Les dessous de l'infox, la chronique

Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité d'une déclaration, d'une photo ou d'une vidéo... qui circule sur les réseaux sociaux, joignez-nous sur notre numéro WhatsApp + 33 6 89 07 61 09.

  1. 1d ago

    Coupe du monde 2026: l’intelligence artificielle occupe le terrain

    Alors que la Coupe du monde de football bat son plein, les contenus générés par intelligence artificielle autour de la compétition se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces images, souvent ultra-réalistes, sont de plus en plus difficiles à détecter. Souvent virales, ces fausses informations ciblent aussi bien les joueurs que les supporters présents en tribunes. Si vous suivez ce Mondial sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement vu passer cette photo mensongère diffusée après le match Allemagne-Curaçao, remporté 7 buts à 1 par les Allemands. Elle prétend montrer un supporter moustachu de la Mannschaft, ressemblant étrangement à Adolf Hitler. Vue plus de 30 millions de fois sur les réseaux sociaux, cette image a suscité beaucoup de réactions et d’indignation. En réalité, cette image a été manipulée. Pour le vérifier, nous avons revisionné l’intégralité du match. Cela nous a permis d’identifier la séquence originale diffusée en direct à la télévision. Filmée juste après la fin de la première mi-temps, on y voit plusieurs fans allemands célébrant le but de Kai Havertz. Aucun n’est grimé en Adolf Hitler. Quelqu’un a donc simplement demandé à l’intelligence artificielle de modifier le visage d’un homme pour le faire ressembler au dirigeant nazi. Une recette simple, mais diablement efficace. Une bagarre entre Marocains et Brésiliens ? Au-delà des supporters, les contenus générés par intelligence artificielle ciblent aussi les joueurs, à l’image des sélections marocaine et brésilienne. Une vidéo affirme qu'une bagarre générale aurait eu lieu à la fin de la rencontre qui s’est soldée par un match nul un but partout. On y voit une vingtaine de joueurs s’écharper juste devant une tribune. Si à première vue, le clip semble assez réaliste, l’IA fait encore des erreurs. Un drapeau rouge et vert agité dans les travées du stade n’existe pas. Tout comme ces chiffres inconnus sur les maillots de certains joueurs. Ce type de vidéo se compte par dizaines ces derniers jours. Comment détecter l’IA ? Le meilleur conseil pour détecter une image artificielle, c’est d’abord de faire attention aux détails visuels, aux inscriptions, aux visages, aux mouvements. Les outils d’IA grand public font encore quelques erreurs à ce niveau-là. Il faut aussi regarder la durée. Ces vidéos durent souvent 20 secondes ou moins, rarement plus. C’est aujourd’hui la durée standard permise par les générateurs les plus utilisés. Et puis, il faut se pencher sur la fiabilité de la source, de qui partage ce type de contenus souvent spectaculaires. Publicité sauvage Derrière ces vidéos synthétiques, on retrouve souvent des comptes anonymes, prêts à tout pour faire du clic et monétiser leur audience. L’une des nouveautés, c’est que ces fausses informations sont parfois diffusées à des fins publicitaires. Nous avons notamment identifié un site opaque de paris et de jeux de casino en ligne. Depuis le début du Mondial, il diffuse presque quotidiennement des images générées par IA. À chaque fois, le logo de la plateforme est habilement intégré dans ces contenus mensongers, dont certains dépassent le million de vues. Ce jeu dangereux devrait se poursuivre tout au long de la compétition.

