Le goût du monde

L'oignon est-il vraiment de toutes les marmites du monde ? Les ancêtres sont-ils gourmands ? Et la pomme de terre une déesse ? Vous saurez tout dans le Goût du Monde, l'émission qui parle de saveurs, d’histoires, de partage, de goûts : d’ici ou d’ailleurs. Ces goûts qui rappellent les souvenirs, les émotions, et nourrissent l’imaginaire. À vous ensuite de partager vos souvenirs et de faire chauffer les marmites ! Comme nous ne pourrons pas goûter, racontez-nous ! En mots, en photos, en recettes, en histoires, parlez-nous de vous ! Réalisation : Guillaume Munier. *** À écouter, podcaster, à partager, à déguster le samedi à 18h30 (vers Afrique luso), à 21h30 TU vers toutes cibles. Le dimanche à 11h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 (vers Afrique haoussa).

  1. -3 j

    Un chef, sa cuisine : pour Jules Niang, le contraste relie les cultures et les mondes

    Un dialogue horizontal, d’égal à égal. Le chef Jules Niang est né et a grandi à Wothi, un petit village mauritanien au bord du fleuve Sénégal. « Dans cette zone on trouve des villages jumeaux de part et d’autre du fleuve, l’un du côté de la Mauritanie, l’autre du côté du Sénégal. Quand les frontières ont été définies du temps de la colonisation, les familles possédaient souvent des terres de part et d’autre. Pour les conserver, elles se sont séparées en deux, ce qui explique aujourd’hui que la moitié d’une famille peut être sénégalaise, et l’autre moitié mauritanienne. La majorité des familles ont la double nationalité. » Gamin, il a fait tout ce qu’un enfant peut faire au village : aller aux champs, pêcher, faire paître les troupeaux ; la main de son père l’a guidé, les gestes et la sagesse de sa mère, ses tantes, et ses grands-mères lui ont transmis les savoirs et les codes, la créativité, la cuisine. L’Afrique, il a les savoirs et les codes, il sait. L’ancrage de sa cuisine est instinctivement double, elle fait l’éloge de la diversité. Pas de fusion mais un dialogue horizontal d’égal à égal « il n’y a pas un produit qui soit hiérarchiquement au-dessus de l’autre, c’est une composition globale. Il en va des produits comme des continents, ni l’un ni l’autre, mais deux d’égal à égal ». Ce dialogue des cultures crée des passerelles solidement ancrées, des liens entre les continents. Sa cuisine, Jules Niang la décrit comme une cuisine de contraste, à l’instar du clair-obscur, de la lumière et de l’ombre, le contraste souligne les rapprochements. Dans sa cuisine, les ancrages sont lyonnais et africains, le produit ancre dans un territoire, la cuisine dans un autre, les contrastes sont dans les températures, les produits, les textures, « de la glace sur un bouillon, de multiples dimensions viennent s’imbriquer dans cette notion de contraste. » Jules Niang est l’un des chefs qui créent et écrivent cette nouvelle cuisine africaine en France. Une trace essentielle pour transmettre. L’écriture est centrale. Un livre, cela rend audible. Plus les gens écrivent, plus leur voix est forte. La cuisine africaine a longtemps été essentiellement transmise oralement, les rares écrits n’étaient pas de natifs, mais de gens qui ont voyagé ou découvert la culture et la gastronomie. Cette histoire, notre culture et notre cuisine doivent être écrites par des natifs qui connaissent le patrimoine et l’histoire dans les détails. « Quand je parle du mil, je sais où ça pousse, je sais à quelle pétriode de l’année il est planté. Je sais quand on le récolte et comment on le conserve. Je sais comment on le mange et à quel moment de la journée. C’est toute une culture. Quand on l’enlève et qu’on le rapporte ailleurs, on peut perdre cette dimension. C’est pour cela que j’écris, je peux restituer cette part de l’histoire, cette part culturelle et vécue du produit. Cette transmission est intéressante ». Avec Jules Niang, chef à Lyon du restaurant Petit Ogre, auteur de Contraste, cuisine d’ici et d’ailleurs, avec Agathe Masson et Maude Cucinotta, éditions de La Martinière, collection Menu Menu.   Pour aller plus loin L’Afrique cuisine en France, de Vérane Frediani, aux éditions La Martinière Un extrait de l’émission Avec Philosophie au sujet du Degré zéro de l’écriture, de Roland Barthes, de Geraldine Muhlmann et Justine Brisson Docteure en littérature : dans cette émission, Jules Niang rend hommage au travail de recherche et de transmission accompli par Aïstou Mbaye, cuisinière, autrice et plusieurs fois récompensée par les World gourmand book awards pour ses livres de cuisine « Saveurs subsahariennes » ou « Pastels et yassa ».   Programmation musicale : Wrong things, de Danitsa featuring Jarreau Vandal. La recette Lasagne de Saka saka crème de persil au cumin de Jules Niang. Recette issue de Contraste, cuisine d’ici et d’ailleurs, aux éditions La Martinière.

