Chronique des médias

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France, une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre. En partenariat avec le magazine «Stratégies».

  1. 18h ago

    L'arrivée de Charles Sapin de «Valeurs actuelles» à France Inter fait polémique

    Levée de boucliers au sein d'une partie de la rédaction de France Inter. À l'origine de leurs protestations, il y a le recrutement comme chroniqueur de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, hebdomadaire à la ligne éditoriale classée à l'extrême droite. Il y a même un mot d'ordre de grève à France Inter si la direction ne revient pas sur sa décision de recruter Charles Sapin, tout récent numéro deux de la rédaction de Valeurs actuelles, à un poste d'éditorialiste politique le dimanche matin. Ce n'est d'ailleurs pas lui, l'ancien journaliste du Figaro et du Point qui est en cause, mais son journal Valeurs actuelles. L'hebdomadaire a été condamné définitivement, il y a deux ans, pour injures publiques à caractère raciste, après avoir représenté en esclave la députée Danièle Obono (La France insoumise). À l'entendre, Charles Sapin serait très loin de cette ligne éditoriale. Il a d'ailleurs été chargé de repositionner Valeurs Actuelles en magazine des droites. Seulement, le titre a été racheté il y a un an par trois investisseurs, dont l'un, Pierre-Édouard Stérin, ne cache pas sa volonté de peser sur l'élection présidentielle 2027 en favorisant l'union des droites. Pierre-Édouard Stérin est aussi un milliardaire exilé fiscal qui s'est déclaré à droite de l'extrême droite sur l'immigration. Une polémique qui oppose direction et syndicats à France Inter Cette polémique intervient, en effet, juste après que le journaliste marqué à gauche, Thomas Legrand, a dénoncé son invisibilisation de l'antenne après une vidéo prise à la volée, où il a été accusé d'être en connivence avec des responsables socialistes. Pour les représentants du personnel, Charles Sapin appartient à la direction d'un magazine qui n'est pas compatible avec les valeurs de Radio France. Pour la direction, à l'inverse, il est un signe de pluralisme avant la présidentielle, sachant qu'il y a sur France Inter des chroniqueurs venus d'autres hebdos, dont Alternative Économique et le Nouvel Obs, plutôt classés à gauche. Pluralisme ou banalisation des idées d'extrême droite Souvenez-vous : en 2024, le Conseil d'État a demandé à l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel en France, de garantir le pluralisme sur CNews en regardant l'ensemble des prises de parole, y compris des chroniqueurs. Ce qui s'applique à CNews peut aussi valoir pour France Inter, d'autant qu'en juin, la station a été mise en demeure par le régulateur de mieux répartir le temps de parole politique, les voix du RN étant concentrées la nuit. Alors oui, « écoutons nos différences », comme dit le slogan. Mais en même temps, Valeurs Actuelles a participé aux attaques contre l'audiovisuel public en soutenant que, face à un service public très à gauche, heureusement qu'il y avait des milliardaires très à droite. Très à gauche, il faut le dire vite. Et la question est de savoir si Radio France ne participe pas un tout petit peu, le dimanche, à la banalisation des idées d'extrême droite voulue par Pierre Édouard Sterin. À lire aussiMenace de grève à Radio France après l'arrivée d'un éditorialiste de «Valeurs Actuelles»

  2. Aug 28

    États-Unis: accord à l'amiable pour Meta, une reconnaissance en creux de l’addiction aux réseaux sociaux?