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  2. Jun 12

    Coupe du monde 2026: la désinformation surfe sur les polémiques

    Bilan carbone record, restrictions migratoires, manifestations, billets hors de prix : la Coupe du monde 2026 vient tout juste de commencer et elle est d’ores et déjà très polémique. Ce contexte est particulièrement propice à la désinformation. Sur les réseaux sociaux, les infox se multiplient. Elles n'épargnent aucun acteur, qu’il soit sur ou en dehors du terrain. L'un des derniers exemples en date cible directement le président de la Fifa. Une vidéo diffusée sur TikTok prétend, à tort, que Gianni Infantino aurait vivement critiqué le Mexique, l’un des pays hôtes de cette Coupe du monde. Durant sept secondes, on pense le voir et l’entendre parler en espagnol : « Les Mexicains sont des sauvages. Ils ne méritent pas d'accueillir des matchs de la Coupe du monde. Ils ont détruit leur propre pays ». Cette prétendue déclaration intervient dans un contexte social tendu au Mexique où plusieurs manifestations ont eu lieu avant le coup d’envoi de la compétition. Hypertrucage sonore et visuel En réalité, Gianni Infantino n’a jamais prononcé ces mots car cet extrait est un deepfake, un hypertrucage sonore et visuel généré par intelligence artificielle. La voix et le mouvement de ses lèvres ont été modifiés pour lui faire dire n’importe quoi. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé l’extrait original qui a servi de base à cette manipulation. Il s'agit d'une interview diffusée sur le site de la Fifa, le 7 septembre 2022. Le président de la fédération y parle, en anglais, de la phase de groupes lors du précédent Mondial au Qatar. À aucun moment il ne critique le Mexique ou ses habitants. L’infox cumule aujourd'hui plusieurs millions de vues. Lamine Yamal ciblé par les infox Au-delà de la Fifa et de ses représentants, les fausses informations ciblent aussi les sélections et même directement certains joueurs, à l’image de la jeune pépite du Barça, Lamine Yamal. Certains affirment, à tort, que l'Espagnol pourrait manquer l’entrée en lice de son équipe qui affronte le Cap Vert, au stade d’Atlanta, lundi 15 juin 2026. La rumeur évoque des problèmes de visas à cause d’un drapeau palestinien brandit par l’attaquant lors des célébrations du titre du FC Barcelone. En conséquence, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu aurait demandé que « Lamine Yamal ne soit pas autorisé à entrer aux États-Unis ». Mais là encore, c’est faux. Pour le vérifier, il suffit de consulter le compte Instagram officiel de la sélection espagnole. Une série de photos publiées ces derniers jours montre Lamine Yamal en train de s’entraîner au camp de base de la Roja, situé dans le comté d’Hamilton, dans le Tennessee. Blessé à la cuisse fin avril, l’attaquant est bien aux États-Unis et pourrait fouler la pelouse le 15 juin prochain. Faire du clic et de l’argent Derrière ces fausses informations, on retrouve des profils habitués à désinformer ou des comptes dédiés aux actualités footballistiques. Ces utilisateurs sont prêts à tout pour exploiter la visibilité du Mondial sur les réseaux sociaux et dans les médias afin de faire de l’audience et la monétiser. Quitte à tomber dans la désinformation. À lire aussiNotre dossier spécial Coupe du monde 2026

