant une parole libre et non contrôlée. On se souvient de « qui suis-je pour juger » un homosexuel, mais aussi de sa suggestion, qui avait fait polémique, d'avoir recours à la psychiatrie si une tendance de cette nature se manifeste chez l'enfant. Alors pour Léon XIV, on verra s'il s'exprime lors du vol retour où sont présents 85 journalistes, mais c'est une tradition qu'il a reprise comme on a pu le voir sur un vol Istanbul-Beyrouth où il avait évoqué les guerres à Gaza et en Ukraine. On voit aussi régulièrement le pape s'exprimer en italien, en anglais ou en espagnol devant des micros tendus à la sortie de sa résidence de Castel Gandolfo. Il le fait de façon prudente mais improvisée, et il s'en dégage une impression de proximité et de naturel. Le pape s'est aussi exprimé sur les journalistes et sur l'information en général Il l'a notamment fait à travers sa fameuse encyclique Magnifica Humanitas, du 15 mai, où il plaide pour une « écologie de la communication » et en appelle à un « journalisme sérieux » à des « lieux de débat où comptent davantage l'argumentation et la vérification que la réaction immédiate ». Mais le pape, qui a appelé à la libération des journalistes emprisonnés, ne se borne pas à cela. Il a rendu hommage aux « journalistes passionnés par la vérité » qui ont dévoilé les abus et les injustices dans l'Église, et a appelé cette même Église à être plus transparente. Il a aussi salué ceux qui permettent de donner chair au regard et à la voix des victimes pour prendre conscience de « l'abîme du mal » que recèle la guerre. Enfin, il a mis en garde contre les algorithmes qui détournent de ce qui est juste et sage, contre toutes les manipulations liées au numérique et contre l'intelligence artificielle qui peut contaminer la vérité. Sur ce point, celui de « désarmer l'IA », il commence à être entendu par tous les acteurs qui appellent à ralentir.  À lire aussiHervé Brusini : le pape Léon XIV affirme « la nécessité d’un bon journalisme »

  3. Sep 18

    Bien qu'ennemis, l'Iran et Israël se retrouvent sur l'intimidation et la répression des journalistes

    L'Iran et Israël sont en guerre et dans ces deux pays, l'intimidation et la criminalisation des journalistes et de leurs sources sont la règle. Et parfois, avec des méthodes comparables.   Ce sont deux pays ennemis et ils ont parfois des points communs dans leur façon de combattre le journalisme, ou de faire pression sur les professionnels de l'information et leurs sources. Selon Reporters sans frontières, ils ont d'ailleurs l'un et l'autre des journalistes emprisonnés, 22 en Israël et 19 en Iran. En Iran, l'inquiétude monte encore d'un cran avec une loi en préparation qui interdit, au nom d'un « plan de lutte contre l'influence étrangère », toute participation à des interviews avec des médias ou des professionnels qualifiés d'« hostiles » par le ministère du Renseignement. Il s'agit de mettre une chape de plomb sur l'information. Ou, comme le dit depuis la Turquie l'avocat iranien Mousa Berzin, « tout employé, médecin, infirmier, avocat ou autre citoyen susceptible de constituer une source d'information risque, par crainte des sanctions, de garder le silence. » Côté journalistes, le fait même d'être employé par des médias étrangers peut vous conduire droit en prison. C'est ce dont témoigne Yalda Moaiery, une photojournaliste indépendante qui a couvert les attaques israélo-américaines. Cette Iranienne qui couvre la région pour Le Monde, Time ou El País vient d'être condamnée à 15 ans de prison. Elle a vu sa peine confirmée le 1ᵉʳ septembre et attend son procès en appel. À lire aussiLe périlleux exercice du journalisme en Iran En Israël, les journalistes sont aussi victimes de répression et d'intimidation Les journalistes sont victimes de répression quand ils sont palestiniens – ils sont plus de 200 à avoir été tués à Gaza et nombreux à être incarcérés selon RSF – et ils sont victimes d'intimidation quand ils sont israéliens. La grande différence, c'est qu'Israël a encore une presse libre : c'est ce qu'on a vu ce mois-ci avec le journal Haaretz qui a révélé que Benyamin Netanyahu avait été informé par les Émirats arabes unis qu'un bain de sang se préparait dix jours avant le 7 octobre 2023. On peut citer aussi le site +972 Magazine qui avait révélé l'utilisation de l'intelligence artificielle pour éradiquer le Hamas à Gaza au prix de dizaines de milliers de vies civiles. Netanyahu poursuit Haaretz pour diffamation et les journalistes de +972 font l'objet de campagnes de déstabilisation en étant menacés d'être déchus de leur nationalité. C'est le même type de pressions que subissent les réalisateurs de Naza, Yuval Abraham et Rachel Szor : après la Mostra de Venise, où leur film a été primé et longuement applaudi, le ministre de la Culture israélien a menacé les deux documentaristes d'un retrait de leur nationalité et il a exigé une enquête pour identifier les militaires qui témoignent que l'IA autorisait à Gaza jusqu'à 500 morts civils pour un responsable du Hamas. À lire aussiJournalistes tués à Gaza: Israël bénéficie d'un «crédit d'impunité considérable»

