Menaces sur l’information

Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.  Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU. 

  1. 1d ago

    Veracruz, l'État le plus dangereux pour la presse au Mexique

    Avec sept journalistes assassinés depuis le début de l’année, le Mexique demeure l'un des pays les plus dangereux pour la presse. L'État de Veracruz, dans l'est, considéré comme la région la plus violente du pays. C'est là-bas qu'ont été tués trois journalistes qui vivaient constamment sous la menace. Les professionnels de la presse qui enquêtent trop près du pouvoir en paient le prix. Un matin de juillet, Enrique Quiroz, journaliste de la ville d'Acayucan et responsable d’un portail d’informations locales, a allumé son téléphone pour y trouver le message tant redouté. « Tu es le prochain. Il va t'arriver la même chose qu'à tes confrères et qu'à cette reporter de Nanchital », pouvait-on lire. Quelques jours plus tôt, les autorités avaient retrouvé dans un ranch le corps de la journaliste Roxana Guzman, enlevée à son domicile en juin dans le même État de Veracruz par des hommes armés. Une scène terrifiante qu'elle a elle-même filmé et diffusé. Comme lui, Roxana Guzman dirigeait un site d'information et travaillait sur les élus locaux. « J’écris des articles d'analyse politique et des éditoriaux. Ces derniers temps, je me suis penché sur les activités de la mairie d'Acayucan. Ça les dérange que je révèle des choses qu'ils cherchent à cacher, explique Enrique Quiroz, qui refuse de traiter les affaires policières. On connaît les risques que ce travail comporte. » Le 22 juillet dernier, le Mexique perdait sous les balles son septième journaliste de l'année. La moitié des assassinats ont eu lieu dans l'état de Veracruz, catalogué comme le plus dangereux du pays. Rien qu’à Acayucan, dans le sud de l’État, le journaliste comptabilise déjà 30 assassinats et une quinzaine de disparitions forcées. Une normalisation des attaques La violence envers la presse s'inscrit, elle aussi, dans des logiques de pouvoir. « On parle de "narco politica", c'est-à-dire de la collusion entre cartels et les pouvoirs politiques, à travers les élus locaux et les municipalités, dans les États où ces cartels sont forts, détaille Artur Romeu, directeur Amérique latine de Reporters sans frontières. Il y a toute une tactique de contrôle économique du territoire, des flux de circulation des personnes, mais aussi de l'information. » La gouverneure de Veracruz Rocio Nahle l'assure : il n'y a aucun rapport à établir entre le travail des victimes et leur assassinat. Les organisations de défense de journalistes craignent que ce genre de discours normalisent davantage les attaques contre la presse. « L'année dernière, les menaces de poursuites judiciaires, la censure, les perquisitions, et les attaques en ligne ont augmenté. Dans le cas de Veracruz, la criminalité à l'échelle de l'État est très présente », explique Frida Arreola, coordinatrice de prévention au sein d’Article 19. Selon son organisation, 90% des crimes contre les journalistes restent impunis au Mexique. « Les crimes commis contre des journalistes ne sont jamais élucidés ». À lire aussiJournalistes tués au Mexique : « La principale source d'agression est l’État » en « lien avec les groupes criminels »