  2. 12 sept.

    En cuisine avec Caroline Paré, Cuisine thérapie

    Sa voix accompagne les matins du monde sur RFI, dans la foulée de la matinale et d'Appels sur actualité, Priorité Santé, l'émission santé de RFI présentée par Caroline Paré. La cuisine, l'alimentation tout au long de la vie sont des sujets fréquemment abordés dans l'émission, quelle relation Caroline Paré avait avec la nourriture, quelle place a la cuisine dans sa vie ? Ainsi est né cet épisode du Goût du monde, le premier d'une série intitulée « En cuisine avec Cuisine thérapie ». Dans cet épisode enregistré chez Caroline, micros posés sur sa table de cuisine, vous apprendrez que le fait de cuisiner est chez elle un langage, qu'associer les gestes à la parole, de cuisiner ensemble est central : la cuisine est le poumon de la maison, et de sa vie. « Très souvent, la cuisine c'est aussi pour moi la cuisine thérapie parce que quand ça ne va pas, quand il y a un souci ; quand je veux me retrouver avec quelqu'un, on fait de la cuisine. Je sors assez peu, mon occupation du soir c'est de recevoir des gens, préparer des grandes tablées, les célébrations des fêtes, c'est important pour moi, pas tant pour les célébrations que pour le fait de recevoir et partager. » Elle tient les gestes et le goût de la cuisine de sa mère et sa grand-mère et de son père. Trois influences, « Ma mère faisait une cuisine de tous les jours, on ne s'en rend pas compte que les mères font une cuisine exceptionnelle mais c'est classé cuisine du quotidien. Mon père faisait une cuisine traditionnelle... événementielle, c'était le cassoulet qui cuisait 7 heures dans la cheminée, il cuisinait très bien, ma mère avait une approche végétale, elle avait un potager, tous les jours il y avait de la salade. Sa mère cuisinait arménien. En Arménie, la culture salade : le « green », espèce de touffe d'herbes aromatiques faite de basilic rouge, d'aneth, de coriandre et de ciboulette. On comprend pourquoi ils vivent vieux, tous les folates, ça donne un parfum et une fraicheur, génial ». Caroline revient sur les reportages réalisés pour Priorité santé en Arménie, le pays de ses racines maternelles, et la richesse des saveurs qu'elle y a redécouvertes puisque transmises dans l'enfance par sa mère et sa grand-mère. « Ces saveurs, je les connaissais sans m'en rendre compte, un peu comme monsieur Jourdain dans la pièce de Molière qui fait de la prose sans le savoir, quand je suis allée en Arménie, j'ai découvert que les soudjouk, les pasturma, le boulghour c'était tout à fait normal d'en manger, habituel, c'est comme le pain en France ». La cuisine et la santé L'alimentation occupe une place importante dans l'émission Priorité santé, Caroline ne rate pas une occasion de se rendre au marché quand elle part en mission, et parfois même de cuisiner comme elle l'avait fait à Dakar pour une émission avec la cuisinière Prisca Gilbert et la nutritionniste Binetou Cheikh Seck, un bonheur. « J'en rêvais de cette émission si je pouvais en faire une dans chaque capitale je le ferais. Dans l'émission, on laisse vraiment la parole aux médecins spécialistes de la santé, c'est vrai qu'il y a énormément de thématiques et les auditeurs systématiquement posent une question avec l'espoir secret : qu’un aliment puisse les soigner sans médicament. Hélas cela n'existe pas, par contre mal manger peut augmenter les problèmes et bien manger peut améliorer la santé mentale, la qualité de vie plein de choses. En fait la nourriture, c'est comme la santé c'est partout, c'est tout ! On parle aussi à des personnes qui vivent dans des contextes où il peut y avoir un problème de malnutrition, il peut ne pas y avoir assez ou des aliments qui ne correspondent pas aux besoins, nous parlons de tout cela sans tabou. » Transmettre et partager La transmission se fait de manière concrète, par l'écrit. Caroline a, dit-elle, bricolé un livre de cuisine avec les recettes familiales, et par les gestes, tout le monde cuisine, y compris ses 3 enfants cuisinent très bien. « Je fais parfois des repas spectaculaires, pour l'anniversaire de mon mari j'ai transformé la maison en restaurant, pour un menu 5 entrées, 5 plats, 5 desserts ». À qui l'appelle Docteur Paré, elle répond : « Je ne suis pas docteur pitié, je suis journaliste, c'est bien suffisant. Un rêve ? Comme pour les grands médecins, Caroline avoue une réelle admiration pour les grands chefs cuisiniers,  j'ai de l'admiration pour les gens qui ont un savoir-faire particulier qui ont une maîtrise du geste, du savoir, de la compétence. Les rencontrer ? Moi ça me fait rêver.   Pour aller plus loin : - Retrouvez la série de reportages de Caroline Paré et Victor Uhl en Arménie pour Priorité santé : Système de santé et accès aux soins en Arménie   Arménie : soigner les soldats blessés   Du marché de Dakar en cuisine.   - Souvenirs de bords de route en Arménie « Les pistaches, miel, des brochettes géantes dans ce supermarché, c'était la caverne d'Ali Baba, les abricots, les cerises juste cueillies, c'était extraordinaire ! »   - Monsieur Jourdain est l'un des personnages du « Bourgeois Gentilhomme » de Molière.   - Dans la cuisine, quelques-uns des livres de cuisine et de pâtisserie de Caroline Paré : Les meilleures cuisinières de France, de la Reynière, éditions Albin Michel Le grand manuel du pâtissier, aux éditions marabout Faites vos pâtisseries comme Lenôtre, aux éditions Flammarion La cuisine d’Alain Senderens Le Grand Larousse gastronomique Dictionnaire encyclopédique, d'A. Seigneurie, Édition nouvelle 1909.   Programmation musicale : « Dreaming », d'Izem et KOG. La recette de Caroline Paré : un Boulghour chaud. Il y a deux boulghours : un blond et un brun, Caroline préfère le blond pour taboulé et le brun en accompagnement.