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  3. Jun 5

    Législatives en Arménie: une fausse vidéo de la BBC accuse la France d’ingérence

    Dimanche 7 juin, les Arméniens sont appelés aux urnes pour des élections législatives. Un scrutin que Moscou tente de déstabiliser à travers de vastes campagnes de désinformation. Alors que l’Arménie a entamé un processus de rapprochement avec l’UE, et que Paris s’est sensiblement rapproché du régime du premier ministre arménien Nikol Pachinian, une énième fausse information cible particulièrement la France. Une vidéo censée révéler l’envoi de 800 soldats dans le pays pour sécuriser le scrutin. La vidéo d’une durée d’une minute trente reprend tous les codes d’un reportage de la BBC. Une voix off, avec accent britannique, commente un prétendu déploiement de soldats français. À l’écran, on retrouve l’habillage visuel des reportages de la chaîne d’information britannique. Bandeau rouge dans la partie basse ainsi que le fameux logo de la British Broadcasting Corporation (BBC). Cette infox a été vue près d’un million de fois depuis sa création le 28 mai. Le reportage a été fabriqué de toutes pièces. La BBC n’a jamais produit, ni diffusé ce reportage. Il suffit d’aller sur le site officiel de la chaîne pour le vérifier. On ne retrouve aucune trace de ce prétendu déploiement dans la presse internationale. Images d’archives trompeuses Une analyse des séquences du reportage trahit l’utilisation d’images d’archives. Les soldats que l’on voit descendre d’un avion siglé République française participaient en fait à une mission de la force de réaction de l’OTAN en Roumanie en 2022. Un expert fait d’ailleurs remarquer que les tenues de camouflage que l’on voit à l’écran ne sont plus en vigueur dans l’armée de terre française et que les militaires qui empruntent la passerelle de l’avion ne sont pas des légionnaires (reconnaissables à leurs bérêts verts).  Même chose pour les deux Rafale que l’on voit dans le faux reportage de la BBC. Une observation attentive des marquages de l’avion : cocardes, drapeaux, et numéros de série, montre qu’il s’agit d’avions indiens, et non français. Rien à voir avec l’armée de l’air française qui n'arbore pas de drapeau rectangulaire sur la queue de ses avions Rafale. Ces images ont été sorties de leur contexte. Concernant enfin les images des manifestations en Arménie. Il s’agit d’images prétextes destinées à dramatiser l’infox. Une recherche documentaire permet d’établir que les dernières manifestations politiques d'ampleur en Arménie remontent principalement au printemps et à l'été 2024, après la restitution à l’Azerbaïdjan de quatre villages frontaliers dans le cadre du processus de délimitation de la frontière.  La coopération entre la France et l’Arménie ciblée À Paris, une source proche du dossier donne quelques précisions sur la coopération militaire entre la France et l’Armée tout en réfutant l’envoi de 800 militaires français : « Nous réalisons des missions de partenariat militaire opérationnel [...] Cela représente autour d’une vingtaine de militaires non permanents. En ce moment, il est surtout question d’artillerie. Les missions durent quelques semaines. Une petite dizaine de militaires déployés en permanence sont liés à l’ambassade pour la coordination des missions de partenariat opérationnel. » Infox d’origine russe Joint par RFI, un service de l’État en charge du suivi des ingérences informationnelles étrangères assure que le faux reportage de la BBC a suivi « le mode opératoire Storm-1516 déjà documenté par le passé. Cette opération est la 205e imputée à l’écosystème Storm-1516 depuis fin août 2023. » Dans son rapport sorti en 2025, l’agence Viginum souligne que « si l’objectif principal de Storm-1516 est de décrédibiliser l’Ukraine auprès des audiences occidentales, le mode opératoire a également été employé pour dénigrer des membres de l’opposition russe, ainsi que des personnalités et gouvernements occidentaux, notamment durant des périodes électorales ». Par ailleurs, selon le Service européen de l’action extérieure, cela fait plus d’un an que la Russie a lancé des attaques informationnelles en vue des élections en Arménie, en jouant sur les peurs de la population, et dénigrant l’action du Premier ministre pro-européen, Nikol Pachinian, afin de présenter la Russie comme le seul garant de la sécurité dans la région.   « Pour crédibiliser leurs narratifs, les opérateurs de Storm-1516 emploient des techniques de montage vidéo et photo visant à contrefaire des logos de médias », précise encore le rapport de Viginum. Dans le cas présent, la charte graphique de la BBC a été parfaitement reproduite. Enfin, Storm-1516 s’appuie sur des contenus impliquant très probablement des acteurs amateurs. Viginum estime que, « pour plus de la moitié des opérations imputées à ce mode opératoire, des individus ont été recrutés pour enregistrer la voix off [...] avec un soin particulier au choix de ces acteurs, en adaptant leur langue ou leur apparence aux narratifs ». Effectivement, l’accent anglais du faux journaliste de la BBC est particulièrement convaincant.