  2. Jul 18

    Ouganda: quand l'armée fait taire les médias

    Des soldats déployés dans les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda, des télévisions et des radios réduites au silence, un chef de l'armée qui revendique publiquement cette fermeture, autant de scènes inédites dans l'histoire récente de l'Ouganda. Près d'un mois après le passage en force des autorités à l'encontre des médias, Reporters sans frontières estime qu'« un seuil a été franchi ». Derrière cette démonstration de force, c'est tout le climat dans lequel travaillent aujourd'hui les journalistes ougandais qui se retrouve bouleversé.  « Je ne crois pas à la liberté de la presse ! » : C'est par ce message publié sur les réseaux sociaux que le chef de l'armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, également fils du président Yoweri Museveni, annonce puis revendique fin juin la fermeture du principal groupe de presse indépendant du pays, le Nation Media Group. Quelques heures plus tard, des soldats investissent les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda à Kampala. L'électricité est coupée. Les émissions de télévision et de radio sont interrompues. Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer Afrique subsaharienne à Reporters sans frontières, « un seuil a été franchi » : « Cela fait quand même plusieurs années que des journalistes sont régulièrement attaqués, agressés, empêchés de couvrir certains événements. Mais là, ce qui change en fait aujourd'hui, c'est surtout le niveau d'assumation, le fait que le chef de l'armée revendique publiquement une fermeture de médias, c'est assez inédit ». Les conséquences sont immédiates. Environ 700 salariés se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Sur X, Muhoozi Kainerugaba se vante d'avoir fait perdre cinq millions de dollars par jour au groupe. Fondé en 1992, le quotidien Daily Monitor s'est imposé comme l'une des principales voix indépendantes du paysage médiatique ougandais. Régulièrement critique à l'égard du pouvoir, il avait déjà été suspendu pendant 13 jours en 2013, après la publication d'un article évoquant un projet présumé de succession de Muhoozi Kainerugaba à son père, Yoweri Museveni. Cette nouvelle fermeture s'inscrit donc dans une relation de longue date, souvent conflictuelle, entre le quotidien et les autorités. Pourquoi le pouvoir s'en est-il pris à Nation Media Group ? Officiellement, aucune raison n'a été avancée. Mais dans les semaines précédant cette fermeture, le Daily Monitor et NTV Uganda avaient publié plusieurs enquêtes sur les arrestations d'opposants, d'avocats et de défenseurs des droits humains, dans lesquelles le général Muhoozi Kainerugaba était directement mis en cause. D'autres articles consacrés à la famille présidentielle auraient également irrité les autorités ougandaises. Pour les autres rédactions du pays, l'effet est immédiat. Pour les autres journalistes qui continuent d'exercer, « c'est un peu la douche froide, ça incite forcément à une autocensure qui est déjà présente : dans les sujets traités, notamment la politique et la famille du président. Et en fait, là, ça se concrétise, ça s'observe dans les faits et ça ajoute une forme d'autocensure aux journalistes qui prennent de plus en plus de pincettes, en tout cas dans leurs médias », explique Jeanne Lagarde. Cette prudence semble désormais dépasser les seules rédactions. Sans commenter le fond de cette affaire, le commissaire aux droits humains Crispin Kaheru préfère rappeler les responsabilités des médias. « Les médias sont tenus d'informer avec exactitude, équité, professionnalisme et dans le respect de l'éthique, et d'éviter tout contenu qui constituerait une incitation à la violence, à la haine ou à la discrimination ». Depuis cette fermeture, plusieurs journalistes du Nation Media Group sollicités par RFI ont préféré ne pas répondre à nos sollicitations. En coulisses, des discussions sont en cours avec les autorités pour tenter d'obtenir la reprise des activités. À lire aussiOuganda: en s'attaquant à la presse, la répression contre les voix dissidentes franchit un nouveau pas