  3. 5 sept.

    Kebab tour et yaourt délice!

    La viande est grillée, presque croustillante sur les bords, juteuse, elle est glissée dans du pain ou une galette : en sandwich ou à l'assiette, le plat a conquis le monde. Appelez le kebab, kebap, shawarma, gyros, grec ou döner, préférez-le avec ou sans oignons, piment, herbes, légumes en pickles, sauce yaourt ? Vous choisirez le vôtre, il sait s'adapter. Le kebab est un voyage en soi et une histoire du monde. Le kebab d'ailleurs est bien plus qu'un plat, c'est un concept culinaire, explique le géographe Pierre Raffard qui l'a découvert en Turquie et n'a cessé de s'intéresser à lui. Le kebab s'adapte, se diffuse, migre et se différencie ensuite par la manière dont il est servi et mangé : avec quelle viande ? Avec quelle sauce ? Quels légumes ? Pour qui ? Et avec qui ? Progressivement se dessine le plat parce qu'un plat « quand il se diffuse, ne se diffuse jamais exactement de la même manière que le plat de référence, il s'adapte toujours au système alimentaire en place. C’est ce qu'on appelle la culinarisation », explique Pierre Raffard dans un épisode du podcast Bouffons. Il ne se diffuse jamais de la même manière que le plat de référence. Il s'adapte toujours, un petit peu, beaucoup, passionnément, à la folie, se mêle aux cultures alimentaires locales jusqu'à se fondre si bien dans le pays d'adoption qu'on en oublie qu'il vient d'ailleurs. Plats de cultures et plats de migrations, reflets de l'histoire Les pastels sont de ces plats, les nems, les burgers et les pizzas, plats de cultures et plats de migrations, reflets de l'histoire. Pour notre émission, c'est sur les tables du restaurant Mersin à Paris que nous avons posé nos micros. Mersin, fondé par Noé Lazare, un passionné de cuisine et des cultures culinaires, intarissable sur ce kebab découvert en version largement transformée à Paris, puis à Berlin en Allemagne, l'une de ses premières terres en Europe. L’Allemagne l'a si bien adopté qu'elle s'est spécialisée dans la confection et l'export du matériel de confection des döner kebab, « celui qui tourne », précise Nurdane Bourcier, turque ayant grandi en France et oscillant entre Istanbul et Paris. Le kebab en Turquie est cuit sur d'immenses broches, dans des endroits qui peuvent accueillir trois cent personnes, avec pain lavash cuit au tandoor, quelques oignons au sumac, cette épice acide. La viande est pesée – ce dont on n’a pas l'habitude en France – parce que c'est une viande qui coûte cher, c'est généralement du bœuf ou du veau, et d'ailleurs le döner en Turquie coûte relativement cher par rapport au reste parce que c'est une viande de bonne qualité, servie par portion de 100-150 grammes coupée très fin, quasiment pas assaisonnée, du coup on est à des années-lumières des kebabs européens, on l'aime vraiment pour la viande. Le kebab est un voyage Notre point de départ est à l'est de la Méditerranée, mais nous sillonnerons l’Europe, ferons escale à Dakar, au Liban, en Syrie, au Japon et même au Mexique où le fameux pastor est une