François Gautier est écrivain et journaliste. Ancien correspondant du Figaro en Inde et Asie du Sud-est, auteur de nombreux ouvrages, il est très impliqué dans la vie culturelle, spirituelle et même politique de l’Inde où il vit depuis de longues années. L’ouvrage le plus récent de François Gautier nous permet de découvrir un personnage historique méconnu en Europe : Dara Shukoh (1615-1659), fils aîné de l’empereur moghol qui fit construire le Taj Mahal. Héritier désigné du trône de cette dynastie islamique qui a gouverné l’Inde pendant trois siècles, celui que François Gautier appelle le Prince du soufisme est une figure exceptionnelle très en avance sur son temps, comme sur le nôtre aujourd’hui. Dans une cour impériale traversée par les rivalités politiques et religieuses, se désintéressant du pouvoir et de la guerre, Dara Shukoh s’est passionné pour la mystique, la poésie et la recherche de vérité spirituelle. Peintre, collectionneur d’œuvres d’arts, il a écrit lui-même des poèmes d’amour où perce une dimension mystique qui se rapproche du Cantique des Cantiques. Disciple de maîtres soufis, il a développé une conception d’un Islam éclairé, fondé sur l'expérience intérieure de Dieu, l'amour et l'unité. Dara Shukoh a cherché à comprendre ce qui pouvait unir les différentes spiritualités. Il a étudié les traditions juives, chrétiennes et hindoues, à la recherche d’une vérité qui dépasse toutes les différences doctrinales. Il a noué des relations amicales avec des missionnaires catholiques et protestants, favorisant l’essor du christianisme en Inde. Auteur d’ouvrages de spiritualité, Dara Shukoh a comparé les mystiques du soufisme, du christianisme et des spiritualités orientales, ce qui lui a permis de confirmer une intuition profondément soufie : Dieu est Un. Si les hommes ont multiplié les langages, les traditions et les formes religieuses, tout converge vers le Un : l’amour des humains, l’amour de la beauté ou l’amour du divin. Grâce à la profondeur et la largeur d’esprit de François Gautier, nous pénétrons l’univers fascinant de l’Inde du Taj Mahal : une civilisation florissante, particulièrement subtile, imprégnée par la culture des beaux-arts et la quête spirituelle. Avec lui, nous découvrons également certaines pratiques méditatives orientales, dont le Pranayama, qu’il enseigne en Inde avec son épouse. Pour François Gautier, la destinée tragique de Dara Shukoh marque un tournant tragique pour l’Islam et pour l’ouverture et le rapprochement entre les grandes spiritualités… Le nid des conflits religieux qui sont trop souvent à l’origine des guerres. D’où l’urgence, pour lui, de faire connaître des figures comme celle du Prince du soufisme. Les seules qui peuvent jeter des ponts là où les abîmes se creusent. Pour lire Dara Shukoh, Prince du Soufisme, vers un Islam tolérant, le livre de François Gautier, cliquer ici. -------------- ZETEO, UNE MOSAÏQUE DU CHRISTJe n’imaginais pas, lorsque je publiais la newsletter Zeteo de dimanche midi dernier, qu’elle allait susciter autant de réactions et de messages… Il y en a eu tellement qu’il m’aurait fallu plus d’une semaine pour répondre à chacun. J’ai préféré le faire avec ce message aujourd’hui, pour dire mon émotion et ma gratitude à la vague merveilleuse de soutien que j’ai reçue, cette vague qui n’a cessé de me porter jusqu’aujourd’hui, sur ce petit bateau qu’est Zeteo. Dans cette newsletter, je tentais de répondre à la question posée la veille par une auditrice, si Zeteo ne serait pas devenu ésotérique ? Plus que les éléments que j’y ai alors apportés, je crois que les meilleures réponses sont les vôtres. Voilà pourquoi j’ai choisi d’en restituer la plupart, et vous pouvez les retrouver en cliquant ici pour aller sur la rubrique nos auditeurs sur notre site, que je viens d’actualiser. J’ai bien sûr veillé à garder la discrétion de ces messages, en en préservant l’anonymat. À l’image d’Ana, qui écrit que Zeteo est une mosaïque du Christ, et qui reprend la phrase de Marguerite Kardos qui disait récemment que Zeteo est une abbaye multicolore, vos réponses sont émouvantes, édifiantes, profondes, fouillées… Elles me confirment à quel point ce sentiment que je ressens souvent avec Zeteo se vérifie avec vous comme avec tous les magnifiques invité(e)s de ce podcast : celui du dépassement. Dépassement de sentir que ce qui rassemble tant de belles personnes autour de lui me dépasse, pour ma plus grande joie, et si souvent la vôtre ! Comme le disait Christian Bobin, citation que me répète souvent la merveilleuse Frédérique Lemarchand, « ceux qui nous sauvent ne savent pas qu’ils nous sauvent », et j’ajoute, c’est tellement mieux comme ça ! Bien sûr, il n’y a pas eu que des réactions de soutien. Mais par rapport aux