  3. Jul 11

    Lu Yuyu, « cartographe » des colères sociales en Chine

    En Chine, où les mouvements de contestation sont rapidement ensevelis sous le filtre de la censure, un homme continue de les documenter minutieusement sur son site internet. Lu Yuyu, ancien travailleur migrant devenu citoyen journaliste, s’échine depuis son exil au Canada à regarder, à scruter, les luttes sociales qui agitent son pays.     « Je n’avais jamais vu d’images comme ça », lorsque Lu Yuyu découvre en 2012-2013 les premières vidéos de manifestations en Chine, il est immédiatement happé par un phénomène qui lui est alors étranger. « Je me suis rendu compte qu’il y en avait beaucoup mais que les gens n’en étaient pas conscients, malgré l’ampleur de certaines mobilisations, se souvient l’ex-travailleur migrant originaire de la province du Guizhou. Quand j'ai vu qu’il y avait autant de petits mouvements de résistance, alors j’ai commencé à fouiller par moi‑même ».  30 000 mobilisations  Avec sa compagne de l’époque, Li Tingyu, il décide de systématiser ce travail de recension. Ensemble, ils créent le site « Fei Xingwen » - "sans nouvelles". Leur objectif : recenser les manifestations, les grèves, les rassemblements de défense des droits qui éclatent dans le pays. Depuis le Guizhou, ces « citoyens‑journalistes » compileront plus de 30 000 événements. Un travail assidu qui attire l’attention des autorités en juin 2016, à Dali dans le Yunnan, ils sont arrêtés.   Accusés d’avoir publié des « informations non véridiques » et de « perturbation de l’ordre public en ligne », il croupit durant quatre années dans les geôles chinoises avant de sortir en 2020. Mais sa liberté n’est qu’apparente : « Après ma sortie de prison, ils me surveillaient constamment. À tout moment, peu importe où j’allais, ils venaient immédiatement me chercher. »  À lire aussiUn dissident fuit la Chine à bord d'un canot pneumatique pour rejoindre la Corée du Sud Pour desserrer l’étau, il commence à se déplacer de province en province : Guangzhou, Sichuan, Fujian, Henan, puis Dandong, une ville à plus de 2 000 kilomètres de chez lui. Là, la fréquence des contrôles diminue. Mais la surveillance ne cesse jamais tout à fait, surtout dès qu’il se rapproche de zones frontalières. Les policiers locaux viennent jusqu’aux hôtels où ils séjournent. C’est finalement en profitant d’un week‑end qu’il parvient à tromper temporairement les services de renseignement.  « J’ai acheté un billet d’avion pour le samedi… Et je me suis dépêché, j’ai pris l’avion vers une zone frontalière, dans le Xishuangbanna, se souvient le quadragénaire. Parce que ce jour‑là, je me suis dit que la Sécurité d’État était en congé et que, quand ils se rendraient compte, je serais probablement déjà hors de Chine. »  Il laisse son ancien téléphone à Chengdu pour que son signal reste localisé dans cette ville et franchit la frontière vers le Laos, puis la Thaïlande. Quelques mois plus tard, en septembre 2023, il arrive au Canada, où il vit désormais. Loin de la Chine, Lu Yuyu n’a pas renoncé à son travail. Il a rebaptisé son projet « Hier » et continue de collecter les mobilisations sociales qui éclatent encore dans son pays.  « Tous les sujets peuvent donner lieu à des contestations. Mais les rassemblements purement politiques se sont largement raréfiés le contrôle diffère selon le sujet, explique M. Lu. Par exemple, les problèmes entre propriétaires et promoteurs immobiliers, certains scandales sanitaires, eux sont relativement peu sensibles. L’opposition politique et la religion, ça, l’est nettement plus. »  Selon lui, le nombre d’événements reste important, même si la censure rend leur documentation de plus en plus difficile. Les technologies de filtrage se sont perfectionnées, appuyées désormais par des outils d’intelligence artificielle : les plateformes bloquent les vidéos au moment même de leur chargement, ou les effacent en quelques minutes.  À lire aussiCensure numérique: la Chine expérimente un modèle régionalisé « Parapluie rouge »   Pour contourner cette surveillance, de nombreux internautes chinois adoptent un langage codé, allusif, que seuls les initiés comprennent. L’opposition directe au Parti communiste n’apparaît presque jamais noir sur blanc. Mais elle se niche dans des métaphores, des symboles.  Lu Yuyu raconte ainsi qu’à la suite d’un accident médical de grande ampleur, certains automobilistes affichent des autocollants sur leurs voitures. D’autres publient des images comme celle d’un parapluie rouge, présenté comme un « parapluie protecteur de l’époque ». Un symbole que beaucoup interprètent comme une désignation indirecte du Parti communiste, rebaptisé « parapluie rouge » pour tromper la censure.