  4. Sep 11

    Jusqu'où ira le soutien de Vincent Bolloré à la chroniqueuse russe de CNews expulsée de France

    La chroniqueuse russe Xenia Fedorova a été expulsée du territoire français. Pourtant, CNews veut continuer de lui donner la parole à distance, par visioconférence Le ministre de l'Intérieur français, Laurent Nunez a écrit à l'Arcom pour lui signaler les risques qu'encourt CNews au cas où cette chaîne redonnerait une place à cette propagandiste russe, connue sous le nom de Xenia Fedorova, mais qui a pour vrai nom Ksenia Borchik, selon Le Monde. Le ministre rappelle que cette chroniqueuse, ancienne directrice en France de Russia Today, a été expulsée pour atteinte aux « intérêts fondamentaux de l'État » et que la voir de nouveau intervenir à l'antenne, par visioconférence depuis l'étranger, rendrait la chaîne passible de « sanctions pénales ». Entre le gouvernement et le groupe Bolloré, il y a donc deux approches différentes. D'un côté, une agente de l'étranger et propagandiste pro-Kremlin dont les avoirs ont été gelés, de l'autre une journaliste qui a le droit de s'exprimer sur son antenne ou dans ses colonnes, même si elle n'est pas payée pour cela. Le JDnews, l'hebdo de Bolloré, donnait encore deux pages à Xenia Fedorova le 2 septembre dernier pour qu'elle démente les infos publiées dans le journal Le Monde. À lire aussiFrance: accusée d'être la «voix du Kremlin», la chroniqueuse Xenia Fedorova, visée par un arrêté d'expulsion Jusqu'où va le pouvoir de Xenia Fedorova au sein de la galaxie Bolloré Il a souvent été fait mention de l'influence de cette Russe auprès de Vincent Bolloré lui-même, au point qu'elle aurait fait écarter de CNews certaines voix hostiles à la Russie. À l'inverse, on voit de plus en plus de visages comme Régis Le Sommier, ancien de Paris Match souvent qualifié de pro-russe.  Alors bien sûr, sur la guerre avec l'Ukraine, il peut y avoir différents avis qui s'expriment,  mais le soutien à Xenia Fedorova brouille l'image de la chaîne qui se veut patriote. Et il est un fait que Vincent Bolloré soutient sa protégée. Il l'a publiée chez Fayard et lui a ouvert les colonnes du JD News après son arrêté d'expulsion. Bolloré est aussi au centre d'un livre et d'une fronde dans l'édition Quatre-vingts auteurs ont exprimé dans un livre La grande évasion leur difficulté à récupérer leurs droits s'ils sont édités par Hachette. Ils font donc valoir leur droit moral de retrait face à un groupe, Bolloré, « dont l'agenda politique vise à faire triompher l'extrême droite », selon l'écrivain Hervé Le Tellier. Le milliardaire est aussi le sujet d'un livre de deux journalistes du Nouvel Obs : À la droite de Dieu. Cet ouvrage montre à quel point le milliardaire est présent lors des réunions de ses médias pour déterminer la ligne éditoriale, contrairement à ce qu'il a déclaré à l'Assemblée. Est-il lui-même sous l'influence de la Russie ? Il suffit de regarder le nom de l'émission de Xenia Fedorova, Lumière orthodoxe, pour voir que ce lien, s'il en est, passe aussi par la religion. À écouter aussiFrance : pourquoi la chroniqueuse Xenia Fedorova est-elle visée par une expulsion?

