Johannes Gutenberg est l’un des hommes qui ont le plus profondément changé l’histoire de l’humanité. Pourtant, l’inventeur de l’imprimerie moderne n’a jamais fait fortune grâce à sa découverte. Pire encore : il a perdu le contrôle de son entreprise au profit de celui qui l’avait financée. Comment expliquer un tel paradoxe ? Tout commence vers 1450, à Mayence, dans l’actuelle Allemagne. Gutenberg met au point un procédé révolutionnaire : l’impression à l’aide de caractères métalliques mobiles, réutilisables et assemblés pour former des pages entières. Certes, des techniques d’impression existaient déjà en Asie. Mais Gutenberg perfectionne en Europe un système permettant de reproduire les textes beaucoup plus rapidement qu’en les recopiant à la main. Seulement, son invention coûte extrêmement cher à mettre en œuvre. Il faut fabriquer les caractères, construire les presses, acheter du papier et rémunérer les ouvriers. Gutenberg manque d’argent. Il fait alors appel à Johann Fust, un riche bourgeois de Mayence, qui lui avance environ 1 600 florins en plusieurs versements. Une somme considérable. Grâce à cet investissement, Gutenberg entreprend l’impression de sa célèbre Bible à 42 lignes. Environ 180 exemplaires sont produits, une prouesse extraordinaire pour l’époque. Mais avant même que cette innovation puisse lui rapporter une fortune, la situation tourne au cauchemar. En 1455, Fust réclame le remboursement des sommes avancées, augmentées des intérêts. Gutenberg ne peut satisfaire ses exigences. L’affaire se termine devant la justice. Les documents conservés ne permettent pas de reconstituer entièrement le jugement. Mais Gutenberg perd vraisemblablement une grande partie du matériel et de l'activité consacrée à l'impression de sa Bible. Fust, lui, s'associe à Peter Schöffer, ancien collaborateur de Gutenberg. Ensemble, ils développent une imprimerie prospère, exploitant et perfectionnant cette technologie révolutionnaire. Gutenberg se retrouve ainsi privé d'une grande partie des bénéfices commerciaux de son innovation. Il semble avoir poursuivi certaines activités d'impression, mais sans retrouver la position dominante qu'il aurait pu espérer. Son sort s'améliore finalement en 1465, lorsque l'archevêque de Mayence, Adolphe de Nassau, le nomme parmi les membres de sa cour. Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit pas véritablement d'un anoblissement. Gutenberg reçoit surtout des avantages matériels : des vêtements, du grain, du vin et des exemptions fiscales. De quoi lui assurer une certaine sécurité. Il meurt en 1468, sans avoir accumulé de grande fortune. L'ironie de l'histoire est saisissante : Gutenberg a permis la diffusion massive des connaissances, transformant durablement la religion, la science et la culture européennes. Mais celui qui a révolutionné la circulation des idées n'a jamais réussi à transformer son génie en richesse personnelle. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.