belle incarnation de notre kebab, l'avocat en prime. Dans cette émission, on ajoutera au kebab l'acidité d'un yaourt, salé bien sûr, même si leur association n'est pas courante, notamment pour le döner. Ils ont en commun cependant un certain goût pour le nomadisme, le sens de l'adaptation et incarnent à ce titre ce qui fait que « la cuisine est la cuisine, sans frontière, il n'y a pas de guerre en cuisine », assure Nurdane. Le yaourt est égoutté, fait maison, la fermentation se poursuit au gré des envies, et surtout lui aussi se mêle à tout et partout, jusqu'aux soupes de yaourt et de riz, la recette est partagée ici. « La découverte du yaourt à Istanbul a été un choc pour moi, raconte Noé, on peut le chauffer, le saler, en faire une soupe et cuisiner avec ! » Notamment cette fameuse soupe de yaourt, une soupe de l'estive dont il existe de nombreuses versions, précise Nurdane. Une découverte enfin, le tantuni La viande est cuite dans un ustensile aux allures de grande poêle à réceptacle pour la sauce au milieu, assaisonnée, puis versée avec sa sauce dans une galette, recouverte de yaourt et de sumac, pliée en U pour éviter que le jus ne s'échappe trop ! Les prudents choisiront de le savourer à l'assiette, les yeux aussi seront ravis. Avec : Noé Lazare, passionné de Döner Kebab et de cuisine, restaurateur et fondateur de Gemüse, pour partager l'excellent kebab berlinois découvert dans la capitale allemande, puis Mersin où sont servis des kebabs et des tantuni. Mersin, 123 rue Simon Bolivar, dans le XIXe arrondissement de Paris. Tout y est très, très bon et fait maison. Et Nurdane Bourcier, cuisinière, cheffe de Tamam Kitchen, histoires d'épices et de migrations et autrice : Le Yaourt, 10 façons de le préparer est publié aux éditions de l'Épure, l'aubergine, et la caroube sont parus dans la même collection. Le mot kebab décrit une méthode de cuisson, ce sont les légumes rôtis, des herbes, c'est la cuisson au feu. Il y a plusieurs types de kebab, on va tout appeler kebab, le döner bien connu en Europe, c'est celui qui tourne sur la broche. Le yaourt est omniprésent en Turquie comme le Kebab. Et pourquoi pas goûter à l'iskender si vous allez en Turquie ? Le pain est frit – un pide – avec de la viande arrosée de beurre noisette fondu et de yaourt acide, la tomate acide et sucrée, une odyssée du gras et de la gourmandise. La cuisine, le seul domaine qui ne connait pas de frontière : dans une assiette, on peut ne pas faire la guerre du tout. Pour aller plus loin Le monde sur la broche de Pierre Raffard, géographe spécialiste de l'alimentation, Calype éditions Le livre de la cuisine turque de Musa Dagdeviren aux éditions Phaïdon Un goût du monde tout sandwichs et déjà un tantuni Quelques adresses : dans le XIVe en écho au souvenir de Noé, dans le Ve arrondissement du côté du métro Cluny, dans le Xe arrondissement, Özlem, les adresses Gemüse et Mersin bien sûr, Anadolia à Boulogne-Billancourt, et toutes les adresses que vous voudrez partagez avec nous ! Programmation musicale : « The Wave » de Jungle