    En Californie, un procès contre Meta s'est conclu par un accord à l'amiable pour 18 milliards de dollars, l'entreprise évitant ainsi une condamnation possible pour avoir favorisé l'addiction des adolescents et des personnes vulnérables.   C'était un peu le procès de l'addiction, comme il a existé en 1998 pour le tabac. Pour Meta, la facture risquait d'être salée puisqu'une coalition de 29 procureurs généraux aux États-Unis lui réclamait jusqu'à 200 milliards de dollars, selon un chiffrage provisoire. Le témoignage en particulier d'un de ses anciens ingénieurs, Arturo Bejar, a été déterminant devant le tribunal fédéral d'Oakland. D'une voix calme et déterminée, l'homme a expliqué comment les paramètres censés limiter l'addiction sur Instagram ou Facebook étaient en réalité « conçus pour échouer ». « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture », a-t-il déclaré. Il y avait les modes silencieux pour ne pas avoir de notifications nocturnes ou le mode « faire une pause » mais qui n'était actionné par personne. Et pour cause : « Les notifications, a-t-il dit, sont construites et conçues pour faire revenir les gens. » Pas pour leur santé mentale. Est-ce ce qui a convaincu Meta de trouver un accord à l'amiable ? Ce qui est sûr, c'est que le géant s'en sort bien : il ne se reconnaît aucun tort mais s'engage à limiter à deux heures par jour l'accès des moins de 18 ans à ses plateformes, avec blocage entre minuit et 6 heures du matin, suspension des notifications pendant les « horaires d'école » et invisibilisation des likes et des filtres incitant à une consultation compulsive. À écouter dans l'Invité internationalProcès de Meta aux États-Unis: «Une tenaille transatlantique se resserre sur les géants de la tech» Un accord regardé de près en dehors des États-Unis Cet accord est d'autant plus scruté qu'il comporte un volet exigeant aussi de TikTok et YouTube des mesures de protection des mineurs. Volker Türk, le haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, a demandé le respect des règles protégeant les enfants et il a incité les gouvernements à prendre des mesures plutôt qu'à attendre que les tribunaux ou les entreprises agissent. En France, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'a pas été validée par le Conseil constitutionnel cet été. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis de revoir sa copie, tous les regards se tournent vers l'Europe. Or Bruxelles, qui a ouvert des enquêtes contre Meta et TikTok, envisage aussi des restrictions d'âge. Des engagements sont désormais attendus au sein de l'Union européenne pour protéger les enfants, que ce soit en termes de temps passé devant les écrans, de contrôle parental ou de limitation des dispositifs d'addiction. La commission constate aussi que les réglages sont compliqués à gérer, sur Meta comme sur TikTok, et elle envisage un accès « progressif et gradué » aux plateformes en ligne des enfants et des adolescents. Sous peine d'amende. À lire aussiAddiction aux réseaux sociaux: Meta accepte de verser plus de 16 milliards de dollars à des États américains

  3. Aug 21

    L'affaire Jason Arday met en cause les journaux britanniques

    Une polémique touche les médias britanniques après le suicide d'un jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday. Cet enseignant avait été dénoncé comme plagiaire par de nombreux articles. 249 articles en 22 jours si l'on en croit les pancartes qui étaient affichées dans la foule de milliers de personnes qui s'étaient réunies lundi à Trafalgar Square à la mémoire du jeune professeur retrouvé mort à 41 ans à son domicile. Des articles qui dénonçaient en Jason Arday un plagiaire qui avait accédé au poste de professeur à la prestigieuse université parce qu'il collait en tous points aux politiques de diversité de Cambridge : d'origine ghanéenne, issu de la classe ouvrière immigrée, il avait été présenté comme un modèle d'inclusion puisqu'il était autiste, avait commencé à parler à 12 ans, et à lire ou écrire à 18 ans. Pour de nombreux médias britanniques, et notamment le conservateur Times de Londres, c'était bien là la preuve que les universités préféraient l'image au mérite. Mais au lieu de se pencher sur les conditions de son recrutement à 37 ans, ou de sa nomination il y a trois ans comme professeur, c'est le procès de l'enseignant qui a été fait. Et il a continué malgré sa démission neuf jours avant son suicide. Une pression médiatique pointée du doigt alors même que l'accusateur de Jason Arday est remis en cause C'est vrai, celui qui fut le plus jeune professeur noir de Cambridge avait été accusé d'avoir plagié sa thèse par un ancien de cette université, Nathan Cofnas. Or, ce chercheur américain vient d'être suspendu par l'université de Gand, en Belgique, dans l'attente d'une enquête disciplinaire. Celui qui se définit comme un « réaliste racial » et n'a de cesse de critiquer les programmes d'égalité des chances, avait été renvoyé de Cambridge, il y a deux ans, pour racisme. Son accusation a ouvert la voie à un déluge d'articles, avec ce cocktail explosif qu'est l'opinion anti-woke affichée désormais par certains journaux, l'habitude de piétiner la vie privée des tabloïds et le racisme débridé qui s'exprime sur les réseaux sociaux. Une affaire qui rappelle l'histoire moins tragique d'un journaliste noir américain, Jayson Blair Un autre Jayson, qui fut journaliste au New York Times, et dont on se rendit compte qu'il avait bidonné des dizaines d'articles en 2003. L'affaire avait fait grand bruit non seulement parce qu'elle mettait à mal la crédibilité de son journal, mais aussi parce que Jayson Blair avait bénéficié de la discrimination positive. Mais c'est plus l'institution, le Times, qui était alors dans le viseur médiatique. Le quotidien avait même dû publier une longue enquête pour faire la lumière sur cette histoire. Là, avec Jason Arday, c'est comme si l'affaire avait servi de prétexte à une déferlante de haine que certains journaux ont plus favorisée que contenue.