  5. Sep 4

    L'arrivée de Charles Sapin de «Valeurs actuelles» à France Inter fait polémique

    Levée de boucliers au sein d'une partie de la rédaction de France Inter. À l'origine de leurs protestations, il y a le recrutement comme chroniqueur de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, hebdomadaire à la ligne éditoriale classée à l'extrême droite. Il y a même un mot d'ordre de grève à France Inter si la direction ne revient pas sur sa décision de recruter Charles Sapin, tout récent numéro deux de la rédaction de Valeurs actuelles, à un poste d'éditorialiste politique le dimanche matin. Ce n'est d'ailleurs pas lui, l'ancien journaliste du Figaro et du Point qui est en cause, mais son journal Valeurs actuelles. L'hebdomadaire a été condamné définitivement, il y a deux ans, pour injures publiques à caractère raciste, après avoir représenté en esclave la députée Danièle Obono (La France insoumise). À l'entendre, Charles Sapin serait très loin de cette ligne éditoriale. Il a d'ailleurs été chargé de repositionner Valeurs Actuelles en magazine des droites. Seulement, le titre a été racheté il y a un an par trois investisseurs, dont l'un, Pierre-Édouard Stérin, ne cache pas sa volonté de peser sur l'élection présidentielle 2027 en favorisant l'union des droites. Pierre-Édouard Stérin est aussi un milliardaire exilé fiscal qui s'est déclaré à droite de l'extrême droite sur l'immigration. Une polémique qui oppose direction et syndicats à France Inter Cette polémique intervient, en effet, juste après que le journaliste marqué à gauche, Thomas Legrand, a dénoncé son invisibilisation de l'antenne après une vidéo prise à la volée, où il a été accusé d'être en connivence avec des responsables socialistes. Pour les représentants du personnel, Charles Sapin appartient à la direction d'un magazine qui n'est pas compatible avec les valeurs de Radio France. Pour la direction, à l'inverse, il est un signe de pluralisme avant la présidentielle, sachant qu'il y a sur France Inter des chroniqueurs venus d'autres hebdos, dont Alternative Économique et le Nouvel Obs, plutôt classés à gauche. Pluralisme ou banalisation des idées d'extrême droite Souvenez-vous : en 2024, le Conseil d'État a demandé à l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel en France, de garantir le pluralisme sur CNews en regardant l'ensemble des prises de parole, y compris des chroniqueurs. Ce qui s'applique à CNews peut aussi valoir pour France Inter, d'autant qu'en juin, la station a été mise en demeure par le régulateur de mieux répartir le temps de parole politique, les voix du RN étant concentrées la nuit. Alors oui, « écoutons nos différences », comme dit le slogan. Mais en même temps, Valeurs Actuelles a participé aux attaques contre l'audiovisuel public en soutenant que, face à un service public très à gauche, heureusement qu'il y avait des milliardaires très à droite. Très à gauche, il faut le dire vite. Et la question est de savoir si Radio France ne participe pas un tout petit peu, le dimanche, à la banalisation des idées d'extrême droite voulue par Pierre Édouard Sterin. À lire aussiMenace de grève à Radio France après l'arrivée d'un éditorialiste de «Valeurs Actuelles»

  6. Aug 28

    États-Unis: accord à l'amiable pour Meta, une reconnaissance en creux de l’addiction aux réseaux sociaux?