  4. 1 août

    Passer à table ou autour d’un bol : ce que l’acte de manger dit de nous

    « Passer à table » : une expression employée dans la sphère policière, dans l’enquête : elle s'y prête doublement aussi quand il s’agit de manger ! En passant à table, chacun dévoile bien des habitudes révélatrices de qui il est. Manger devient une boussole pour comprendre le monde et ceux qui le composent, une loupe pour mieux le saisir, le raconter, en chercher les nuances, en prenant de la distance pour décentrer, dégenrer, décoloniser la nourriture, en restituant enfin parfois un héritage.    « En vietnamien, il existe une expression pour dire qu’on aime manger quelque chose ou plutôt qu’on sait le manger, à l’inverse quand on n'aime pas, on dit : je ne sais pas le manger, comme s’il était question d’une capacité : cette capacité à apprécier ce produit je ne l’ai pas en moi. On retrouve cela autour d’un fruit particulièrement clivant, y compris au Vietnam : le Durian ce fruit à l’odeur très tenace. Ce que j’observe depuis la France c’est que ce durian, il fait parfois l’objet de fierté pour les personnes de la diaspora quand elles arrivent à le manger justement. Peut-être parce que lorsque l’on fait partie de cette diaspora, que nos parents sont nés au Vietnam et nous en France, nous envions cette « vietnamité », pour moi elle n’a pas tout de suite été une évidence, j’ai eu à la construire. Et par peur qu’elle soit diluée, je me retrouve aussi contente et fière de savoir manger un durian. »  L’importance du choix, de la liberté, de la dignité face à l’assiette  Réflexion autour de cette expression : « bien manger » et lui préférer mieux manger, plus inclusive, elle porte en elle un progrès que chacun peut faire, une marge d’amélioration à la portée de tous. Le bien manger est aussi parfois un endroit d’injonction : pour les parents, sommés de donner à leurs enfants de la « bonne nourriture » - identifiée comme tel par qui ? - Émilie Laystary revient enfin sur le slogan : « manger c’est voter trois fois par jour » au Début j’aimais bien cette expression que je trouvais programmatique : on a un pouvoir, celui de choisir ce que l’on mange trois fois par jour. Le souci avec cette phrase qui gratte un peu au même endroit que l’expression bien manger, c’est que voter c’est sensé être un droit. Bien manger, est ce que l’on est tous à égalité ? Est-ce qu’on a tous les mêmes moyens ? Le même temps ? La même disponibilité d’esprit ? Les mêmes habitudes pour le faire ? Ce slogan relève finalement plus de l’injonction de responsabiliser autant les individus.   Avec Émilie Nguyen Laystary, journaliste indépendante (Libération, Regain, Mediapart, ...), autrice de l’essai Passer à table. Ce que l’acte de manger dit de nous, aux Éditions Divergences. Émilie a également fondé l’antenne Provence de l’association École comestible et collabore souvent avec « Les grandes tables », dont le festival Koukouss aura pour thème « Herbes et aromates » pour l’édition 2026 fin août, début septembre.  Pour aller plus loin   - Donner à manger. Politique d’un geste ordinaire, de Joëlle Zask, éditions Premier Parallèle.  - L’école comestible est une association convaincue que le monde peut être changé en donnant aux enfants mangeurs et mangeuses de demain les clefs pour comprendre leur alimentation, et la manière dont on mange. Leur permettant ainsi de devenir des adultes informés et des citoyens engagés. L'école comestible fonde ses principes sur ceux de l’association « mère » Edible Schooldyard créée en 1995 par la cheffe Alice Waters.   - Dans le Goût du monde : École comestible, changer le monde par la manière dont on mange  - Fermentation rébellion, de Uyen Do, aux éditions Des Équateurs  - Ensemble pour mieux se nourrir, de Frédéric Denhez et Alexis Jenni, éditions Actes Sud  - Les grandes tables et le festival KousKouss    - Recette de poche des recettes faciles, savoureuses, avec des produits locaux africains, pour cuisiner toute l’année   - Est-ce que tu manges ? de Grâce Ly et Mélody Ung   - L’association Le bouillon de Noailles pour la table et le partage à Marseille.      Programmation musicale Amoul Solo, de Cheikh Ibram Fam.    Recette   Des recettes de kouskouss en écho au festival qui se tient à Marseille chaque année à la fin de l’été. Des recettes partagées par le collectif marseillais Épice.

  5. 25 juil.

    Au bonheur du gras!