centaines de messages et de réactions, je peux dire que des messages de défiance, il n’y en a pas eu plus qu’il n’y a de doigts dans une seule main. Et pourtant, ces réactions m’ont peiné, et c’est à ces personnes en premières que j’ai tenu à répondre personnellement. Chez elles comme parmi certains d’entre vous, j’ai retrouvé cet argument que Zeteo peut parfois surprendre en empruntant des chemins spirituels inhabituels. Une de ces personnes est allée plus loin. Elle m’a interpellé au sujet de ce qui serait une mutation de Zeteo, qui serait tombé dans le « divertissement spirituel, où il y aurait à boire et à manger »… Cette semaine, en pensant à tout cela, j’ai eu une image. C’est celle du Christ marchant en Terre Sainte. On sait qu’il n’a pas toujours suivi les chemins les plus balisés, qu’il n’a pas visité que les villages bien vus, qu’il n’est pas resté au Temple avec les prêtres comme ils l’auraient voulu… J’ai cette image qu’il va toujours au-devant de situations nouvelles, de paysages différents, de personnes différentes… J’ai cette image qu’il va toujours au-devant de tous, qu’il est ouvert, qu’il écoute chacun, qu’il parle à chacun, qu’il guérit, qu’il prédit parfois… Et pourtant, il est toujours le Christ ! Et en même temps, comme le disent admirablement certains de vos messages, il échappe toujours aux catégories dans lesquelles on veut le ranger bien vite pour se rassurer, pour ne pas confronter des peurs, ou pour n’en garder parfois que ce qui nous convient. J’arrête là l’image. Il est bien évident que je ne me compare pas à Jésus, même s’il est mon modèle… Mais il y a quand même dans l’aventure de Zeteo quelque chose qui ressemble à ce chemin… Comme je l’écrivais la semaine dernière, le choix des invités se fait au rythme des rencontres, des suggestions des amis, des appels du cœur, en ayant ici la conviction de suivre un fil, avec la joie au cœur, et souvent l’enthousiasme… Mais je n’ai pas le sentiment de changer de direction… je ne me pose même pas cette question ! Le Christ est toujours au cœur. J’aimerais citer ici Agnès, une auditrice. Elle s’est posé la question, lorsque j’ai invité une chamane : « jusqu’où explorer ? y a-t-il des limites à ne pas franchir ? » La conclusion de son message, une vraie ouverture, est très belle. Non, Zeteo ne fait pas de tourisme spirituel. Et si effectivement je n’hésite pas à explorer parfois de nouveaux chemins, n’est-ce pas aussi pour tenter de répondre à cette immense soif spirituelle que vous êtes si nombreux à connaître ? Non, il n’y a pas qu’un seul chemin pour aller au divin, détenu par des institutions qui seraient les seules propriétaires de la vérité. Dieu n’est pas consigné à demeure dans les bénitiers, il ne ruisselle pas que par les goupillons. Il y a une multitude de portes qui communiquent entre le monde visible et le monde invisible. Si les religions ont connu d’immenses désaffections, c’est parce qu’elles ne s’adressaient plus à tant de personnes alors que certaines découvrent de plus en plus que le divin est partout. J’admire le pape Léon, sur notre sol français aujourd’hui, qui veut tellement ouvrir les portes de l’Église catholique ! J'étais bouleversé de voir les images de foules en liesse à Paris, notamment de voir tant de jeunes, au Stade de France ou à la Concorde, tout cela pour suivre le Christ ! Ils ont l'enthousiasme au coeur, malgré toutes les tempêtes qui assaillent le monde, nos institutions et l'Église. Quelle émotion de voir toutes ces foules, la joie et la force merveilleusement intacte d'un peuple immense qui, quoiqu'il arrive, suit irrésistiblement le Christ ! Là aussi, le monde de demain est déjà aujourd'hui. Ici, il y a quelques années, ma fierté était de recevoir de plus en plus de femmes. Ensuite, elle a été de donner la parole à des personnes qui vivent l’exclusion en raison de leur orientation sexuelle. Maintenant, elle est de recevoir des personnes merveilleuses comme Claire Barré, chamane, ou Agnès Stevenin, guérisseuse spirituelle. Non, les chamanes, les thérapeutes spirituels ne sont pas tous des charlatans, ils ne sont pas tous les proies même involontaires d’esprits mauvais. Cessons ces chasses aux sorcières d’un autre âge, pratiquées parfois même par certains qui, en cachette, vont consulter les médiums, voyants ou autres, quand il y a des problèmes. Je suis sûr qu’il y a autant de personnes fiables que d’autres pas fiables, là comme ailleurs, comme dans les églises ou même les écoles. À nous d’être adultes, responsables, et pour cela il est toujours mieux d’être éveillé que de vouloir rester dans l’ignorance ou le déni. Je tiens à redire encore ce que j’ai écrit la semaine dernière : Zeteo, un podcast libre et indépendant, accompagné par une multitude