  4. Aug 14

    Guillaume Pley, influenceur et intervieweur politique dans la tourmente

    Mis en cause pour ses relations avec des fans mineurs, le podcasteur et influenceur Guillaume Pley est aussi l'animateur du média Legend sur lequel ses interviews de personnalités politiques ou économiques ne sont pas passées inaperçues. Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Bernard Arnault... tous ont eu droit, depuis un an, à une longue interview sur Legend pour pouvoir y exprimer leur vérité face à un interlocuteur tantôt épaté, tantôt admiratif, mais toujours bienveillant. Guillaume Pley est-il le Joe Rogan français, du nom de ce podcasteur américain proche de Donald Trump et du camp conservateur ? Celui-ci s'est en tout cas taillé une solide réputation depuis l'élection de 2022 durant laquelle il avait reçu Anne Hidalgo mais aussi Marine Le Pen et Éric Zemmour, ce qui lui avait valu d'être accusé de participer à la normalisation de l'extrême droite. Ses longues et parfois complaisantes interviews tranchent avec les formats courts que l'on trouve souvent en vidéo sur les réseaux sociaux. Mais c'est aussi ce qui lui permet d'appâter les célébrités, comme le basketteur Tony Parker, l'ancien patron Carlos Ghosn ou le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Guillaume Pley n'est pas tenu par les exigences du journalisme, il ne se revendique d'ailleurs pas comme tel. Et il rencontre un grand succès, si l'on en croit ses 3,7 millions d'abonnés sur YouTube et les 8 millions d'écoutes mensuelles de son podcast, le premier de France selon Spotify.  Guillaume Pley, ciblé pour son management et ses relations avec son public Une enquête parue dans Les Inrockuptibles décrit notamment un « climat délétère, raciste et sexiste à ses côtés », ce dont se défend l'intéressé. Surtout, le mensuel a retrouvé deux fans avec lesquels il a eu des échanges à connotation sexuelle à partir de leurs 14 et 15 ans, quand lui en avait 26 et qu'il travaillait sur la radio NRJ. Des témoignages qui ont aussi été diffusés anonymement par le youtubeur PTZ. Le Monde a publié de son côté le récit d'une ancienne mineure de 14 ans à qui il aurait évoqué l'idée d'un « plan à trois ». L'ancien animateur s'est d'abord défendu en disant que ces messages étaient « inappropriés » mais que tous ne venaient pas de lui, ses comptes sociaux étant cogérés avec son équipe, ce qui a offusqué les personnes concernées. Puis, Guillaume Pley a déposé plainte contre Les Inrockuptibles, Le Monde et PTZ. Une air de déjà vu chez les influenceurs  On dit souvent que le monde des influenceurs, si prisé des jeunes, est très différent des médias avec ses présentateurs qui assurent eux-mêmes la pub de marques et le lien avec leur communauté. Là, Guillaume Pley vient d'un média, NRJ, où il est accusé d'avoir cherché à exploiter sa notoriété à des fins sexuelles auprès de jeunes adolescentes. En 2018, un autre youtubeur, Norman, a lui aussi été accusé de viol, de corruption de mineurs et de harcèlement sexuel, avant que la plainte ne soit classée sans suite.