  4. Jul 4

    L'inquiétant bilan de l'exil forcé des journalistes dans le monde

    Dans son dernier rapport, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan accablant sur l’exil forcé des journalistes dans le monde. L’ONG révèle que le nombre de pays de départ des journalistes a doublé en cinq ans. Guerres, crimes organisés, régimes répressifs, plus de 1400 journalistes d’au moins 65 pays ont dû fuir les menaces, la prison ou la mort. Et leurs difficultés ne s'arrêtent pas dans leur nouveau pays d’accueil. Nombre d’entre eux continuent de subir des violences administratives, des extorsions ou des expulsions. Le nouveau rapport accompagné d’une carte interactive permet de visualiser le parcours des journalistes aidés par l’ONG dans leur exil. Un constat : le phénomène est en expansion. Vianney Loriquet, journaliste data à RSF : « Il y a des tendances liées à des régimes autoritaires qui vont frapper certaines zones en particulier. Ça va être le cas par exemple notamment de l’Amérique centrale avec le Salvador. Il y a pas mal de zones un peu grises, où ce sont des pays qui sont à la fois des pôles d’accueil régionaux pour des journalistes. Je pense notamment à l’Égypte qui accueille de très nombreux journalistes soudanais qui fuient le conflit, la guerre civile au Soudan, mais à la fois sont des pays desquels des journalistes nationaux sont forcés de s’exiler. L’Égypte, par exemple, est l’une des dix plus grandes prisons au monde pour les journalistes. Il y a aujourd’hui près de 20 journalistes qui sont encore emprisonnés en Égypte. » Afghanistan : la moitié des journalistes concernés par l'exil En cinq ans, l'Afghanistan a connu l'une des pires hémorragies de journalistes depuis la chute de Kaboul en 2021. Un exil qui n'est pas synonyme de sécurité. « Pour l’Afghanistan, à l’échelle de nos données, c’est la moitié des journalistes concernés par l’exil sur ces cinq dernières années, près de 700. Ce sont des journalistes qui ont des parcours d’exil qui sont particulièrement compliqués. Une très grande partie d’entre eux se sont retrouvés bloqués au Pakistan où ils doivent faire face à des tentatives d’extorsion, à des mises sous détention et même à des expulsions. On en a compté au moins une cinquantaine jusqu’ici de journalistes qui ont ainsi été forcés de retourner en Afghanistan avec tous les risques que cela comporte. Là on est même à des années lumières de même parler de leur permettre de continuer à faire leur travail, là c’est simplement leur permettre de rester en vie déjà.  À lire aussiAfghanistan: menaces sur les ondes, l'enquête de Forbidden Stories Birmanie : 300 journalistes réfugiés Autre pays soumis à la terreur, la Birmanie, où les journalistes subissent une répression implacable de la junte. « La junte veut vraiment réduire la presse au silence. Environ 300 journalistes birmans auraient trouvé refuge notamment en Thaïlande. Reporters sans frontières a mis en place un programme qui permet de soutenir les journalistes birmans installés en Thaïlande et de leur permettre de continuer à faire leur travail, mais les conditions de travail sont vraiment très précaires pour ces journalistes exilés qui n'ont quasiment pas de couverture médicale, qui ont des salaires très réduits et donc cet exil les frappe très durement. » RSF appelle les pays d’accueil des journalistes exilés à renforcer leurs protections juridiques, notamment en accordant des visas de longue durée, mais aussi à soutenir leur viabilité financière et enfin à renforcer les capacités, notamment technologiques, de ces médias en exil. À lire aussiLes médias indépendants de Birmanie exilés en Thaïlande font face à de nombreux défis