    Le gras, c'est la vie et c’est vrai. Après l’eau, c’est du gras dont notre organisme a besoin. Notre organisme est constitué d’acides gras, notre cerveau par exemple est constitué de 60% de lipides, on en a un besoin vital, et au-delà de l’aspect physiologique, le gras c’est aussi un formidable vecteur et exhausteur de goût !  Le gras : vital et injustement accusé de bien des maux Comme le corps a besoin de gras, l’évolution lui a appris à le stocker. Le gras est bien souvent accusé de tous les maux, or c’est oublier que « le métabolisme nous a fait comprendre que nous stockons tout sous forme de gras : quand on mange du sucre, on le transforme en gras pour pouvoir le stocker car c’est notre seule manière de stocker de l’énergie ». La clé, comme souvent, réside dans la diversité. « Notre corps humain, explique Christophe Lavelle, est le résultat d’un processus de millions d’années d’évolution et pendant l’immense majorité de ces années, le gras était très rare parce que peu disponible dans la nature, qu’il soit végétal ou animal, et chez nos ancêtres au Paléolithique, c’était vraiment la quête du gras. Aujourd'hui le gras est surabondant pour une raison d’agro-industrie parce que c’est un des composés les plus faciles et les moins chers à produire. Donc si on raisonne purement en termes de calories, un être humain a besoin de 2000 calories. La manière la moins chère d’avoir ces calories, c’est à travers le gras. Et le sucre, c’est à peu près pareil, donc ces deux molécules qui sont le gras pur et le sucre pur sont ce qui coûte le moins cher et elles sont aujourd'hui surabondantes. Le changement de paradigme vient de là. Après tous les gras – les graisses et les huiles de palme ou d’olives –, ces triglycérides, notre corps a appris à les transformer tous sauf le gras trans, pur produit de l’industrie, que notre corps ne sait pas reconnaître puisque ce n’est pas naturel. » Le gras vital est doublement bon quand on apprécie sa diversité, et qu’on choisit du gras naturel. Le paradis du goût Le gras s’imprègne des goûts qu’il transporte et intensifie. C’est un allié gourmandise précieux, un voleur magique de saveurs : un corps gras a toujours du goût, mais le goût de l’environnement. Dans cette émission, nous nous penchons sur les autres gras, les autres beurres – végétaux ceux-ci, très présents dans les cuisines d’Afrique subsaharienne, de la pâte d’arachide au beurre de karité à l’huile rouge. Précision de la cheffe Anto : « Dans les noix de palme, il y a la pulpe qui va donner l’huile rouge et les amandes à l’intérieur qui donnent aussi une huile jaune foncé appelée l’huile de palmiste qui a un goût de noisette, avec laquelle on peut cuisiner et qui est aussi utilisée en cosmétique. »   Les purées, pâtes et les huiles artisanales La cheffe Anto et Kpénahi Traoré racontent la différence de couleurs des pâtes d’arachide due à la torréfaction des arachides ou des cajous : « D'un point de vue artisanal, comme certains résidus, des bouts de fruits restent dans l’huile ou la pâte, se conserveront moins bien, mais, ajoute Christophe Lavelle. On peut se souvenir de l’adage : meilleure elle est pour la santé, le plus rapidement elle se périme car plus riche en acides gras polyinsaturés, les meilleurs mais les plus sensibles à l’oxydation : l’idéal est donc d’en faire souvent ! » Avec Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS, enseignant, passionné d’alimentation et de fermentation, cuisinier, il signe notamment Plaidoyer pour le Gras avec Frédérick e. Grasser-Humair aux éditions Hachette Pratique. Christophe Lavelle milite pour un retour en cuisine dans la joie et la bonne humeur. Une activité saine et quotidienne, qui permet d’être maître de son alimentation, et donc de limiter les plats industriels et les produits ultra transformés saturés avec du gras trans, le gras qui tue.   Anto Cocagne : cheffe, cuisinière, présentatrice d’émissions télévisées, autrice de Goûts d'Afrique et Mon Afrique aux éditions Mango. Elle est aussi la fondatrice de l’épicerie Baraka. Clémence Catz : autrice engagée, formatrice à l’Institut de Naturopathie Humaniste. Elle a publié plusieurs livres aux éditions de La Plage, dont Les autres beurres. Kpenahi Traoré est journaliste, productrice de l’émission Un jour au village sur RFI. Retrouvez-nous dans son émission consacrée au gras en écho à celle du Goût du monde. ► Pour aller plus loin L'assiette du futur : avec ou sans viande ? Acides gras polyinsaturés   Autour du régime cétogène Alimentation et préhistoire À découvrir : le rendez-vous C’est dans ta nature de Florent Guignard et notamment celui-ci sur les acides gras et les algues.   Beurre de karité   Le sésame des snacks de Boromo sur la route de Ouaga à Bobo Dioulasso   Mayonnaise à l’huile de palme par le chef Harouna Sow Retrouvez les deux saisons de « Recette de poche » sur la chaine Youtube de RFI ou en podcast.   Programmation musicale : Naturally de Nectar Wood.     Le riz au gras de la cheffe Anto Cocagne

  6. 18 juil.