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  4. May 29

    Pèlerinage à la Mecque, de fausses images du hadj prolifèrent sur les réseaux

    En dépit de températures caniculaires et d'une situation géopolitique explosive dans la région,1,7 million de fidèles étaient attendus à partir du 25 mai en Arabie saoudite pour le pèlerinage à la Mecque. Des musulmans venus de la planète entière, dans une démarche de piété et de fraternité. Toutefois sur les réseaux sociaux, le hadj a été cette année synonyme de surenchère avec une avalanche de vidéos spectaculaires générées par intelligence artificielle (IA), déformant la réalité. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Une marée humaine entoure le mont Arafat à une vingtaine de kilomètres de la Mecque. La séquence de 24 secondes est censée montrer l’un des rituels les plus importants du pèlerinage : une journée consacrée à la prière et à la méditation sur le site où le prophète Mahomet aurait prononcé son dernier sermon. Sur la vidéo trompeuse, on peut voir des pèlerins à perte de vue. Des images accompagnées d’un chant religieux, ce qui rend cette scène encore plus captivante. Commentaires : « Une seule personne peut rassembler cette foule, et c'est le prophète Mahomet ». Une analyse attentive de la vidéo laisse apparaître des incohérences visuelles. Par exemple la foule est trop compacte et surtout, totalement uniforme. En comparant avec d’autres images comme celles issues des webcams officielles, on distingue des parasols de couleurs, des installations pour guider les pèlerins, mais aussi des rochers à flanc de colline sur lesquels aucun visiteur ne s'est risqué. L'utilisation d’un outil de détection d’images artificielles (Hive moderation) confirme que cette vidéo a été conçue par une IA générative. Avalanche de fake sur TikTok Certains contributeurs se sont spécialisés dans la création d’images synthétiques autour de la thématique du pèlerinage. On y voit par exemple des hélicoptères parachutant des bouteilles d’eau sur les fidèles, ou des camions équipés de brumisateurs géants fendant la foule, pour rafraîchir les croyants. Certaines vidéos font mention de l'utilisation d'une IA, d’autres non… Pourquoi une telle production ?  Pour plusieurs raisons. D’abord le pèlerinage concerne les musulmans du monde entier, soit plus de deux milliards de fidèles dans le monde. Donc les auteurs savent que ces images créées de toutes pièces trouveront leur public, et permettent de monétiser leur audience.  Le hadj est un motif de fierté. Reste que si les croyants qui se rendent en Arabie saoudite peuvent emporter leur téléphone portable, il est fortement déconseillé de filmer les rites, et s’afficher sur les réseaux est considéré comme une attitude « ostentatoire », qui nuit à la sincérité de la démarche religieuse. On pourrait penser aussi que ces images artificielles viennent peut-être « combler un vide » auprès du public, mais sur X de nombreux contributeurs musulmans ont immédiatement condamné l'utilisation de vidéos générées par IA. On pouvait ainsi lire : « Malheureusement, des vidéos générées par intelligence artificielle et diffusées par de faux comptes anonymes prétendent provenir du Hadj 2026. Il s'agit d'un mensonge, d'une fabrication et d'une tromperie à l'égard du public, ainsi que d'un mépris pour les musulmans du monde entier. Nous exhortons chacun à ne pas partager ces vidéos et à vérifier l'authenticité des publications. Le royaume d'Arabie saoudite organise le Hajj de manière professionnelle afin d'assurer la sécurité et le confort des pèlerins et de leur fournir toutes les commodités nécessaires ». À lire aussiHadj 2026: «malgré les tensions régionales et les crises», la ferveur reste intacte, selon le chercheur Hasni Abidi

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  5. May 22

    Liban: la désinformation cible les pertes de l’armée israélienne

    Malgré le cessez-le-feu en vigueur au Liban, les frappes israéliennes se poursuivent. Selon Beyrouth, les bombardements ont fait plus de 3 000 morts depuis début mars. Le Hezbollah a revendiqué une série d'attaques ces derniers jours. Le dernier bilan fait état de 20 soldats et d’un contractuel tués côté israélien. Les affrontements entre le mouvement islamiste chiite pro-iranien et l’armée israélienne suscitent beaucoup de désinformation, notamment sur les pertes israéliennes. Le dernier exemple en date est une courte vidéo, vue des millions de fois sur les réseaux sociaux. On y voit un véhicule transportant des soldats, pris dans une embuscade. Ciblés par des tirs, les militaires assis à l’arrière du pick-up n’ont pas le temps de s’enfuir ou de riposter. Au moins six d’entre eux semblent avoir été tués par balles. La légende parle, à tort, d’une « embuscade tendue par le Hezbollah à un groupe de soldats israéliens ». Dans les faits, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Liban. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé leur trace sur le compte d’un journaliste pakistanais, en octobre 2022. La légende parle d’une « attaque terroriste du mouvement taliban pakistanais (TTP) contre l'armée pakistanaise ». Impressionnante et difficile à géolocaliser, cette vidéo est régulièrement détournée dans différents contextes. L’intelligence artificielle s’emmêle Au-delà des images sorties de leur contexte, les contenus générés par intelligence artificielle se multiplient. C’est le cas de cette photo censée montrer un ballon d’espionnage israélien abattu par le Hezbollah. On pense y voir un dirigeable blanc, en feu, dans un cratère, sous le regard de plusieurs soldats. Les commentaires parlent d’une « grande victoire pour le Hezbollah qui aurait détruit un système radar géant d’une valeur de 230 millions de dollars ». Sauf que tout est faux. Le mouvement islamiste chiite lui-même n’a pas revendiqué une telle attaque. Visuellement d’abord, plusieurs éléments posent problème. On note des effets de flou étranges, des incohérences d'échelle et plusieurs objets métalliques étranges posés sur le sol. De plus, en faisant une recherche sur Google, le moteur de recherche indique que c’est son outil d’IA qui a généré cette image, ce que confirment également les logiciels de détection que nous avons utilisés. Des comptes pro-iraniens À l'origine de toute cette désinformation, on retrouve un écosystème de comptes persanophones, arabophones et anglophones, ouvertement pro-iraniens. La plupart arborent fièrement le drapeau de la république islamique d'Iran en photo de profil. Ce réseau, actif sur X, Facebook et Instagram, fait la propagande de l’Iran et de ses proxys, dont les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban. Cette guerre de l’information en ligne passe par la décrédibilisation de l’adversaire avec, comme on vient de le voir, la multiplication d’infox ciblant principalement Israël mais aussi les États-Unis.   À lire aussiLiban: cette vidéo ne montre pas une embuscade du Hezbollah sur des chars israéliens