  5. Jun 27

    Au Cambodge, deux journalistes condamnés pour trahison au profit de la Thaïlande

    Au Cambodge, la Cour suprême à Phnom Penh a confirmé jeudi 25 juin 2026 la condamnation de deux journalistes cambodgiens à 14 ans de prison pour trahison. En juillet 2025, de violents affrontements éclatent entre le Cambodge et la Thaïlande le long d’une frontière disputée. À leur retour de reportage, deux journalistes cambodgiens sont arrêtés. Phorn Sopheap et Pheap Pheara, qui travaillent tous deux pour des télévisions locales, sont accusés par les autorités d’avoir publié sur Facebook plusieurs photos prises dans une zone militaire interdite. Parmi ces clichés, l’un d’eux retient particulièrement l’attention : on y voit les deux journalistes aux côtés de soldats cambodgiens devant le temple historique de Ta Krabei, appelé Ta Kwai par les Thaïlandais. Un détail intrigue cependant : au sol, on distingue un objet ressemblant à une mine antipersonnel. La photo est rapidement reprise dans les médias en Thaïlande. Bangkok y voit la preuve que le Cambodge déploie des mines à la frontière, en violation des traités internationaux. Phnom Penh dément fermement, affirmant que ces mines pourraient provenir des précédents conflits. La question de la militarisation des frontières s’impose ainsi au cœur des tensions entre les deux pays. Quelques mois plus tard, en décembre, les deux journalistes sont jugés, puis condamnés pour trahison. Ils sont accusés d’avoir « transmis à un État étranger des informations préjudiciables à la défense nationale ». La peine prononcée est lourde : quatorze ans de prison chacun. Leur condamnation est confirmée en appel en mars, avant d’être définitivement validée par la Cour suprême le 25 juin. Naly Pilorge, directrice de la communication extérieure de l’ONG Licadho, fait partie de la douzaine d’associations et d’organisations nationales et internationales qui réclament l’abandon des poursuites. Leur argument est clair : les journalistes auraient dû être jugés selon le droit de la presse. « Nous estimons que ces journalistes n’auraient jamais dû être condamnés pour trahison, et que le tribunal n’aurait jamais dû confirmer cette condamnation. Ces journalistes doivent être libérés immédiatement et retrouver leurs familles y compris leurs enfants. Ils faisaient simplement leur travail. Le gouvernement et les tribunaux doivent arrêter de criminaliser le journalisme et laisser les journalistes cambodgiens exercer leur métier sans menaces ni crainte », déclare-t-elle. Au-delà de ce cas, les ONG dénoncent le climat de tension qui persiste sous le Premier ministre Hun Manet. Selon Naly Pilorge, la justice serait utilisée pour réduire au silence les voix critiques et les médias indépendants. « Malheureusement, même si le gouvernement cambodgien affirme au monde entier que le Cambodge est un pays où les médias, les journalistes, les citoyens, la société civile, les organisations et d’autres peuvent s’exprimer librement, nous constatons le contraire. En particulier ces dernières années, nous avons vu des arrestations et toutes sortes d’autres méthodes pour réprimer et s’assurer que les gens — journalistes ou autres — ne peuvent ni faire leur travail ni exprimer leurs opinions et leurs idées », ajoute-t-elle. Le Cambodge occupe actuellement la 161e place du classement mondial 2026 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), qui évalue 180 pays ou territoires. Ce positionnement le place parmi les États où la situation de la liberté de la presse est considérée comme « très grave ». À lire aussiCambodge: derrière la grâce de l'opposant Kem Sokha, le système de Hun Sen perdure

  6. Jun 19

    Changement climatique: les journalistes météo menacés par les climatosceptiques

    Leur travail est essentiel pour garantir notre sécurité et notre santé et pour protéger nos économies, notamment l'agriculture, lors des événements climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur, les inondations ou les cyclones. Et pourtant, ils font l'objet d'attaques de plus en plus virulentes. Notre chronique Menace sur l'info s'intéresse aux journalistes météo qui, dans de nombreux pays du monde, essuient une pluie de commentaires toxiques, d'insultes voire de menaces de mort parce qu'ils relaient le consensus scientifique et parlent du changement climatique en cours. Des insultes en ligne contre les médiateurs de l'agence météo en Espagne, des appels téléphoniques menaçants au Royaume-Uni, des accusations de falsifier les thermomètres en Australie ou de rougir artificiellement les cartes météo en France... Quel que soit l'événement climatique – vague de chaleur, sécheresse, inondation –, dès qu'on évoque le réchauffement climatique à l'antenne et qu'on dit que l'être humain en est responsable, on reçoit des commentaires dénigrants, explique Sébastien Thomas, de France Télévisions : « On a vraiment vu une différence depuis le Covid. La pandémie a aussi exacerbé la peur, les menaces qu'on ressent sur notre mode de vie, sur nos libertés, et ça a déjà polarisé une partie de l'opinion mondiale. Du coup, on s'aperçoit souvent que les antivax et que les climatosceptiques ont les mêmes profils, mais ils ne représentent qu'une infime partie des gens. » Un but : semer le doute D'après des chercheurs espagnols, le phénomène prend tout de même de l'ampleur. Et cette pluie de moqueries, insultes et théories du complot est organisée. Avec un but : semer le doute vis-à-vis d'institutions fiables. Aux États-Unis, après plus de 15 ans au poste de journaliste météo à Boston, Chris Gloninger a rejoint une télévision de l'Iowa, un État agricole et conservateur. Longtemps, il a su garder ses distances face aux critiques sur les réseaux sociaux l'accusant d'être politisé. Jusqu'à ce qu'un homme se mette à l'insulter et le harceler régulièrement par mail, puis le menace de mort : « Il a fini par m'envoyer un mail qui disait : "Quelle est votre adresse personnelle ? Nous, les conservateurs de l'Iowa, nous voulons vous réserver un accueil inoubliable. Un peu comme ce que ces connards de gauchistes ont essayé de faire au juge Kavanaugh." Quelques semaines plus tôt, ce juge avait été la cible d'un malade mental, qui avait été arrêté avec des armes près de sa maison. » Le changement climatique sous silence Inquiète pour ses audiences, la télévision qui employait Chris Gloninger ne l'a pas soutenu. Et comme elle lui demandait d'arrêter de parler du changement climatique, le météorologue a démissionné. Dans les pays où l'extrême droite et le déni climatique ont atteint les plus hautes sphères de l'État – comme aux États-Unis, en Italie ou hier en Hongrie –, les propagateurs de haine se sentent pousser des ailes et cela a des effets concrets sur les médias, alerte-t-il : « Le Washington Post a renvoyé une bonne partie de son équipe climat. CBS a fermé son service climat. Même chose pour NPR. C'est la radio publique nationale ici aux États-Unis ! » En Espagne, le gouvernement a transmis les études sur la hausse de ces discours de haine au parquet. Tandis qu'au Royaume-Uni, les météorologues s'appuient désormais sur des chercheurs en communication et en psychologie pour adapter les messages d'urgence, afin qu'ils soient mieux suivis par les citoyens.