    En Californie, un procès contre Meta s'est conclu par un accord à l'amiable pour 18 milliards de dollars, l'entreprise évitant ainsi une condamnation possible pour avoir favorisé l'addiction des adolescents et des personnes vulnérables.   C'était un peu le procès de l'addiction, comme il a existé en 1998 pour le tabac. Pour Meta, la facture risquait d'être salée puisqu'une coalition de 29 procureurs généraux aux États-Unis lui réclamait jusqu'à 200 milliards de dollars, selon un chiffrage provisoire. Le témoignage en particulier d'un de ses anciens ingénieurs, Arturo Bejar, a été déterminant devant le tribunal fédéral d'Oakland. D'une voix calme et déterminée, l'homme a expliqué comment les paramètres censés limiter l'addiction sur Instagram ou Facebook étaient en réalité « conçus pour échouer ». « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture », a-t-il déclaré. Il y avait les modes silencieux pour ne pas avoir de notifications nocturnes ou le mode « faire une pause » mais qui n'était actionné par personne. Et pour cause : « Les notifications, a-t-il dit, sont construites et conçues pour faire revenir les gens. » Pas pour leur santé mentale. Est-ce ce qui a convaincu Meta de trouver un accord à l'amiable ? Ce qui est sûr, c'est que le géant s'en sort bien : il ne se reconnaît aucun tort mais s'engage à limiter à deux heures par jour l'accès des moins de 18 ans à ses plateformes, avec blocage entre minuit et 6 heures du matin, suspension des notifications pendant les « horaires d'école » et invisibilisation des likes et des filtres incitant à une consultation compulsive. À écouter dans l'Invité internationalProcès de Meta aux États-Unis: «Une tenaille transatlantique se resserre sur les géants de la tech» Un accord regardé de près en dehors des États-Unis Cet accord est d'autant plus scruté qu'il comporte un volet exigeant aussi de TikTok et YouTube des mesures de protection des mineurs. Volker Türk, le haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, a demandé le respect des règles protégeant les enfants et il a incité les gouvernements à prendre des mesures plutôt qu'à attendre que les tribunaux ou les entreprises agissent. En France, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'a pas été validée par le Conseil constitutionnel cet été. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis de revoir sa copie, tous les regards se tournent vers l'Europe. Or Bruxelles, qui a ouvert des enquêtes contre Meta et TikTok, envisage aussi des restrictions d'âge. Des engagements sont désormais attendus au sein de l'Union européenne pour protéger les enfants, que ce soit en termes de temps passé devant les écrans, de contrôle parental ou de limitation des dispositifs d'addiction. La commission constate aussi que les réglages sont compliqués à gérer, sur Meta comme sur TikTok, et elle envisage un accès « progressif et gradué » aux plateformes en ligne des enfants et des adolescents. Sous peine d'amende. À lire aussiAddiction aux réseaux sociaux: Meta accepte de verser plus de 16 milliards de dollars à des États américains

  7. Aug 21

    L'affaire Jason Arday met en cause les journaux britanniques

    Une polémique touche les médias britanniques après le suicide d'un jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday. Cet enseignant avait été dénoncé comme plagiaire par de nombreux articles. 249 articles en 22 jours si l'on en croit les pancartes qui étaient affichées dans la foule de milliers de personnes qui s'étaient réunies lundi à Trafalgar Square à la mémoire du jeune professeur retrouvé mort à 41 ans à son domicile. Des articles qui dénonçaient en Jason Arday un plagiaire qui avait accédé au poste de professeur à la prestigieuse université parce qu'il collait en tous points aux politiques de diversité de Cambridge : d'origine ghanéenne, issu de la classe ouvrière immigrée, il avait été présenté comme un modèle d'inclusion puisqu'il était autiste, avait commencé à parler à 12 ans, et à lire ou écrire à 18 ans. Pour de nombreux médias britanniques, et notamment le conservateur Times de Londres, c'était bien là la preuve que les universités préféraient l'image au mérite. Mais au lieu de se pencher sur les conditions de son recrutement à 37 ans, ou de sa nomination il y a trois ans comme professeur, c'est le procès de l'enseignant qui a été fait. Et il a continué malgré sa démission neuf jours avant son suicide. Une pression médiatique pointée du doigt alors même que l'accusateur de Jason Arday est remis en cause C'est vrai, celui qui fut le plus jeune professeur noir de Cambridge avait été accusé d'avoir plagié sa thèse par un ancien de cette université, Nathan Cofnas. Or, ce chercheur américain vient d'être suspendu par l'université de Gand, en Belgique, dans l'attente d'une enquête disciplinaire. Celui qui se définit comme un « réaliste racial » et n'a de cesse de critiquer les programmes d'égalité des chances, avait été renvoyé de Cambridge, il y a deux ans, pour racisme. Son accusation a ouvert la voie à un déluge d'articles, avec ce cocktail explosif qu'est l'opinion anti-woke affichée désormais par certains journaux, l'habitude de piétiner la vie privée des tabloïds et le racisme débridé qui s'exprime sur les réseaux sociaux. Une affaire qui rappelle l'histoire moins tragique d'un journaliste noir américain, Jayson Blair Un autre Jayson, qui fut journaliste au New York Times, et dont on se rendit compte qu'il avait bidonné des dizaines d'articles en 2003. L'affaire avait fait grand bruit non seulement parce qu'elle mettait à mal la crédibilité de son journal, mais aussi parce que Jayson Blair avait bénéficié de la discrimination positive. Mais c'est plus l'institution, le Times, qui était alors dans le viseur médiatique. Le quotidien avait même dû publier une longue enquête pour faire la lumière sur cette histoire. Là, avec Jason Arday, c'est comme si l'affaire avait servi de prétexte à une déferlante de haine que certains journaux ont plus favorisée que contenue.