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  6. May 15

    Hantavirus: la résurgence des théories complotistes

    Les investigations se poursuivent pour remonter à l’origine de l’hantavirus qui a contaminé une dizaine de personnes sur le navire de croisière MV Hondius. En France, tous les cas contacts ont été testés négatifs. L'OMS considère toujours que le risque est faible pour le reste de la population dans le monde. Malgré cela, la désinformation autour de l’hantavirus inonde les réseaux sociaux. Si la situation n’a rien à voir avec la pandémie de Covid-19, les mêmes théories du complot refont surface. Arme de dépopulation massive, faux remèdes, confinement généralisé : l’hantavirus est la nouvelle coqueluche des influenceurs conspirationnistes. Comme durant la crise de Covid-19, ces comptes martèlent, à tort, que nous serions face à une nouvelle « plandémie ». Cette contraction de « plan » et de « pandémie » prétend que la flambée d’hantavirus aurait été volontairement programmée dans un complot perpétré par des élites. Les justifications avancées sont assez farfelues, allant de la mise en place d’une dictature au trucage des votes lors des futures élections de mi-mandat aux États-Unis. L’IA pour fabriquer des preuves Ces théories complotistes reposent exclusivement sur de fausses informations, parfois relativement grossières. C’est le cas de cette vidéo prétendument filmée par un automobiliste. On pense y voir un camion de transport roulant sur une route bitumée. À l’arrière de la benne, des dizaines de souris sont lâchées par une petite ouverture. Plusieurs commentaires évoquent des « souris infectées par l’hantavirus relâchées par l’OMS ». La vidéo cumule plus de deux millions de vues sur X et Facebook. Vérification faite, cette vidéo n’est pas réelle. Ces images ont été générées par intelligence artificielle. Au-delà de l’aspect surréaliste de cette scène, plusieurs éléments visuels interrogent. Les souris projetées à haute vitesse rebondissent toutes au même endroit sur la route. Certains éléments de décor changent de couleur sans raison. Autre élément de vérification : cette vidéo dure précisément 15 secondes. C’est aujourd’hui la durée standard d’un clip généré par un outil d’intelligence artificielle générative grand public. Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés pointent vers Sora 2, l’outil développé par OpenAI, la start-up derrière ChatGPT. Revenir sur le devant de la scène Cette infox n’est pas un cas isolé, loin de là. Vidéos sorties de leur contexte, faux articles de presse, déclarations manipulées du directeur général de l’OMS : les modes opératoires sont variés. Les complotistes fabriquent eux-mêmes ces fausses informations pour crédibiliser leurs théories et faire des vues. Parfois marginalisés depuis que le Covid-19 ne représente plus une urgence de santé publique internationale, ces influenceurs voient en l’hantavirus une opportunité de revenir sur le devant de la scène.   À lire aussiLes infox alimentent l'inquiétude autour de l'hantavirus Semer la peur Il est toujours très difficile d’estimer concrètement l’impact de ces fausses informations. Ce que l’on sait, c’est qu'elles se multiplient et sont mises en avant par les algorithmes. Bien aidées, aussi, par un traitement médiatique assez dense, parfois anxiogène, ces infox cumulent des millions de vues. Un fonds de commerce dangereux qui sème le doute, agite la peur et dégrade la confiance envers les institutions.