  5. Jul 10

    La sécurité nationale, un prétexte et une arme contre l’information

    Un rapport de Reporters sans frontières, publié le 8 juillet, montre comment la menace sur la sécurité nationale d'un État est souvent invoquée pour poursuivre, voire pour emprisonner des journalistes. Selon RSF, c’est même une « arme contre le journalisme ». Alors qu'on l'appelle « menace contre la sécurité nationale », « apologie du terrorisme », ou lutte contre « l'espionnage », il s'agit toujours d'incriminer un journaliste, de le poursuivre et parfois de le jeter en prison comme Jimmy Lai à Hong Kong, voire de le condamner à mort comme Turki-Al-Jasser en Arabie saoudite. C'est dans les pays totalitaires qu'on trouve le plus de poursuites et d'arrestations arbitraires. On pense à la Chine où Zhang Zhan a déjà purgé une peine de quatre ans d'emprisonnement pour être allée à Wuhan documenter la crise du Covid. Elle se trouve encore derrière les barreaux dans un pays considéré comme la plus grande prison au monde de journalistes. Mais il faut également citer la Russie, où un site indépendant sur la Crimée vient d'être mis sur les listes des agents de l'étranger, ou l'Iran où plus d'une centaine de journalistes ont déjà été arrêtés. Les pays totalitaires ne sont pas les seuls à invoquer l'intérêt national C’est en effet le cas dans des pays en guerre comme Israël, où on ne compte plus les journalistes palestiniens en détention après avoir été arrêtés à Gaza et en Cisjordanie. On y constate aussi une restriction de l'accès à l'information. Mais les prétextes peuvent être des sujets sur la corruption ou des groupes armés en Amérique latine, la santé publique en Tanzanie ou l'environnement en Inde. Au Niger, c'est la publication d'un document « susceptible de troubler l'ordre public » qui vaut à six journalistes d'être poursuivis, dont trois sont emprisonnés. En Algérie, c'est le journaliste français Christophe Gleizes qui a déjà purgé un an de détention après avoir été condamné à sept ans d'emprisonnement. Les démocraties occidentales sont également évoquées par RSF En effet, notamment les États-Unis qui poursuivent Julian Assange pour espionnage et dont deux journalistes du Wall Street Journal et du Washington Post sont appelés à comparaître pour des fuites touchant à la sécurité nationale. Au Royaume-Uni, de nouvelles sanctions visent depuis 2023 les journalistes qui collaborent avec des lanceurs d'alerte. Quant à la France, elle est aussi mentionnée pour Ariane Lavrilleux, cette enquêtrice de Disclose dont la cour d'appel vient d'annuler le non-lieu, ouvrant la voie à une nouvelle instruction alors qu'elle avait réussi à faire valoir que ses révélations sur une opération militaire secrète de la France en Égypte étaient d'intérêt public. Elle défend le secret des sources face au secret défense. C'est finalement toujours au nom de la sécurité nationale qu'on en vient à en criminaliser l'information.

  6. Jul 3

    Intelligence artificielle: la fonctionnalité AI Overviews de Google arrive 2 ans plus tard en France