  7. Jun 13

    RSF contourne la censure avec «sa bibliothèque non censurée» accessible sur le jeu vidéo Minecraft

    En 2020, Reporters sans frontières (RSF), ONG dévouée à la liberté de l'information et à la sécurité des journalistes dans le monde entier, a décidé de braver la censure de la presse d'une manière inédite : sur un jeu vidéo. RSF a créé sur le jeu vidéo le plus vendu au monde, Minecraft, son propre univers : The Uncensored Library, « La bibliothèque non censurée » en français. Un lieu virtuel, où les articles, interviews, enquêtes, reportages censurés dans des pays où le droit de presse est au plus bas, sont en accès libre. Et ce, pour n'importe qui, et surtout, de n'importe où, même dans ces régions dangereuses pour les journalistes.  On débarque sur une île isolée en mer où trône un bâtiment impressionnant. Il ressemble au Grand Palais à Paris. Ou au Bundestag, le Parlement allemand. Des colonnes, des balcons, un énorme dôme. Tout autour, des jardins avec des fontaines dans les allées. Et devant l'entrée principale, une gigantesque statue. Maren Pfalzgraf est responsable Amérique de Reporters sans frontières : « C'est un poing fermé qui tient un stylo. Ça représente le journalisme indépendant, la liberté de la presse. » « Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure » Puis on entre dans la rotonde. Au sol, la carte de la terre avec ce dicton : « Truth finds a way », « La vérité finit toujours par triompher » en français. Au plafond, la coupole en verre illumine des drapeaux du monde entier. Le bâtiment est composé d'une douzaine d'autres salles. Chacune est dédiée à un pays où le droit de la presse est au plus bas : Biélorussie, Égypte, Vietnam… Mais en mars dernier, une salle particulière a ouvert, celle des États-Unis. « Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure, elle se noie dans cette piscine de larmes qui s'est formée autour d'elle », décrit Maren Pfalzgraf. Alors pourquoi les États-Unis ? C'est pourtant un pays démocratique. Le droit de la presse devrait y être respecté. Selon Maren Pfalzgraf de Reporters sans frontières, la situation a bien changé. « Ça peut surprendre que les États-Unis figurent à côté de l'Érythrée, de l'Iran, ou de l'Arabie saoudite. C'est le but. On ne dit pas que la situation est similaire à ces pays. Mais la censure aux États-Unis n'est pas directe. C'est plus subtil, ces méthodes du gouvernement, pour attaquer la liberté de l'information. » Car depuis le retour de Donald Trump au pouvoir début 2025, les pressions sur les journalistes aux États-Unis s'accumulent. Pendant les manifestations contre la police de l'immigration ICE en début d'année, des journalistes ont été agressés, puis arrêtés et détenus. Ce n'est pas le seul exemple.  « Les domiciles de journalistes du Washington Post ont été perquisitionnés. Trump poursuit en justice les médias pour les intimider à la suite de leurs enquêtes sur lui et son entourage. Le gouvernement restreint l'accès à l'information d'intérêt public, supprime des sites de l'État, choisit quels médias peuvent assister aux conférences de presse. La situation empire vraiment. » À lire aussiLiberté de la presse: sur le continent américain, des conditions de travail de plus en plus dégradées Plus d'un million d'utilisateurs depuis son ouverture en 2020 Il était donc nécessaire pour RSF de faire des États-Unis un pays à surveiller depuis cette bibliothèque. Parmi les ouvrages consultables dans cette salle du bâtiment virtuel, il y en a un qui sort du lot, raconte Maren Pfalzgraf. « C'est le premier dessin de presse dans la librairie. Il a été fait par Ann Telnaes. Elle était caricaturiste au Washington Post. Le dessin illustre le patron du journal, le milliardaire Jeff Bezos, agenouillé devant Donald Trump. On a décidé de le représenter parce que le Washington Post avait refusé d'imprimer le dessin dans ses colonnes. » Refuser d'imprimer, par crainte de froisser le propriétaire. La dessinatrice avait alors décidé de quitter la rédaction. D'autres textes, photos, journalistes seront ajoutés à l'avenir dans cette bibliothèque. Depuis son ouverture en 2020, elle a été visitée par plus d'un million d'utilisateurs et ses ouvrages ont été consultés plus de 10 millions de fois. À lire aussiUne dessinatrice du «Washington Post» démissionne après le rejet d'une caricature de Jeff Bezos