  8. Aug 14

    Guillaume Pley, influenceur et intervieweur politique dans la tourmente

    Mis en cause pour ses relations avec des fans mineurs, le podcasteur et influenceur Guillaume Pley est aussi l'animateur du média Legend sur lequel ses interviews de personnalités politiques ou économiques ne sont pas passées inaperçues. Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Bernard Arnault... tous ont eu droit, depuis un an, à une longue interview sur Legend pour pouvoir y exprimer leur vérité face à un interlocuteur tantôt épaté, tantôt admiratif, mais toujours bienveillant. Guillaume Pley est-il le Joe Rogan français, du nom de ce podcasteur américain proche de Donald Trump et du camp conservateur ? Celui-ci s'est en tout cas taillé une solide réputation depuis l'élection de 2022 durant laquelle il avait reçu Anne Hidalgo mais aussi Marine Le Pen et Éric Zemmour, ce qui lui avait valu d'être accusé de participer à la normalisation de l'extrême droite. Ses longues et parfois complaisantes interviews tranchent avec les formats courts que l'on trouve souvent en vidéo sur les réseaux sociaux. Mais c'est aussi ce qui lui permet d'appâter les célébrités, comme le basketteur Tony Parker, l'ancien patron Carlos Ghosn ou le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Guillaume Pley n'est pas tenu par les exigences du journalisme, il ne se revendique d'ailleurs pas comme tel. Et il rencontre un grand succès, si l'on en croit ses 3,7 millions d'abonnés sur YouTube et les 8 millions d'écoutes mensuelles de son podcast, le premier de France selon Spotify.  Guillaume Pley, ciblé pour son management et ses relations avec son public Une enquête parue dans Les Inrockuptibles décrit notamment un « climat délétère, raciste et sexiste à ses côtés », ce dont se défend l'intéressé. Surtout, le mensuel a retrouvé deux fans avec lesquels il a eu des échanges à connotation sexuelle à partir de leurs 14 et 15 ans, quand lui en avait 26 et qu'il travaillait sur la radio NRJ. Des témoignages qui ont aussi été diffusés anonymement par le youtubeur PTZ. Le Monde a publié de son côté le récit d'une ancienne mineure de 14 ans à qui il aurait évoqué l'idée d'un « plan à trois ». L'ancien animateur s'est d'abord défendu en disant que ces messages étaient « inappropriés » mais que tous ne venaient pas de lui, ses comptes sociaux étant cogérés avec son équipe, ce qui a offusqué les personnes concernées. Puis, Guillaume Pley a déposé plainte contre Les Inrockuptibles, Le Monde et PTZ. Une air de déjà vu chez les influenceurs  On dit souvent que le monde des influenceurs, si prisé des jeunes, est très différent des médias avec ses présentateurs qui assurent eux-mêmes la pub de marques et le lien avec leur communauté. Là, Guillaume Pley vient d'un média, NRJ, où il est accusé d'avoir cherché à exploiter sa notoriété à des fins sexuelles auprès de jeunes adolescentes. En 2018, un autre youtubeur, Norman, a lui aussi été accusé de viol, de corruption de mineurs et de harcèlement sexuel, avant que la plainte ne soit classée sans suite.

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