    Cet été, AI Overviews sera disponible en France. Cette fonctionnalité développée par Google permet d'avoir des aperçus d'articles grâce à l'intelligence artificielle. Et ce, sans avoir à cliquer sur les sites des médias. Avec AI Overviews, il suffit de taper une requête sur un moteur de recherche et la fonctionnalité de Google vous propose une réponse synthétique, en plus des liens classiques, en puisant dans un ou plusieurs médias. Déjà présente depuis deux ans dans 120 pays et onze langues, la France, étrangement, n'a pas encore expérimenté cette fonctionnalité. Étrangement ? En réalité, pour mieux comprendre, il faut remonter à 2021 et 2024, quand Google a été condamné par l'Autorité de la concurrence à des amendes de 500 puis 250 millions d'euros pour ne pas avoir négocié de bonne foi avec les éditeurs de presse des accords de droits voisins. Le géant avait donc dû s'engager à ne pas altérer pendant la durée des discussions l'indexation et la présentation des contenus.  À lire aussiDroits voisins: l'Autorité de la concurrence française inflige 250 millions d'euros d'amende à Google Un accord pas encore acquis sur les droits voisins Dans un courrier qu'il a adressé aux éditeurs, Google précise qu'il fera pour toutes les publications ayant un accord de droit voisin une mise à jour de leur contrat : ce sera une sorte d'extension pour prendre en compte ce nouveau mode d'affichage des contenus et les éditeurs seront rémunérés en fonction des « impressions IA ». Et pour les autres, il n'y aurait en principe pas d'impact : Google continuera d'afficher leur présence comme avant. Ce distinguo permet aux éditeurs d'opter pour le refus des aperçus IA, sans être rémunérés, tout en continuant d'être indexés. Mais pour les médias français, c'est aussi un piège car ces aperçus n'incitent pas à cliquer sur les liens vers leurs sites et font chuter de 20 à 40 % leurs audiences. D'un autre côté, les médias peuvent-ils s'exclure des réponses de demain ? C'est le dilemme et tout dépendra de la rémunération qui sera apportée pour ce mode IA. Google condamné en France Le tribunal des activités économiques a condamné Google lundi 29 juin à 126 millions d'euros de dommages et intérêts. Google était accusé d'avoir abusé de sa position dominante dans l'achat automatique d'inventaires publicitaires via des enchères en temps réel qui auraient privilégié ses propres outils au détriment d'autres acteurs. L'autorité de la concurrence l'avait condamné pour ce motif en 2021 et c'est à ce titre que les groupes Figaro, Les Échos-Le Parisien, Prisma et Dailymotion ont eu ces dommages et intérêts. Ce qui est clair, c'est que le géant se sait aujourd'hui épié par les éditeurs français qui sont d'autant plus procéduriers qu'ils perdent revenus et emplois à cause des plateformes Google et Meta. À lire aussiLa Commission européenne enquête sur l’IA de Google

  7. Jun 26

    Canicules: des médias en surchauffe !

    Il y a des répercussions de la canicule sur les médias et de leurs différents modes de traitement face à une réalité liée au réchauffement climatique. La canicule a d'abord des répercussions sur la fréquentation des cinémas : +60% en France pour une semaine par rapport à l'an dernier. Les gens convoitent les salles climatisées et certains films sont aussi appréciés pour leur durée de fraîcheur : trois heures avec les pubs, par exemple, pour La Bataille de Gaulle, d'Antonin Baudry. Mais la canicule, c'est aussi l'occasion de couvertures et parfois de controverses, la France étant le seul pays d'Europe où la climatisation devient un sujet politique. Pour Le Parisien, Le Figaro et beaucoup de médias audiovisuels, c'est ainsi une nécessité absolue et l'on dénonce le retard pris dans ce domaine, surtout dans les structures collectives, pour des raisons idéologiques. Moins massif et plus marginal, le débat sur les solutions alternatives comme la rénovation thermique des bâtiments ou la végétalisation des villes se retrouve surtout sur le service public ou la presse de gauche et centre gauche comme Libération et Le Monde. Un pic continu de températures s'accompagne d'un pic d'attention pour la question climatique Selon l'association QuotaClimat, un épisode caniculaire s'accompagne de trois fois plus de sujets dans l'audiovisuel sur la question du réchauffement climatique. Même chose dans la presse où l'on observe une hausse des deux tiers des articles consacrés à cette réalité. L'association précise que 60% de ces articles font un lien entre canicule et dérèglement climatique, mais que seuls 20% en mentionnent les causes. Sur les chaînes d'infos, ce lien est fait davantage sur le service public que sur les chaînes privées. QuoClimat estime aussi qu'il y a de la désinformation, surtout sur CNews et Europe 1. Elle a saisi l'Arcom pour des cas de relativisation du caractère exceptionnel de la période, pour une remise en cause du consensus scientifique ou même pour la contestation d'un impact négatif de la climatisation. Le traitement médiatique diffère en Europe d'un pays à l'autre La presse espagnole ne s'intéresse pas tellement à la climatisation mais demande plus d'adaptation du travail et de protection des salariés alors qu'une loi a déjà instauré un « congé climatique » en 2024. Du côté des journaux italiens, pays où la climatisation est largement répandue, ce sont surtout les infrastructures électriques en surchauffe qui sont au centre de l'attention après plusieurs coupures de courant. Quant aux médias allemands, ils constatent aussi un retard en matière de climatisation et l'inadaptation des bâtiments qui sont faits pour garder la chaleur, mais ils s'interrogent aussi, comme Die Welt sur l'impact économique de la canicule. À lire aussiChangement climatique: les journalistes météo menacés par les climatosceptiques