  8. Jun 6

    Turquie: le journaliste d'investigation Ismail Ari en procès pour «diffusion d'informations trompeuses»

    Les défenseurs de la liberté de la presse réclament sa libération immédiate. Le journaliste turc Ismail Ari, en détention provisoire, est jugé depuis vendredi 5 juin devant un tribunal pénal à Ankara. Ses enquêtes au sein du média d'opposition BirGün ont mis sous le feu des projecteurs des irrégularités dans les affaires de la famille Erdogan. Ismail Ari est jugé pour « diffusion d'informations trompeuses », un chef d'accusation pour lequel il risque plus de 8 ans de prison. RFI s'est entretenu avec l'un de ses soutiens, le représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF). Le 16 janvier dernier, la chronique d’Ismail Ari sur la chaîne d’opposition BirGün TV était peut-être celle de trop. Le journaliste y évoquait le rôle trouble du fils du président Recep Tayyip Erdogan dans diverses fondations. Deux mois plus tard, la police l’interpellait à Turhal, dans le nord du pays. Depuis, il est détenu dans la prison de Sincan, à Ankara. Son procès s’est ouvert ce vendredi. « En tant que journaliste, vous êtes seul à prendre le risque pour faire vivre le journalisme indépendant. Vous prenez tous les risques du monde », rappelle Erol Önderoğlu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie. « Il a mis en cause la famille du président Erdogan. Son fils, sa fille, son gendre faisaient partie des dirigeants d'une vingtaine de fondations caritatives. » Ismail Ari dénonçait la corruption liée à ces fondations : fausses factures, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux. Elles bénéficiaient également d’exonérations fiscales et occupaient des bâtiments publics. « Selon Ismail Ari, ces fondations alimentent les réseaux politiques de l’AKP, qui est le parti au pouvoir d’Erdogan ; des fondations opaques qui représentent un budget très important. Il se demandait si elles nourrissaient des réseaux clientélistes. Il dénonçait cette opacité », explique encore Erol Önderoğlu. Une accusation vague Sur Ismail Ari pèse notamment l’accusation de « diffusion publique d’informations trompeuses », une incrimination à la formulation très imprécise. Un amendement de 2022 a introduit cette infraction dans le code pénal turc. Des poursuites contre les journalistes existaient déjà, rappelle Önderoğlu, lui-même emprisonné il y a dix ans, mais ce changement marque un tournant. « Parmi les paramètres, il y avait l’obligation selon laquelle le contenu devait provoquer une certaine instabilité dans la société, un trouble à l’ordre social. Mais à partir d’octobre 2022, date à laquelle l’amendement a eu lieu, des dizaines de journalistes, d’abord des journalistes locaux, ont été mis en accusation, inculpés. Certains ont été interpellés et incarcérés pour des durées brèves. Ces deux dernières années, on assiste à une période où les plus grands journalistes d’investigation sont inquiétés sur la base de cette accusation », souligne-t-il. Les charges retenues contre Ismail Ari pourraient lui valoir jusqu’à huit ans et trois mois d’emprisonnement. La Turquie a dégringolé dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse et se situe à la 163e place sur 180 en 2026. À lire aussiTurquie: début du procès du journaliste Alican Uludag de la Deutsche Welle

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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.  Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU. 

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