    Et si un simple grain d’Afrique suffisait à transformer votre quotidien?

    Un simple grain d’Afrique à mêler aux habitudes, sans tout révolutionner, mais pour découvrir d’autres saveurs, sortir des sentiers battus. Le fonio, micro-flocons légers et savoureux, remplace la semoule de blé, des pancakes au moringa pour la couleur, du mil dont le goût fait penser à la noisette grillée en crêpes ou en gâteau, des haricots cornilles en beignets, ou pâte à tartiner : bons pour la planète, bons pour la santé et bons au goût, ces « grains » sont encore un cadeau de l’Afrique au monde ! Le monde peine à ouvrir les yeux, à remercier l’Afrique qui lui a déjà tant offert. Prenez l’arachide, la cajou ! Le souchet et le baobab attendent leur heure, Aïssatou Mbaye elle poursuit sa mission de conteuse et de passeuse en partageant ses recettes, ses liens avec les différents grains et leur histoire, elle qui a maintenant passé autant de sa vie en France qu’au Sénégal a cœur de transmettre, et que ses enfants partagent à leur tour les recettes et les saveurs de leur double culture. Avec Aïssatou Mbaye, cuisinière, conteuse, autrice, son dernier livre Grain d’Afrique, 60 recettes pour une touche d’Afrique au quotidien est paru aux éditions Marie-Claire. Aïssatou a publié plusieurs livres primés sur la cuisine subsaharienne, elle est aussi fondatrice du keliba Café à Dakar pour la lire sur Instagram. ► Pour aller plus loin - Farines d’Afrique Nathalie Brigault Ngoum et son univers  - Mon Afrique, de la cheffe Anto Cogagne - Autour du mil  - La petite épicerie du monde - BMK, l’Afrique passionnément. Programmation musicale : Désert, de Jonathan Benisty et Michael Nkouaga.

  7. 11 juil.

    Le goût de la flamme

    Le parfum du fumé, le crépitement des brochettes posées sur le grill, la flamme qui lèche les pots en terre, saisit les légumes dans le wok : la question de la flamme nous a souvent passionnés depuis que Le Goût du monde existe, sans doute parce qu’en découvrant le feu, l’homme a aussi découvert la cuisine ! Du barbecue à l’alimentation préhistorique (et l’inverse), des braises de Polynésie aux brochettes sautillantes du quartier de la briqueterie à Yaoundé, des brochettes de boulettes d’agneau au Caire, aux Dibi, pots de terre et wok fumants : la cuisine à la flamme, l’art de la braise et le boucané n’ont pas fini de nous animer!  Escale cette fois à mi-chemin entre la Thaïlande et l’Égypte qui ont en commun en plus du riz et de la mangue, le goût pour la flamme.   Avec  Anne Coppin, cheffe globe-trotteuse formée en Thaïlande et passionnée par la gastronomie Thaï, sa richesse, sa diversité folle, elle a ouvert avec son compagnon Franck de Visme : Faaï (feu) 11 rue Trousseau, 75011 Paris, une table thaï dont la braise et la flamme sont le fil conducteur, la cuisine s’éloigne des sentiers battus pour raconter le raffinement, l’équilibre et la créativité bouillonnante de la gastronomie thaï contemporaine finalement très peu goûtée en France. On se laisse surprendre par la douceur du plat « Gaebg massaman nuea » un curry massamn, boeuf confits coco et épices, la gourmandise des brochettes grillées à la braise, nappées de sauce tamarin, piment et coco. Anne et Franck sont aussi les chefs de Naam à Belleville et à Lille.   Omar Dhiab a fait ses classes dans les grandes maisons avant d’ouvrir son restaurant, éponyme, vite salué par le Guide Michelin d’une étoile. Le chef avait à cœur d’ouvrir un restaurant plus bistro où il pourrait d’avantage exprimer ses racines égyptiennes et tunisiennes : ainsi, a vu le jour Elbi qui met l’accent sur les 5 cuissons, dont évidemment, la flamme. Sa cuisine suit une montée en température maîtrisée, du cru délicat aux cuissons rôties intenses. Hawawshi, pigeon aux épices, taamiya croustillants, sans oublier les marinades et sauces addictives. Elbi (le coeur) est situé 54 rue Paradis, Paris 10ème. Son restaurant gastronomique est 23 rue Herold, dans le 1er arrondissement de Paris.     ► Pour aller plus loin   La série autour du bœuf, des patates et de la sauce avec Jean-François Mallet : avec ici l’épisode sur la viande    « L'art de la braise en plein air », de Raymond Burren, aux éditions de l'épure.  La cuisine du feu ou l’art de la braise avec Kobus Braai.      Programmation musicale : Hey People Now, de Ziggey Marley et Nikka Costa.