  8. Jun 19

    En France, la crise de la presse s'étend toujours plus et fait du mal à l'emploi

    La crise de la presse affecte de plus en plus de groupes de presse, comme l'a montré jeudi 18 juin une manifestation à Paris visant à « défendre l'information ». La manifestation a rassemblé près d'un millier de personnes. Cela peut paraître peu dans l'absolu, mais c'est assez inédit dans l'histoire de la presse. Son parcours, de la place de la Bourse au ministère de la Culture, en disait long : comme si la presse avait été jusqu'ici ballottée par des puissances d'argent et qu'elle réclamait la considération de l'État. Car l'expression démocratique des journaux est menacée sur des pans entiers de territoire. Et il y a une accélération de ce déclin avec des plans sociaux qui sont annoncés depuis trois mois et qui vont toucher plus de 1 000 salariés au total. À Prisma, le groupe contrôlé par Vincent Bolloré et qui édite Femme actuelle, Géo ou Capital, ce sont ainsi plus de 40% des postes qui sont supprimés, soit 265 emplois. À Centre France, qui édite La Montagne, il y a 152 suppressions d'emplois. On trouve aussi des plans sociaux à Bayard, l'éditeur de La Croix, ou à Marie Claire. Mais le plus gros plan est attendu lundi 22 juin au groupe Ebra qui édite Le Progrès, Le Dauphiné libéré ou L'Est républicain. Là, ce sont 350 à 400 postes qui devraient être supprimés. À lire aussi« L'information est en danger » : en France, les métiers de la presse manifestent pour éviter l'effondrement À l'origine de ces suppressions d'emplois D'abord un lectorat vieillissant qui ne s'est pas assez renouvelé, en particulier dans la presse régionale qui n'a pas réussi sa bascule numérique, comme ont pu le faire Le Monde ou Le Figaro. Les recettes de diffusion baissent comme celles de la publicité car là, ce sont Google et Meta qui font la loi. L'Arcom a prévenu : entre 2019 et 2030, les médias producteurs d'information vont voir leur part sur le marché publicitaire tomber de 50% à 20%. Tous les journaux n'en sortiront pas saufs. Mais il y a aussi, depuis peu, l'impact de l'intelligence artificielle. Il se fait déjà sentir à Infopro Digital, qui édite L'Usine nouvelle, où les 19 secrétaires de rédaction seront remerciés et remplacés par des agents IA. L'IA suscite des demandes de la part des éditeurs de presse Récemment à Marseille, le patron du New York Times, Arthur Gregg Sulzberger, a eu des mots très forts : « Les géants de la tech pillent les sites d'information sans autorisation ni compensation. Ils se réapproprient ces contenus volés comme s'ils en étaient les auteurs. » C'est donc une rétribution qui est attendue de la part des acteurs de l'IA. Et si cela ne vient pas de la loi, les éditeurs iront le demander à l'Autorité de la concurrence. D'ores et déjà, une enquête du Reuters Institute montre que cette année, sur 48 pays, les plateformes sont les premières sources d'information devant la télé et les sites et applis de presse.  À écouter aussiÀ l'ère de l'intelligence artificielle, le journalisme doit se réinventer

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