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  7. May 8

    Deepfakes sexuels: comment l’IA facilite la désinformation de genre

    Ces dernières années, les deepfakes sexuels, images ou vidéos ultraréalistes générées par intelligence artificielle, inondent le web. Le phénomène cible presque exclusivement les femmes. Cette semaine, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, en a de nouveau fait les frais. La cheffe du gouvernement italien a elle-même reposté l’un de ces hypertrucages sexuels pour dénoncer la dangerosité du phénomène. Giorgia Meloni en sous-vêtements, assise en tailleur, sur un lit. L’image a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Visuellement, il est presque impossible de distinguer l’utilisation d’un outil d’intelligence artificielle. Pourtant, cette photo n’est pas réelle. Ce n'est pas la première fois que la cheffe du gouvernement italien est ciblée, à son insu, par des deepfakes sexuels. Ces dernières années, son visage est apparu dans plusieurs vidéos pornographiques, parfois visionnées des millions de fois. « Moi, je peux me défendre, beaucoup d'autres ne le peuvent pas », a commenté Giorgia Meloni, sur ses réseaux sociaux. Un phénomène mondial Son cas n’est qu’un exemple parmi d’autres. La superstar américaine Taylor Swift, l'influenceuse française Léna Situations ou encore la députée d’Irlande du Nord, Cara Hunter : le phénomène est planétaire. « Les femmes exposées médiatiquement sont particulièrement ciblées », précise Mathilde Saliou, journaliste et autrice des ouvrages « L’envers de la tech, ce que le numérique fait au monde » et de « Technoféminisme : comment le numérique aggrave les inégalités ». « On se souvient déjà, au milieu des années 2010, d’une vaste fuite d’images intimes de stars de la musique ou de la télévision. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, le phénomène a pris une nouvelle ampleur, avec des fausses images qui réapparaissent régulièrement. Le même schéma s’est répété pour de nombreuses femmes », ajoute-t-elle. Le problème ne concerne pas que les célébrités. Avec le perfectionnement des outils d’IA, une simple photo suffit aujourd’hui pour générer un deepfake sexuel hyperréaliste, le tout sans aucun contrôle ni vérification de l’âge ou du consentement. En début d’année, l’outil Grok d’Elon Musk qui permettait de dénuder n’importe qui avait fait couler beaucoup d’encre. En réalité, il s'agit seulement de la face émergée de l’iceberg. Désinformation de genre Si le terme deepfake sexuel est récent, le phénomène, lui, n'est pas nouveau. L’homme n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour détourner illégalement l’image des femmes. Collage sur des magazines de lingerie, détourage de visage, chantage pornographique : la pratique a seulement évolué. La désinformation de genre brise des vies et vise à humilier les femmes. « Ramener les femmes à leur sexualité, à leur corps, pour les humilier est un trope caractéristique du sexisme. Ça fait très longtemps qu’on traite les femmes de salope quand on souhaite les insulter, en évoquant leur vie sexuelle réelle ou supposée. C’est une manière parmi d’autres d’exprimer de la misogynie. Ce qui se rajoute par-dessus ces dernières années, c’est la possibilité de créer des images ultracrédibles pour continuer ces pratiques d’humiliation qui existaient auparavant », explique Mathilde Saliou. Ce qui a changé, ces dernières années, c’est l’industrialisation des deepfakes sexuels. Certaines plateformes en ont fait un véritable business. Des criminels s’en servent également pour générer des contenus pédopornographiques. Le rôle des modèles d’IA Pour Mathilde Saliou, « ce phénomène est le symptôme d’un problème social beaucoup plus large. Les grands modèles d’IA aujourd’hui – qu’ils génèrent des textes, des images ou des vidéos – ont besoin d’énormément de données pour atteindre ce niveau de réalisme bluffant. Au départ, ils étaient entraînés sur des jeux de données relativement maîtrisés, issus notamment du monde de la recherche. Puis, dans une logique de “toujours plus de données”, on est passé à une stratégie qui consiste, pour le dire simplement, à racler le fond d’Internet. Or, quand on aspire tout le web, on récupère aussi des quantités massives de vidéos pornographiques, de contenus tirés de forums qu’on aurait préféré laisser dans les bas-fonds du net, avec très peu de modération et où prolifèrent la misogynie, mais également le racisme, l’homophobie et les propos extrémistes. Tous ces contenus ont été intégrés comme données d’entraînement. C’est pour ça que, selon moi, ces outils ne sont pas neutres. » Accélérer la réglementation Face à ce constat, quelles sont les pistes pour enrayer le phénomène ? Il y a déjà l’évolution de la législation. Certains pays sont plus en avance que d’autres sur le sujet. Même si les lois existent, leur mise en application est souvent difficile. Se pose aussi la question des obligations qui incombent aux plateformes. Les États membres de l'Union européenne se sont entendus jeudi 7 mai pour interdire les IA permettant de dénuder des personnes sans leur consentement. Reste à savoir à quel point cette nouvelle réglementation sera efficace.