  8. 4 juil.

    Cuisine caribéenne gastronomique et voyage en jardin créole

    Qui pousse la porte du restaurant du chef guadeloupéen Jean Rony Leriche à deux pas de l’Arc de Triomphe sourit instantanément car accueilli par une caresse : le parfum du fumé, du boukané. Ce parfum-là vous emporte droit « à la maison » - il est une version caribéenne de la madeleine de Proust - cette odeur familière, réconfortante, vous ramène instantanément aux racines, à ce savoir-faire transmis au fil des générations et savoureux marqueur culturel des Caraïbes à l’Afrique de l’Ouest.   Une cuisine caribéenne gastronomique  Il y a bien d'autres parfums dans la cuisine de Jean Rony Leriche : parce que la maison est aussi dotée d'un jardin créole, d’arbres fruitiers, de fleurs, de plantes. Le jardin créole est « bien plus qu’un jardin », raconte Jean Rony Leriche montrant du doigt un citron caviar tout juste formé, « c’est aussi un garde-manger, une pharmacie, un lieu où faire perdurer ses traditions et savoir-faire, un lieu où se retrouver et partager. » Ce jardin si précieux car gage d’autonomie était parfois le seul bien sur les plantations, ce bout de terre cédé aux esclaves sur lequel des légumes, et des arbres fruitiers pouvaient être cultivés. Un jardin en héritage qui relie le chef à ses racines haïtiennes, à son enfance en Guadeloupe, une richesse partagée dans le quartier de Baie-Mahault. Un Jardin pour soi et sa famille, une continuité et la transmission d’un savoir et d’un lien avec son histoire et ses ancêtres.   Un conte créole et une histoire partagée  Du pâté créole aux bananes pesées et pickles de gombo, à la mousse de lambi sur une feuille de manioc, cajou boucanée, aux veloutés d’igname, feuilleté de féroce d’avocat, la cuisine de Jean Rony Leriche est un voyage sensible et savoureux dans la mémoire et la diversité des cultures des Caraïbes. Le chef a à cœur de raconter et surtout de transmettre cet héritage des îles en allant dans les subtilités et l’immense richesse de la culture des Antilles, du voyage des produits, à la création des langues, des communautés, et à la résistance d’un peuple pour se fonder et exister.   Avec Jean Rony Leriche, chef du restaurant Leriche, 16 rue Brey dans le 17ème arrondissement de Paris  La salle est dirigée par Christine Leriche, la femme du chef.  Instagram. Ma cuisine antillaise, du chef Jean Rony Leriche, Éditions Brigitte Eveno  Cette émission est dédiée à la famille du chef Leriche et à Suzie Zozio, biochimiste et restauratrice, spécialisée en plantes médicinales, décédée en 2026.  ► Pour aller plus loin   - Jaden lhéritaj, du chef Leriche à Baie Mahault inauguré au Printemps 2026.  - Mauro Colagreco, chef du Mirazur à Menton  - Moi Tituba, sorcière noire de Salem, de Maryse Condé  - Boucanage : technique ancestrale utilisée pour conserver en fumant poissons et viandes.    - Autour des jardins créoles    - La cuisine caribéenne transcende les frontières grâce au programme Transcultura Unesco   Programmation musicale : Fruit and flower, Marcus Gad.

Bande-annonce

Notes et avis

4,8
sur 5
13 notes

À propos

L'oignon est-il vraiment de toutes les marmites du monde ? Les ancêtres sont-ils gourmands ? Et la pomme de terre une déesse ? Vous saurez tout dans le Goût du Monde, l'émission qui parle de saveurs, d’histoires, de partage, de goûts : d’ici ou d’ailleurs. Ces goûts qui rappellent les souvenirs, les émotions, et nourrissent l’imaginaire. À vous ensuite de partager vos souvenirs et de faire chauffer les marmites ! Comme nous ne pourrons pas goûter, racontez-nous ! En mots, en photos, en recettes, en histoires, parlez-nous de vous ! Réalisation : Guillaume Munier. *** À écouter, podcaster, à partager, à déguster le samedi à 18h30 (vers Afrique luso), à 21h30 TU vers toutes cibles. Le dimanche à 11h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 (vers Afrique haoussa).

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