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  8. May 1

    Mali: l’armée malienne et l’Algérie voisine au cœur des rumeurs

    Au Mali, la situation reste tendue après les attaques coordonnées du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et du Front de libération de l'Azawad (FLA). Les jihadistes du Jnim ont mis en place un blocus autour de la capitale Bamako. De son côté, le chef de la junte, Assimi Goïta, a assuré à la télévision que la situation était maîtrisée. Dans ce contexte propice à la désinformation, les infox ciblent l’armée malienne et l’Algérie voisine. La rumeur d’un regain de tension entre Alger et Bamako monte sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Certains affirment notamment, à tort, que 300 000 hommes de l’armée malienne se dirigeraient actuellement vers la frontière algérienne. La vidéo qui circule sur TikTok est de mauvaise qualité. Elle montre des centaines de militaires marchant côte à côte, en plein milieu du désert. Les soldats portent une tenue camouflage sable et un gilet tactique kaki. En arrière-plan, on distingue une dizaine de pick-ups et de véhicules blindés parfaitement alignés. Un exercice militaire en Libye Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec le Mali ni même avec l’Algérie. Elles montrent en réalité un exercice militaire de l’armée nationale libyenne. Cette manœuvre, baptisée Tonnerre, s’est déroulée en octobre 2021, en Libye. Les soldats que l’on voit marcher appartiennent à la 106e brigade d’infanterie, fidèle au maréchal Khalifa Haftar, et commandée par l’un de ses fils, Khaled Haftar. Dans les faits, le Mali n’a pas déployé 300 000 soldats à la frontière algérienne. Pour déterminer l’origine de cette vidéo, nous avons commencé par effectuer plusieurs recherches par image inversée (voir ici comment faire). Cette première étape ne nous a pas permis d’identifier immédiatement la source originale. Nous avons toutefois retrouvé la même vidéo, cette fois, de meilleure qualité. L’analyse de la tenue des soldats et du décor nous a alors mis sur la piste de l’armée nationale libyenne, habituée à diffuser ce genre d’images. Après des heures de recherche sur leur chaîne YouTube officielle, nous avons fini par retrouver l’extrait en question, publié le 19 octobre 2021. Un véhicule de l’armée algérienne détruit ? Cette infox ciblant les relations entre Alger et Bamako n’est pas un cas isolé. Une autre vidéo prétend montrer un véhicule blindé de l'armée algérienne, frappé par un drone à la frontière avec le Mali. La légende parle de 17 soldats tués. Cependant, tout est faux. Nous avons retrouvé la trace de ce clip en février dernier. Il montre en réalité une voiture en flammes lors de la 17ᵉ édition de l’Africa Eco Race. Ce rallye-raid s’est déroulé entre Tanger et Dakar. Désordre informationnel régional Cette désinformation profite d’un contexte local et régional déjà sous tension. Depuis la dégradation des relations entre Alger et Bamako en 2025 avec, entre autres, la destruction d'un drone malien à la frontière, la désinformation entre les deux pays prolifère. À lire aussiTensions Mali-Algérie: la désinformation souffle sur les braises Les récentes attaques du Jnim et du FLA au Mali ont relancé la machine. Ces fausses informations, souvent virales, sèment le doute et ajoutent au désordre informationnel dans la région.

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